SORT
mninistration de la compagnie des Habitants. Un syndic nommé par Québec, un par les Trois-Rivières et un par Montréal, avec M. Pierre de Repentigny (le ‘“ général de la flotte,” si fort intéressé dans ce mouvement) obtenaient voix délibérative dans le conseil du gouverneur en chef. Les syndics, dit Garneau, étaient des officiers municipaux ayant charge des droits de la communauté et des intérêts publics. En d’autres termes ils furent nos premiers députés auprès du gouvernement de la colonie. Leur mandat durait trois ans. Jacques Hertel, syndic es Trois-Rivières, fut remplacé, en 1648, par Jean Godefroy.
C'est vers cette époque que l’on voit, pour la première fois, se manifester au Canada un sentiment populaire, un esprit publie, si l’on peut ainsi qualifier les idées et les agissements d’une poignée de défricheurs jusque là opprimés ou tenus hors de cause par ceux qui avaient le monopole de la traite et de toutes les grandes affai- ‘res. Le ‘ patriotisme, canadien” germait dans le cœur des colons. Rien de plus facile à expliquer. Ils étaient venus de France comptant sur des promesses qui ne se réalisaient pas. Les seigneurs qui les avaient amenés étaient aussi trompés qu’eux-mêmes. Pour établir le nays, ces seigneurs avaient fait choix de jeunes hommes nouvellement mariéset adonnés aux travaux des champs—la meilleure population qu’il fût possible de se procurer, la seule qui fût nécessaire—mais par la négligence des autorités, ce petit peuple allait périr sous les coups des Iroquois. La moindre protection pouvait tout sauver, car bientôt les habitants se seraient vus assez nombreux pour exploiter le sol et lui fournir des défenseurs—-des Canadiens défendant le Canada. C'était cette pensée fructueuse et si juste qu’il s'agissait, plus que jamais, de mettre en œuvre, bien différente da: celle qui présidait à la formation des colonies de la Nouvelle-Angleterre, où l’on voyait se réfugier une foule de gens sortis des villes de Ja vieille Arigleterre à la suite de Æissensions religieuses ou politiques, et incapables de se maintenir par le travail de l’agriculture, sans compte: que la plupart n'étaient plus d'un âge à fonder des familles.
Le moment était des plus propices à l’extension de la puissance du jeune roi Louis XIV (âgé de sept ans). Depuis sa naissance, il avait eu dans la personne de Condé un général qui ne cessait de lui gagner des batailles. Les années 1644 ét 1645 avaient été marquées par de nouveaux succès: Gravelines, le passage du Rhin, Hotwille, Fribourg, Spire, Philisburg, Mayence, Berghen, Creutznach, Landau, Roses, Llorens, Nordlingen, la Mora, et la prise de plusieurs villes. Tels étaient les débuts du ‘“ grand siècle.” Malheureusement, la Ncavelle-France ne s’en trouva pas mieux.
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À si on F4
L’Angleterre, qui était en révolution depuis 1642, négligeait également ses colonies ; le roi Charles 1 venait de tomber aux mains de Cromwell. La possession de l'Amérique par l'élément anglais ou français pouvait dépendre de la moindre démarche— la France n’en eut pas même la pensée.
Les efforts des particuliers étaient le seul mode d’action sur lequel les fondateurs du Canada pouvaient con:nter,
Quelques Français bien inspirés, ayant des intérêts plus ou moins considérables dans la traite des fourrures, mais comntant sur l’avenir qui développerait leur œuvre, travaillaient à la colonisation des bords du fleuve. Ils recrutaient en France des familles qu’ils plaçaient dans des seigneuries qu’ils s'étaient fait accorder ; on les vit Lientôt former, dans le voisinage du fort des Trois- Rivières, des établissements qui furent l’origine de nos paroisses.
L'effet produit par la nouvelle de la paix, accompagnée de la liberté de la traite, n'avait pas tardé à se faire sentir. Godefroy, Le Neuf, Le Gardeur de Repentigny, René Bobineau, tous parents, très-actifs, saisirent le moment ‘pour attirer de France plusieurs colons. L’année 1646 en vit arriver plus que jamais jusque là : Pierre Le Febvre, Jacques Anbuchon, Marin Terrier de Repentigny, Jean Véron, Jean Poutrel, tous de la Normandie, et Urbain Baudry, de l’Anjou—six familles qui s’ajoutaient aux onze déjà constatées.
A partir de 1646, on remarque comme une vie nouvelle dans les Trois-Rivières ; les tâtonnements et les incertitudes ont cessé; la bourgade est devenue une colonie ferme, en voie de s’agrandir. Elle subit jusqu’à 1662 des crises qui la mettent parfois en danger mais seulement par suite de la situation précaire du Canada en général.
Le sujet des concessions de terres occupa beaucoup la population trifluvienne, en 1646. Par ciainte des Iroquois, les colons ne s'étaient pas éloignés du site de la ville actuelle, haute et basse, si toutefois il y avait des maisons dans cette dernière partie, mais l'espérance de la paix, jointe aux opérations de la compagnies des Habitants décidèrent plusieurs personnes à demander des terres dans un rayon comparativement étendu.
Quatre concessions au sud du fleuve peuvent être rapportées à l’année 1646, quoique les titres en soient sous la date de 16 avril 1647,—en France.
Ce sont celles de Pierre Lefebvre, Nicolas Marsolet, Pierre Le Gardeur de Repentigny et René Robineau de Bécancour.