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Nous n'avons pu constater l'existence de plus de quatre copies anciennes de la Chronique normande, telle que nous la publions. La chose n'a rien d'étonnant pour une chronique du xiV siècle. Ajoutons que la nôtre a été extrêmement répandue au xiv^ et au xv'' siècle, mais sous une autre forme, et que la faveur accordée au remaniement a dû faire oublier la version originale. On remarquera, en lisant notre texte, que nous avons imprimé en notes de nombreuses variantes de mots et de phrases, tirées du ms. fr. 5610 de la Bibliothèque Nationale; dans certains cas même nous empruntons sa leçon à ce dernier, comme plus correcte que la forme correspondante donnée par les manuscrits A et B. En effet, bien que la rédaction, qui nous a été conservée non seulement par le ms. 5610, mais par un grand nombre d'autres, dont nous parlerons tout à l'heure, soit une rédaction abrégée et remaniée, très souvent, notamment chaque fois qu'il s'agit du nord de la France ou de la Flandre, elle nous donne des dates plus exactes, des formes meilleures de noms d'hommes et de lieux.
Jusqu'à la campagne de Derbi en Guienne, les deux rédactions ne diffèrent qu'assez peu; les manuscrits de la seconde permettent seulement de combler certaines lacunes, de corriger quelques mauvaises leçons des copistes de A et de B. Mais, à partir de 1345, l'écart entre les deux rédactions commence à s'accuser ; dès ce moment on reconnaît que l'auteur de la plus récente a cherché à condenser, à abréger le texte original, en supprimant les détails les
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moins importants ou qu'il jugeait tels, sans craindre de rendre parfois le récit inintelligible. C'est ainsi que déprime abord il supprime l'épisode de la bataille d'Auberoche (p. 66) et qu'il écourte tellement le récit des opérations de Derbi que la version primitive, déjà peu vraisemblable, devient inacceptable dans l'abrégé. Il était toutefois utile de mettre les deux rédactions sous les yeux du lecteur ; car même dans le cas oiî elle abrège, la seconde a pu conserver un membre de phrase , une circonstance , faisant partie du texte original et qui manque dans les mss. qui nous en sont restés ^
Le récit de l'expédition d'Edouard III en Normandie est à peu près identique dans les deux recensions ; celui de la bataille de Crécy est au contraire assez diffèrent, et dans le ms. 5610 il est beaucoup moins net, beaucoup moins exact^. Les indications suivantes permettront du reste de se rendre compte des modifications que le texte primitif a subies dans la seconde rédaction.
P. 83 ; 5610 donne tout un passage sur l'expédition de Derbi en Saintonge et en Poitou après Crécy, qui manque dans A et B. Il semble que ce soit le remaniement d'un passage de ces derniers mamiscrits (v. p. 69) ; seulement pour des raisons que nous ne connaissons pas, l'auteur de la seconde rédaction a placé ces événements à leur véritable date.
P. 92-95. L'abréviateur commence à partir de cet endroit à omettre toutes les parties du texte primitif qui ne se rapportent pas directement à la Flandre, et cette tendance ira en s'accentuant à mesure que nous approcherons de la fin de la
1. Voir notamment p. 68, note, ce que la seconde rédaction dit du rôle de Rairaond Foucaud, en 1346.
'2. Voir p. 81, note 3.
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Chronique normande ; il commence par supprimer tout le récit excellent des campagnes d'Agenais et de Poitou en 1349 et 1350 ; le paragraphe sur Le Galois de la Heuse (p. 95) subit le même sort.
P. 97-99 et 100-101. Opérations du maréchal de Nesle en Poitou, campagne en Guienne (1351), combat de Comborn, omis également par l'abrégé. Le récit du siège de St-Jean d'Angely (p. 99) est extrêmement écourté, ainsi que les pages suivantes, où pourtant il s'agit de l'histoire du nord de la France ; l'auteur de l'abrégé supprime même tout ce qui est relatif à la bastide de Guines (pp. 102-103).
Les lacunes se multiplient à partir de cet endroit. Dans 5610 on ne trouve ni le récit du combat de Mauron, ni celui des expéditions d'Audrehem en Bretagne, des joutes de Dinan et dePontorson (pp. 105-108); un peu plus loin, l'auteur de l'abrégé supprime également l'expédition du sire de Garencières en Ecosse (pp. 108-109). En outre, à dater de 1356, non seulement il mutile le récit original, mais encore y ajoute certains faits qu'il emprunte à d'autres sources qu'il serait difficile de déterminer. Citons notamment le récit de la guerre des Navarrais eu Normandie, au printemps de 1356 (p. 111, note). A partir de cet endroit, l'auteur omet définitivement tout ce qui est relatif à la Normandie, à la Bretagne et aux provinces voisines*.
Les parties du récit primitif qui ont été conservées ont été parfois transcrites en entier, mais le plus souvent on les a abrégées. Ailleurs l'auteur de la seconde recension, tout en conservant les faits racontés par la chronique originale, a changé ses expressions et ajouté quelques
1. Voir pp. 117-118; 119-123; 139-141; 148-149; 149-151; 155- 156; 157-169; 169-170; 174-175; 177-178; 191-195; 198-203.
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détails qui n'ont rien d'ailleurs de bien caractéristique *. Quelquefois aussi il faut sup}3oser l'emploi par lui d'une autre source, qui lui a fourni des additions en petit nombre et certaines corrections. Nous avons déjà noté le fait à propos des campagnes de Guienne de 1346; il se représente pour le traité de Brétigny^ ; dans les récits de batailles, les différences consistent surtout en noms ajoutés aux listes de combattants, de morts, de blessés ou de prisonniers ; tel est le cas pour les batailles de Cocherel et d' Auray ^ . Le récit des guerres d'Espagne a été également très écourté * et l'auteur du remaniement n'a ajouté aucun détail au texte primitif ; il se contente de suppressions qui sont quelquefois dignes de remarque ; ainsi il ne dit rien de la lutte corps à corps entre don Henri et don Pèdre, lutte qui se termina par la mort de ce dernier^,
A partir de l'année 1369, date de la reprise des hostilités entre Charles V et Edouard III, l'abréviateur semble de plus en plus désireux d'atteindre la fin de sa tâche ^. Après quelques mots sur la rupture du traité et la soumission du Ponthieu, il conserve le récit de la campagne de 1369 dans cette dernière province', mais supprime tout ce qui suit dans la Chronique normande iusqnk l'expédition de Robert Knolles en 1370^. Arrivé à cet événement, il résume en quelques lignes le long récit de l'original,
1. Voir par exemple p. 146, tableau de la situation du royaume vers 1360.