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rurent abonder dans ses vues. M. de Montmagny tâcha de les engager À prendre patience et à ne pas agir avant d’avoir su comment avaient été traités les prisonniers des Iroquois. On conseilla aussi aux Hurons de ne pas tarder à avertir leurs villages de la reprise des hostilités. Malgré cela, ils se déterminèrent à affronter les hasards de la guerre et reprirent le chemin des Trois-Rivières ; mais ils n’allèrent que jusqu’à Portneuf.
Lutter contre les Iroquois était impossible. Les Algonquins avaient pour tout partage la bravoure individuelle et la ressource de se replier sur les Trois-Rivières, Sillery ou Québec. Les [roquois avaient des plans d'opération, ils agissaient avec ensemble et ils pouvaient se retirer sur leurs terres où personne n'osait les poursuivre, pas même les Français qui manquaient de soldats. La partie était inégale et le résultat évident. Si Mazarin eut compris ce qu’il avait à faire, la France anéantissait en une campagne le seul obstacle qui s’opposât à l'établissement. de sa puissance dans le nord de l'Amérique. Il préféra user ses forces dans les intrigues de cour. Son inaction ouvrit la liste des bévues coloniales que la France devait payer si cher.
Les Iroquois, munis des informations qu’il leur importait de connaître, résolurent de frapper au cœur la nation algonquine ; pour cela, il choisirent l’homme qui en était la personnification et la localité à laquelle cette nation se montrait la plus attachée.
Piescaret était le grand chef des Algonquins; les villages de ceux-ci étaient tous aux environs des Trois-Rivières ; c'était donc là que devait se jouer le drame le plus important de cette longue guerre.
Les Iroquois se divisèrent en deux bandes : l’une au nord du fleuve, l’autre au sud, pour aller surprendre les chasseurs algonquins. Dès le jour de l’adoption de ce plan de campagne, ils réjeignirent le parti de Jean Ta8tskaron dont les forces n’avaient aucune proportion avec les leurs; se voyant perdus, les Algonquins tentèrent de vendre chèrement leur vie. Au premier rang des Iroquois, Bernard aperçut son frère Pierre, et en même temps un guerrier qui reconnut Bernard lui cria qu’il serait épargné s’il voulait se rendre. Il refusa énergiquement en les appelant lâches et traîtres. Aussitôt un Iroquois se jette sur lui. Bernard l’abat d’un coup de hache, mais il reçoit aussitôt une balle dans la cuisse et une flèche au côté. Alors s'adressant aux ennemis, il leur demande de ne point l’achever avant qu’il n'ait fait sa prière; on lui accorde cette grâce, il se met à genoux, puis se relevant présente sa poitrine aux épées qui y plongent à loisir, Après avoir tué plusieurs Algonquins et fait le reste prisonnier, la bande iro-
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quoise alla rejoindre près du lac Saint-Pierre l’autre parti, dont nous allons parlei.
Cette seconde pande fut aussi heureuse que la première dans sa chasse à l’homme, elle eut même l'avantage de mettre à mort un guerrier qui à lui seul l’épouvantait plus que tous les Algouquins rennis. Après avoir trouvé la piste des gens de Piescaret, elle tomba sur un de leurs camps, enleva les bagages, Les femmes et les enfants qu'il renfermait, et se mit en devoir de chercher les chasseurs répandus aux environs. Dix Iroquois, allant à la découverte, rencontrèrent Piescaret lui-même, qui retournait de la chasse sur les glaces, chargé de muffles et de langues d’orignaux, et marchant “ à la négligence.” En l’apercevant ils entonnèrent un chant de paix, ce que voyant, ie chef algonquin s'arrêta et fitentendre aussi une chanson d'amitié, car il ne croyait pas que la guerre fut recommencée et il les prenait pour des ambassadeurs ; du reste, il était trop brave pour être d’une prudence consommée. Ii les laissa donc approcher et les invita à se rendre à son village situé à deux ou trois 1rilles de là. Les [roqrois se gardèrent bien de lui donner des scupçons et se mirent à marcher devant lui. après l'avoir débarrassé, par forme de politesse, du fardeau qu'il portait. Un seul homme resta en airiere sous un prétexte quelconque, mais rejiguit bientôt le groupe, & profitant de l’inattention de Piescaret, saisit le terrible Alsonquin par les cheveux, l’assomma d'un coup de casse-tête, e’ lui leva ir chevelcre.
A laide des renseignements arrachés par la confiance au mal. heureux Piescaret, ses meurtriers £e rendirent avec toute leur bande, séparée en deux d$tachements, sur les rivières Machiche et Nicolet où était le reste des campements algonquans et, le lendemain à la pointe du jour, ils tombèrent dessus, les détruisirent, massacrant les hommes et emmenant les fem nes eu captivité.
Les mémoires du temps n'inliquent pas l'endroit où Piescaret rencontra ses assassins. Nicoias Perrot fait entendre que Piescaret avait son orincipai campement sur la riviere Nicolet (Bacqueviile de la Potnerie dit: dans les profondeurs de la riviere Nicolet) et qu'il en était parti pour aller à la chasse au-delà de la rivière Saint-François, et que, comme il s’en retournait, il rencontra Les Iroquois. C'était donc anelsue part dans la baie de l2 Vallière
La Relation au Père Lalemant et 1a lettre de la Mère de l’Incarnation mettent les [roquois au nombre de dix: Perrot et Le Potherie disent six ; M. Ferland adopte dix
Cinq chasseurs, appartenant à la troupe du sud, réussirent à 8 chapper et à rentrer aux Trois-Rivières les uns après les autres où ils apporièrent la nouvelie que les Iroquois temaient tous les
abords de la place. On a prétendu qu'à cette époque ils 6 millier dans les environs des Trois-Rivières. Les habita ré nirent et prirent des mesures pour résister à une attaque, mais les maraudeurs n'avaient poiut l'intention d’en venir aux mains les Français protégés par leurs palissades et le canon du fort. Leurs courses réussirent d’ailleurs si parfaitement qu'ils répandi rent la terreur dans tout le pays. Une seule de leurs bandes prit jusqu'à quarante Algonquins près des Trois-Rivières, mais sept Français, guidés par un Algonquin en délivrèrent une partie et tuèrent dix Iroquois à la faveur d’une attaque de "uit.
La nation alzonquine ne fit que décroître depuis ce moment. Piescaret avai. été son dernier rempart.
Le 22 mai (47, M. de Montmagnv et le supérieur des jésuites partirent de Québec avec trois chalonpes. Deux jours après, au moment de toucher les Trois-Rivières, ils rencontrerent Jacque Babelin dit La Crapaudière (le même, sans doute, qui avait commaändé la petite garnison du fort Richelieu penGant l'hiver de 1645 46,et qui est cité comme parrain aux Trois-Rivières, le9 février 1647 qui leur Aonna avis de certains mauvais coups des [roquois. Uu Huron avait été pris, le 20 du mois, à la rivière Faverel, qui paraît ècre la même que la rivière aux Cormiers, au bas de l’anse du cap de la Madeleine, où Jacques Hertel possédait alors l’établissement de l’Arbre-à-la-Croix.
Dans les derniers jours de mai, le Père rijart, étant aux Trois- Rivières, à ce qu il paraîtrait, brofita de la barque de M. Bourdon, qui montait à Richelieu et à Montréal avec trente personnes, pour se rendre lui même dans ce dernier lieu. La barque fut suivie par une chaloupe qui portait la nouvelle de l'intention des [roquois d'attaquer Montréal.
La garnison de Montréal était de trente hommes, en l’année 1647 dit M. Ferla 1d. L'expédition ci-dessus a pu l’induire en erreur ; il n'y avait pas autant de défenseurs dans les murs de Montréal. Quant à M. Bourdon, ii était au service du gouverneur de la Nouvelle-France et non pas de la colenie de Montréal, ce qui fait qu'il commandait un corps d'occasion destiné à la police du fleuve et pas autre chose.
Le 4 juin, le gouverneur général et le supérieur des jésuites re partirent pour Québec. Dès le lendemain, ils furent rejoints par une chaloupe des Trois-Rivières annonçant l’assassinat du Père Jogues et de Lalande dans le pays des froquois.
Vers ie 24 juin, le Père Druillètes passa aux Trois-Rivières avec un parti de Sauvages de Tadoussac et de Sillery qui remontait le fleuve à la rencontre des Iroquois.
“ Le seize de juillet une prisonnière parut aux Trois-Rivières. La pauvre misérable n'avait que la peau étendue sur les 68. Son regard était affreus, ses yeux paraissaient comme enfoncés dans une tôte de mort; on ne vovait plus de joues sur son visage; ses lèvres colléeseur les mâchoires représentaient pluiôt ane trépassée qu'une personne vivante. Je ne pouvais, disait-elle, abandonner ma fille qui était prisonnière avee moi. Après avoir passé par les bastonnades et par les autres tourments à la réception des prisonniers, après la mort de taus les hommes et de quelques femmes on uous donna la vie à ma fitle et à moi... Nous concluons qu'il fallait sortir de la bourgade sur le minuit, ce que nous fimes assez heureusement sans être aperçues. À peine étions-nons hors des portes que nous courûmes de toutes nos forces jusqu'environ les cinq heures du soir, que nous aperçûmes des Froquois. La crainte nous fit retrouver des forces: nous nous jettons à travers des halliers; l’épouvante nous fit marcher de telle sorte que nous nous séparâämes. de ne sais si me fille est morte dans les bois ou si elle a été reprise par ces barbares... Je n'avais rien pour faire du feu, nes doigts n'étant pas assez forts pour faire un fusil à la façon des Hurons; les guêpes et les mouches m'élranglaient: enfin Dieu me donna l'invention de faire des bas de chausres et des manches de euillages pour me défendre de leurs piqères.” (Æelation 1647, page 12-3).