DeUsle, Mandements de Charles F, n
XXviij INTRODUCTION.
fois tellement fabuleux, tellement singulier, qu'il faut admettre entre elle et les sources contemporaines l'existence de plusieurs intermédiaires. On peut remarquer en outre que les Grandes chroniques de Flandre, récemment rééditées par M. Kervyn de Lettenhove, ne renferment aucun trait qui puisse faire croire que la première rédaction de cette compilation, rédaction que l'éditeur rapporte aux environs de l'année 1342, ait pu servir de source k l'auteur de la Chronique normande.
Dans les Annales du Mineur de Gand et dans la chronique de Gilles li Muisis, on remarque certains traits, certains passages qui se retrouvent dans notre chronique; ainsi les trois ouvrages débutent par une courte généalogie de Gui de Dampierre^ Dans l'ouvrage de l'abbé de Tournai, on reconnaît au moins quatre longs passages analogues aux passages correspondants de la Chronique normande. Commencement, ouverture des hostilités (édit. de Smet, pp. 184-185) ; soumission de Gui de Dampierre à Charles de Valois, mauvaise foi de Philippe IV {ibid., 189- 190; voir notre édition, p. 15) ; ruse du roi Edouard P"" en 1302 (ibid., 197-198; édition 20-22); stratagème des Flamands après la bataille de Mons-en-Puelle {ibid., 201 ; édition 27). Mais ces ressemblances n'ont rien de bien concluant, La généalogie du comte Gui était un préambule tout indiqué pour une chronique commençant à 1294 ; Gilles li Muisis rapporte de la même façon que notre chroniqueur les suites de la bataille de Mons-en-Puelle, mais il ajoute certains détails que la Chronique normande ne renferme pas. Enfin l'anecdote sur Edouard P"" se trouve
1. Voir, pour le Mineur de Gand, Mon. Germaniee hist., Scriptores, XVI, pp. 555-597, et Gilles li Muisis, édit. de Smet, dans le Corpus chronicorum Flandrix, t. II (1841), pp. 184 et suiv.
INTRODUCTION. Xxix
ailleurs que dans ces deux chroniques, notamment dans celles de Saint-Denys ^ ; cette anecdote servait à expliquer plusieurs faits peu compréhensibles, l'inaction d'Edouard P' en 1302, après Courtrai, le retour précipité de Philippe IV en France et la levée du siège de Douai. Guillaume de Nangis ^ se contente de blâmer l'inaction du roi, se faisant sur ce point l'écho des plaintes de la noblesse ; son premier continuateur ^ parle des conseils pervers, qui circonvinrent le roi, et les Chroniques de Saint-Denys , après avoir traduit ce dernier passage, ajoutent quelques lignes résumant l'historiette longuement racontée par Gilles li Muisis et la Chronique nonnande.
On voit par ce dernier exemple que toutes les ressemblances entre ces deux chroniques n'ont rien de bien concluant; elles prouvent tout au plus que Gilles li Muisis et notre auteur ont employé une même source ancienne , que nous ne pouvons déterminer d'une manière précise. C'est à cette source, écrite probablement en latin^ que notre auteur a emprunté une partie de son récit, en y ajoutant certains faits que lui fournissait la tradition ; telles sont les anecdotes sans grande originalité dont il enjolive son récit du siège de Lille de 1291 \
Ce que nous pouvons dire de cette chronique inconnue, c'est qu'elle était l'œuvre d'un Flamand, dévoué à la cause du roi de France*^, et qu'elle devait se terminer peu après l'année