‹ Chronique trifluvienne [microforme]Chapitre 9 sur 35 · GO · texte numérisé non relu

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Les Attikamègues n'avaient pas encore de missionnaire dans leur pays, bien qu’on en envoyât vers les grands lacs du Haut- Canada, à des distances fabuleuses, si on les compare aux moyens de transport du temps. Ces braves gens ne cessaient de reprocher aux Pères Jésuites leur peu d’empressement à les aller visiter. De bonnes raisons existaient sans doute pour. motiver cette abstention.

Les prêtres des Trois-Rivières étaient souvent étonnés de voir arriver des Sauvages de ces régions qui se montraient suffisamment instruits pour recevoir le baptème, s'étant fait expliquer les articles de foi par leurs compatriotes convertis, dont quelques-uns agissaient en véritables apôtres.

‘“ La petite église des Trois-Rivières voit dans ce flux et reflux de Sauvages qui l’abordent, une nation toute simple, toute candide et bien éloignée de la superbe. Ce peuple vient du fond des terres, il passe sa vie dans l’innocence de la chasse et de la pêche, ne voyant les Français qu'une ou deux fois l’année, pour acheter quelques nécessités en contre-échange de leurs pelleteries. [ls tirent leur nom du mot attikameg qui signifie une espèce de poisson que nous appelons le poisson blanc; ces pauvres Poissons- Blancs se viennent jeter dans & filets de l'Evangile, autant de fois qu'ils approchent des rives du grand fleuve de Saint-Laurent.”

Le bon caractère des Attikamègues les faisait toujours distinguer au milieu des Sauvages qui approchaient de la chapelle. Ils se fussent bien vite acclimatés parmi les Français, qui les aimaient beaucoup, mais l'horreur qu'ils ressentaient pour la guerre les rendait inrapables de former un établissement dans le voisinage d'un poste aussi exposé que les Trois-Rivières. Le Saint-Mcurice, grand chemin de leurs territoires de chasse, les attirait naturellement en ce lieu, et comme ils voulaient conserver un pied dans leurs forêts ils se montraient dissosés à choisir les Trois-Rivières, de préférence à tout auire enuru —mais la guerre !...

Cette petite église volante, comme l’appellent les Relations, attendait qu’on allât à elle

Dans l'été de 1646, trente-cinq de leurs canots üescendirent, sous la conduite de Paul Tam8erat, leur principal capitaine. Pour la première fois, ils étaient accompagnés par des Sauvages du

nom de Kapiminak8etiik (ceux qui s’sntre-donnent à boire), lesquels se disaient voisins de peupladss qui n'avaient aucune connaissance des hommcés de race blanche, On s’occupait alors, an

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Canada, des nations encore inconnues. Les Relations y reviennent sans cesse : “ Nous en apprendrons des nouvelles avec le temps. Il n’y a point de clairon si retentissant que celui de l'Evangile ; il faut qu’il se fasse entendre aux quatre coins du monde.”

La paix avait été annoncée non-seulement dans le haut Saint- Maurice, mais encore, par les Hürons et leurs alliés de l’ouest, jusque chez les peuples qui habitaient les rives du lac Michigan, appelés Gens de mer et 8inipeg8ich, visités douze années auparavant par Jean Nicolet. Ces derniers dont les Français traduisirent le nom (Winipeg—eau sale, puante ou saumâire, par Puants) demeuraient à la baie Verte du lac Michigan. La nouvelle des communications ouvertes avec eux avant été apportée en Canada cette année même, on parlait de nouveau de traverser la mer (le lac) de ieur pays, dans l'espoir de découvrir, non loin des terres qui le bordent a sud-ouest, un chemin pour conduire à l’océan Pacifique, à la Chine et au Jaron.

Ceux qui apportaient la nouvelle ci-dessus étaient Mé“dard Chouard des Groseillers et Gilles Bacon, employés des jésuites, qui descendaient cet été des pays d’en haut. Ils possédaient des échantillons de mines de cuivre et d’or trouvés dans ces con-

trées loitaines, qui attirèrent l'attention de M de la Potherie, commandant des Trois-Rivières. Ces objets provenaient sans doute du lac Supérieur, où nous savons que Chouard faisait des explorations.

Le ?8 août, le Père Jérôme Lalemant partit äe Québec pour les Trois-Rivières, ameuant pour servir de ‘“ défricheur, scieur de lo,.3, charpentier, charbonnier, etc,” un nommé Pelletier qui venait de se donner aux jésuites, et Pierre Boüencha, “ maçon à cent livres de gages.” De plus, ils avait avec lui un marmiton de quinze ans du nom de Léger. Le tout, pour le service des Pères, aux Trois-Rivières.

Il vit en ce lieu Gilles Bac n qui, aussitôt, fut envoyé à Québec par M. de la Potherie ‘ pour douner avis des mines,” mais, ajoute le Journal ‘on trouva que ce n'était rien qui vaille.” René Ohereant:, Huron, fut envoyé, quelques temps après, pour reconnaître ‘de prétendues mines,” dont on ne désigne pas la localité, Il est rare, à cette époque, de voir les Français s'occuper de pareil objet.

Chonard, Bacon et d’autres employés des jésuites, n'étaient pas

arrivés avec le grecs de la traite. Ils se préparaient à FDA

au moins quelques uns d'entre eux—avant l'apparition de la flottille huronne qui tardait quelque peu. Le Père Lalemant, leur ayant donné ses instructions ainsi que ses lettres pour les missionnaires des Hurons, quitta les Trois-Rivières et débarqua à Québec le 7 septembre. Chouard, Bacon, Pierrot Cochon, Daniel Carteron, Jean Le Mercier, Racine, Eustache Lambert, qui tous étaient descendus cet été du pays des Hurons, y retournèrent en septembre,

Les Hurons, comme toutes les tribus de race iroquoise, cultivaient la t rre et en tiraient la plus grande partie de leur subsistance, tandis que les Attikamègues menaient la vie nomade particulière aux peuples algonquins et n'obtenaient les produits de l'agriculture qu’au moyen d'échanges.

Il paraitrait que les Hurons partaient de leur pays, près des grands lacs, emportant plus de céréales que de fourrures, et que, parvenus à l'Ottawa, soit à la décharge de la Matawan, ou à l'ile des Allumettes, ou à la Gatineau, ils rencontraient les Attikamègues et d’autres nations du nord, ainsi que les Algonquins des bords de l'Ottawa, tous chasseurs qui échangeaient avec eux des pelleteries pour du blé et de la farine, En même temps, se transmettzient les lettres des missions huronnes destinées aux Trois-Rivièr:s et à Québec, car les dépêches de ces deux postes, que l’on craignait de voir se perdre en tombant aux mains des Iroquois, étaient confiées aux Attikamègues. Les Hurons qui traitaient avec ceux-ci sur l’Ottawa ou ailleurs, descendaient, il est vrai, par le Saint-Laurent, jusqu'aux Trois-Rivières, mais en cas d'attaque de la part des Iroquois, les lettres n’eussent pas été en sureté dans ces voyages. La Relation de 1647 s'exprime ainsi: ‘“ Les Attikamègues ont commerce avec les Hurons et avec les Français. Leur rendez-vous se fait certain mois de l’année en un lieu dont ils sont convenus, et là les Hurons leur apportent du blé et de la farine de leur pays, des rêts et d’autres petites marchandises qu'ils échangent contre des peaux de cerfs, d’élans, de castors et d’autres animaux. Ceux qui communiquent avec les Français les abordent une ou deux fois l’année, par le fleuve appelé les Trois-Rivières, ou même encore par le Sagné qui se décharge à Tadoussac-—mais ce chemin jieur est fort difficile... [ls se sont trouvés cette année {aux Trois-Rivières) au nombre de plus de trente cancts. Nous leur avions donné des lettres pour les faire porter par cinquante Hurons qui se trouvaient en cette assemblée à nos Pères qui sont

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en leur pays, et nos Pères de ces contrées-là en avaient aussi données à leurs Burons pour nous les faire rendre par les Attikamègues. Ces bonnes gens ont été fidèles : ils ont donné nos lettres aux Hurons, et nous ont rendu celles qui venaient de nos Pères qui sont en ce pays-là. Les Iroquois nous contraignent de chercher ces voies merveilleusement écartées.”

Le registre porte trente-six actes de baptême de Sauvages en 1646. Ils ont presque tous rapport à des enfants. La seule nation qui y soit nommée est celle des Attikamègues ; il s’en rencontre plusieurs au mois de juillet et août. Il y a aussi deux ou trois noms hurons: les autres appartiennent aux Algonquins et aux Montagnais, selon les apparences.

La flottille de traite huronne arriva aux Trois-Rivières vers le 8 septembre. Le gouverneur-général et le Père Lalemant, avertis aussitôt, partirent de Québec, le 11, pour aller la rencontrer, ce qui montre, que le rendez-vous de la grande traite avait lieu en cet endroit, comme on peut s’en convaincre d’ailleurs par la lecture des Relations des Jésuites.

A la traite de cette année, qui eut lieu le 15 septembre, il y avait quatre-vingts canots hurons. Ils s'en retournèrent avec une douzaine de paquets de castors, que l’on n'avait pu leur acheter, tant le magasin était dénanti des objets habituels du trafic. Le 22, M de Montmagny et le P. Lalemant repartirent pour Québec, et les Hurons de leur côté pour leur pays. Ces derniers étaient accompagnés par Eustache Lambert et deux ou trois autres employés des jésuites, comme il à été dit, qui portaient aux missicns plus de cinquante paquets de marchandises et deux veaux.

On pourrait croire que des quatre-vingts canots hurons remontérent la rivière des Trois-Rivières, afin d'atteindre l'Ottawa par les cours d’eau qui unissent ces deux principales rivières, car Le Journal des Jésuites dit : ‘ OndiSaharea quitta la grande bande, et voulut aller par {fe grand lac ; il fut attrappé par les ennemis. Ils étaient deux cano's; deux hommes se sauvèrent.”

Si, en passant par le lac Saint-Pierre, Ondo8Saharea se séparait du groupe principal de ses compagnons, ils faut croire que ceux-ci remontaient par la rivière des Trois-Rivières, car il n'y a que ces deux voies pour atteindre en pirogue les “ pays d’en haut,” etnous savons que les Attikamègnes communiquaient facilement avec les peuples de l'Ottawa et mème avec ceux des contrées plus lointaines.

Le Père Jogue, après avoir visité dans l’été les tribus iroquoises, était retourné aux Trois-Rivières, ne se doutant pus que la révolte et le meurtre se préparaient pendant son absence et que son martyr serait le signal de la rupture de la paix à peine conclue.

“ On demandera, s'écrie le protestant Bancroft, si ces massacres refroidissaient l’ardeur des missionnaires. Je réponds qu'ils ne reculèrent jamais d’un pas. Comme dans une armée de braves de nouveaux guerriers sont toujours prêts à remplacer ceux qui tombent, ainsi parmi eux jamais l’héroïsme n’a fait faute et jamais ils n'ont refusé de concourir à une entreprise qui pouvait tourner à l'avantage de la religion ou de la gloire de la France.”

Ayant donc fait ses préparatifs pour passer l’hiver dans les cantons iroquois, le Père Jogues profita de ce que les canots de la traite avaient commencé à remonter le fleuve dès le 22 septembre et s’'embarqua, le 24, avec Jean de la Lande, destiné à lui servir d'aide, Otrih8eré ‘ Huron iroquisé ” et deux ou trois autres Hurous qui allaient voir leurs parents captifs dans ce pays. On sait’ que le Père et La Lande périrent bientôt après de la main de Iroquois, mais la nouvelle n’en fut apportée aux Trois-Rivières que le printemps suivant.

Où a vu combien les articles de traite étaient rares cette année aux Trois-Rivières. Un malheur vint s'ajouter à cette pénurie.

“Le 21 novembre 1646, arriva ia nouvelle assurée du plus grand désastre que fut encore arrivé en Canada, savoir : la perte ou débris du brigantin qui allait de Québec aux Trois-Rivières, dans lequel était une bonne partie de ce qui était nécessaire pour le magasin et les habitants des Trois-Rivières.”

Ce naufrage eut lieu vers le Cap-àl’arbre.—{Voir la Revue Canadienne, 1874, p. 898).

La compagnie des Habitants, toute nouvelle et remplie d'espoir, s’annonçait sous d’heureux présages : on la croyait destinée à remé dier aux abus du passé; elle prenait l’avantage sur l’ancienne compagnie dite de la Nouvelle-France, dont les forces Baissaient visiblement.

Les habitants étaient en butte aux attaques de ceux qu'ils avaient pour ainsi dire supplantés. C'est l’histoire de tous les temps. Ils avaient aussi contre eux les préjugés qui s’attachent aux titres de colons, de créoles, de sujets transplantés. Etre éloigné de l’Europe, c’est n'être propre à rien! Un certain parti en concluait que les habitants n'avaient droit à aucune espèce de protection. +

D'un autre côté, ces derniers avaient des représentants qui ne se laissaient pas désarçonner sans combattre, et qui finirent par sortir victorieux de le lutte. Au printemps de 1647, la cour régla l’ad.

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