‹ Chronique métrique de Chastellain et de MolinetChapitre 52 sur 72 · V. 716. Mencault, sorte de mesure · texte numérisé non relu

V. 716. Mencault, sorte de mesure

98 HECOLLECTION.

En ceste propre aniiée Avoir dessus l'EscauIt La chance retournée , 720 Ung muy pour ung mencault.

XGI.

Pour chose assez précise , J'ay veu en nos tenans , Arras nommer Franchise, Et changer les manans ; 725 Comme infâmes et viles , Les hoirs en débouter, Et gens d'estranges villes Y venir habiter.

xcn.

Et Cambray changer armes 750 Portant florons royaulx ;

Forger pour les gens d'armes

Chaisnes de ses joyaulx;

Mengue fut composée

Du seigneur Marafin , 735 Et du roy rembourée

Avant qu'il prensist fin.

V. 723. Arras nommer Franchise, Barante, IX, 56. Gaillard dit, mais à tort, qu'Arras fut nommée Francie.

V. 720. Cambray. Cette ville, dont Marafin s'était emparé en 1479, fut mise par lui au pillage. (Barante, IX, 169.)

V. 733. \Aî\.iA:iTE. Meuge fut composée , Buchon , imprimés. Mais meuge n'a pas de sens, tandis que mengue au figuré signifie, dit Roquefort, impôt , exaction.

V. 755. Et du roy rembourée. Louis XI ordonna des restitutions , et avant de mourir, reconnut que Cambrai était ville impériale, renonçant solennellement à toutes les prétentions qu'il y pourrait avoir. J. Le Carpentier, 1, 124.

RECOLLECTION. 99

XCIIÏ.

J'ay veu oiseau ramaige , Nommé maistre Olivier, Voilant par son plumaige 740 Haiilt comme un espervier; Fort bien savoir complaire Au roy ; mais je veiz qu'on Le feist, pour son salaire, Percher au Mont-Faucon.

745 J'ay veu , estrange conte !

François accompagner

V. 738. Voir dans le Lundi notre Notice sur Olivier le Diable ou le Daim. Cet homme avait pour complice de ses crimes un de ses valets nommé Daniel Bar. On trouve dans les regisires criminels de 1483 leur acte d'accusation, dont les Archives curieuses de l'histoire de France, 1 , 93, présentent cet extrait : « Étant capitaine du pont de Saint-Cloud , ledit Daniel Bar , son lieu- « tenant audit lieu , par lequel il faisoit tenir justice , qu'il donnoit à la sua- « sion dudit Olivier des sentences et jugemens dans lesquels il défendoit d'en « appeler, sous ombre qu'il faisoit accroire aux parties qu'il avoit pouvoir du « roi déjuger souverainement, se rendoit quelquefois juge et partie, comme « fait apparoir le différend survenu entre l'évèque de Paris et ledit Bar , pour <.< des attentats par lui commis contre quelques habilans de Saint-Cloud , qu'il a avoit fait emprisonner, s'arrogeant la connoissance de cette cause. Le pro- « cureur dudit évèque, nommé maistre Jehan Bignon, avocat en la cour du « Parlement, ayant requis le renvoi pardevant ledit évèque, ledit Bar prit « ledit Bignon au corps, le constitua prisonnier, et lui bailla un carcan de « fer où pendoit une chaisne de fer fort pesante, et en cest estât le laissa toute « la nuit. Ce qu'ayant appris ledit évesque de Paris , vint à la cour porter sa « requête, sur laquelle elle ordonna à certains huissiers pour aller quérir « ledit Bignon, l'amener en ladite cour en l'état qu'il étoit; lequel, ne pou- « vant marcher, fut apporté en la tournelle où messieurs estoient assemblés. « Us ordonnèrent à ce qu'il fust déferré, et que pour ce faire seroil mandé « ledit Bar, qui avoit la clef de ses chaisnes; estant venu par le commandement « de la cour , pour ceste cause et plusieurs autres charges qui se trouvèrent « contre lui, ordonna qu'il fust mis à la question : mais la chose estant parti venue jusqu'audit Olivier le Daim, il en fit oster la connoissance à la cour. » Daniel et son maitre furent pendus en 1484. Consultez les notes addit.

B/BL/Orh'£C

100 RECOLLECTION.

De Richemont le comte, Pour son règne gaigner; Richard, roi d'Angleterre, 750 En bataille périr.

Et les hoirs de la terre Eslonger et mourir.

J'ay veu la fière barbe, Qui tant se rebarba, 755 Doux comme saincte Barbe Quand on le desbarba, Sans couvrechief qui bue A Trect fut desbarbé

V. 747. Richemont. Henri, comte de Richemont, dernier mâle de la maison de Lancastre , s'étant sauvé de la Bretagne où il était retenu prisonnier et menacé d'être livré à son ennemi capital, s'enFuit auprès de Charles VIII, roi de France, qui lui accorda des secours d'hommes et d'argent, avec lesquels il s'embarqua à Harfleur, le 31 juillet 1485. f^oy. Molinet, ch. ci.

V. 749. Richard. Richard III , surnommé le Bossu , tué à la bataille de Bosworth le 22 août, même année. Cette bataille mit fin à la domination des Plantegenets ou de la maison d'Anjou, et détermina l'avènement de celle de Tudor.

V. 753. ^otr Molinet, ch. cxiii. La fière barbe est toujours Guillaume de la Mark, comte d'Arenberg , dont Molinet a dit dans V^ , B , C sauvage :

0 barbe pointue, Tu as abattue La saincte statue De mître advestue Dont le chef pourisl; Se tu es tondue , Rèze et pourfendue, Droit ne s'esvertue; Qui de glaive tue De glaive périst.

V. 757. Qui bue, qui soit propre. Le mot buée employé dans le patois wallon , et qui signifie lessive , était très-français autrefois. Un des tours racontés dans la Légende de Faifeu est intitulé : Comment ung jour s'en venant de Orléans par la rivière de Loire, il fit taire les lavandières de buée à Biais.

V. 758. A Trect, à Maestricht [Trajectum) . M. Buchon et les imprimés portent Atrect.

RECOLLECTiON. 101

De sa barbe barbue , 760 Car il vint à jubé,

Je veiz Gand qui prospère Sur Flamens triumphans , Au desplaisir du père, Retenir deux enfans ; 765 Le père, à force d'armes, Les reconquis!^ s'en feu Gand, pour ses gros vacarmes En danger d'estre en feu.

Comme paysans viles, 770 Portans flesches et dardz , Quirent aux bonnes villes Du vin pour leurs souldars ; Maint archer fit son hoste D'autour de Saint Bavon ,

V. 760. Fenir à jubé, signifie qu'il vint à résipiscence , qu'il Ht amende honorable.

V, 761. Sur les querelles des Flamands et de Maximilien pour la tutelle de ses enfans, »o»>Molinet, ch. cvii, viii , ix, x, xii, xiv, xv, xvi , xvii ; Barante,X, 8; Histoire de la Toisoii-d'Or, p. 181. Molinet a composé un poème intitulera Conciliation de la ville de Gand, où on lit :

Tremblez mutins, Mamelus et Liégeois, Courez, volez que bougeons empenez, Tremblez citez , villes , chasteaulx et toictz , Prenez exemple aux orgueilleux Gantois, Comment ils sont rifHez et ramenez.

Ainsy serez des meures ramenez Sy rien avez venu de mal acquest :

Aujourd'huy vault pis rencontre qu'aquest.

V. 773 et suiv. Maint archer, autour de Saint-Bavon , c'est-à-dire à Gand , força son hôte à porter vivres en hotte, comme un pauvre esclave.

102 RECOLLECTION.

775 Porter vivres en hotte, Comme povre Esclavou.

J'ay veu seigneur des Cordes Aux Flamens accorder, Cordeller grans discordes, 780 Pour pays descorder; Flamens se racordèrent Au duc que recordons ; Et les François cordèrent De guerre les cordons.

785 Aiguemont en Hollande Mena ses Cabillaux,

V. 777. Voilà encore Molinet équivoquant à satiété et jouant sur un mol jusqu'à impatienter le lecteur le plus bénévole. Mais ces puérilités de mauvais goût étaient alors des traits de génie. C'est ce qu'admirait Guillaume Crétin dans son ami Molinet.

Philippe, seigneur d'Esquerdes, de l'ancienne maison de Crèvecœur, fut, dit un écrivain, estimé et appelé le « Pyrrhus de ce siècle-là, parce qu'il ap- « prit aux gens de guerre à camper , et qu'il commença à faire combattre « l'infanterie par rangs et par bataillons , laquelle ne combattoit que tumul- « tuairement etétoit presque inutile; mais pour establir cette discipline et les » empescher d'estre pillards comme ils avoient toujours esté, il luy fallut user « d'une grande rigueur et faire pendre jusques à vingt soldats en un jour. II « dissuada le voyage d'Italie , et mourut à Lyon comme le roy (Charles VIII) B estoit prest d'y passer. Il avait coustume de dire que la grandeur et le repos « de la France dépendaient de la conqueste des Pays-Bas , et que c'estoit de u là principalement qu'elle jiauvoit estre troublée. » (Mémoire historique sur Charles VIII; Arch. cur. de l'hist. de France, I, 172.)

V. 785. aiguemont. Jean d'Egmont, chevalier de la Toison-d'Or, créé premier comte de son nom, par lettres patentes de l'an 1486. 11 épousa Madeleine de Verdenberg, fille de Christophe de Verdenberg et de Béatrice de Baden. En Hollande il protégeait les Kabillaauws contre les Hoecks.

RECOLLECTION. 103

Armez d'escaille grande, Dure comme caillaux , Faindant grand marchandise 790 Estre en ung vaisseau frec, Prindrent, par vaillantise, La ville de Dordrec.

Puis ouys , chose amère Plus fière que devant !

795 Au ventre de sa mère Brayre ung petit enfant , Et au Quesnoy-le-Comte Tant hault plaindre et gémir , Que la mère , à bref compte ,

800 En laissa le dormir.

J'ay veu deux ou trois isles Trouvées en mon temps, De muscades fertilles , Et dont les habitans

Page 1