‹ Chronique normande du XIVe siècleChapitre 11 sur 315 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

4. Voir p. 17 de notre édition ; l'auteur appelle /e Roi le célèbre agitateur Pierre Konynk ; un texte écrit en français en Flandre même aurait donné la forme germanique.

6. Il était peut-être originaire du Tournaisis, dont les habitants

XXX INTRODUCTION

1304, date de la bataille de Mons-en-Puelle, car les renseignements de notre auteur, après cette date, deviennent tout à fait confus , même en ce qui concerne les événements du pays flamand, qui jusque-là ont été seuls l'objet de ses récits ^ .

De la seconde partie du commencement de notre chronique, nous n'avons pas grand' chose à dire, sinon qu'elle est extrêmement abrégée , — en six pages l'auteur raconte les événeinents de dix-huit ans, — et pleine d'erreurs énormes. En déterminer les sources serait difficile et peu intéressant. L'auteur nous paraît avoir employé une de ces courtes généalogies des rois de France, qui furent écrites en si grand nombre au commencement du xiv^ siècle, mais ou il avait mal choisi sa source, ou il en a mal profité. Comme notre auteur vécut de bonne heure dans l'intimité des seigneurs de la cour, il se pourrait aussi qu'il ait tenu certains détails de témoins plus ou moins oculaires et que sur quelques événements il nous ait conservé la version ayant cours dans un certain milieu ^.

Les trois pages que l'auteur consacre au règne de Charles le Bel, étant presqu'entièrement remplies par le récit de la révolte des Flamands de 1.324 à 1326, sont soit tirées d'un texte perdu, soit rédigées par lui à l'aide de renseignements fournis par des témoins oculaires. Dans ce fragment, les faits sont racontés avec plus d'exactitude que dans le précédent.

Nous ne connaissons de la Chronique normande que les deux manuscrits suivants :

furent pendant tout le xiv<= siècle dévoués à la cause française.

2. Voir notamment son récit de la mort de Philippe le Bel, pp. 30-31.

INTRODUCTION. XXXJ

1" Paris, Bibliothèque Nationale, ms. franc. 4987 (ancien Regius 9654 3-3, qi supplément français 530), Parchemin; 105 ff.; longues lignes, haut. 257, larg. 176 mm. Fin du XIV® siècle ou commencement du xv*" siècle. Pour tout ornement, quelques initiales de couleur. Le premier feuillet manque. Demi-reliure en maroquin rouge aux armes de Napoléon P""; plats en veau fauve. Nous désignons ce manuscrit par la lettre A.

2" Toulouse, Bibliothèque de la ville, ms. n. 510 (ancien I, 199; provenance inconnue). Vélin; 122 ff.; longues lignes, haut. 273 mm. Milieu du xv*^ siècle. Aucun ornement. Ancienne reliure en bois, couvert de cuir brun estampé, avec fermoirs et ornements en cuivre. Nous désignons ce manuscrit par la lettre B,

Les deux manuscrits sont l'un et l'autre assez fautifs; les noms de lieux et de personnes ont été singulièrement estropiés par les copistes, qui en ont même laissé quelquesuns en blanc. Les deux manuscrits présentant les mêmes lacunes, on peut croire au premier abord que le plus récent a été copié sur le plus ancien. Toutefois certaines variantes prouvent que les deux exemplaires ont bien pour source commune un manuscrit perdu, dont nous nous occuperons tout à l'heure, mais que d'ailleurs ils sont indépendants l'un de l'autre. Voici quelques exemples à l'appui :

P. 40, note 3, A donne pors, B pays.

P. 53, A, Gieuffroy de Malatrait; B, Charle de M.

P. 56, note 1, trois mots : virent ce, Hz manquent dans A, qui se retrouvent dans B.

P. 70, note 1, même remarque pour six autres mots.

P. 92, note 2, quatre mots ajoutés par B ^

î. Voir encore p, H9, note 4; p. 120, uote4; p. 125, notes 2 et 4; p. 128, note 5; p. 130, note 1, etc.

XXxij INTRODUCTION.

Ces variantes prouvent évidemment que A et B ont été copiés sur un autre manuscrit, que nous désignerons par C , d'où nous tirons :

Ce manuscrit C, que nous ne possédons plus, n'était pas l'original de la chronique, car il renfermait certaines lacunes , reproduites par A et par B , qui ne se retrouvent pas dans la seconde rédaction, que nous étudions plus loin. Quelques-unes * peuvent être le résultat de bourdons, c'està-dire que la répétition du même mot à une faible distance a trompé le copiste de C, mais il n'est pas de même de plusieurs autres, qui sont beaucoup plus significatives. Racontant certains événements de la guerre de Bretagne, l'auteur de la Chronique normande parlait sans aucun ménagement de la trahison d'Olivier de Clisson et des autres seigneurs bretons, décapités à Paris en 1342 ^ Tous ces passages se retrouvent dans la seconde rédaction déjà citée de la chronique, mais avaient été laissés en blanc dans le manuscrit C , d'où dérivent A et B; presque toujours le copiste s'était contenté de supprimer le nom de Clisson, sans craindre de rendre la phrase incorrecte. Ce fait nous paraît prouver que le manuscrit C, aujourd'hui perdu , fut écrit à l'époque où le fils du Clisson décapité en 1342 était devenu connétable de France et avant sa disgrâce définitive, c'està-dire entre 1380 et 1392. Le copiste de C aura jugé peu prudent de mettre au nombre des traîtres le père du puissant ministre de Charles VI. Il faut donc admettre au moins l'existence de quatre manuscrits de la chronique :

\. Voir par exemple p. 4, note 2; p. 19, n. 2; p. 34, note 2. 2. P. 50-51, 55, 58, notes 2 et 3; p. 61, notes 1, 2 et 3.

INTRODUCTION. XXxiij

l'un D, original ou copie de l'original sans lacunes, C, copie de D avec lacunes, tous deux perdus, plus AetB, qui nous ont conservé le texte mutilé et fautif de G , d'où le tableau suivant :

Ce que nous avons dit jusqu'ici donne déjà une idée de l'intérêt que présente notre chronique pour l'histoire militaire du xiv^ siècle. Il ne faut pas y chercher des renseignements bien nouveaux sur les grandes batailles de la première partie de la guerre de Cent ans ; les récits qu'elle renferme des journées de l'Ecluse, de Crécy, de Poitiers et d'Auray ne sont ni plus ni moins exacts que ceux que Froissart nous a transmis de ces mêmes événements, et nous sommes trop prudents pour comparer le style incolore et monotone de l'auteur anonyme avec celui du chroniqueur de Valenciennes. A la Chronique normande manquent également la précision et la netteté ^e^ Grandes Chroniques, la vie et la passion de l'ouvrage de Jean de Yenette. L'auteur s'est si peu mis en avant, que nous avons eu peine dans le récit de ces innombrables escarmouches à retrouver trace de sa personnalité. En revanche, pour toutes ces opérations secondaires, qui malheureusement ne décidèrent pas seules du sort du royaume, notre chronique est extrêmement précieuse*. On y voit à l'œuvre cette petite noblesse

1. Le désordre qui règne dans la dernière partie de l'ouvrage est facile à expliquer, l'auteur ayant évidemment écrit de mémoire. On peut adresser le même reproche à V Histoire du bon duc Loys, de Cabaret d'Orville, rédigée dans les mêmes conditions.

XXX iv INTRODUCTION.

française, qui, si elle eût seule dirigé les affaires, eût peut-être épargné à la France quelques-unes des hontes que lui valurent l'impéritie de Philippe VI et de Jean II, l'imprudence et l'incapacité des grands seigneurs. Elle permet surtout de fairejustice de certaines idées aujourd'hui courantes touchant l'organisation militaire de la France comparée à celle de l'Angleterre au xiv^ siècle. Supposons Edouard III en 1346, le prince Noir en 1356, rencontrant devant eux non pas la grande cohue féodale, qui se laissa si bien disperser à Crécy et à Poitiers, mais une petite troupe d'hommes choisis, bien conduits, bien armés, comme celles qui sous les du Guesclin, les Mouton de Blainville, les Guillaume du Merle débarrassèrent plus tard la Normandie d'une nuée d'aventuriers de toutes nations ; donnons pour maître à ces capitaines à la fois prudents et hardis un Charles V au lieu d'un Philippe VI ou d'un Jean le Bon, et ces deux campagnes entreprises par les princes anglais contre toutes les règles de la guerre, avec une témérité que les Français eux-mêmes montrèrent à peine deux ou trois fois en cent ans, auraient eu une tout autre issue; Edouard III, le prince Noir, isolés au milieu d'un pays ennemi, sans communications, sans base de retraite, auraient chèrement expié leurs aventures et leurs pillages. Dans les deux pays, nous trouvons, quoi qu'on en ait dit, même organisation militaire, même mode de recrutement, même emploi de mercenaires étrangers. Ne sont-ce pas des Gascons, c'est-à-dire des demi- Français, qui ont fait bien souvent et notamment à Poitiers le succès des Anglais ? La France au xrv^ siècle avait assez d'hommes, d'argent et de courage à son service pour repousser les attaques d'Edouard III ; elle ne s'est pas abandonnée elle-même, comme on l'a cru souvent; la direction suprême lui a seule manqué. Si elle eût eu à sa tête, au lieu des

INTRODUCTION. XXXV

deux premiers Valois, nous ne dirons pas un Philippe le Bel ou un Charles V, mais seulement un prince tel que Philippe V ou Charles IV , cette terrible guerre de Cent ans n'eût été ni plus longue, ni plus à craindre que toutes les guerres de Gascogne du commencement du xiv^ siècle.

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