PARTIE DESCRIPTIVE
La façade de Saint-Maurice est tournée à l'occident et regarde le Rhône. Le parvis, qui s'élève
. de 4 mètres 20 centimètres au-dessus du niveau de la Grand'Rue, lui sert de base et ajoute beaucoup à la légèreté et à la majesté du frontispice. Un perron en pierres de cboin , composé de 28 degrés de 15 mètres de largeur, y conduit; sa plate-forme présente un repos d'environ 7 mètres,
♦ et un slylobate , formant un escalier de quatre marches , donne accès dans Téglise. La première marche longe toute la façade , et les trois aufres commencent au seuil des portes trinitaires droite et gauche. Au-dessus des dalles du parvis, le frontispice de notre basilique se développe sur une
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échelle de 38 mèlres eo largeur cl de 29 mèlres 236 millimètres en hauteur. Il est flanqué de deux lours ou clochers quadrangulaires qui le dépassent de 9 mètres, et supportent chacun une petite guérite en pierre qui les surmonie de 4 mètres. Le faite des deux tours a pour couronnement une balustrade laillée à jour, représenianl des espèces de palmes » genre d'ornement qui se retrouve à celles qui sont au-dessus des portiques et aux bords du parvis. Une statue colossale de saint Maurice , en bronze doré , était autrefois entre les deux clochers.
La succession des siècles et les révolutions humaines ont singulièrement marqué leur passage sur la riche ornementation de la métropole de Vienne, où figuraient toutes les beautés du style dit gothique ; les vestiges oblitérés de sa façade éveillent cependant Tiniaginalion des archéologues ; el bientôt leur attention est arrêtée devant les magnifiques portiques qui la soutiennent et divisent en trois nefs Tintérieur de Tédifice. La voussure de la porte majeure s'ordonne en trois cordons que séparent des guirlandes de feuillages délicatement ciselées. Ces cordons étaient occupés par une série de quarante-huit statues représentant la naissance I la vie et la mort du Sauveur des
hommes. La baie de ce porlail est partagée en deux par ua trumeau sur leq^uel on avait établi une niche contenant la statue en pierre de saint nilaurice de grandeur naturelle. Les voussures des portes latérales droite et gauche sont entourées de deux cordoos de seize niches. Sur la porte droite était sculptée l'ascension de Jésus-Christ , et sur Tautre Tassomption de la sainte Vierge. Aux panneaux et aux consoles des antres parties de la façade on remarquait plus de trente belles statues de prophètes et de saints de r Ancien et du Nouveau Testament; mais elles furent abattues en 1567. Toutes les niches , les figures , allégories morales et bistoriquesi qui existent encore aux coflsoles et aux moulures se trouvent de petite proportion ; mais elles sont foniilées dans la pierre avec une telle délicatesse et un tel fini , qu'elles paraissent s en détacher. I^'él^ant frontispice de Saint-Maurice est aussi décoré de rinceaux de feuillages de pampre, de lierre • de trèfle et d'a- • canthe^ des mains votives supportent quelques-
unes de ces guirlandes. £iMin sur cette belle encjclopédie de pierres les impies et les démons ont égalemenileur place.; et ils y sont représentés par des animaux et des êtres fantastiques dont la plupart sont très-laids et très-grotesques.
Dès que la croix parut sar le labarum de Tem-
pereur Cousianlin, on éleva non- seulement des autels t mais on construisit des basiliques où figurent le Chrisl ei ses armées célestes. Une fois la voie du symbolisme ouverte aux cbréiiens » tous les actes religieux de leur culte furent marqués de ce caractère, et ses représentations s'y multiplièrent pour ainsi dire à rinfini. Au moyen âge, Tart graphique et Part dramatique * sous la haute direction du clergé , partagèrent avec la religion le privilége^de moraliser la société; et les gothiques églises de cette période nous otTrenl une magnifique représentation de leur alliance qui d'ailleurs se manifeste avec écint dans toutes les œuvres et toutes le& institutions du corps, social de cet âge d'enthousiasme religieux. Les patrons ou maîtres statuaires des armées d'artisans qui parcoururent plus lard l'Europe , possédaient la ccHinaissance de cette langue mystique dans laquelle sont écrites avec le ciseau toute la foi et toute la philosophie du temps. Aux paissants suzerains, aux nobles barons , adx preux cbevalierst aux pauvres serfs ^ enfin à toutes les persomies impressionnables qui ne savaient pas lire « ' les allégories figurées sur nos vieilles églises , en représentant les vertus qu'il faut imiter et les vices
qu'il faut terrasser, faisaient TolBee d*une leçon
qui iaslruii ou d'un sermon qui moralise , et arrivaient an cœur parles yeux, au lieu d^y venir par Tesprit -, car les œuvres des arts , comme celles de la nature I saisissent l'imagination et, bien plus (|u'un récit, ont une éloquence et un ascendant immédiat sur Tàme. Cependant on doit remarquer que le langage d'images religieuses fut quelquefois porté jusqu'à l'étrangeté, et nos symbolistes laissent très-souvent le champ libre aux conjectures; mais les artistes ont âes licences particulières et , comme les poètes , se permettent de singulières métaphores.
En entrant dans la primatiale de Vienne par une des portes trinitaires, on remarque dans celte église un ton de grandeur et de magnificence antique, empreint d'une majesté céleste. L'imposante et aérienne voAte de la nef majeure saisit d'admiration et d'étonnemenl ^ elle compte 27 mètres d'élévation ; quarante-huit piliers de gigantesque proportion servent de point d'appui aux arceaux qui s'entrecoupent sous les voûtes qu'ils soutiennent. Trente-six en marbre antique sont travaillés avec plus d'élégance que ceux élevés par l'archevêque Antoine de Clermont; et leurs chapiteaux à représentations embléma-
tiques, à groupes de personnages cl à feuillages
* d'acaolhes, oat un effet trés-piltoresquc. Entre les branches de Togive, celle voûte est azurée et semée d'éloiles d*or. Dans ce vaste édifice le jour esi distribué avec beaucoup d'harmonie et frappe uniformément tous les côtés. Cinq longues et étroites fenêtres éclairent le bas étage de Tabside, et la partie supérieure de la basilique reçoit la lumière par trente -une fenélres, placées audessus de la galerie qui règne tout à Tentour du
• sanctuaire et de la grande nef. Les nervures qui treillissent ou couronnent les baies et les amortissements de ces fenêtres , offrent le spécimen de différentes époques et semblent indiquer une interruption et une reprise de travaux. Au-dessus du grand portail est une fenêtre en forme de portique de temple, divisée en sept lanceUes; des meneaux en pierre lui font un couronnement de jolis entrelacs. Les portes trinitaires droite et gauche n'ont à leurs timpans que de petites rosaces.
L'église de Saint-Maurice a dans œuvre 90 mètres de longueur et 31 de largeur, y compris les chapelles latérales. Saint-Jean de Lyon a 79 mètres de longuenr et 32 de hauteur -, mais la voûte est surbaissée vers le chœur, ce qui lui ôle la grâce
que Ton tronve dans la cathédrale de Vienne.
Au bout de la priocipale nef est un escalier de
cinq luarches qui^ conduit au chœur dans lequel esi une chaire moderne t qui serait eù parfaite harmonie avec le style de Tégiise de Saint-Louis du collège. L'abside s'élève -de cinq marcbes audessus du choeur. Au pied du grand autel , par décision du roi Henri II» en 1547 , on déposa le cœur du dauphin François, fils de François I^, mort à Tournon le 12 août I&36. La lame de bronze qui en contenait l'épiiaphe a été enlevée, mais un cœur en mosaïque en indique encore la place.
Le grand autel t œuvre de &éné*Micbel Slodtz ,
surnommé Michel-Ange^ est remarquable par rélégance de sa forme, la simplicité et la noblesse de ses sculptures. 11 est en marbre vert et jaune. On y remarque le monogramme du Christ et les armoiries des princes d'Auvergne. Les panneauit de derrière sont en marbre de Lybie. Le rondpoint de Tabside est revêtu de pierres polies , dont les assises sont interrompues , en dessus et en dessous des fenêtres « par une frise mosaïque rouge et blanche • surchargée d^ornements et de figures qui nous paraissent sans aucun rapport avec le culte chrétien.
Après avoir jeté un regard sur Fantique siège
archiépiscopal en marbre blanc de Pabside, dirigeons DOS pas du côlé droit de l'autel , pour admirer le majestueux mausolée élevé à la mémoire d*Armand de Montmorin, Tun de nos plus vertueux prélats , par le cardinal-archevêque Henri- Oswald de la Tour*d' Auvergne. Peu de aïonuments funéraires ont un ensemble aussi imposant que ce chef -d'oeuvre de Réué* Michel Slodtz. 11 présente une surface de 10 mètres de hauteur et de 6 de largeur. C'est un travail plein de vérité et de gr&ce ; les figures ont un noble caractère » leurs contours sont beaux , leurs attitudes graves t les draperies sont souples et vraies et les denielies et broderies de pierre d'un fini précieux. Armand de Montmorin est représenté revêtu de la cliappe • tenant dans sa main gauche la main du cardinal d^Anvergne, agenouillé devant lui, et de la main droite , il lui montre la croix et la mitre arehiépisoopales. Derrière Montmorin s*élève une pyramide, terminée par une urne antique exhalant des parfums, et souientie par deux piédouches qui portent sur un corps d'architecture de marbre blanc vdné y espèce de piédestal flanqué de deux pilastres avec un avant^corps circulaire, posé sur un socle de marbre obscur. , Au côlé droit du mausolée on voit un génie à demi-
agenooiliét dont le corps et la iéie. légèremeiit
penchés, sool tournés vers Montmorin. Il parait écouler ce que ce prélat dit au cardiual d^Auvergne , et se dispose à écrire sur uu livre ouvert devant lui. Ce génie lient de la main gauche les armoiries du cardinal; celles de Montmorin soDt au-dessous de Tavant-corps qui est chargé de soa épitaphe , composée par Claude Gros deBoze, alors secrétaire perpétuel de l'académie des iascrlptioDS et bell^-leltres. En voici la traduction:
Dans l'espérance de la résurrection et de la
vie éternelle , ici reposent les dépouilles mortelles d'Armand de Montmorin , archevêque de Vienne ^ primai des primats , gui , remarquable par la noblesse de son origine, entra d'abord dans l'ordre des Feuillanst et bientôt après dans le séminaire des Missions étrangères , btV il se /U distinguer par sa science , sa piété t ses mœurs et son esprit. De là promu à l'éoiché de Die, il combattit 9 en pasteur vigilant, les progrès de rhérésie et la réprinus par son zèle et son eloquence. Plein d amour pour les pauvres ^ il les secourut encore plus de ses propres revenus qu'avec les aumdnes publiques.
Après sept ans d'épiscopat à Die , il fut életé
sur le siège de cette métropole. Il fit de fréquentes visites dans son diocèse et présida des synodes célèbres. Il conduisit ses ouailles, qu'il connaissait toutes de visage ou de nom^ da/ns des pâtu* rages gras et saluhres , et les garantit par de très-sages exhortations de la fréquentation des pâturages arides et mortifères. Il mourut au milieu de son clergés la veille des nones d'oc-tobre^ Fan 171 S , la 70"^" année de son âge et la 29*** de son archiépiscopat.
Le prince Henri- Oswald de la Tour^éT Auvergne ^ autrefois vicaire général de ce prélat, maintenant cardinal et archevêque de Vienne , nourri de la parole 9 des exemples et de tout r esprit de celui qui Pavait choisi d'avance pour le successeur de ses saintes fonctions ^ a élevé ce monument étemel de son respect au mérite de son excellent prédécesseur t en attendant qu il rejoigne lui-même des cendres a/ussi chères.
Il mourut à Paris » le 9 des calendes de mai 1747, âgé de 77 ans.
Faisons le tour des basses nefs, et arrêtons-nous un insuni à cbacuae des chapelles qu elles renferment, et dont plusieurs, offrant Tindication de différentes phases de 1 école gothique , appel-
leoi le regard ei réveillem ralteniiOD du moaiH menialiste et de rhistorien. A droite , tournée vers Torient, e&i la chapelle des saintes reliques, en partie conservées pendant la Terreur par les soins de M. Benatru ^ alors secrétaire de la municipalité» et qui depuis à longtemps rempli honorablement, à Vienne, la charge de greffier du tribunal civil. Toutes les chapelles de Saint- Maurice avaient de riches dotaiions et étaient placées sous le patronage laïque d'opulentes familles. Nous retrouvons dans de vieux, titres quelquesuns des noms de leurs protecteurs et bienfaiteurs. Celle des saintes reliques , autrefois sous le vocable de Tapôtre saint Jacques, fut dotée par Guillaume Remestaing, Vignard et Pierre FillîoB. Sa fenêtre conserve les restes d'une superbe verrière.
Dans la sacristie acuielie existait jadis un oratoire que le cardinal Amédée de Saluées, évéque de Valence et seigneur d'Anthon» en 1417, dota et dédia au prince de la milice céleste. Avant de descendre les dix marches qui conduisent à lu chapelle de Saint-Sévère , donnons un coup d'œil , à la belle descente de croix , présent de Louis- Philippe.
En 1438, l'archevêque Jean de Norry, fut in-
httmé dans le petit sanctuaire de Saint-Sévère, où on iui éleva ud tombeau, vrai chef-d*œuvre da sculpture, en marbre plus poli ei plus beau que le cristal. Le clergé de Saiul-Maurice en ordonna lot-méme la destruction , aSo d^en employer les matériaux à réparer le Jubé. Cet acte inqualifiable s'accomplU pendant Tabsence de Tarcbevéque Jérôme de Villars, qui, à son retour, en témoigna son indignation par ces parcries remarquables: Le marbre tiré de ce tombeau sera à la postérité un orateur exeellent gui, de cette trihtme, déelamera toujours contre la barbarie de ceux qui ont procédé si peu judicieusement. Le sonhall de ce prélat ne s'est pas entièrement réalisé , car le jubé a élé à son tour détruit pendant la révolution de 1793, et Ton ignore ce que sont devenue ses précienx débris. 11 était orné d'une croix magnifique et des armes des Maugiron et des Villars, Un y remarquait aussi une chapelle sous le titre de Sainte-Croix ^ dont le doyen du chapitre était patron , comme curé de la cathédrale. La chapelle de Safnt - Sévère , autrefois sous le patronage laïque de la maison de Guicbe , comptait, parmi ses bienfleiiteurs , Pierre Benêt , Jacques Lotaseo, Jacques et Pierre de Sainte-Marie; maintenant elle appartient, ù la congrégation de Sainte*
. Catherine : Tautel esi celui de raneien oratoire de l'arcbevécbé. La protectrice de celles qui , par piété , charité et dévouement , renoncent h m éiabli&aeiBeat duquel , peiit-ôtre, dépendait leur bonheur, pour consacrer leur vie aux soins de leura familles et des malheureux dont leurs vertus font Tédificalion , et que souvent elles ramènent par Texemple idèle des préceptes chrétiens , la docte vierge d'Alexandrie , devait être vénérée à Saint-Maurice. Mais pourquoi n'avoir pas replacé son image dans le lieu que lui consacrèrent nos pères , ei détrôner pour ^e le saint préire qui a tant de droits aux hommages des Viennois t
C'était une ancienne coutume parmi les chrétiens d'établir leurs cimetières près des églises ^ et ensuite on accorda même à quelques personnes la permission d'titre enterrées à riatériear. Nous lisons dans le diclionnaire historique de labbé Bergier : // est très à propos qumani d'entrer dans le temple du Seigneur, les fidèles aient sùus les yeux un objet capable de leur rappeler l'idée de la brièveté de la vie , les espérances d'un avenir plus heureux, un imdre soutenir de leurs proches et de leurs amis. Voici la porte Gondaisaot au cimetière des pauvres» ornée
dê bettes eefoMes de marbre grec ; ao-dessos de
ta voûie jelée sur veslibuJe , était ua oratoire élevé en l'booMiir des rois mages et de tous les &aial6. On voit encore en dessous de la balustrade les statues matilées de ta saiate famille ei des aagqâ« Pierre Reaieslaing et Marguerite Rôusse farent les priacipanx breofaîieurs de cette ebapelle*
La deraière aaoée du dixième siècle motif ut
saint Théobald , Tun des fondateurs de notre primatiale , qui plus tard reçut la sépulture dans la chapelle suivante , qu'on lui dédia ainsi qu'à saint Grégoire» la tète de ce prélat « disciple de saîot Theudère, fut réclamée par les moines de son ordre* £lie ne put leur être refusée, et, en reconnalssanoe d^ime telle faveur, leur principale ab^ baye prit le nom de Saint- Chef. £n 1567 les protestants dévastèrent la chapelle de Saint-Théobald, dont le bienfaiteur se nommait Hugues d'Entremonts. Trente- cinq aus après, Jérdme de Villars rayant fait réparer, la consacra de nouveau et obtint du pape Paul V que des indulgences per* pétuelles, applicables aux âmes du purgatoire, y seraient attachées pendant Toctave de la fête des Trépassés et tous les lundis de Tannée. Il choisit ce- lieu pour deraier asile terrestre et y éleva son
tombeau. Cel oratoire reçut, ea 1663» les restes de
Pierre VI de ViUars^ ea 1693 , ceuiL de Ueari de Villars; en 1720, ceux de Berthoa de Grillon, et en 17ôl, ceux de Jean d'Yse de Saléon. Pendant la période orageuse de la Terreur , toutes les chapelles de Saint-Maurice furent dénudées , et après, saisissant contraste de grandeur et d^abaîssèment t dont durent frémir les urnes altristées de nos archevêques , seigneurs suzerains , le plus illustre siège de la Gaule chrétienne vit son église primatiale devenir une simple cure ; ei M. Roiiin, modeste recteur de Saint-André «le-iiaut» avec le seul titre d'archiprétre , succéda primats des primais. Comme ces grands pontifes, ce digne et respectable ecclésiastique mit en pratique la maxime des livres saints : Cest un salutaire usage de prier pour les morts ; et à ses frais on répara ce sanctuaire élevé au culte sacré de la religion des tombeaux. Il fit aussi peindre , par M. Lefèvre Chalois, alors professeur de dessin au collège de Vienne, le tableau du Cbrisi mourant qui est sur Tautel.
La chapelle qui joint celle de saint Tbéobald , sur les murs de laquelle sont les restes d'admirables fresques, divisées en plusieurs tableaux, représentant à 1 est Saint-Mamert arrêtant Tin-
cendiedu palais impérial par la ferveur de ses prières ; une procession , un concile d'évêques , un autre de cardinaux présidé par le pape. Audessous de la fenêtre , on lit cette inscription : Origine du christianisme en France, par Clothilde, princesse viennoise. Clovis et Clotilde sont représentés à genoux ; ou voit auprès d'eux les archevêques saint Remy de Reims et saint A vit de Vienne. Sur le mur de Touest sont figurés , en quatre tableaux , le martyre de saint Etienne , une décollation et deux autres martyres. Cette chapelle» autrefois sous le vocable de saint Georges et de sainte Christine, est aujourd'hui dédiée h saint Mamert. On y remarque le tombeau gothique de Tarchevéque Guillaume d^|^ivron , son bienfaiteur, et Tun des plus illustres prélats qui régnèrent sur le comté de Vienne. Nos historiens donnent ordinairement à ce pontife le nom de Guillaume de Valence; mais dans Tacte de fondation et les registres des collégiés , il est nommé Guillaume de Livron. Le tableau placé sur Tautel représente saint Mamert au moment où le feu consumant le palais impérial supérieur, il fait le vœu des prières et des processions des Rogations. La peinture de cette vaste toile est rceuvre patriotique d*an jeune peintre viennois ,
M. Zacharie; nous souhaitons que ce beau début lui porie boDbeor.
La chapelle de Saint-Joseph était primitivemeoi dédiée à sàini Âlbao ; elle eut pour bieafaiteurs Gonet Uriginet et Jean Givors. Celle consacrée aui apôtres saint Pierre et saini Paal fut fondée, en 1499, par Pierre et Antoine de Nailiac ; elle eut pour protecteurs laïques MAI« de Corbeau. Dans la chapelle suivante, dotée par Pierre Charvet, on honorait saint Biaise de Se* baste ; là était le portrait , prétendu ineffaçable, de Pierre de Saint-Uarc « farouche gouvemear que, dans des jours néfastes, Laurent de Maugiron imposa aux Viennois. Les apôtres saint Pierre et saint P;^ étaient encore honorés dans la dixième chapelle , conjointement avec saint Nicolas ; elle fut enrichie par André Ulein , Béairix de Saint* Genrais ei Jean du Bourg.
En 1473, Lancclot Liolard , vicaire général de Tarcbevéque Gui de Poisieu . dota la onzième ei dernière chapelle de la nef latérale sud » et lui donna pour protecteurs saint Laurent , saiai Maurice et saint Christophe. Après la destruction par les protestants de rancienne chapelle deSaint- Maurice, située dans les cloîtres, proche du cime* itère des pautres , elle hérita de la riche dotation
que loi avtil faite Geoffroy de Clermonl. Le jour
de Pâques 1610, Jérôme de Villars y plaça une suuoe de saint Manrioe en vermeil , tenant à la maia uu reliquaire reurermaol une épine de la conroniie de Nôtre-Seigneur, entourée de saphirs. On meilail ordinairement saint Cliristophe aux portes des cathédrales , représenté d'une hauteur colossale , afin que chaeun Taperçftt en entrant, parce qu'autrefois on s'imaginait ne pouvoir moorir ni par accident » ni subitement, quand on avait vu Timage de ce saint. Voyez d'aùard saint ChrUtopke, ei marches ensuite en oêiuranee.
Ccst dans celle modeste chapelle que, depuis le jour de la fâte de saint Maurice, nn délégué du prince français , Dauphin du Viennois, offrait, au nom de son maitrei un cierge de douze livres : cérémonie qni rappelait l'époque où les Dauphins reconnurent pour suzerains nos puissants archevêques, et comme feudataires leur devaient hommage. Cette chapelle n'est à présent que sous Tinvocation de saint Maurice. Dès les premières années du XIX^ siècle, M. le marquis de Corbeau de Vaulxserres » membre de la famille de son fondaieur, la rétablit el la décora convenablement.
Nous arriyons vis*â*vis du revers de la façade ;
des nombreuses slalues qui Tornaienl avant ie^* guerres civiles et religieuses» il ne reste» formani console , que quelques figurines, représentations d*angefl et d'évangélistes. Les deux tombes en marbre, qui sont h droite et à gaucbe du grand portaili y ont été apportées de l'église abbatiale de Saint-Pierre. La première est celle d'Aymar, abbé de Saint-Pierre, évéque de Maurienue, et après archevêque d'Embrun , décédé en 1 265 avec la réputalion d'un sainu Louis XI, encore Dauphin » fit élever la seconde pour y renfermer les restes mortels de Léonien, l'un des plus fervents reclus dont Téglise d'Occident peut s^'cuorgueillir. En téte de ce modeste mausolée on voit le monogi*amme du Christ et les lettres alpha et oméga ; deux paons et des (leurs sont sculptés sur la face. Nous lisons sur le couvercle ;
Dans ce tombeau sacre repose l'abbé Léonien, aussi ffrand par ses vertus que par sa science. Plein de l'amour divin , il méprisa toujours le monde el ses attraiis ei vécut panoui pour Dieu, servant d'exemple aux moines et dirigeant ceux qui Heniouraieut vers les choses du ciel. Abbé à Vienne , il fut remarqué par sa sainteté. Né à Sabarie en Panonie, il devint prisonnier des
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barbares qui l'emmenèrent d'abord à AtUun , ti ensuite à Vienne où , renfermé dans une étroite cellule, il observa une réclusion si rigoureuse que son visage était à peine connu de ceux qui venaient de toutes parts entendre sa parole. Un grand nombre de moines se mirent sous sa direction, et il leur imposa une discipline admirable. De sa cellule il dirigea plus de soixante religieuses qui vivaient recluses dans Vienne.
La première chapelle de la nef septentrionale , patronée par la famille de GroléCi était dédiée à sainte Harie-Magdeleine; elle est absolument dégarnie, ainsi que celles de saint Jean-Baptiste, dotée par Martin de Mahom, archiprétre , et £tienne Gros , et celle de saint Jean l Ëvangélisie et do saint Etienne , sous le patronage de la fanfijUe Garnier-Hodie-Charlieu , qui eut pour bienfaiteurs André de l'Œuvre , Jean Chatard ec Pierre Gilbert.
La chapelle de Saint-Martin, que protégeait la maison de Châteauneuf, et qui eut pour bienfaiteurs Uumbert de Jessan » François Colombier et Pierre Bollardi , a clé depuis dédiée aux saints Anges. £lle fut fondée par Jean de Baugis ; Tabbé d'Ârligny en était recteur. Dans la chapelle sui-
vanio , jadis consacrée à sainte Caiherine , et coaaue tooi le nom de dispelle des Coslaisg ,
puissante famille dont eile avait reçu une riche dotation » est ime croix « souYenir de la missioe de 1824. Celle chapelle dut aussi une partie de sa splendeur aux seigaeurs d'Uaès et à Pierre et Jean de Uiol.
Dans l'ancienae cbapeile élevée par Jacques de la Tour et Morodie h sainte ApoUonie, viergo qui reçut, comme sainte Caiherine, la palme des martyrs k Alexandrie, est répitapbe de Boson, roi de Vienne , mort en Ô87« (Voir le 2^ volume de V Histoire de Vienne.) La pierre tombale de ce souverain devaii être en premier lieu à Sainl^ Uaitrice-le^Vieux. Les foots baptismaux sont muintenanl dans celte chapelle qui , par une coincidence frappante • est placée vis^-vis de celle des moris, et offre à Fesprit un rapprochement naturel entre le berceau et la lombe.
Au-dessus de la porte iniérieure qui regarde le nord était un petit oratoire à rhonneur de saiot Anloine, que Pierre Grillet , Berlion Coindoz , Pierre de l^inet et Girin Blein décorèrent et eoricbirent. Sous sa balustrade un bas-relief, représeaiani lee signes du Mdiaque , attire notre attention, qui se porte eneuiie ¥ere les deai eotoanes
qui flanqiieni la porle donnant accès sur la place Saini-Paul i leur fAi en marbre blanc , cannelé^n spirale 9 est couronné de cbapiiaux d'une exéculioa magnifique : l'un est orné d'une donble goir^ lande de roses, et 1 autre de deux rangées de lèatUes de pampre. A reiiérieur, nne belle frise antique fait le tour du cintre de la porte, et sur le linteau nous remarquons des griffons suppor* Cant des vases et des flambeaux.
fientrons dans l'église pour y prier Notre-Dame^ de-Pitié» Sa statue est un don de l'abbé de Mably, abbé qu'il ne faut pas confondre avec son illustre homonyme , frère de Condillae. La chapelle de la sainte Vierge était anciennement dédiée à saint Etienne , et avait pour protecteur laïque le marquis de Vallin. Nous y voyons répilapbe de rardievéqne Robert delà Tour-dn-*Pin , qui eut rbonneur de sacrer roi d'Italie Tempereur Frédéric Barberottsse.
La chapelle consacrée h la Sainte-Trinité dut sa richesse à Guillaume Morvillter et à Etienne Contamine. Celle de Saint-André eut pour bienfaUtturs Jean Lyatars et Jean Givors. Chorier parle de deux autres chapelles, opposées à cellesci , en dehors du cbœur. La première, dédiée au Saint-Esprit 9 portait le nom de TabernièrCf dont
noire historien donne une fausse étymologie. Sa principale doUlion , coosistaot .en vignes , fut roBHvre. de Pierre Tabernier.
Arrêtons-nous quelques instants près du sotnbre mausolée où gUOzanne Lfa^miiuc , petite-file du trop célèbre Tristan Lhermiiie, insuumeut le phis actif des vengeances de Louis XL Dans ce tombeau sont aussi renfennécs les cendi^s de plusieurs générations de preax chevaliers r <t parmi eux nous ne pouvous omeilrc de menlionner Gui de Maugicon , houové de l'e&iime et de la confiance dè François I*', soa ami el le eompagnon de sa captivité en Espagne; Laurent de Maugîron , décédé le 15 février 1589 , premièrement inhumé dans Téglise de Saint-Martin , et qui ne reçut la sépulture en ce lieu que le 5 novembre 1 595. (Voir noire Notice sur les seigneurs de Mantléans.) Ce héros pieux, dont Tépée protégea la croix , a été le plus ferme soutien du catholicisme ea Dauphiaé. Il suiméme» en combattant pour la foi de ses pères , par sa fermeté et sa modération, mériter Testiuie des protestants. Près de lui repose son fils Timoléon , qui terait le blason de sa noble race en livrant Vienne aux ligueurs, mais qui racbeta sa déloyauté et mourut au service de son roi. Les armoiries de celte
famille, si airnéc des Viennois , oiU é(é effacées de ce monunnent: elles étaient de six pièces, gironnées d'argent et de sable. Laurent y avait ajouté pour devise un rocher battu par les ûots et ces "fliots : Inffing^t sotido. Le sable signifiait denii et tristesse» sagesse et prudence, e( obligeait, surtout le samedi , i secourir les eeclésiastiques , les gens de lettres , les veuves ei les orphelins. L'argent , marque de franchise et d'espérance, dictait les mêmes devoirs, surtout le lundi.
Voici la chapelle de Saint-Clair, abbé de Saint* Marcel et de Sainl-Paschase , onzième évéque de notre cilé.£lle eut pour bienfaiteur Pierre d'Orioi, et pour patrons laïques les comtes de Maugiron. Nous faisons des vœux pour qu'un Jour elle ue soit pas consacrée à saint Cbarlefr-Borromée ou à saiui Vincent-de-Paul, malgré la brillante auréole qui les décore, parce qucî noua voyons avec peine oublier le culte et détruire les autels dos saints dont les vertus édifièrent nos aïeux. Combien de fois l'a mère déception s'est emparée de noûs et nous a atteint au cceuri en voyant l'indifférence locale qui domine Tesprit de la multitude et plane sur ce grandiose édifice. Le martyrologe de VieMie compte parmi les sainrts cinquante pontifes « et dans cette enceinte sacrée saint Marner t
est seul rappelé. Il compte de nombreux martyrs, de saiols religieux , l'esclave Ulandioe ei encore la reine Clotllde , pénitente , tons ici négligés. La ciié sainie semble avoir periki mémoire de la ioule de héros chrétiens qui firent sa gloire. D'oè vient cela? sinon de Tignorance de l'histoire de notre contrée, méconnue même de ceux pour les* quels elle aurait le plus de charmes. Cesl contre ce défaut que nons voulons lutter avec iatrépi* dite, constance et dévouement, faisant en sorte d'attirer sur les remarquables annales de Vienne un grand retentissement et une grande sy m paihie. liCs historiens des localités aiment spécialemeat à perpétuer, par une immortalité terrestre, les œuvres ei les actions des personnages célèbres, à signaler par quelques vestiges la place qn^ls occupèrent, et, quoique Texpérience de tous les Jours leur montre ce qui attend d'ordinaire oem qui s'intéressent à l'honneur des cités, mettant i part des calculs trop personnels» ils se consacrent à la terre, oii bientôt reposeront leurs cendres , et reprennent courage en pensant qu'en retour des fhtigues de leurs pénibles veilles ils laisseront un souvenir de ceux qui les devancèrent sur ce sol Men-Miiié» Aidez-nous ^ns notre teMalive, jeunes artistes viennois dont les talents
biyiii^ed by GoogI
précoces sont si pleins d'avenir! Retracez sur la uAlt, seulpteK sur la pierre, célébrez dans vos odes quelques-uns des sainls qu'a produits noire ville natale, depuis le trône jusqu'au dernier degré de réchelle sociale j vous eu trouverez une iUusire cohorte I
SfiLISB U SAINT ANBRi-LR'BAS.
Le duo Ancemond, gouverneur de Vienne t pour acquitter un vœu qu'il avait fait à Dieu , chargea sa fille &émile*£ugénie d'élever dans cette cité un monastère en Thonneur de Tapôtre saint André, frère de saint Pierre; et vers l'année 5A3, les fondements en furent posés dans le val des jardins , sur la rive gauche de la Gère. La chapelle du nouveau monastère reçut ensuite les dépouilles mortelles de son fondaieur. En 736, lea hordes sarrasines ruinèrent cet établissement , qui se trouvait situé hors de Tenceinle romaine ; et alors son emplacement et ses débris firent partie du domaine de la couronne. Lorsque Boson devint roi de notre ville , il releva le monastère de Saint«*André| et son oratoire lui servit de
chapelle parlîculière que desservaient des cha- BOâiie& , recevant des syndics de la cathédrale ce qui était nécessaire pour l^offiee divin et pour eux-mêmes. Deux années de repos ei de sécurité s'écoulèrent rapidement , et une période de terribles catastrophes leur succéda ; car en moins de temps qu'il n en faut pour voir nattre et mourir une généraiiott, des milliers de braves , com* mandés par une reine qui avait et méritait leur confiance, teignirent de leur sang le sol viennois? ei notre cité» malgré leur valeureuse intrépidité, tomba au pouvoir de Richard-le*Justicier, duc de Bourgogne, et des princes ses alliés, qui la^ dévastèrent et la démantelèrent impitoyablement. Mais, en 785 , la paix succéda au carnage ; Boson revit ses foyers* et, une fois encore^ paisible possesseur du royaume de Vienne, il entoura sa capitale de nouveaux remparts , renfermant dans leur enceinte les ruines du monastère de Saint- André. L'empereur Louis-rAveugle , fils et suc** cesseur de ce monarque, protégea aussi cette maison religieiise. Nous extrayons du riche cartutaire de saint André une charte qui en fournit une preuve authentique. £n voici la traduction :
Le 8 des calendes de janvier. Tan 20 de
biyiLi^ed by Gi
« rempire de noire seigneur Loiiis-Aagusie (qui
« correspoDd à Tan 920} , à la sainte église de « Dieu » construite dans la viUe de Vienne , et « qui est dédiée en l'honneur du bienheureux «c apôtre André , sous le nom de mouaslère de « Sainl-André-le-Cas» située auprès du Rhône, « moi Hugues» comte et marquis, au nom du « Christ, j*ai vendu et je vends an bienbenreux « saint Maxime, évéque de Riez, doot les os soot a ensevelis dans ladite basilique» et à son recteur u Monseigneur Louis, empereur, et aux frères militants dans la même maison , quelques tf choses m'apparlenani I lesquelles j'ai acquises a dudit seigneur £mpereur, soit en fief, soit « en toute propriété, savoir ; Crézancieux , avec « le village , avec Tégiise qui y est fondée , avec « son presbytère et toutes les dépendances an- « ctennes et actuelles dudit village , savoir : des « lerres cultivées et des terres incultes , des serfs a mAles et femelles de tout âge » des vignes » des tf prés, des forêts, des eaux , des cours d^eau , « des moulins, tout ce qui est ci-dessus écrit , « tant désigné que non désigné. Je vends libre- « ment» moyennant trente livres d'argent, à «c saint Maxime , évéque de Riez , et & ses com- « pagnons » dont les corps se voient ensevelis
m auprès du sien • el encore au susaomcné rec* « (ear , le seigneur empereur Louis et aui frères « qui y desservent digoement Dieu tous les jours. « J*ajout€ que je refois des mêmes» ainsi que « de saint Maxime , ie Palliiim coofeclionné en « or* que nous appelons ordinairement Dossalem, a Pour lequel Pallium el trente livres d'argeui t « je cède, je iransmels et je transfère au susdit « saint Maxime, perpétuellement à ses receveurs a et à leurs successeurs , pour qu'ils en . aient la « jouissance, à leur propre usage et â celui de a ceux qu'ils choisiront pour héritiers « tous mes <» droits, juridictions et dominations, tant ani< ciens que modernes, sur ledit domaine de « Orézancienx.
« Et si moi, quelqu'un de mes héritiers, ou <K enfin une personne quelconque, voulait s'op- « posera la présente vente, venir revendiquer a OU inquiéter mes acquéreurs, j'entends qu'ou- « tre les améliorations , elle soit tenne à payer « dix livres d'or.
« Signé Hugon , duc, qui nous prie de rédiger « cet acte en sa présence ; le seigneur Alexandre, « humble évéque de Vienne , qui a signé de sa « propre main -, Boson , fils de Guillaume ; Ingel- « bert, HugOtti Ricard, Ëbon. ftaimlwU, Atenaifi
t Tevdoio ; Maoas&és , par la grâce de Dien , « humble archevêque. Moi Ubold , notaire , ai « écril la présente vente, d
Hugues , comte et marquis , est le même qu'où nommait Hugues-le-Grand ou Hugues-rabbé ; il était comte d'Arles et de Vienne, et marquis d*ItaJie » dool il fut couronné roi • à Milan • en 926. Au bas de celle charte nous remarquons aussi la signature de Manassés« archevêque d*A?le$. Ce prélat suivtl en Italie Hngues«-le- Grand, son parent» qui lui donna lesévécbésde Vérone , de Trente et de Mantoue. ( Voyez le 2* volume de V Histoire de Vienne, page 280.) ' L^emperenr Louls-fAveugle mourut en 928 , laissant de son épouse Egine , fille d'EdouardrAncien, roi d'Angleterre, un fils nommé Charles- Constantin. Cinq ans après le décès de son père, ce prince fit hommage du comté de Vienne à son cousin Rodolphe ou Raoul , (ils de Richard-- IC'Justicier, qui régnait alors sur la France et sur les vastes états de son oncle Boson. Sa domination sVitendail des bords du Rhin, près Schaffouse « à ceux de la Saône , et le long du Rbdne i la Méditerranée ; pourtant Hodolphe ne confondit jamais les royaumes de France et de Bour*
gogne. Le carlulaire de Saint-André contient
plusieurs Charles de ce monarque , ainsi que de Conrad-le-Paeifiqae et de Rodolpbe-le-Fainédnt. Voici la iraduciioD libre d'une douaiion faile à cette abbaye sous Bodoipbe l^^ :
« Le roi Rodolphe régnant dans la Gaule.
a Douatiou par Eldrade et sa femme Ellrude, « pour que les moines leur donnent la sépulture « d*uue porlion de leur hérédité située in agro « stuel. in villa seplimo, in loco qui dicitur « pullies,à régllse deSaint-André-le-Bas, dont « Hugo est abbé , et où reposent les corps des « bienheureux Maxime, évéque de Riez, Vincent, « Oronie et Victor^ de Pancrace , martyr, et de a Formose , confesseur. •
Rodolphe 1^'^ en 937, laissa le sceptre aux mains
de la reine Berilie et d'enfants mineurs. Oihonle-Grand se déclara protecteur de la mère et tuteur des enfants. Il emmena en Allemagne Conrad le plus jeune, pour le dérober aux périls qui le menaçaient et l'instruire dans Tart de régner.
Veuve depuis dix ans, Berthe donna sa main à Hugues, roi d'Italie, père de son gendre Lotbaire.
Veuve une seconde fois^ Thumble reinei la royale filaadière, se fixa dans rHelvélîe romande , pays où soD nom vénéré et sa mémoire chérie sont encore bénis, même dans les chaumières. Après quinze ans de séjour à la cour impériale » Conrad prit possession d'une*partie des états de Rodolphe I''^ dont il était déjà regardé comme souverain depuis la mort de ce monarque; car, à dater de celte époque» toutes les chartes des provinces formant Tapanage du jeune prince s'expédiaieut en son nom.
L'an de grâce 962 , Berlhe fonda dans le bourg de Payerne, en Vaudois^ un monastère de Tordre de Saint-Benoit, où. jusquen 1817, ses restes mortels reposèrent sous le péristyle de la lour Saint-MicheL Conrad , digne fils de cette illustre reine , prince pieux et libéral . releva h Vienne réglise et Tabbaye de Suint- André-le- Bas, où s'établirent aussr les rdigieuic Bénédictins. Il mourut à Lyou, et, ainsi qu'il Tavait ordonné , on rinhuma à Vienne, dans Téglise abbatiale de Saint-André , dans le chœur de laquelle on voit encore son épitaphe et celle du duc Aneeinond : la première à droite, la seconde à gauche. (Voir le 2^ volume de V Histoire de Vienne, page 317.)
Daat le carmlaire préciié , oo lie ime charte ,
datée du règne de Conrad-Ie-Pacifique , par laquelle il fat coaveaa qae le juif Astier, ses ea« faots et ses successeurs , seraient chargés des affaires du monastère de Saioi-Ândré. Ce prccieui manuscrit contiout aussi des bulles d*Urbain II , de Pascal II et de Calixie II. Âfin de donner à nos lecteurs une idée de T importance qu^avait 1 abbaye dédiée au saint martyr de Fatras , voici la traduction d^uiie bulte de Calixte II :
« Le 17 des calendes de mars (t3 mars), iodic- « lion IS, If 20, *
« Calixte » évéque , serviteur des serviteurs de « Dieu, h ttotre cher fils en JésM-ChrIst, Galtier, « vénérable abbé du monastère de SaiiH-André , « sitoé au*de8sas des murs de la ville , et dans « réieroilé à ses successeurs régulièrement élus,
« Il nous convient de répondre favorablemeat a à vos justes vœux et à vos prières , parce que « nous.sommes les gardiens de la justice et que • nous sommes placés en vedette sor le siège de
saint Pierre et de saint Paul, princes des « apôtre&r
« Avec la permission du Seigneur, nous avoDS « examiné que toi notre fila en Jésua-Cbriai , abkc
« Gaiiier, lo demandes des choses que nous
<( regardons , d'après la péliiion de ta bégninilé, t. comme ducs au monasiëre de Saial- André que « tu présides par la volonté de Dieu et la pro- « teclion du siège aposiolique.
« En conséquence, nous ordonnons et slainotts que personne , à Texceplion de la mère église â de Vienne , ne cherche à assujeiiir ce monas- 1ère, nia le soumettre ù la juridiction dune
• antre église. Ce&i pourquoi nous le confirmons f par le présent écrit , dans tout ce qu'il possède
• ai^ourd'hui LégiUmemeal» savoir : l'église de « Saînl-Picrre-entre-Joirs, Téglise de Sainie-
« Uarie-ouire-Gère , le village de Maisino, une ^ « maison 4 Communay , Crézancieux avec son «église, Gemas avec son église , Moidieu avec ff son église , Téglise d'Estrablin , Vitrieuit avec a son église , Saini-Picrre-d Evzin , la chapelle «( de Pinet , l'église de Saint-Marcel ^ Téglise de t Saint- Symphorien avec la chapelle de Sepième, « réglise de Saint-Mariin-du-Bois avec sa cba- « pelle , Malleval « Téglise de Saint-Romain-de* « Maclas , réglise de Saint André-de- /iumt'/iano « avec la chapelle de Larnataeo et la paroisse « des Croses et de Vaulx-Serres, Tégiise de Saini- < Christophe et ses dépendances , Téglise de
€ Domène, la chapelle de Salnl-Laurent-dua Pont « réglise de Pressins avec ia chapelle de m Saime-Marie , Téglise de Saiat-Laurenl-de-
« Chémillio dans le val Da'me , Téglise de Sainle- « Marie et de Sainl-Baïidèle. Dans l'évêehé de « Hcllei/ : lï'glise de Saini-Genelt l'église de « Saint-Maurice avec la chapelle regardant le « l'hâleaii , Téglise de Sainl-Laureni , l'église de « Sainl-Jean-de-Varay* Dans révéché de Gre* « noble : Téglisc de Sainl-Jcan , Téglise de Saint- « Uurs f réglise de Saint-Germain , Téglise d'Ai- « benc, la chapelle ei le chalcaii de Meyian. Dans « Tarchevéché de Lyon : TégUse de Saint-Martin- «a de-Lyzieu\ , Téglise de Satnt- Laurent , avec « les dépendances de toutes ces églises/ »
(Suit la sentence d'excommunication contre lous ceux qui atlaqucraieni cette buHe. j
« Moi y Catixte , évéque de Téglise catholique , « j'ai signé.
« Donné à Rome par la main de Guidogoni , « diacre de la sainie église romaine , cardinal et « bibliothécaire « le 17 des calendes de mars, i< indiclion 13, Tan de l'incarnalion du Seigneur a liâO, le second du pontificat du seigneur « Calixte II , pape. »
N'écrivant poiol ici l'bistoire des ordres monastiques, nous passons « sans aoos arrêter, devant les ciiconsiances qui amenèrent dans le monastère de Saini'André-ie-Bas des moines de Saini* Tbeudère ou de Saint-Chef, pour y remplacer les Bénédictins, el plus tard la réunion de ces Pères avee le chapitre de Saint-Pierre.
Dès lô67, année où les Calvinistes détruisirent réglise de Saini-Pierre-entre^Juifs, celle de Saint* André joignit à la qualité d'abbaliale le titre de paroissiale , qu'elle ppssède encore aujourd'hui. La façade de cet édifice devait , du haut d'un perron , dominer la place de la Coupe ou du Jeude-Paume. Toutefois, arrêté peut-être par la tourmente des guerres intestines , on se contenta provisoirement de la marquer de fenêtres qui portent le cachet de l'époque de la renaissance ; depuis lors plusieurs centaines d'années Font vieillie et dégradée, et, par reflet de la déclivité du terraiUi elle est resiée jusqu'ici sans accès possible f on ne peut entrer dans Tégiise que par deux portes latérales s'ouvrant an nord et au sud. Le plan de ce monument est celui de la basilique simple ^ on ne trouve point là cette harmonie d'ensemble qui ne laisse rien à désirer , rien 4 deviner et peu à étudier; au contraire, dans notre vieux
temple les archéologues renconlreront des lypes bien caractérisés d'époques et de styles ; ses mors et son dallage contienneni beaucoup d'inscriptions tumulaires du moyen âge. Des pilastres , en marbre cannelé avec frises et entrelacs et découpures du genre mauresque» soutiennent les pieds-droits qui supportent les arceaux de la voùle, sur Tun de ces pilastres est le nom de rarchitecte Guillaume Martin. Les fenêtres, de forme ronde, sont flanquées de colonneltes portées sur des figures à significations théologiqoes. Les chapelles ni les restaurations modernes ne fixent pas notre attention, qui se porte immédiatement du cAté du sanctuaire, dont la voftte, moins élevée que celle de la nef» ne produit pourtant point un effet disgracieux. A droite et à gauche de l'entrée du chœur sont deux colonnes antiques en marbre blanc , ornées de chapiteaux corinthiens.
Les chapelles» autrefois sous Tinvocation de sainte Magdeleine et de saint Jean, servent de sacristie. Celle dédiée au Saint-Esprit, à saint C6me et à saint Damien » Toratoire consacré an Saint-Sauveur » la maison de Tabbé, les cloîtres» tout a été vendu. La chapelle dédiée au Sauveur fut construite » vers la fin du IX* siècle , à Torient
d» cloUre et au nord du cimetière. Elle dépeu-
dait de Téglise, mais en était absolument isolée. Dans uoe vaste salle y attenant se tinrent plusieurs séances du concile de 131 1 ; et c'est là que , sur la demande de Tabbé Guillaume de Mirabel « les Pères maintinrent définitivement Tinstitution de la féie du Corps de Dieu. Cette salle a été détruite ainsi que tant d^autres monuments* litres de gloire pour notre cité.
La belle tour du clocber peut être considérée comme un calendrier indicatif des diverses époques de sa construction ; sa base est du XII« sièclei et les arceaux supérieurs établissent les intervalles de travaux du Xll« au XV«. Elle était anciennement surmontée d^une baute flèche , qui fut , à diverses reprises , frappée par la foudre. Ces accidents inspirèrent la crainte que son éboulemenl complet n'amenât la ruine de Téglise et des maisons adjacentes , et Ton se décida à ré-duire cétte tour à la hauteur de 28 mètres.
Dans la galerie royale on trouve une vue du cloUre de St- André-le-Bas, peinte par M. Tbierrat, professeur à Técole des Beaux- Arts de Lyon , et ane , prise de l'angle sud -ouest « dans le grand ouvrage de M. Rey, planche VII. On y entrait par la porte latérale de l'église sHuée au nord.
Ce cloitre eavironaait un préau servant de cimetière aux moines et même anx laïques , pourvu qu'ils achetassent ia faveur d'y eue iohumés. Des arcs en pierre sans fermeture, supportés par des piliers flanqués allernalivemeut de colonnettes ciselées et accouplées, au profil gracieux et léger, à chapiteaux chargés d'ornements variés du meilleur goût , régnaient tout à Tentour de ce champ de deuil et de méditation. Une partie de celle belle galerie est actuellement détruite , et Taulre se trouve enfouie dans la maçonnerie ; de sorte qu'on ne peut se faire une idée de sa primitive élégance. Çà et là apparaissent, le long des vieilles murailles, quelques épiiaphcs de moines ; mais aucune ne rappelle des noms que nous légua rhistoire j le temps les a tous effacés , tous emportés. La première de ces inscriptions tombales date de 1180 ; à Toccident, celle d'Aymon d^Ambronay est de 12*20 , et, à Torient, nous en voyons une portant le millésine de 1300.
En terminant nos investigations autour des débris de ce vieux ctottre, nous ne demandons rien à Dieu pour ceux dont les restes y reposent, car nous les croyons heureux ; mais, reportant nos pensées vers Tancienne église abbatiale , nous formons des vosux pour sa prompte restauration
et son achèvement , dont Tadminislralion locale s'occupe actuellemenl 9 désireuse de faire cesser le provisoire de plusieurs siècles , en életant unt base et ouvrant un portail à la façade de ce monument cher aux Viennois , et dont ta conservation est précieuse pour les arts et l'histoire.
Différents antenrs attribuent à Geoffroy , prieur de Saint-André, le livre intitulé ; De vita Caroli Uagni etRolandi^ que d'autres donnent à Turpin, archevêque de Reims, qui vivait au VII^ siècle. Ânnet de Blaugiron , abbé de Saint-André-le-Bas, prieur de Notre-Dame-de-llle, doyen du chapitre de Saint-Maurice et comte de Téglise de Saint- Jean, de Lyon, fils de Scipion de Maugiron et de Magdeleine de Lugoli , s'occupa avec succès de la poésie latine et italienne. Il mourut en 1629.