LB SIÉOB DE LA ROCHELLE
fortifications , à en élever de nouvelles. On ramassait des vivres et des armes, on équipait des barques et des navires ; enfin on ne perdait pas un moment pour organiser et préparer tous les moyens de défense dont la ville était susceptible. Plusieurs gentilshommes échappés au massacre se joignirent aux Rochelois , et, par le tableau qu*ils faisaient des crimes de la Saint- Barthélémy, donnaient du courage aux plus timides. Pour des hommes sauvés d'une mort qui semblait certaine , la guerre et ses hasards étaient comme un vent léger pour des matelots qui viennent d'échapper à une tempête. Mergy et son compagnon furent du nombre de ces réfiigiés qui vinrent grossir les rangs des défenseurs de la Rochelle.
La cour de Paris , alarmée de ces préparatifs , se repentit de ne pas les avoir prévenus. Le maréchal de Kron s'approcha de la Rochelle , porteur de propositions d'accommodement. Le roi avait quelques raisons d'espérer que le choix de Biron serait agréable aux Rochelois ; car ce maréchal , loin de prendre part aux massacres de la Saint-Barthélémy, avait sauvé plusieurs protestants de marque , et même avait pointé les canons de l'Arsenal , qu'il commandait , contre les assassins qui portaient les enseignes royales. Il ne demandait que d'être reçu dans la ville et d'y être reconnu en qualité de gouverneur pour le roi , promettant de respecter les privilèges et les firanchises des habitants , et de leur laisser le Kbre exercice de leur religion. Mais, après l'assassinat de soixante mille protestants , pouvait-on croire encore aux promesses de Charles 1X1 D'ailleurs , pendant le cours même des négociations, les massacres continuaient à Bordeaux ,
les soldats de Biron pillaient le territoire de la Rochelle , et une flotte royale arrêtait les bâtiments marchands et bloquait le port.
Les Rochelois refusèrent de recevoir Biron , et répondirent qu'ils ne pourraient traiter avec le roi tant qu'il serait captif des Guises , soit qu'ils crussent ces derniers les seuls auteurs des maux que souffrciit le calvinisme , soit que par cette fiction , depuis souvent répétée , ils voulussent rassurer la conscience de ceux qui auraient cru que la fidélité à leur roi devait l'emporter sur les intérêts de leur religion. Dès lors il n'y eut plus moyen de s'entendre. Le roi s'avisa d'un autre négociateur, et ce fut La Noue qu'il envoya. La Noue, surnommé Bras-de-Fer, à cause d'un bras postiche par lequel il avait remplacé celui qu'il avait perdu dans un combat , était un calviniste zélé , qui , dans les dernières guerres civiles , avait fait preuve d'un grand courage et de talents militaires.
L'Amiral, dont il était l'ami, n'avait pas eu de lieutenant plus habile ni plus dévoué. Au moment de la Saint-Barthélémy, il était dans les Pays-Bas , dirigeant les bandes sans discipline des Flamands insurgés contre la puissance espagnole. Trahi par la fortune, il avait été contraint de se rendre au duc d' Albe , qui l'avait assez bien traité. Depuis, et lorsque tant de sang versé eut excité quelques remords, Charles IX le réclama , et , contre toute attente , le reçut avec la plus grande affabilité. Ce prince, extrême en tout, accablait de caresses un protestant, et venait d'en faire égorger cent mille. Une espèce de fatalité semblait protéger le destin de La Noue ; déjà dans la troisième guerre civile il avait été fait prisonnier, d'abord à Jar-