‹ Chronique trifluvienne [microforme]Chapitre 17 sur 35 · OÙ · texte numérisé non relu

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D'après un passage du ‘Cahier des Délitrations de la paroisse des Trois-Rivières,” année 1749, on voit que Jean Joubert, dit Fonta.ne, avait obtenu, dès 1648, une terre de quatre arpents de front sur vingt de profondeur, dans le fief Labädie aujourd’hui. Nous avons des doutes quant à la date de 1648, attendu que c’étaii une époque où personne ne pouvait se hasarder à cultiver si loin du bourg, et parre que Joubert n’était alors âgé que de dix ans. Donc, croyons-nous erreur du copiste de l'acte de 1749. La date de 1684 conviendrait de toute mauière, Joubert mourut en 1685.

Un document, que M. l'abbé Tanguay a trouvé à Québec, fait voir que le projet de colouiser le cap de la Madeleine, dont nous avons parlé en 1645, n'avait pas été abandonné par les jésuites, car il est constaté par cette pièce que le Père Buteux, supérieur des Trois-Rivières, rev :tu des pouvoirs de M. l’abbé de la Madeleine, a concédé, le 1er juin 1649, des terres qui portent le nom de M. de la Madeleine sur le cap des Trois-Rivières, formant quetorze concessions de douze arpents de front ‘deux lieues en tout) et de vingt arpents de profondeur, à commencer à l'embouchure de la rivière Sorel, (1) tirant en bas, savoir : Jean Godën, François Boivin, Claude Houssard, Jean Veron, Pierre Guillet, Mathurin Guillet, Etienne de la Fonc, Mataurin Baillargeon, Pierre Boursier, (2) Emery Cailleteau, Urbain Baudry, Jacques Aubuchon, Bertrand Fafaïrt et Jean Aubuchon.

Le grand nombre des concessions (une vingtaine) faites cette année montre combien l’on travaillait à avancer les Trois-Rivières et quel succès l’on eut obtenu, si la guerre n'avait pas paralysé une partie de ces efforts.

Citers un a. ire terrain dont il a déjà été parlé. Le 12 octobre 1649, bail fait en faveur d'Antoine Dérosiers par Jean Mis ‘ude (3) ‘ des terres à lui appartenant à cause de sa femme, aux Trois- Rivières. où il consent que le sieur Jacques Hartel en jouisse.”? (Greffe d'Amoau, 1651).

Pierre Boucher, expert dans les langues sauvages, avait succédé à Marguerie comme interprète ; il est cité au registre (parrain d'un

(1) Ceci est évidemment une faute du copiste, car ce nom n’a jamais été appliqué au Saint-Maurice, et d’ailleurs. M. de Sorel, venu au Caneda quinze ans plus tard, n’a pas même eu de terrain dans les environs des Trois-Rivières. |

(2) Peut-être un parent du Frère Joseph Boursier dit Desforges, mentionné dons les Relations et le Journal des jésuites de 1646 à 1656.

(3) C’est plutôt Jean Mignot dit Chatillon qu avait épousé, l’année précédente, la veuve de Marguerie. Les terres ou la terre en question devait être située vers la rue des Champs.

Attikamègue) pour la première fois avec ce titre, le à août 1648. Il y avait neuf ans qu’il était au service dans les différentes attributions de soldat, messager de confiance, caporal, sergent, interprète et commis de la traite. Il remplissait ces dernières fonctions aux Trois-Rivières en 1648. De 1648 à 1650, il parait avoir été l'interprète en chef du poste. (Registre des Trois-Rivières, Soirées canadiennes, 1865, p. 297-8),.

Le 23 mars 1649, est enterré aux Trois-Rivières Nicolas Boucher, frère de Pierre, âgé de vingt-deux ans.

Le 8 avril suivant, fut baptisé Isaac, fils de Jacques Pachiïini et de Marie 8ki8eabansk8e ; parrain et marraine : Thomas Godefroy de Normanville et “ Marie 8kibandin8k8e, femme de Pierre Boucher.” Ces deux derniers étaient mariés depuis quelques mois à peiue. Marie-Madeleine Chrestienne (c'était le nom que les Français lui donnaient) était fille d’un chef huror, dit un mémoire du temps ; élevée et instruite par les ursulines de Québec, ele ne devait pas différer beaucoup des coutumes des femmes blanches. Sa signature au bas du contrat de mariage est tracée d’une main ferme et nette, c’est une des meilleures de ja pièce.

Les noms des femmes de Pachirini et de Boucher ont assez de ressemblance pour faire croire à une parenté entre elles. En ce cas, Pachirini, Algonquin, aurait été marié à une Huronne, sœur de Marie-Madeleine Chrestienne ?

Le 11 décembre suivant, aux Trois-Rivières, on baptise Jacques, fils de Pierre Boucher et “de Marie-Madeleine Chrestienne. ” Parrain et marraine : Jacques Le Neuf ‘et sa sœur.” Ni cet enfant ni sa mère ne vécurent plus d’un an après cela.

Les mariages entre Européens et Sauvages n’ont fourni qu’une très-faible part de sang mêlé à la race canadienne. Voici les plus anciens que nous Connaissions :

1644, à Québec, Martin Prévost épouse une Algonquine, Marie- Olivier-Sylvestre Manitouab8ich. Ils eurent neuf enfants dont six se sont mariés.

1548, Pierre Boucher se marie avec la Huronne citée tout à l'heure. Pas de descendance.

1654, où mêms auparavant, aux Trois-Rivières, François Blondeau épouse la fille du chef algonquin Pigarouich ; ils ont laissé plusieurs enfants.

1657, aux Trois-Rivières, Couc, dit Lafleur, épouse "ne Algonquine qui paraît avoir été parente des Pachirini, conuue aussi la première femme de Pierre Boucher.

1660, François Pelletier se marie à Québec, avec “ Dorothée la Sauvagesse.” Pas d'enfant, mais uni des fils de Pelletier, d’un

second mariage avec une Française, épousa, en 1697, à la Sainte- Famille, une Algonquine

1662. Laurent du Bocq épouse Marie-Félix Arontio, Huronne, à Québec. Ils ont laissé plusieurs enfants mariés, et une religieuse ursuline.

1662. Jean Durand épouse, à Québec, Catherine Annennontak ou Ananonta, Huronne, surnommée ‘ Créature de Dieu.” Elle avait treize ans. Ils laisserent plusieurs enfants. En 1672, Catherine, devenue veuve, se remaria avec Jacques Couturier, et, en 1679, en troisièmes noces, à Batiscan, avec Jean, fils d’Etienne de Lafond et de Marie Boucher, sœur de Pierre Boucher.

1683. Louis Couc, dit Montour (fils de Couc, dit Lfleur mentionné plus haut) prend une Socokie pour femme “à la manière des Sauvages.” Sa descendance existe dans le district des Trois- Rivières,

Il n’y a pas là de quoi dire que les Canadiens-Français ont du sang indies dans les veines.

Le 22 avril 1649, le Frère Feauté partit de Québec dans une chaloupe avec huit ou neuf bons matelots, pour aller aux Trois. Rivières chercher du grain, en prévision de la famine qui commençaient à sévir dans la population de Québec. Malgré les glaces, qui en cette saison sont toujours dangereuses, le Frère se tira d’embarras, non saas peine, et retourna, le 29 à Québec, avec seize barriques de blé.

Nous aurons plus d’une fois occasion de mentionner des envois de céréales faits par les Trois-Rivières pour approvisionner les postes situés en aval du fleuve. Les terres de la basse ville actuelle et celles du nord de la haute ville produisaient amplement, ainsi que celles du cap de la Madeleine qui commencèrent à rapporter vers 1650, sinon avant.

Le 17 mai, le Père Jérôme Lalemant, supérieur, monta aux Trois-Rivières, et en repartit le 29 pour Montréal. Pendant qu'il était aux Trois-Rivières, trois Iroquois captifs trouvèrent le inoyen de s'enfuir, Le 12 juin, le même Fère, descendant de Montréal, apprit des Trifluviens que les [roquois avaient fait une course dans la rivière des Trois-Rivières et qu'ils y avaient capturé quatorze Algonquins “au-dessus du deuxième sault,”—ce qui répond à peu près au Sha8inigan.

C’est la première fois que nous voyons les [roquois pousser leurs courses dans cette direction. Les nouveaux habitants, assez nom-

breux aux Trois-Rivière depuis deux ou trois ans, fortifiaient la place ; les Iroquois dépités n'avaient n’autres ressources que de se rabattre sur les alentours, d'aller détruire les communications par le Saint-Maurice avec les Attikamègues et de couper le chemin de l'Ottawa par l’intérieur des terres. Les Cinq-Nations étaient rendues à ce point d'assurance et de prestige où l’on ne doute de rien et où l’on réussit dans tout ce que l’on entreprend. \ Pour la première fois il est fait mention cette année (au milieu Ï de juin) d'un grand bateau de Montréal qui accompagna aux 1 À

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Trois-Rivières les Sauvages et leurs pelleteries. C'étaient des Algonquins qui étaient allés en traite sur l'Ottawa à la Petite- Nation, territoire d'une tribu algonquine. Ces Sauvages de la Petite-Nation avaient tué sept Jroquois et s'en glorifiaient hautee ment. Le fleuve devait être bien peau sûr puisque la barque de Montréal avait reçu ordre de convoyer ces traiteurs. É

Les missions des grands lacs étaient détruites depuis le prin- y temps, les jésuites et les Hurons dispersés ; on n’en savait rien dans les postes du Saint-Laurent. È 1

Le ?4 juin, on ne fit pas aux Trois-Rivières le fer de la Saint- fi Jean-Baptiste, parce que M. C'’Ailleboust prétendait que les frais devaient en être portés coïtre le magasin de la compagnie des ï Cent-Associés de ce poste.

Les feux de la Saint-Jean eurent lieu à Québec. Nous avons déjà vu, en 1636, la célébration de cette fête aux Trois-Rivières et int 5, ; tout nous porte à croire que, du temps de M. de Champlain et de hi M. de Montmagny (1633-1648), elle fut célébrée par le “ populaire ” fe ? avec approbation et aux frais des autorités.

M. d’Ailleboust semble avoir vu la chose d’an œil différent,—ce qui néanmoins n’induisit pas les Canadiens à abandonner la Sainidean, bien au contraire! (Voi: la Revue canadienne 1870, p. 485). k

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Le 14 juillet 1649, eut lieu le baptème de Pierre, fils de “ Marin de Repentigny, sieur de Francheville ” et de Jeanne dallau. Parrain et marraine : “M. Charles Cartel, gouverneur et Marie LeNeuf.” Û ; Cet enfant est le premier homme né aux Trois-Rivières qui entra dans l'Eglise. ‘Il était secrétaire de Monseigneur de Laval, dit l'abbé Tanguay, lorsqu'il fut ordonné prêtre le 19 septembre 1676.” Il desservit d’abord Beauport, puis Saint-Jean, Saint-Laurent et Saint-Pierre de l'ile d'Orléans. En 1690, il était curé de la rivièro F Oueile, ‘ lorsque la flotte anglaise voulut y faire un SE à LR

il se mit à l4 tête de ses paroissiens et repoussa victorieusement les ennemis.” En 1668, il devint curé du cap Santé. Il mourut à Montréal en 1713.

Le 18 juillet 1649, est inscrit le baptème d’Amador, fils de Jean Godefroy et de Marie LeNeuf. Parrain et marraine : ‘“ M. de la Tourre ” et “ Marie LeNeuf, fille de M. de la Potherie” Cet enfant prit le nom de sieur de Saint-Paul et s'occupa beaucoup de colonisation autour des Trois-Rivières. Il épousa Madeleine Jutrat, puis Françoise Le Pelé, toutes deux des Trois-Rivières, et mourut en ce lieu âgé de plus de quatre-vingts ans.

Le parrain ci-dessus n'était rien moins que le fameux Charles- Amador de la Tour, sieur de Saint-Etienne, dont la carrière quasi légendaire à tant occupé les écrivains. Donnons-en un aperçu, en notant surtout le séjour qu'il a fai‘ au Canada et dont la durée n’est pas généralement connue.

L’Acadie, en 1638, avait été divisée entre les sieurs d'Aulnay, Latour et Denys. Deux ans plus tard, les démêlées entre Latour et d'Aulnay dégénérerent en lutte à main armée. D'Aulnay obtint du roi des ordres contre Batour. Celui-ci, retranché dans son fort de Jemsek, sur le fleuve Saint-Jean, opposa de la résistance, puis finit par s’aboucher avec les Anglais du Massachusetts (1642) ; l'année suivante, il alla de nouveau solliciter des secours des Bostonnais, tandis que sa femme commandait à Jemsek et repoussait les attaques de d’Aulnay, qui se découragea bientôt ; mais les Puritains ayant refusé d'aider Latour, son adversaire retourna à la charge, emporta le fort, fit madame Latour prisonniere et resta maître de la situation. Madame Latour mourut peu après.

Quant à son mari, pendant plusieurs années, il erra de côte en côte et vécnit au Canada. En 1645, il est à Terre-Neuve, tâchant, mais en vain, d'obtenir des secours de sir David Kerth, gouverueur de l'ile, le même qui avait pris Québec dix-huit ans auparavant. En 1646, les gens de Boston Jui fournissent un navire pour la traite ; il ne réussit à rien et au mois d’août, se réfugie à Québec où le gouverneur le reçoit avec toutes les marques de distinction posaibles, jusqu'à lui donner le pas sur lui-même, faire tirer le canon en son honneur, etc. En 1647, on ne voit aucune trace de lui. Au printemps de 1648 (7 mars), à Québec, il est parrain de Charles-Amador Martin ; le 16 avril, il part de Quéhec ‘‘ avec des Hurons qui vont en chaloupes pour faire la guerre” en haut du fleuve. Le 12 septembre, aux Trois-Rivières, il est parrain d’un petit Sauvage dont la marraine est madame Jean Godefroy. Le LR juillet 1649, au même lieu, il est parrain d'Amador Godefroy, comme on l’a vu plus haut.

Chouard ei Radisson (narent des Kerth) qui demeuraient alors aux Trois-Rivières, ont dù concerter plus d'u plan avec Fatour. Ces trois hommes qui, l’un après l’autre, passèrent aux Anglais, pou: revenir aux Français, puis retourner aux Anglais, ne pouvaient guère se rencontrer sans se communiquer leurs projets.

Latour, proscrit, mis hors la loi, était reçu au Canada sans obstacle ; aux Trois-Rivières il fréquentait les premières familles du village.

D’Aulnay mourut en 1650. Latour apprit cette nouvelle en France, où il ne parait pas avoir été inquiété plus qu’au Canada, et sans tarder il retourna en Acadie faire valoir ses prétentions.

Au moment où cette guerre intestine allait recommencer, il épousa son antagoniste, la veuve de d’Aulnay, et se trouva le premier personnage de la colonie.

Au commencement d'août 1649, une vingtaine de Hurcns arrivent aux Trois-Rivières. On re parait pas avoir connu alors que les Pères Gabriel Lalemant et de Brébeuf avaient été martyrisés dès le printemps et que les bourgades huronnes étaient réduites en cendres.

Le 12 d'août partirent des Trois-Rivières des soldats pour le pays des Hurons et des domestiques ou employés parmi lesquels Charles Roger, déjà mentionné.

Le 21 septembre, le Père Buteux écrit des Trois-Rivières : ‘“ Nous sommes en tout cinq jésuites, trois Pères et deux Frères. De plus, nous avons six domestiques dont les services nous sont grandement utiles pour cultiver la terre et aider les Sauvages dans leurs travaux.”

À l'automne le Père Le Jeune, fondateur de la résidence des Trois-Rivières, passa en France ; il revint dans la colonie, mais n'eut plus que des rapports accidentels avec les Trois-Rivières. C'est en 1660 qu'il partit définitivement. Son nom est attaché à un township situé entre les Trois-Rivières et Québec, dans la direction du nord.

Les baptèmes de Sauvages sont nombreux cette année. On y remarque des Attikamègues en toutes saisons, ce qui n’est pas ordinaire. Ces pauvres gens préféraient s'éloigner tout-à-fait des bords du fleuve et, en s’enfonçant vers les sources du Saint-Maurice, se placer hors des atteintes des Jroquois, mais il leur en coûtait de se séparer des missionnaires, surtout du Père Buteux qui prenait un soin particulier de leur salut. Ils le sollisitèrent donc, en 1649,

de Les suivre jusqu'à la hauteur des terres, où il rencontrerait des nations encore inconnues des Français. Le Père refusa, bien à contre-cœur, ses devoirs le retenant aux Trois-Rivières ; il leur promit toutefois de profiter de la première occasion où l’on pourrait le faire remplacer en ce lieu, pour aller les voir et donner des niss ons dans leur pays. Promesse qui devait lui coûter la vie.

L'année 1649 vit commencer en grand la destruction des Hurons et de leurs alliés. Bientôt des groupes de Nipissiriniens, de Hurons et autres peuples du Haut-Canada ou pays d'en haut, selon l'expression reçue, arrivèrent aux Trois-Rivières, soit par le Saint- Laurent ou par lintérieur des terres, pour chercher un refuge anprès des Français. Fa terreur était répandue partout dans l’ouest ; on s'attendait d’un moment à l’autre à voir les Iroquois 4éborder avec plus de forces que jamais sur les habitations échelonnées le long du fleuve entre Québec et Montréal. Ces prévisions ne se réalisèrent que trop, comme on le sait. Le Père Bressani, qui était descendu avec des Hurons cet été, repartit des Trois-Rivières le 3 octokre avec seulement quatre canots, mais il dut rebrousser chemin près de Montréal, voyant que ses conducteurs redoutaient la rencontre des Iroquois.

Vingt Æurons hivernèrent aux Frois-Rivières.

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