Ainsi il place Tolède à trois lieues de la mer (p
vilj INTRODUCTION.
sant son enfance et sa jeunesse, servant plus tard sous différents chefs militaires et parcourant à leur suite une partie du royaume; retiré sur le tard dans son pays natal, il aura raconté dans la dernière partie de son ouvrage les événements dont cette province fut alors le théâtre, événements dont beaucoup se passèrent sous ses yeux.
Notre auteur appartenait certainement au parti royaliste. Sans s'interdire de louer ou blâmer suivant l'occurrence la conduite des gens de guerre de tous les partis dont il raconte les exploits, dans les rares occasions où il lui arrive de parler d'événements politiques, il s'exprime en partisan dévoué des Valois. En 1357, il se montre hostile aux Etats et favorable au régenta Les adversaires du dauphin, Etienne Marcel et ses partisans, le roi de Navarre, sont assez maltraités par lui; parlant des sermons de ce prince au peuple de Paris, il s'exprime ainsi : « Et pluseurs « autres belles paroles dist au peuple en se plaingnant du « roy Jehan et en blasmant le régent et ses faits. Dont au- « cunes gens tenoient ses paroles estre fausses et decevables, « mais contredire ne l'osoient, pour ce que il estoit receuz « et avouez des souverains gouverneurs de la ville de « Paris ^ » Il n'oublie pas de rapporter l'accident arrivé au bourreau de Paris, chargé de décapiter deux officiers du duc de Normandie, sans du reste se permettre aucune réflexion 3; enfin quand Charles le Mauvais se décide à combattre les Jacques, il a soin d'ajouter : « Et dient aucuns « que les Jacques s'attendoient que le roy de Navarre leur « deust aidier pour l'aliance que il avoit au prevost des mar-
INTRODUCTION. • IX
« chans, par lequel prevost la Jacquerie s'esmut, si comme « on dit ^ »
Assez impartial d'ailleurs pour reconnaître les qualités des ennemis de la cause qu'il sert, il fait l'éloge de Philippe de Navarre, frère de Charles le Mauvais, « qui fut « moult honnorable chevalier 2. » Mais partisan dévoué des princes de la maison de Valois, il est par suite ennemi déclaré du roi d'Angleterre ; sans lui faire de reproche direct, il n'oublie jamais de parler des ravages commis par ses troupes; qu'Edouard III, pour échappera l'armée de Philippe VI, en 1346, pour fortifier son camp devant Calais, en 1347, accepte le défi du roi de France sans se soucier de tenir sa parole ^, il ne manque pas de noter complaisamment le fait; enfin il recueille les mauvais bruits qui couraient sur les mœurs du roi d'Angleterre et se montre peut-être trop affirmatif en parlant de ses amours avec la comtesse de Salisbury *.
Puisque , suivant nous , l'auteur de la Chronique normande était un homme de guerre, est-il possible de savoir sous quels chefs il servit successivement? Ce serait le moyen de déterminer exactement la valeur de chacun de ses récits. 11 est rare que notre auteur exprime ses sentiments personnels; pourtant à l'année 1350, racontant la mort tragique de Raoul, comte d'Eu, connétable de France, il parle ainsi: « Et fut grand dommage de sa mort, car c'estoit « moût noble et moult vaillant prince. Après sa mort fut « connestable deFranceCharles d'Espaigne, queleroy Jehan « ama moult, et dit on que icelluy Charles avoit moût