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Le 25 octobre partit de Québec la dernière barque de la saison pour les Trois-Rivières, avec les Pères Buteux et Duperon.
Le 4 novembre, les Iroquois capturèrent deux Hurons près des Trois-Rivières.
La barque retourna à Québec, vers le 15 novembre, ramenant des Trois-Rivières, le frère Nicolas Noircler qui paraît y avoir passé les mois de septembre et d'octobre.
Il est probable que les terres concédées au sud du fleuve ne re çurent pas de colons cette première anmée, à cause de la guerre Le dévairagement était devenu général. Hertel abandonna les travaux de son flef du vup du li Mudluleine Ce poste était très exposé. Il n'en existait pas d'autre entre les Trois-Rivières et Port: neuf. La seigneurie de Batiscan, la seul concédée alors, ne fut pas hubitée sitût
Ce fief de Hertel a pris le non de l'Arbre-à-la-Croix. A quelques arpents de lu rivière des Cormiers, endroit où, selon les probabiliês, Hertel avait érigé la maison dont il est parlé ailleurs, on voit, de nos jours, en allant vers le sud-ouest, trois mais plantés autour d'une croix. Il existe là-dessus une légende Civersement rapportée dans ses détails, mais toujours la même au fond: un combat aurait été livré sur les lieux, dans lequel une femme française aurait tué le chef des Iroquois et provoqué la déroute de l'ennemi. Si ce fait d'armes ne se rapporte pas à l’année 1647, il ne manque pas de raisons pour le placer à une autre date, car l’Arbre-à-la- Croix était habité de nouveau en 1652, il portait ce nom en 1657, et il a été fréquemment le théâtre des descentes des Iroquois
jusqu'en 1665. La famille Hertel garda le fief et le peupla.
Dans l’automne de 1647, quatre habitants des Trois-Rivières se marièrent : Marin Terrier dit Francheville avec Jeanne Jallaut ; Jacques Aubuchon avec Mathurine Poisson, Urbain Baudry avec Madeleine Boucher; et Etienne Seigneuret avec Madeleine Benassis. Les trois premiers se marièrent à Québec. Quant à Seigneuret, son contrat de mariage, daté du 13 octobre, est dans le greffe de Duquet, à Québec, probablement parce qu’il n’y avait pas encore de notaire aux Trois-Rivières ; la célébration du ma riage n’est pas mentionnée au registre de Québec; il n’y avait pas
de registre de mariages aux Trois-Rivicres, du : on n’en Co nait Aucun, mais Madeleine B is demeura lieu, chez son grand-père.
Des cinq enfants de Gaspard Bouc] il n 1 it plus aucur
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avec lui à Québec. Tous étaient aux Trois-Rivières où ils s'étaient rendus l’un après l'autre depuis trois ans dans l’ordre qui suit: Marie, femme de Etienne Lafend ; Marguerite, femme de Toussaint Toupin; Nicolas, célibataire ; Pierre, célibataire, interprète ; et Madeleine, femme de Urbair: Baudry. Ce dernier mariage décida Gaspard à suivre ses enfants et à s'établir aux Trois- Rivières où on le trouve dès l’année qui suivit.
Madeleine Boucher apportait par son contrat &e mariage: Deux cents francs en argent (l); quatre draps, deux nappes, six ser. viettes de toile et de chanvre, un matelas et une couverture, deux plats, six cuillers (2) et six assiettes d’étain, une marmite et une chaudière, une table et deux formes (3), une huche à boulanger, un coffre fermant à clef, une vache et deux cochons, mâle et femelle. La mariée recevait en outre de ses parents un habit selon sa qualité et du linge à sa discrétion.
De janvier à mai 1648, il y eut force commuticaätions par J” ‘es entre les Trois-Rivières et Québec. Les /ne8sagers étaient si at des Hurons.
Le 27 mars, l'interprète Jean Amyot et trois Hurons qui l'accompagnaient arrivèrent à Québec ayant fait le trajet en canot des Trois-Rivières jusqu’au Cap Rouge, ce qui montre que le fleuve était à peu près partout libre de glaces. Le 16 avril, Amyot s’en retourna ‘ avec les Hurons et M. de la Tour qui allait en chaloupe pour faire la guerre.” { s'agit ici de Charles-Amador de Latour, sieur de Saint-Etienne, commandant d'une partie de l’'Acadie, réfugié au &anada.
Latour dut rencontrer aux Trois-Riviôres dean Mignot dit Cha tillon qui s’y était rendu de (juébec, au milieu de juuvier, avec l'intention de partir dès le printemps pour les pays d'en haut. L’arquehuse de Chatillon étant restée à Québec, ce fut Amyot qui la lui apporta, et le 24 avril, il s'embarqua avec deux Sauvages chrétiens ; une chalaupe armée, (tulle de Latour, probablement), leur fit la conduite jusqu’à l'entrée de l'Ottawa.
Parlant de Jean Amyot, M. Ferland dit: ‘“ Aux Trois-Rivières, l'hiver 1647-8, il provoqua les Français et les Sauvages à la course
A cette époque, l’argent monnayé était pour ainsi dire ireonnu au Canada. Les payements se faisaient en pelleteries.
(2) Les couteaux de .able et les fourchettes n’existaient pas encore {8} Siéges ca banes longs avec où sans dossier
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soit avec des raquettes, soit sans raquettes et remporta la victoire sur tous ceux.qui se mesurèrent avec lui. Son humeur était si gaie et si agréable que les vaincus eux-mêmes lui témoignèrent de l'amour et du respect.”
Le 23 mai 1648, un malheur considérabie vint frapper les Trifluviens dans les personnes des interprètes Marguerie et Amyot qui se noyèrent en traversant le fleuve, vis-à-vis du fort, dans un vieux canot qui ne put résister aux coups d’une bourrasque survenue pendant leur trajet d’une rive à l’autre. Les corps furent retrouvés le 10 juin, celui d’'Amyot proche de Sillery et celui de Marguerie à Québec. On les enterra en ces endroits.
Marguerie ne laissa pas d'enfant. Sa veuve, Louise Cloutier, se maria cinq mois et demi après à Jean Mignot dit Chatillon, le même dont il a été parlé plus haut. Ils vécurent à Québec et au Château-Richer où Chatillon dut mourir vers 1675. En troisième noces (1684), elle épousa Jean-Pierre Mataut, de cette dernière localité.
Quatre ans avant la mort de Marguerie, son nom avait été donné à une rivière située à six lieues des Trois Rivières en remontant le fleuve. (Relation, 1644, p. 41). La petite rivière Marguerite, qui se décharge au fleuve presque vis à-vis la ville, non loin de la rivière Godefroy, doit sans doute son nom à l'interprète Marguerie. La plus ancienne désignation de cette rivière sous le nom de ‘ Marguerite ” est de 1714 (Registre des audiences des Trois-Rivières.)
De 1634 à 1650, les interprètes en chef des Trois-Rivières ont été: Jean Godefroy (1634-5); Jean Nicolet (1635-42); François Marguerie (1042-48) ; Pierre Boucher (1648-50).
Les forces dont disposaient les Troquois les rendaient de jour en jour plus féroces et plus enireprenants. Nous nous bornons à esquisser les événements qui se rattachent étroitement aux Trois Rivières, et notons en passant qu'à la fin de l'hiver 1647-8, Thomas Godefroy fut capturé près de Montréal, puis relâché bientôt après, grâce à la vigueur que déploya Charles Le Moyre, son compagnon en cette circonstance.
Déterminés à frapper un grand coup, les Iroquois complotèrent de s'emparer des Trois-Rivières, qui par l'accroissement de la population française dans les deux dernières années et l’assistance que le fort donnait aux Sauvages de plusieurs nations excitaieni leur jalousie et leur orgueil. La première arme employée par ces
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rusés politiques, était presque toujours la dissimulation. On va voir qu'ils ne la négligèrent pas.
Le 30 mai 1648, quelques Français allant dans une chaloupe visiter des filets tendus de l’autre côté du fleuve, vis-à-vis du fort, virent un Iroquois qui se jetait à l’eau pour les aborder, Is le reçurent sans défiance. Aussitôt après un Huron, adopté par les Iroquois, se montra sur le rivage, demandant à entrer dans leur embarcation. On le prit aussi volontiers. Puis arrivèrent trois Iroquois, dans un canot, qui furent bien traités parce qu'ils se présentaient en amis, mais iis ne voulurent pas se joindre aux deux premiers qu’on amena à M. de la Potherie, commandant aux Trois-Rivières, lequel, les gardant, envoya de nouveau la chaloupe vers les trois autres, qu’on trouva au même endroit. Ceux-ci auraient apparemment suivi les Français qu'ils croyaient seuls chez eux, lorsqu'un Huron et un Algonquin, qui s'étaient glissés parmi ces derniers, les épouvantèrent en leur faisant connaître qu'il y avait aussi des Algonquins dans le fort. Ils prirent la fuite, mais l’Algonquin en saisit un, le tua etle scalpa avant qu’oneût le temps de l’en empêcher. Les deux captifs, qu'avait gardés M. de la Potherie, déclarèrent que leur bande rôdait aux environs dans le seul dessein de surprendre quelques Algonquins. A la vérité toutes les issues étaient gardées par cinq cents hommes ; il ne restait plus qu'un très-petit rayon libre autour du fort. Les Français sentaient bien que l'ennemi était aux portes ; ils pouvaient même le rencontrer à la moindre sortie, mais les [roquois employaient leur adresse accoutumée pour faire croire qu'ils n’en voulaient qu'aux Algonquins. Leur but était de pénétrer dans la place par petits groupes. sous le couvert de l'amitié, et ensuite de tirer partie de la position qu'ils pourraient y prendre. Trois semaines s’écoulèrent de la sorte dans des transes continuelles, que les rapports journaliers augmentaient plus qu'ils ne les dissipaient.
Le 20 juin, deux canots d'Iroquois traversèrent le fleuve en plein minuit et mirent pied-à-terre un peu au-dessous des Trois-Rivières. Quelques-uns d’entre eux s'avancèrent jusqu'à la maison d'un Français, à une portée de fusil du fort, mais celui-ci, entendant du bruit, s'éveilla en leur criant avec tant de résolution de passer au large qu'ils se retirtrent, non sans avoir attiré l'attention de la sentinelle du fort qui en donna connaissance au caporal de garde. On fit monter l’un des prisonniers volontaires sur un bastion: celui-ci, parlant en sa langue, fut entendu de ses compatriotes. Je suis vivant, leur dit-il, les Français me traitent en ami, il n’y a rien à craindre. À ces paroles, ils demandèrent qu'on leur envoyât une Æchaloupe —ce qui fut promptement exécuté. Ils n’osaient pas
néanmoins l’aborder de près ; mais enfin le chef de cette bande se jeta à l’eau pour se joindre aux Français et fut amicalement reçu et amené au fort avec son compatriote, lequel ayant les fers aux pieds les cacha de peur de l’étonner. ‘“ Quand ils furent tous deux dans le corps de garde et qu’on les eut fait manger, alors, ouvrant ses habits, il découvrit les marques de sa captivité. Son camarade, à la vue de ces jarretières de fer, se mit à sourire, mais ce ne fut pas de bon cœur évidemment. On les laissa discourir à leur aise; voici la conclusion de leur entretien : Notre escouade, dit le nouveau venu, est composée de cent hommes, dont quatre anciens et des plus notables de notre pays ; si vous le voulez, donnez la liberté à mon camarade, on le conduira dans une bonne chaloupe vers nos gens, ilen ramènera quelques-uns avec lui.” Ce prisonnier fut 1ccompagné en effet de deux chaloupes bien armées et, pour marque de confiance, on lui permit d'entrer dans le camp de ses gens, d’où, après un long pourparler, il revint accompagné de deux de ses compatriotes qui le suivirent jusqu’au fort des Français. Comme on les interrogea plus à loisir, on reconnut qu'il y avait de la fourberie en leurs paroles ; car ils avouaient que cette bande n’était que de vingt-neuf hommes, dans lesquels il n’y avait aucun ancien ni aucun homme d’affaires ; que le bruit de la venue des anciens pour rechercher la paix était faux. On jugea néanmoins qu’il serait à propos que l’un des quatre retournât pour avertir les principaux Iroquois de la détention des trois autres, afin qu’ils ne fissent aucun mauvais coup sur les Français et sur leurs alliés. Quand il fut question de choisir lequel des quatre serait mis en liberté, ce fut à qui déférerait cet honneur à son compagnon, ils s’offraient réciproquement cette faveur et pas un ne voulait l’'accepter; chacun paraissait vouloir courir le risque de sa vie avec ses camarades, car ils feignaient de se croire en danger parmi les Français. Enfin ils condamnèrent le plus jeune à jouir de cette liberté. Il s'embarqua done avec le premier prisonnier pour être conduit par les Français vers ses gens qui le reçurent à bras ouvert, mais voyant son camarade retourner vers les Français, suiant la parole qu’il en avait donnée, il insista pour l’accompagner, disant qu'il ne pouvait se décider à laisser les autres [roquois seuls en danger au milieu des Français. Tout cela était de la comédie bien jouée.
L'intention des autorités était tournée vers un projet qui eut pu rendre de bons services si les ressources en hommes et en argent eussent permis de le réaliser au complet. Il s'agissait d'établir un camp volant dont les soldats, espèce de milice volontaire, devaient tenir la campagne et poursuivre partout l'ennemi dans ses démar-
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ches et dans ses tentatives d'approcher des habitations entre Québec et Montréal. On ne fit cependant rien cette année. Les événements d'Europe durent influer sur ce délai.
La guerre civile éclatait cette année en France entre deux partis : celui des Frondeurs, qui représentait la cour, et celui des Mazarins, qui tenait pour le cardinal premier ministre. Au milieu de cela se terminait la guerre de trente ans. En Allemagne, dans les Flandres, dans les Pays-Bas et en Italie, les Français remportaient des victoires sous Turenne et Condé. Les troubles de Paris et la fameuse journée des Barricades contribuent de leur côté à rendre cette année célèbre.
Revenons aux Trois-Rivières :
Le 22 juin, commencèrent à arriver les Attikamègues : mais c'est principalement au mois d’août qu'ils se firent baptiser. Le registre cite dix-sept de ces baptèmes. Dans le cours de l’année, il y en a six autres, tous algonquins.
Le 23 juin, “ Noël Negabamat, avec ses gens (de Sillery), s’en alla aux Trois-Rivières avec intention de faire la guerre ; ce ne fut qu'une grotesque qui aboutit à rien, sinon à manger du pain et des pois du fort des Trois-Rivières. Les Iroquois captifs virent tout cela, ei eurent bien sujet de s’en moquer.” Noël et ses gens retonrnèrent à Québec le trois de juillet. (Journal des J.)
Le 3 juillet, l’un des capiifs retenus aux Trois-Rivières fut libéré sous le prétexte qu’il avait affaire à Montréal pour retirer des castors qu'il disait avoir mis en dépôt entre les mains des Français. Il n’alla pas loin avant de rencontrer une troupe de ses gens qu'il savait être dans le voisinage. Sur le rapport mensonger qu'il fit de l’état des Trois-Rivières, on décida qu'il fallait agir sans retard, mais les Algonquins eurent bientôt découvert la piste de l’ennemi et, le lendemain, M. de la Potherie fit tirer le canon et sonner l'alarme. Il était temps, car, à l'heure mème, quatrevingts Iroquois attaquèrent deux Français qui gardaient du bétail. Cinq Hurons vinrent au secours des Français, et deux chaloupes armées furent envoyées du fort, mais avant leur arrivée sur le lieu du combat, un Français, M. de la Chaussée, et un Huron, Pierre Chiatearonhies, furent tués. Un autre Français, neveu de M. de la Potherie (Guy Poutrel ?), qui chassait seul non loin du fort, tomba, en même temps, au pouvoir des ennemis.
Les prisonniers Iroquois restés dans le fort croyaient que ce guet-apens serait le signal de leur supplice ; en conséquence, ils demandèrent à être baptisés avant de marcher à la mort. On eut «de la peine à les rassurer. Ces misérables ne pouvaient s'expliquer la clémence des Français.
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Vers le 15 juillet, Pierre Lefebvre fut enlevé par les Iroquois, ainsi que quelques Hurons. D'autres furent assommés sur place. Deux froquois trouvèrent la mort dans ces escarmouches.
Le 14 juillet, on vit de l’autre côté du fleuve un homme qui faisait des signaux avec une couverture, Une chaloupe partit pour aller le recevoir. C'était un jeune Huron nommé Armand, qui avait été pris l’année précédente, et qui dit qu'il venait d’échapper à une bande de cent [roquois, qui tenaient les deux bords du fleuve à trois lieues au-dessous du fort. Cette bande avait résolu de tirer vengeance des prétendus mauvais traitements que subissaient les prisonniers. M. de la Potherie envoya à sa rencontre pour les désabuser le plus âgé les prisonniers, qui revint le soir après leur avoir fait promettre de se tenir tranquilles. Ils firent mème demander des vivres qu’on se garda bien de leur envoyer. Le lendemain ils firent de nouvelles instances pour en obtenir, mais on persista à leur en refuser. Ces [roquois approchèrent, le 17 juillet, à portée du canon du fort. Un parti de Français et de Hurons marcha contre eux. Ne se sentant pas en état de résister à cette troupe ils dirent qu'ils voulaient seulement des vivres, ce qui était faux, car assure la Relation : “On à trouvé plus de quatre-vingts sacs de blé d'Inde dans leur fort.” On leur répondit que toute communication était oiseuse s’ils ne rendaient d’abord les prisonniers qu'ils avaient dans leurs villages. Ils se retirèrent fort mécontents. Tout aussitôt, il fut découvert qu'ils avaient comploté d'attirer les gens des Trois-Rivières dans une embuscade et qu'il fallait se défier plus que jamais de leurs démarches. Un exprès alla à Québec avertir le gouverneur général.
Un grand bateau était parti de Québec, le 17, pour secourir les Trois-Rivières.
Comme la situation était alarmante, la surveillance s'exerçait rigoureusement sur tous les points. Le soir du même jour eut lieu une alerte plus forte que les autres. On entendit de nombreux coups de fusils sur le fleuve et un tapage de cris, de hurlements qui dénotaient un vif combat, mais à quel sujet, quels en étaient les acteurs? personne ne pouvait le dire. Tout-à-coup arrive un canot: on reconnait le Père Bressani, dont la présence fut une surprise ajoutée à celle qui agitait tous les habitants.
Mettant pied à terre, il expliqua en peu äe mots que la flottille huronne avec laquelle il descendait venait de livrer bataille aux Iroquois et de les défaire, non loin du fort.
Une pareille nouvelle ne pouvait être accueillie qu'avec des transports de joie et des remerciements adressés au ciel; on s'empressa d'entrer à la chapelle et de chanter un Te Deu n.
Voici ce qui s'était passé : Les Hurous, au nombre de deux cent cinquante hommes, conduits par cinq chefs de guerre renommés, étaient partis de leurs villages, dans soixante canots, avec le Père Bressani et trois Français, déterminés à passer, coûte que coûte, à travers les [roquois ‘et à se rendre à la traite des Trois-Rivières. “Ils sont bien quelquefois descendus en aussi grand nombre, mais jamais en si bon ordre,” dit la Relation. Arrivés vers le soir près des Trois-Rivières, ils s'arrètèrent, suivant leur coutume, pour se peindre et revêtir leurs habits d’apparat. C'est alors que quelques-uns de leurs canots, restés sur le fleuve, furent aperçus des Iroquois, qui £herchèrent à s'en emparer, Les Français du fort distinguaient assez difficilement ce manége et n’y comprenaient rien, car ils ignoraient la présence des Hurons ; ils s’'approchèrent toutefois sur la grève aussi loin que possible, craignant toujours une feinte des lroquois pour les attirer dans une embuscade. Les Hurons laissèrent les Irequois venir à eux et leur livrèrent un combat acharné dans lequel plusieurs succombèrent. Le mission naire se jeta au milieu du feu et encouragea ses gens du gite et de la voi à se bien comporter ; nombre de prisonniers (1) resorent aux me? des Hurons. On raconte qu'un Lroquois voyant son frère emmené captif courut vers les Trois-Rivières, pénétra dans la place sans être remarqué et alla s'asseoir tranquillement au pied de la croix plantée à la porte du fort, où on le prit. Peut-être en agit-il ainsi pour sauver son frère en se rendant agréable aux Hurons, sachant que ceux-ci avaient l'habitude de faire fléchir les genoux à leurs prisonniers en passant devant cette croix.
La victoire des Hurons délivrait les Trois-Rivières du blocus qui depuis deux mois, tenait la place privée de communications avec l'extérieur, aussi les Français et les Algonquins firent-ils aux vainqueurs unc réception chaleureuse, que la présence de M. de Montmagny contribua encore à augmenter en affermissant les plus effrayés.
Les Hurons n'avaient pas tardé à vider les canots et à fouiller les campements des Iroquois, ce qui fitqu’ils amassèrer un riche butin, produit des déprédations commises dans toutes les directions par les bandes dont ils venaient de débarrasser la contrée.
Le Père Bressani descendit à Québec, où il arriva le 22.
M. de Montmagny, ne pouvant plus s’employer contre les Iro: quois, s'occupa de faire régner l'union entre les peuples différents qui se trouvaient de passage aux Trois-Rivières. Il réussit assez
(1) La Relation du Père Lalemant dit une vingtaine de prisonniers ; la Mère
de l’Incarnation dit trois cent trente; le Journal des jésuites trente ou trentecinq.