V. 540. Angletz {anguli). Foy. v
V. 541. France franche et non serve. Martial de Paris a dit, Figilles de Charles VU, Coustelier, 1 , 61 :
France jadis premièrement nommée D'avoir par sang et armes redimée
RECOLLECTION. 85
Et dure que leuserve A tous ses ennemys.
545 J'ay veu homme de guerre Sur cheval bon et fier , En Haspre venir querre Ung très riche censier; Le bon sainct de l'abbaye ,
550 Acquaire , s'en vengea :
Le cheval enrabie , Et son maistre enraigea.
J'ay veu grant multitude De livres imprimez , 555 Pour tirer en estude Povres mal argentez;
La servitude et tribut de rudesse Que les Romains, parleur grande haultesse , Vouloient lever et recevoir sans cesse Sur les Françoys , par forme de truaige.
Le faux Turpin donne au mot France une autre origine , adoptée par Philippe Mouskes, qui se contente souvent de le paraphraser en rimes.
V. 543. Variante. Et dure que l'on serve, Buchon. Cette leçon n'est ni celle des anciennes éditions , ni celle de Coustelier. Et dure que leuserve ne pourrait-il pas signifierez terrible comme louji-cervier ?
V. 547. Haspre, village du Hainaut finançais et dont Saint-Acaire est le patron.
V. hiQ.Vabbaye, pour la rime il faudrait, prononcer Vabbie, V. 351. Enrabie, devient enragé, prend le mords aux dents, V. 554. L'imprimerie venait d'être inventée, et on voit que déjà, si près de sa naissance, les bons esprits présageaient toute l'influence qu'aurait un jour cette découverte. (Buchon.) Le premier livre avec date qui ait paru aux Pays-Bas est de 1473.
86 RECOLLECTION.
Par ces nouvelles modes Aura maint escollier Décret, bibles et codes 560 Sans grant argent bailler.
J'ay veu pucelle tendre , Anthonias eut nom, Toute science entendre , Logicque et droit canon , 565 Saige comme Sibille , En l'âge de dix ans , Et de respondre habille A tous contredisans.
J'ay veu gendarmerie 570 Bigarrée à tous lez , Comme juïfverie , RioUez, piollez
V. 561. Strophe imprimée dans les Mélanges tirés d'une grande bibliothèque, D, 319. Au lieu A^ Anthonias eut nom, on y a mis :
Anthonias Neuthinon.
Cette petite merveille était de Valenciennes , et J'Outreman en parle dans son histoire de cette ville. Elle s'appelait Antoinette Rudon, Hécart, Sur le goût des habitans de Falencienties pour les lettres et les arts, broch. in-S» de 31 pages , Valenciennes, 1826, p. 6.
V. 569. Les compagnies d'ordonnance, nouvellement créées, reçurent une organisation nouvelle , mais quoique cette institution dût avoir des résultats très-utiles, elle fut vue d'abord de mauvais œil, même par des hommes éclairés; Amelgard, entre autres, s'en indigne, et il faut convenir que ses raisons ne manquent pas d'un certain poids. Notices et Extr. des MSS. de la bibl. royale de Paris , I, 424-425.
V. 572. Piollez, moitié d'une couleur moitié d'une autre, comme la pie , ainsi que les Juifs étaient forcés de s'habiller , afio^u'on les reconnût.
RECOLLECTION.
De diverses bigornes Et d'estranges façons; 575 Ne restoit que les cornes Pour estre limassons.
J'ay veu Tournay tournée En ung mauvais tournant ,
V. 573. Ne restoit que les cornes.... Molinet , dans le Siège d'Amours :
Secours, secours, léaulx amans, Secours à mes douleurs oultrées, Laissez Françoys et Allemans, DestruiiHî pais et contrées ; Venez deffendre ces entrées De nos envieux ennemys, Us ont jà leurs cornes monstrées Pour resveiller les endormys.
V. 377. J'ai veu Tournay tournée..... Cette ville, qu'Olivier le Daim fit alors tomber entre les mains des Français , causa beaucoup de mal aux Bourguignons. Aussi dans la complainte manuscrite de Dinant lui dit-on :
Criève , criève, criève , Tournay, et criève....
Quant à la strophe elle-même, elle offre un exemple frappant de mauvais goût à la mode, mauvais goût dout n'avaient pas été exempts tout-à-fait néanmoins quelques anciens trouvères qui passent pour les plus naïfs. Gautier de Coinsy, entre autres est insoutenable sous ce rapport, et en lisant son fabliau de sainte Léocadie, on en aura une preuve suffisante. Nous citons d'autres exemples encore dans notre édition de Ph. Mouskes. Voici des vers d'un MS de Dufief , conservé à Tournay, qui sont dans le même genre :
Didier de Tournai/.
Je suis Tournay qui fus de tours tourée Par Tarquin Prisque en qui honneur tourna : Mais par Romains je fus puis destourée Lorsque Tournus mon roi en mort tourna. Néron depuis fit refaire mes tours Et replanter mes murs et beaux atours, Plus Clodion, roi françois , me tourna De son costé , et si me destourna D'estre romaine où j'estois retournée , Que françoise fus en beaux atours née Onze cens ans, sans estre destournée;
Sans estre retournée , 580 Ses voisins bestournant; Noz maisons , noz tourelles En cendre contourner, Et Flamens entour elles Durement attourner.
585 J'ay veu par ces oraiges Des nobles corrompue , Et des loyaulx couraiges Qui leurs lois ont rompus.
Les villains sans richesse
590 Furent trop plus loyaulx
Puis aux Anglois cincq ans voulus tourner, Tant que Françoise ai voufu retourner; Mais tost après un autre tour tournay L'an vingt et un quand d'eux me destournay. Car lors je fus soubz Bourgoigne tournant Où demourray tant que serai tournant, Et combien qu'ay esté à retour née Jamais nul tour mauvais je ne tournay.
Et si ne fus contre honneur retournée Et ne seray tant que seray Tournay.
Le poète Grognet , cité dans la notice sur Chastellain , écrivait aussi ridiculement. Les bibliophiles recherchent, on ne sait trop pourquoi, si ce n'est parce qu'ils sont bibliophiles , une pièce de huit feuillets intitulée : le Dépucellage de la ville de Tournay, S. L. ni D. Heureusement pour la bibliomanie que le libraire Techener en a fait faire un fac simile tiré seulement à dix exemplaires sur vélin et à ô9 sur papier, de sorte que, grâce à la direction un peu puérile qu'a prise la librairie , ces quelques rimes qui ne disent rien et que même on ne saurait pas lire, se vendent plus cher qu'un bon livre. Ethahent sua fala Uhelli.
V. 583. Variante. Et Flamens en tourelles , anciennes éditions.
V. 585. Sur les défections occasionées par la mort du duc Charles, voir M. deBarante,IX, 25.
V, 588. Variante. Quileurshoys ont rompus, anciennes éditions, Coustelier.
V. 590. Trop plus , comparatif très-ancien. Les vers suivans du Fcrgier
RECOLLECTION. 89
A leur dame et princesse Que aultres gens desloyaux.
J'ay veu chevalier noble
En bruit et en valleur, 595 De vertu la vignoble,
De proesse la fleur,
Espouser noble femme
Et avoir beaulx enfans ,
De glorieuse famé , 600 En armes triumphans.
La dame mise en bière, Le seigneur de Vertu , Content de pain et bière , Fust moysne revestu ,
d'honneur, composés du temps de Molinet , et où se trouvent les noms des favoris de Charles YIIl , offrent cette locution :
Mignons du roy ainsi que Bourdillon ,
Balzac , Lachaulx , GailHot , Chastillon ,
Georges Edouille et aultres familiers,
Comme Paris, Gabriel et Dijon ,
Pour assaillir un féminin donjon
Trop plus propres que dix aultres milliers.
On disait également trop mieulx. « Et illecq se raonstra le comte de Nassou o trop mieulx en poinct qu'il n'avoit faict vei'S le roy de France. » Molinet,
Ch. CCXLII.
V. 593. Les strophes lxxv et lxxvi concernent Thibaut de Luxembourg, second fils de Pierre comte de Saint-Pol et de Marguerite des Baux. Ce seigneur, se voyant veuf de Philippine de Melun, dame de Sotteghem , entra dans l'ordre de Citeaux, devint abbé d'Igny et ensuite cvêque du Mans. Maurice, page 92 , en a fait par erreur unévêqued'Ignyçlyin cardinal. Ciacon.,\\l, 184.
90 RECOLLECTION.
605 Prestre, abbé portant chappe, Et évesque sacré , Fort cligne d'estre pape Pour son final degré.
J'ay veu nobles contrées 610 Sans chefs et sans seigneur, Durement rencontrées D'ung terrible engeigneur, Pucelle habandonnée, Grant desroy de commun, 615 Et en moins d'une année .
Avoir deux ducz pour un.
J'ay veu dedans Florence Arcevesque pendu , Et fort grant apparence 620 De cardinal perdu;
V. 607. Fort digne d'estre pape. Le pape Innocent VIII , monté sur le trône pontifical, en 1484, avait été marié et père, avant d'entrer dans les ordres,
V. 612. Variante. D'uti terrible enseigncur , les imprimés. MaFgré l'universalité de cette leçon, il nous paraît qa' engeigneur convient mieux au rusé Louis XI , qu'etiseignettr qui n'a pas de sens, et nous croyons que c'est le véritable mot employé d'abord par Molinet.