‹ Chronique normande du XIVe siècleChapitre 8 sur 315 · P. 102-103 et · texte numérisé non relu

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Il accompagna peut-être, vers le même temps, les seigneurs normands qui allèrent en Bretagne rejoindre le maréchal deNesle, et prendre part au désastreux combat de Mauron (14 août 1352) *; il connaissait tout au moins quelques-uns de ces chevaliers, et a pu, grâce à eux, donner un récit très exact des péripéties de l'action. En tout cas, il ne tarda pas à venir en Bretagne avec le maréchal Arnoul d'Audrehem (135.3-1354), assista à la prise de Landal, aux combats de Combourg et de Montmuran, et aux joutes de Dinan et de Pontorson ^. :-

Nous ignorons absolument dans quelle province notre chroniqueur passa les années 1355-1356. Il ne prit aucune part à l'expédition du sire de Garencières en Ecosse^; il n'assista pas non plus aux débuts de la guerre entre le roi Jean et les Navarrais *. Peut-être était-il à Poitiers le jour de la bataille; nous n'oserions l'affirmer, les détails qu'il donne étant si peu caractéristiques qu'il a bien pu les tenir de témoins oculaires de ce désastre^. Nous croyons plutôt qu'il séjournait à ce moment en Normandie , où la guerre civile venait de recommencer; il put assister à quelques-unes des escarmouches qui y marquèrent les années 1356, 1357 et 1358 : combats entre les gens de Philippe de Navarre et les seigneurs d'Hambye ; prise de Pontaudemer, etc. ^.

Il arrive ensuite au récit des troubles de Paris ''', mais rien ne prouve qu'il ait quitté la Normandie à cette époque. Il habi-

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tait certainement cette province , quand eut lieu le combat, où périt Godefroi d'Harcourt; il connaît jusqu'aux étapes fournies par la troupe qui délivra le régent de ce redoutable adversaire *. Les événements qui suivirent sont racontés avec détails, précision et exactitude, et il jjrit part très probablement à la campagne de 1356-1357, conduite par Robert de Clermont , maréchal de France , le sire d'Houdetot , maître des arbalétriers, et Louis d'Harcourt, campagne qui délivra en partie le pays normand desNavarrais, mais en l'épuisant. C'est à cette occasion que l'auteur donne des éloges mérités à la noblesse normande, qui servit le régent à ses propres frais et se ruina à son service 2.

Le récit de tous ces combats est suivi dans la chronique de celui de la révolution parisienne ; il est bien évident que l'auteur parle ici par ouï-dire et qu'il n'a point assisté aux événements qu'il rapporte. Notons toutefois quelques renseignements utiles, quelques mots sur les sermons du roi de Navarre , de curieux détails sur les ligues formées par lui avec certains seigneurs normands et picards 3.

Le récit de la Jacquerie, qui suit, est également très intéressant; on y relève beaucoup de menues erreurs de dates; la cause donnée au soulèvement par l'auteur est beaucoup trop particulière^, mais on y trouve nombre de renseignements à noter, et sans être aucunement favorable aux Jacques, l'auteur insiste sur les excès des nobles et sur leurs exactions, et confirme ainsi les dires de Jean de Venette, sans d'ailleurs partager sa sympathie pour les révoltés. Nous croyons que, pendant toute cette saison, il ne cessa de por-

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ter les armes et qu'il assista notamment au combat de Lignières, livré aux Jacques par les Normands*; il nomme le seul chevalier tué dans l'action, Testart de Picquigni, et donne quelques détails caractéristiques. Peut-être, mais la chose est moins sûre, était-il aussi au nombre des défenseurs de Meaux ; certains termes de son récit permettraient de le supposer ^.

Nous pensons également, mais il nous serait assez difficile de prouver notre hypothèse, qu'il fit partie de l'armée rassemblée par le régent pour soumettre Paris, et que c'est grâce à cette circonstance qu'il connut les résolutions du conseil du prince , les détails du combat entre les Parisiens et la garnison anglaise de Saint-Cloud et les péripéties de la révolution qui renversa Etienne Marcel ^.

Les événements qui se passèrent à Paris en 1358 étaient d'une telle importance , que notre auteur, alors même qu'il n'eût assisté à aucun d'eux, ne pouvait se dispenser d'entrer dans quelques détails à leur sujet. Mais une fois racontés ces faits plus politiques que militaires, il revient à son sujet de prédilection , c'est-à-dire à l'énumération des escarmouches entre Anglais , Navarrais et Français. Après avoir raconté les opérations de Charles le Mauvais en Picardie et en Normandie *, il nous donne sur la tentative de Jean de Picquigni contre la ville d'Amiens, en septembre 1358, des détails si précis, qu'il est à croire qu'il faisait partie de la troupe qui vint avec le comte de Saint-Pol délivrer la ville ^ Tout d'ailleurs prouve que l'auteur habitait le nord-ouest

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de la France à ce moment; il consacre, il est vrai, quelques lignes k l'expédition d'Eustache d'Auberchicourt en Champagne et à la bataille de Brignais, qu'il place mal à propos en 1359 ' ; mais il accorde beaucoup plus d'espace au récit de la campagne de 1358-1359 en Vexin, en Normandie et sur les confins de la Picardie 2. Il semble avoir assisté, au printemps de 1359, au siège deSaint-Valéri; il sait en effet le nombre des combattants , les circonstances qui marquèrent la reddition de la place, et n'oublie pas d'expliquer comment, grâce à l'impéritie de Moreau de Fiennes , Philippe de Navarre put se tirer du mauvais pas où il s'était engagé 3. Peut-être assista-t-il également au siège de Blangi par les Normands, siège qui grâce à l'appui du roi de Navarre se termina par la prise de la place"*.

C'est à cet endroit de son récit que notre auteur place un tableau de la malheureuse situation de la France à cette époque, tableau faible de style, mais énergique et qui prouve en faveur de l'auteur ^. C'est comme une préface au récit du soulèvement des paysans de Longueil-Sainte-Marie, sous leur chef, Guillaume l'Aloue. Il s'attarde à nous raconter les exploits de ces humbles défenseurs du sol français, et la description de la forteresse, où les paysans s'étaient réfugiés, nous porte à croire qu'il connaissait cette partie de l'Ile-de- France ^. '

Notre chroniqueur continuait cependant à parcourir la Normandie et les provinces voisines; en douze lignes il

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raconte la marche d'Edouard III de Calais à Reims et à Paris S et il accorde une page au récit du combat de Faverel, perdu par les Français^; il n'oublie pas des escarmouches insignifiantes à Tosteville, à Chaudecote, etc., il parle des exploits de Bertrand du Guesclin à Saint-Meen-de-Gueel ^, tous événements de faible importance et qui ne pouvaient ni améliorer ni empirer la situation de la France, mais qui frappaient avant tous autres les yeux de notre auteur, qui en était témoin.

Jusque vers 1351, le chroniqueur paraît avoir servi sous les chefs les plus divers , le comte d'Eu, Robert d'Houdetot, le bon seigneur de Beaujeu*, Louis d'Harcourt, Arnoul d'Audrehera, Geoffroi de Charni, Mais maintenant la renommée de tous ces capitaines s'efface devant celle d'un plus rude jouteur, d'un homme de guerre aussi courageux, mais plus habile et parfois plus heureux. La Chronique normande a déjà parlé de Bertrand du Guesclin à propos du siège de Rennes par Lancastre en 1356^ ; elle a mentionné sa prise au pas d'Evran ^ ; maintenant elle raconte ses prouesses en Bretagne , et voici en quels termes : « Moult « d'autres belles besoingnes avoit fait ledit Bertran sur le « pais de Bretaigne contre les Englois'^. » Désormais l'auteur ne laissera échapper aucune occasion de faire l'éloge de son nouveau héros et s'attachera de plus en plus au récit de ses marches et contre-marches ^.

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Pour le moment , il est occupé à raconter les événements qui précédèrent et rendirent inévitable le traité de Brétigny * ; écrivant après la reprise des hostilités et la rupture du traité, il n'oublie rien de ce qui peut sauver Charles V du reproche d'avoir violé la foi jurée; il énumère les clauses secrètes , qui ne furent divulguées que plus tard ; il ne manque pas de faire remarquer qu'Edouard III ne tint nullement les promesses faites par lui lors de la conclusion de la paix^ Mais aussitôt payé ce tribut à l'histoire générale, l'auteur revient à la Normandie ; s'il parle des ravages de routiers en France, c'est uniquement d'après ce qu'il en a vu dans cette province ^, et il ne s'occupe guère que de la rude guerre que leur fit dès lors Bertrand du Guesclin sur les marches de Normandie et de Bretagne. Il serait difficile de marquer auxquels de ces faits d'armes notre auteur a pu assister, tous étant racontés avec un égal détail; notons pourtant le combat de Champ-Genestous , dans le Maine, auquel il put prendre part-*, la prise de Saint-Martiu-de-Seez par du Guesclin et Moreau de Fiennes ^, le combat de Mortain*^. Nous concluons également de certaines expressions qu'il dut suivre une partie de la noblesse normande au siège de Bécherel en Bretagne, et qu'au retour il assista avec elle à la prise de Beaumont-le-Richard''. Le récit de la prise de Quinquernon et de Romilly par Philippe de Navarre nous paraît également déceler un témoin oculaire^.

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Nous en dirons autant des opérations de Guillaume du Merle, capitaine en Basse-Normandie, qu'il raconte avec le plus grand détail et auxquelles il prit peut-être part : combat et prise de la Vignée , prise de la Remmée , siège du Homme en Cotentin. L'auteur connaît le pays, la position de cliaque troupe , les stratagèmes employés par les capitaines français et anglais, les circonstances de la capitulation de chaque placée Ces campagnes de du Guesclin et de Guillaume du Merle ayant duré trois ans, et ayant eu pour théâtre un pays peu étendu (départements actuels du Calvados, Orne et Manche), notre auteur a pu assister successivement à la plupart des combats qu'il raconte.

Arrivé à l'année 1364, il s'occupe encore de Guillaume du Merle, occupé à ce moment en Cotentin ^ puis passe à la bataille de Cocherel ; la lecture de son récit ^ prouve, à notre avis, qu'il assista à ce brillant combat et qu'il était alors sous les ordres de du Guesclin. Nous croyons qu'après la victoire il suivit Mouton de Blainville au siège d'Evreux^, et qu'il fit par conséquent partie du petit corps d'armée que Charles V envoya à son frère, Philippe le Hardi, pour l'aider à reprendre la place de la Charité-sur-Loire, occupée par Louis de Navarre^ ; c'est le seul moyen d'expliquer pourquoi il nous raconte la marche oblique du duc de Bourgogne depuis Orléans jusqu'à Rouen , et son retour en arrière vers la Charité , tous événements qui n'intéressent nullement la Normandie ; cette supposition permet également d'expliquer l'insignifiance de son récit de la bataille d'Auray, à laquelle

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dans cette hypothèse il n'aurait pu assistera Peut-être même suivit-il en L'ourgogne le duc Philippe , qui profita de l'occasion pour soumettre sa noblesse révoltée, et assista-t-il à la bonne petite hesoingne, où fut pris Jean de Neufchâtel ^.

Notre auteur s'occupe ensuite des expéditions de du Guesclin en Espagne ; mais dans cette partie de sa chronique son récit, quoiqu'on général assez exact, n'est point l'œuvre d'un témoin oculaire ; on n'y remarque aucun de ces traits que nous avons relevés ailleurs et qui marquent la part prise par l'auteur à l'action ; il a en outre des idées assez confuses sur la géographie de la Castille et place Tolède à trois lieues de la mer 3. Il tenait sans doute le fond de son récit de l'un des capitaines français, ou de quelqu'un de leurs compagnons ; il connaissait certainement les trois chefs qu'il cite : Arnoul d'Audrehem, le Bègue de Villaines et du Guesclin; remarquons même qu'il a grand soin de mettre sur le compte d'un Gascon anonyme la trahison qui livra don Pèdre à Henri de Trastamare, trahison que la plupart des chroniqueurs imputent à du Guesclin *.

En 1369, Charles V rompt le traité de Brétigny et recommence les hostilités contre les Anglais. Notre auteur n'exprime aucun doute sur la légitimité de cet acte^. Nous pensons qu'il reprit alors le cours de ses aventures et de ses voyages incessants. Il nous est impossible d'affirmer qu'il fût en Ponthieu, quand Hue deChâtillon, maître des arbalétriers, reconquit cette province , mais nous croyons qu'il fit partie de la grosse armée de Philippe de Bourgogne et de

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Moreaude Fiennes, campée à Tournehem en face des Auglais de Lancastre*. Sa présence à Purnon, où fut défait le comte de Pembroke ^ et au camp du duc de Bourbon qui n' estait pas grant forteresse, quand celui-ci, assiégeant Belleperche, fut atteint par l'armée du duc de Lancastre^, nous paraît toutefois chose plus assurée. Enfin nous croyons pouvoir affirmer qu'il était avec du Guesclin en 1370-1371 , pendant cette belle campagne où, grâce à la rapidité de ses marches, à la vigueur de ses coups, le nouveau connétable écrasa en quelques jours la redoutable armée de Robert KnoUes ; ce qu'il dit de la marche forcée de du Guesclin de Caen au Mans, sa description du lieu où les Français rencontrèrent les Anglais de Thomas de Granson, sa liste des chefs ennemis, presque tous inconnus, faits prisonniers, tout s'accorde pour fortifier notre hypothèse ^ Il paraît également avoir suivi du Guesclin k Bressuire, devant Saint- Maur, dans toutes ces petites expéditions, qui délivrèrent le pays des maraudeurs anglais, gascons, allemands, qui l'infestaient^. Il le suivit probablement aussi dans l'expédition entreprise pour secourir la garnison de Montpont et devait être avec lui au moment de la tentative sur Ussel ; il sait l'heure exacte à laquelle survint la tempête de neige qui força les Français à lever le camp et à battre en retraite^. Assista-t-il également aux sièges de Couches et de Breteuil par Mouton de Blainville, c'est ce qu'il nous serait impossible d'affirmer. L'auteur termine sa chronique à la reddition

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de ces deux places, et l'état des manuscrits ne permet d'affirmer ni que la fin a été perdue ni que dans l'autographe elle se terminait aussi brusquement.

Si pauvre que soit le style de notre auteur, si peu ornée que soit la forme de ses récits, il a des expressions, des tournures favorites, qui reviennent constamment et qui ne permettent pas de mettre en doute l'unité de son œuvre ; la Chronique normande a certainement été rédigée par une seule personne et probablement en une seule fois. Il s'agit maintenant de fixer l'époque de sa rédaction.

En parlant de l'avènement du roi Jean, notre auteur énumère ses enfants ^ , et donne au plus jeune de ses fils, Philippe le Hardi, le titre de duc de Bourgogne; ce détail nous reporte après le 6 septembre 1363, date de la donation du duché à ce prince^. Quelques lignes plus bas, il dit que la troisième fille de Jean épousa Robert, duc de Bar; ce mariage eut lieu le 4 juin 1364^ et nous rejette huit mois plus loin. Cette seconde date est confirmée par une autre expression; parlant du siège de Meaux , en 1358, l'auteur dit que le régent avait laissé dans la ville la royne sa femme^; c'est évidemment une bévue, venant de ce que l'auteur écrivait après mai 1364, date du sacre de Charles V et de sa femme Jeanne de Bourbon.

La chronique a donc été rédigée après le milieu de l'année 1364. Il est impossible de déterminer cette date plus exactement; mais nous estimons que l'ouvrage fut commencé un peu plus tard, et à notre avis la fin, sauf une très petite partie, n'en a pas été rédigée au jour le jour. En efiet, dans

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