‹ Chronique normande du XIVe siècleChapitre 9 sur 315 · M., ibid., p · texte numérisé non relu

M., ibid., p

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cette dernière hypothèse, l'auteur aurait donné beaucoup phis de dates et il n'aurait pas commis la faute énorme de placer avant la mort du roi Jean certaines campagnes des années 1365 et 1366 en Normandie, campagnes qu'il raconte d'ailleurs avec beaucoup d'exactitude*. Pour comprendre qu'un écrivain généralement bien informé ait pu commettre une pareille erreur, il faut admettre un intervalle de plusieurs années entre ces événements et le moment où le chroniqueur se décida à les raconter.

Nous supposons donc que la rédaction de la chronique date au plus tôt de 1368 ou de 1369; voici quelques réflexions qui tendraient à confirmer notre hypothèse. En 1364, Jean de Chalon, fils du comte d'Auxerre, servait sous du Guesclin; l'auteur remarque qu'il se faisait appeler comte d'Auxerre, bien que son père vesquist encore. Ce dernier mourut en 1366 ou en 1368, suivant les auteurs^. En parlant de la bataille de Cocherel, l'auteur dit que Charles V délivra le captai de Buch sans rançon et le retint à son service^. En 1371, rompant ses engagements, ce capitaine recommença la guerre pour le compte du roi de Navarre, et le chroniqueur ajoute qu'il « en fu moult blasmé de pluseurs « gens, car on tenoit que il avoit eu de grans seremens au « roy de France, quant il le délivra de sa prinse de la ba- « taille de Coicherel et lui flst maint autre prouffit^ >' Il suffit de connaître un peu la manière d'écrire de l'auteur, pour affirmer que, si, à l'époque où il rédigea le premier des

2. P. 174. Voir le P. Anselme, VI, 201, et Y Art de vérifier les dates, éd. in-fol., II, 572.

3. P. 173. « Et depuis délivra le roy Charle.s le captai de Beuf « sans paier rençon et pour certains convenans que il lui fist de le « servir. »

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deux passages cités, il avait connu l'abandon du parti français par le captai, il n'eût pas manqué de prévenir le lecteur que ce seigneur ne devait pas rester longtemps fidèle à ses nouveaux engagements. La chronique aurait donc été commencée suivant nous avant 1371 , et nous proposons l'année 1369, date de la reprise des hostilités contre Edouard III. En parlant du traité deBrétigny, l'auteur insiste en effet sur la clause célèbre tenue longtemps secrète, portant que le roi d'Angleterre ne serait affranchi définitivement de l'hommage pour le duché de Guyenne, que s'il remplissait scrupuleusement tous ses engagements ^, et quelques lignes plus loin il fait remarquer qu'Edouard ne se préoccupa nullement de faire évacuer le pays par ses bandes, malgré les stipulations du traité ^. Le rapprochement de ces deux passages nous fait croire qu'à l'époque où l'auteur les écrivit , la guerre était de nouveau déclarée, et qu'il sentait le besoin de justifier entièrement Charles V.

Commencée vers 1369, la Chronique normande (ui continuée iusqa' en 1372, date de la prise de Breteuil; comme elle se termine assez brusquement, on peut croire que l'auteur mourut peu après cette dernière année. Sa mort est en tout cas antérieure à 1376, date de celle du Prince Noir, dont il note la maladie et l'affaiblissement , mais qui était encore vivant à l'époque où il écrivait 3, date également de la mort du captai de Buch^. En second lieu, dans ce qu'il rapporte des conventions entre les Français et les

4. Peut-être même sa mort est-elle antérieure à 1375, date de la première trêve conclue avec l'Angleterre, trêve qu'il aurait probablement annoncée en parlant de la reprise des hostilités, s'il avait écrit après sa conclusion (p. 189).

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Anglo-Navarrais de Breteuil, il ne dit pas que cette garnison rompit bientôt le traité et qu'en 1376 la place fut définitivement reprise par les troupes royales K

En un mot la Chronique normande , commencée suivant nous vers 1369, fut rédigée pendant les années 1369- |372 et l'auteur dut mourir peu de temps après, en 1373 ou 1374.

Tout ce qui précède ne concerne que la deuxième partie de la chronique, celle qui raconte les événements postérieurs à 1328. En effet tout le commencement est certainement tiré de sources plus anciennes , que nous n'avons pu déterminer d'une manière précise. En parcourant cette première partie de la Chronique normande, on y reconnaît bientôt trois morceaux de valeur et de longueur différentes : 1° un récit assez détaillé par endroits des guerres entre Gui de Dampierre et Philippe le Bel de 1294 à 1304 (pp. 1-28) ; 2" quelques notes sans intérêt et pleines d'erreurs sur les dernières années de Philippe IV et les règnes de Louis X et de Philippe V (pp. 28-33); 3" un récit assez étendu de la révolte de la Flandre contre Louis de Nevers de 1324 à 1326 (pp. 33-36).

La date d'ouverture des hostilités entre Gui de Dampierre et son suzerain a servi de point de départ à plus d'une chronique du xiv^ siècle ; nous citerons notamment le Mineur de Gand, dont le récit s'arrête à l'an 1308, et Gilles li Muisis, abbé de Saint-Martin de Tournai, qui fait commencer à l'année 1294 la troisième partie du sixième traité de sa chronique. Toutefois ni l'un ni l'autre de ces deux auteurs n'a servi de source à la Chronique norynande; malgré l'exactitude de certaines dates, le récit de celle-ci est par-

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