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& Ci-devant,” c'est-à-dire avant 1646, Jean Godefroy avait donc concédé un terrain entre Gentilly et Cournoyer, et Michel Le Neuf, son beau-frère, un terrain entre Cournoyer et Bécancour, laissant entre eux un espace vide que Jacques Hertel obtint, ou avait déjà obtenu, mais dont il ne paraît pas qu'il ait pris possession, C’est ce terrain que M. de Repentigny sefit donner en 1646- 7 par l'acte ci-dessus. Les nams de Gentilly, Cournoyer et Bécancour furent imposés plus tard à ces endroits.
La ‘‘Petite-Rivière ” dont il est parlé ici ne serait-elle pas le ruisseau Vigoureux, qui passe sur la propriété de M. Moïse Genest, Labarre ? C'est le seul cours d’eau qui corresponde aux limites nord-est du fief accordé à M. de Repentigny.
François Hertel, fils de Jacques, devint propriétaire du fief de, M. de Repentigny et du terrain contigu au nord-est, que M. Jean Godefroy avait d’abord concédé (avant 1646) mais sur lequel il semble que l’on ne reconnaissait ses titres qu'à demi, sans doute faute d'yavoir fait travailler ou de s’en être occupé. Les Godefroy, qui ont eu en main vingt fortunes ordinaires, les ont laissées se perdre ainsi les unes après les autres. En 1676, Hertel avait tout le fief Cournoyer mesurant le même front qu'aujourd'hui, c’est-àdire allant de Gentilly à Dutort. Ce fief revint ensuite aux Godefroy de Lintot. Voilà comment ces deux anciennes familles ont eu possession à tour de rôle de ces terres si favorablement situées.
Michel Le Neuf du Hérisson avait dû concéder avant 1646 ce que nous appelons le fief Du Tort, ou Lintot, entre Cournoyer et la rivière Bécancour, car en rapprochant les mots ‘ rivière Puante à présent dite rivière Saint Michel” et ‘“ du côté de la rivière Saint- Michel les terres concédées au sieur Le Neuf,” on comprend qu’il s'agit de Michel Le Neuf et de la rivière Bécancour. Michel Le Neuf était parrain de Michel, fils ainé de Jeaa Godefroy, son beaufrère ; il donna sa concession à son filleul qui conserva longtemps le nom de Saint-Michel à la rivière et imposa au fief le nom de Lintot, village de la Normandie d’où son père était originaire.
Ce même Michel Le Neuf a donné à un autre fils de Jean Godefroy toute la banlieue des Trois-Rivières.
40. À René Robineau une terre de deux lieues et un quart de front au fleuve tenant du côté nord-est à la rivière Puante ou Saint-Michel (Bécancour) qui la sépare de la concession de M. Le Neuf [le fief Dutort] et du côté sud-ouest au fief Godefroy,—sur deux lieues et un quart dans les terres, avec ies îles, îlets et battures qui se trouvent tant dans la rivière Bécancour que dans la rivière Saint-Paul (rivière Godefroy.)
Le nom de Saint-Paul couché dans deux des pièces que nous
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venons de citer a passé à un fils de Jean Godefroy qui l’a transmis à sa descendance. Bouchette se sert des mots ‘ rivière Bécancour”’ et ‘fief Dutort ” mais en cela il ne fait qu’employer des noms connus de son temps (1815) et qui ne l’étaient pas en 1646.
La rivière Bécancour portait le nom de Puante. Les Abenakis la nommèrent Sôlinak, rivière aux nombreux méandres.
Ainsi tous les terrains situés en face de la ville {entre Tonnancourt autrement dit Roquetaillade, et St. Pierre-les-Becquets) se trouvaient concédés en 1646 : le côté sud-est de la rivière Godefroy, à Jean Godefroy ; Bécancour à Robineau de Bécancour ; Dutort, à Le Neuf du Hérisson ; Cournoyer, à Pierre de Repentigny et à Jean Godefroy ; une partie de Gentilly, à Pierre Lefebvre et à Nicolas Marsolet.
Godefroy, Le Neuf, Repentigny étaient parents ; bientôt Bécancour entra dans cette famille en épousant mademoiselle Le Neuf,
La mème année 1646, M. Le Neuf de la Potherie se fit accorder le titre définitif de sa seigneurie de Portneuf dont il avait obtenu possession depuis dix ou douze ans, comme il a été dit ailleurs.
Le 24 juin 1646, le Père Lalemant, examinant les titres de concession des RR. PP. jésuites, constate que les six cents arpents à eux concédés, aux Trois-Rivières, en 1634, ne souffrent ancun doute. Le 12 septembre, il écritque le Père Buteux, résidant aux Trois-Rivières, avait demandé au gouverneur-général un ‘‘ remuement de bornes,” mais qu’il avait subi un refus, ce qui fit que ‘réciproquement, il refusa M. de la Potherie pour d’autres alignements.” Il s’agissait peut-être d’un terrain que la Potherie possédait, dès cette époque, je pense, à côté du fief des jésuites, sur le chemin actuel de Sainte-Marguerite.
Mais voici qui est plus important : M. de la Potherie disputa puissamment le cap des Trois-Rivières affecté aux Sauvages, en ayant la concession de cette année de M. de la Madeleine ; l'affaire fut indécise.”” M. de la Potherie, qui était, avec son beau-frère Jean Godefroy, à la tête de la majeure partie des Trifluviens et qui voyait que les terres avoisinant le fort (basse-ville et commune) appartenaient aux jésuites, cherchait donc à s’étendre du côté ouest du Saint-Maurice, mais, ee qu'il paraît, par la note ci-dessus les Pères l’avaient devancé, et quoiqu'il disputât puissamment, l'affaire “ fut indécise ” pour le moment. Eile se régla, quelques années plus tard, en faveur des jésuites. Ceux-ci auraient sans doute exécuté, en 1645 ou 1647, leur projet d’une mission de Sau-
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vages au Cap, mais la guerre des Iroquois recommença et il fallut ajourner.
M. de Champflour n’était pas allé en France dans l'intention d'y demeurer à ce qu'il semble. On voit même qu'il se regardait toujours comme exerçant la charge de gouverneur des Trois-Ri vières ; par conséquent M. de la Potherie n'aurait été que son lieutenant en ce lieu. Le 5 mai 1646, à Paris. dans l'hôtel de M. Bordier, conseiller et secrétaire des Conseils de Sa Majesté, M. François de Champflour, “commandant des Trois-Rivières en la Nouvelle-France,” concède de la compagnie des Gent-Associés, quarante arpents de terre en superficie dans le voisinage des Trois- Rivières,—mais pas assez proche du fort pour en gêner les fortifications, —à prendre sur les terres de la compagnie qui sont encore non défrichées. On se conformera pour les fins de la justice à la coutume de Paris. Le concessionnaire devra y installer des
colons sans retard. S'il se décidait par la suite à lre ou à se désaisir de cette propriété, il se pourrait le fai: ‘en faveur
d’une personne résidant en Canada. La compagnie donne aussi à M. de Champflour, ‘ pour lui fournir plus de moyen de faire valoir les dites terres,” la charpente d’une maison de cent pieds de long sur seize de large qui a été taillée proche du fort. M. de Montmagny devra préciser la location de cette terre.
C'est le fief Niverville, situé entre les rues Bonaventure, des Champs, Saint-Pierre et Saint-Joseph.
La lisière nord-ouest de la rue Saint-Pierre et de la rue Notre- Dame, qui est la continuation de cette dernière, était toute concédée en 1646. M. Godefroy s’étendait depuis la rue St. François. Xavier (où est située l’école des Frères de la doctrine chrétienne) jusqu'à la rue des Champs. De la rue des Champs à la rue Bonaventure, la concession récente de M. de Champflour. De la rue Bonaventure à la rue des Forges, le fief des Jésuites, (du côteau Saint-Louis), puis plus bas, l’autre fief des Jésuites, (de la commune) qui embraissait la majeure partie de l’ouest de la basseville.
Les rues ne portaient point encore de nom ; celles qui existaient n'étaient à proprement parler, que des sentiers. Celui qui forme la rue Notre-Dame avait probablement dès lors son commencement au cap Métabéroutin, d’où il venait de terres de Pepin et de Hertel, en ligne droite frapper le milieu dv flanc nord du Platon, qu’il franchissait du nord au sud pour atttindre la basse-ville, en appuyant a gauche, c’est-à-dire dans la direction du fleuve, entre les rues Craig et du Fleuve. Un autre sentier ou chemin, qui passait entre la résidence des Pères Jésuites et le fort, de l’est à l’ouest
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longeait le flanc nord du Platon, croisait à l'angle droit le sentier de la rue Notre Dame à l'endroit où se trouve l'encoignure sud du vieux cimetière, et de là obliquait à gauche pour traverser la place vide que l’on voit encore aujourd’hui à côté de l’église paroissiale, il descendait la déclivité qui mène à la basse-ville, passant entre les terres des Jésuites à l’ouest et le Platon à l’est, (la rue Notre-Dame a: tuelle, entre les rues Bonaventure et des Forges) pour contourner cette éminence et aller tomber dans ce que nous appelons la rue du Platon. Vers le point de sa jonction avec le sentier qui traversait le Platon, du nord au sud, entre les rues Craig, du Platon, du Fleuve, et Saint Antoine, devaient se trouver des campements de Sauvages et deux ou trois maisons françaises. De cet endroit, un sentier existait le long du fleuve en remontant vers la Banlieue.
M. de Champflour possédait en outre un terrain sur le fief des Jésuites du côteau Saint-Louis, mais le titre ne nous en est connu que par mention dans une pièce du siècle suivant. La description qui nous en est donnée indique que M. de Champflour et Pierre Lefebvre avaient des terrains contigus, au lieu où se rencontrent aujourd’hui les rues Hart et Alexandre, et qu’ils les vendirent ? M. Charles Aubert seigneur de la Chesnaye.
Cette vente eut lieu vers 1649 ou 1650. On remarqua sur le plan manuscrit des Trois-Rivières, en 1685, un carré oblong qui
porte le mot “ La Chesnaie,” précisément à l'endroit où se croisent les rues Hart el Alexandre.
Les Iroquois avaient levé la hache de guerre au moment où le Père Jogues se rembarquait (automne de 1646) pour aller hiverver parmi eux, el ils avaient massacré ce missionnaire, ainsi que Lalande son domestique. |
Au commencement de l'hiver ils brûlèrent le fort Richelieu, qui avait été laissé sans gardes, mais comme le secret de leur prise d'armes n’avait pas transpiré, on crut que cet incendie était plutôt le fait d’un accident que d’un acte d’hostilité.
Bientôt après, les bandes iroquoises se répandirent à la sourdine dans les environs du fleuve, pour surprendre les ch"sseurs alliés des Français.
Au mois de janvier 1647, les Sauvages des Trois- res COMmencèrent à émigrer à Sillery. Il en partit quarante de cette façon qui ne contribuèrent pas peu à alarmer les gens de Québec.
Aux Trois-Rivières, les Sauvages chrétiens n'étaient pas aussi
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réguliers dans leurs devoirs religieux que par le passé. Ce relâchement était la conséquence des fêtes occasionnées par la proclamation de la paix. La mort accidentelle de quelques-uns des plus débauchés causa une telle impression sur les autres qu’immédiatement on les vit se rapprocher de l'Eglise et se conv:rtir avec éclat, De ce nombre fut Simon Piescaret ‘ qui n'était chrétien qu’en apparence et par politique ; ” il se confessa trois fois, fit des pénitences publiques, renia son passé, et harangua ses compatriotes sur la nécessité de se mieux conduire par la suite. [Il était dans toute cette ferveur lorsque vers le printemps (1647), les chasseurs, croyant la tranquillité rétablie partout, se mirent en chemin pour lancer l’orignal. Piescaret dit aux Pères de la mission : ‘Je vous quitte, mais j’ai le pressentiment que je ng vous reverrai plus; je vais à la mort ; je sens que les Iroquois me feront mourir ; ma consolation est que je suis réconcilié avec le bon Dieu et que j'irai au ciel si je meurs de ce coup.” Bernard 8pamang8ch, se confessant avant de partir parla à peu près de même.
Les chasseurs se divisèrent en deux troupes, dont l’une, celle du nord, sous les ordres de Piescaret, et l’autre, celle du sud, sous Jean Ta8tskaron, avec Bernard 8pamang8ch pour second. . Les deux troupes emmenaient les femmes et les enfants à leur suite, selon l'habitude des Sauvages en ces circonstances.
Le 5 mars, deux Algonquins sortirent des Trois-Rivières avec leurs femmes pour aller quérir la chair d’un orignal abattu par un Huron. Etant seuls, ces deux hommes furent pris par les Iroquois, auxquels ils firent connaître l’état des choses aux Trois- Rivières et les endroits où les Algonquins étaient allés faire leur grande chasse. Le lendemain, jour des Cendres, pendant le service divin, les Iroquois profitèrent de l'isolement de deux maisons de Français un peu écartées du fort, (probablement dans la basseville aujourd’hui) pour les piller, sachant bien qu’elles renfermaient nombre de choses que les colons y avaient déposées pour l'hiver. Ils emportèrent la charge de quinze hommes. ‘ Au sortir de la messe plusieurs Français se trouvèrent dénués d’habits, de couvertures, de poudre, de plomb, d’arquebuses et de la meilleure partie de leurs petits meubles.”
Ces alertes ou plutôt ces attaques non équivoques décidèrent les Sauvages qui restaient aux Trois-Rivières à se préparer aux représailles. Un Hu.on du voisinage de Sorel se trouva sur les lieux et s’offrix pour aller porter à Québec des nouvelles de ce qui se passait, avec l’entente qu'il inciterait les Hurons de cette place à se joindre aux gens des Trois-Rivières qui voudraient courir sus * l'ennemi. Le 8 avril, il arriva à Québec où ses compatriotes pa-