AOUT, PARIS
Rémission octroyée par Henri VI à Jacquet du Castel, écuyer, tenant garnison au château de Hambye sous Emon Charles , capitaine de la dite garnison, accusé d'avoir pris part à une démonstration faite quatre ans auparavant, vers le milieu de 142g, contre Carentan par Guillot Bailleul, Henri Carbonnel, chevalier, et autres rebelles alors établis dans les environs de Hébécrévon et de Graignes.
Henry, par la grâce de Dieu roy de France et d'Angleterre, savoir faisons à tous presens et advenir nous avoir receu l'umble supplicacion de Jaquet du Castel, escuier, jeune enfant de l'aage de vint ans ou environ, filz de nostre bienamé Philippe du Castel, escuier, seigneur du dit lieu *, contenant que, jasoit ce qu'il ait esté et soit enfant de bonnes meurs et de honneste conversacion qui tousjours a demouré en nostre vraie obéissance sans avoir aucune acointance à personne quelconque tenant le parti contraire à nous pourquoy l'en doie dire ne présumer qu'il ait aucunement voulu ne voulsist favoriser ne soustenir aucuns de noz ennemis ne les recepter en aucune manière, neantmoins, soubz umbre de ce que, un ans a ou environ, lui estant en l'aage de xvi ans, il, à un certain jour, environ heure de vespres, se parti de l'ostel de son dit père estant en la parroisse de Hebequevron 2 du commandement de sa mère pour aler en l'ostel de Thomas Quevrel, cordouennier, demeurant en la Chapelle Enjugier 3, pour soy faire taillier uns soliers et que, en y alant, sans penser à aucun mal, fu trouvé et rencontré par un nommé Guillot Bailleul et autres noz adversaires qui le
1. Le fief du Castel est aujourd'hui un hameau de la commune de Marigny, Manche, arr. Saint-Lô.
2. Aujourd'hui Hébécrévon, Manche, arr. Saint-Lô, c. Marigny.
3. Auj. la Chapelle-Enjuger, Manche, arr. Saint-Lô, c. Marigny.
prindrent, arrestèrent et emmenèrent de fait contre son gré et voulenté, ainsi qu'ilz ont acoustumé faire en tel cas, droit à nostre ville de Carenten, pour doub'te et paour que par lui ne feussent accusez ne sceu qu'ilz feussent sur le pais. Et en le menant trouvèrent en chemin près de la parroisse de Graigne l Henry Carbonnel, chevalier, acompaignié de plusieurs autres noz adversaires qui le menèrent jusques au dit lieu de Carenten. Auquel lieu ilz arrivèrent le soir, comme sur l'anuitement. Et eulx arrivez ylec boutèrent le feu traistreusement et ardirent les loges où les gardes des portes de nostre dicte ville de Carenten avoient acoustumé d'eulx retraire, et si tuèrent un nommé Thomas le Petit, mareschal, demourant aux forsbourgs de la dicte ville et nayèrent plusieurs noz subgez en la rivière de Taute qui passe au dit Carenten. Et avec ce prindrent, pillèrent et emportèrent plusieurs des biens de noz subgez et puis s'en fouirent et laissèrent là le dit suppliant, sans lui mefFaire, tant pour sa jeunesce que de grâce de Dieu et de haste qu'ilz avoient d'eulx en aler. Pour laquele chose, quant le dit suppliant fu retourné en son lieu où il retourna le plus tost qu'il pot, combien qu'il estoit lors jeune enfant de xv à xvi ans et non plus et qu'il ne sceust riens de l'entreprise de nos diz adversaires, mais fu très courroucié et marry quant il fu par eulx rancontré et prins, comme dit est, aucuns voulurent noter contre lui, par foie et non véritable suspicion, qu'il avoit sceu et savoit aucune chose de l'entreprise de nos diz adversaires. Et pour ce s'en feust aie demourer avec nostre bienamé Emon Charles, capitaine de par nous du lieu et forteresce de Hambuye 2, à six lieues ou environ près de l'ostel de son dit père et à dix lieues ou environ du dit lieu de Carenten, avec lequel il s'est tousjours depuis tenu et conversé publiquement au moins la plus grant partie du temps, en soy gouvernant et maintenant comme nostre vray et loyal subgiet, ainsi que paravant avoit fait selon son jeune aage. Et jusques à trois sepmaines, ou environ, que, lui estant en la compaignie des gens du dit capitaine
i. Auj. Graignes, Manche, arr. Saint-Lô, c. Saint-Jean-de-Daye.
2. Auj. Hambye, Manche, arr. Coutances, c. Gavray. Cette seigneurie appartenait à Louis d'Estouteville, capitaine du Mont-Saint-Michel, du chef de sa femme, Jeanne Paynel ; mais les Anglais l'avaient confisquée.
qui estoient alez chacier en certains bois près de là, nommez les bois de Moion 1 où il fu prins avec aucuns d'iceulx chasseurs et mené en noz prisons à Saint Lo où il a esté accusé par nostre procureur au dit lieu du fait de noz adversaires, sans ce qu'il en soit aulcunement coulpable. Esquelles prisons il a esté environ six ou huit jours avec autres compaignons noz subgez qui estoient détenus pour certain larrecin dont on les chargoit. Lesquelz compaignons, pendans les diz six ou huit jours, au desceu du dit suppliant, firent tant qu'iz ouvrirent par force Fuis des dictes prisons et se partirent d'icelles, et avec eulx se parti le dit suppliant... Pour doubte de laquelle fraccion..., il s'est bouté en franchise en l'église de Saint Lo.... Si donnons en mandement au bailli de Coustentin... Donné à Paris le xxmie jour d'aoust l'an de grâce mil cccc xxxm, et de nostre règne le xime. Ainsi signé. Par le roy, à la relacion du Conseil. Oger.
[Arch. Nat., sect.hist., JJ iy5, n° 254.)
Mandement adressé par Guillaume Breton, bailli de Caen, au vicomte de Bayeux, pour lui annoncer qu'un rassemblement d'ennemis s'est formé du côté de Mortain et l'inviter à mettre en bon état de défense la place de Colombières.
Guillaume Breton, chevalier, bailli de Caen et commissaire du roy nostre sire en ceste partie, au viconte de Baieux ou à son lieutenant, salut. Nous, pour certaines causes tou-
1. Moyon. air. Saint-Lô, c. Tessy-sur-Vire. Cette seigneurie appartenait, comme la précédente, à Louis d'Estouteville, du chef de sa femme Jeanne Paynel.
chans le bien et prouffit du roy nostre sire et sa seigneurie et pour ce que avons entendu que les ennemis du dit seigneur sont assemblez vers Mortaing en intencion de prendre et embler aucunes des forteresses d'icelui seigneur ou autres es marches d'environ, pour ce que la place de Coulombières ' n'est pas deuement pourveue de garde, qui porroit porter inconvénient au dit seigneur et sa dite seigneurie, que Dieu ne vueille, se pourveu n'y estoit diligenment, vous mandons.... Donné à Caen le xxmie 2 jour de septembre mil cccc trente et trois. N, Huet.
(Bibl. Nat., Quittances, t. 66, n° 2148.)
1433, 2g SEPTEMBRE, CAEN
Mandement de Guillaume Breton, bailli de Caen, enjoignant au vicomte de Bayeux de payer à Thomas Youn g, soudoyer anglais de la garnison de Torigni, une somme de six livres tournois pour avoir livré à la justice Jean de Cantelou, de Cahagnes, brigand et rebelle, et une autre somme de six livres tournois au même Thomas Young et à Guillaume Laisné, soudoyer de la dite garnison, pour avoir tué Jean Normandie, du pays de Caux, aussi brigand et rebelle, qui n'a pas voulu se rendre.
Guillaume Breton, chevalier, bailli de Caen, au viconte de Baieux ou à son lieutenant, salut. Nous vous mandons que des deniers de vostre recepte vous paiez et délivrez à Thomas
i. Colombières, Calvados, arr. Bayeux, c Trevières.
2. Un autre mandement, à peu près de même teneur que le précédent, fut adressé le 26 septembre au vicomte de Bayeux par Thomas Bourc, lieutenant général de Guillaume Breton (Quitt., t. 66, n° 2i5o)
Yong, Anglois de la garnison de Torigny ', la somme de six livres tournois à lui deuz pour avoir prins et admené à justice Jehan de Cantelou, de la parroisse de Cahaignes 2, en la dicte viconté de Baieux, traistre, brigant, ennemi et adversaire du roy nostre sire, lequel pour ses démérites a puis n'a gaires esté excecuté au dit Baieux, c'est assavoir le cou decoupé et son corps pendu au gibet. Et avec ce paiez et délivrez des deniers de vostre dicte recepte au dit Thomas Yong et Guillaume Laisné, de la dicte garnison, la somme de six livres tournois pour leur salaire d'avoir tué Jehan Normendie, du pais de Caux, traistre, ennemi et adversaire du dit seigneur, pour ce qu'il ne se vouloit rendre, lequel Normendie fut mené mort par les diz Yong et Laisné au dit lieu de Torigny, comme deuement en sommes informez. Et par rapportant ces présentes et quittance suffisante, les dictes sommes montans douze livres tournois seront allouées en vos comptes et rabatues de vostre dicte recepte où et ainsi qu'il appartient. Donné à Caen le penultime jour de septembre l'an mil cccc trente et trois.
(Bibl. Nat., Quittances, t. 66, n° 2154.)