‹ Chronique trifluvienne [microforme]Chapitre 18 sur 35 · LIT · texte numérisé non relu

LIT

Antoine Desrosiers, qui était aux Trois-Rivières depuis 1645 au moins, épousa, en 1649, Anne, fille de Michel LeNeuf du Hérisson. I s'établit à Champlain, devint juge de cette seigneurie et y mouruten 1691. Il a laissé cinq garçons mariés, qui sont les souches des familles Desrosiers, de Champlain et du district.

{lv a trois sépultures françaises et une de Sauvage. Au mois de juin nn domestique de Jacques Hertel, nommé Louis... fut tué accdentellement par un canon.

Les baptêmes d'enfants de race blanche sont plus nombreux que de coutume. Il y en a neuf, sans compter celui du fils de Pierre Boucher.

Sur ces neuf enfants, deux filles et trois garçons ont fondé des familles qui ont été très répandues et très-respectées dans !e district des Trois-Rivières : les Guillet, les Godefroy de Saint-Paul, les Crevier de Bellerive, les Veron de Grandmesnil, les Longval, et qui se sont alliées à presque toutes les anciennes familles de cette partie du pays.

On constate, en 1649, les noms de onze nouveaux habitants. Ce sont : Maurice Poulain, Jean Aubuchon et François Boivin, de la

Normandie ; Jean Poisson, du Perche ; Claude Houssard, de

l’Anjou ; Mathurin Baillargeon, de l’Angoumois ; Emery Cailleteau, Mathurin et Pierre Guillet, de la Saintonge ; Nicolas Rivard- Lavigne et Michel Pelletier, sieur de la Pérade, de lieux inconnus.

Cette année, qui était la quinzième depuis la fondation du fort, la population fixe s'élevait à cent âmes, parmi lesquelles vingt-huit ménages.

A la fin de 1650, Québec était habité depuis quarante-deux ans, et, dit M. Ferland, ce n'était encore qu’un petit village ne renfermant pas plus d’une trentaine de maisons.

On ne saurait dire au juste combien de feux il y avait aux Trois- Rivières : les deux postes devaient avoir une population égale l’une à l’autre.

C'est la dernière fois que nous pourrons considérer le groupe tifluvien comme demeurant tout entier dans la ville ; à partir des années qui suivent plusieurs colons se répandent sur Les terres du Cap et ailleurs, mais toutefois sans trop s'éloigner du voisinage du fort.

LIIT

L'hiver 1649-50 il y eut de nombreux messagers des Trois-Rivières à Québec et de Québec aux Trois-Rivières.

A une consultation tenue à Québec au commencement d'avril, 1650, entre les Pères Jérôme Lalemant, supérieur, *imont, Bressani, De la Place, et Richard, il fut décidé qu’il serait convenable de ne rien demander à la Compagnie de Jésus pour le bâtiment des Trois-Rivières que nous désirions bâtir sur nos terres, quoique l'an passé on eut arrêté au Conseil, de nous donner pour cela deux milles livres mais qui n'avaient point été touchées, et il fut dit qu'il serait mieux de faire ce bâtiment de nous-mêmes pour le sujet susdit et qu'il ne fallait point presser l'exécution du payement des susdites deux mille livres.” (Journal des jésuites).

Le 9 mai 1650 au soir arriva à Québec, venant des Trois-Rivières, le Frère Jacques Ratel qui apportait la nouvelle de la prise d'un Iroquois. Le 11 au matin deux hommes furent massacrés aux Trois-Rivières, sur l'habitation de Jacques Maheu, par des Iroquois. Le soir du même jour la nouvelle en était parvenue à Québec, d’où le Père Jérôme Lalemant partit aussitôt pour se rendre aux Trois-Rivières. Le mauvais temps le força à rebrousser chemin, mais il se remit en route le 14 et arriva à destination le 19, après avoir séjourné quatre jours au cap à l’Arbre. Avec le Père Lalemant étaient les PP. Bressani et Richard. Deux jours après, le

Père Richard étant monté à Montréal, le Père De Quen quitta ce dernier lieu et descendit aux Trois-Rivières, d’où il partit avec le Père Lalemant pour se rendre à Québec, puis à Tadousac. En mème temps deux Sauvages furent tuées sur la rivière Champlain et deux autres blessés par les maraudeurs Iroquois, (Journal des Jésuites).

On profita de la présence (20 mai) des Pères Lalemant, Buteux, Bressani, De Quen, Pierre Pyart et Bailloquet aux Trois-Rivières, pour régler une difficulté pendante depuis quelques temps. Il s'agissait de l'échange de la concession des jésuites pour agrandir la commune, D'autres terres, situées plus loin en remontant le fleuve, étaient offertes à la place. “ Si nous ne l’eussions fait, écrit le Père Lalemant, on nous y eut contraint, et il y en avait eu de grosses menaces de la part du gouverneur.” Après plusieurs consultes, les Pères se décidèrent à en passer par cette volonté. Le 10 juin, le Père Lalemant repartit pour Québec.

Voici l’acte relatif à cet arrangement ; ilest daté du 9 juin 1650 :

‘“ Les RR. PP. Jésuites remettent aux mains des messieurs de la compagnie de la Nouvelle-France, M. le gouverneur-général prés it et acceptant pour eux, toutes les terres dont ils ont été mis en possession depuis la rivière en deca, tirant au Nord-Est et comprise Cans la ligne qui court de l'embouchure de ladite petite rivière au Nord-Ouest de front sur la grande rivière de quatorze arpents environ sur vingt-cinq arpents de profondeur, à la réserve de celles qui sont dans lesdits alignements sur le côteau, et de trente-cinq arpents ou environ au pied dudit coteau, qu'ils ont retenues en toute propriété et seigneurie, ainsi qu’elles leur ont été données par les Sieurs de la Compagnie.

‘ Aussi, se sont réservé la jouissance de seize arpents de terre environ, au bas dudit coteau et voisins desdits trente-cinq arpents, à charge de les nettoyer et mettre en pâture, lesquels ils ont promis remettre et incorporer à ladite Commune lorsqu'elle contiendra au moins cent cinquante arpents de terre nette, au moyen duquel accommodement «t remises ne seront tenus aucunement à contribuer à faire ladite Gommune, pour ea jouir par eux en commun des habitants, sans aucune redevances, dont ils seront quittes.

‘“ Aussi, se sont obligés les Rév. P., en réservant la propriété des trente-cinq arpents de terres de subir les incommodités qui leur ont été représentées que leur pourraient causer les proximités des bestiaux, et y apporter remède par eux-mêmes.

‘“ Aussi, dans ladite remise et en considération d'icelle, les RR. PP. prendront sur lesdites terres le bois nécessaire pour leurs bâtiments, préférablement à tout autre, sinon du bâtiment de

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l'église paroissiale (1) dudit lieu. A été donné et concédé aux Rév. Pères par le dit Sieur Gouverneur, sous le bon plaisir de Messieurs de la Compagnie de la Nouvelle-France, le remplacement desdits quatorze arpents de front sur la profondeur qui se trouvera nécessaire, jusqu'à l’entier accomplissement de ce qui se trouvera avoir été par eux cédés quand ils auront été arpentés— ledit remplacement à commencer joignant et au delà des c°1q arpents de front qu'ils ont par delà ladie pri ‘ère rivière, et comprise dans les lignes qui courent Sud-Est et Nord-Ouest, duquel remplacement ils jouiront en même propriété et seigneurie qui leur avait été octroyé sur les terres ci-dessus par eux remises. Le tout ainsi accordé, à la charge que lesdits habitants ou leurs syndics, poursuivront à leurs frais auprès des messieurs de la Compagaie de la Nouvelle-France la ratification dudit remplacement, qu'ils fourniront dans deux ans, au plus tard à l’arrivée des vaisseaux.”

Cette ratification ne fut faite que quatorze ans après.

Les signatures, au bas de l’acte sont : D'Ailleboust, Jacques. LeNeuf, LeNeuf(?), Hertel, Godefroy, Boucher, Aubuchon, Sauvaget, Pepin, Jean Véron, Guillaume Isabelle et Bertrand Fafard, et plus bas: Jérôme Lalemant, Supérieur en la Nouvelle France (Greffe Ameau, Cahier C\.

Rapportons égalemnt à l'année 1650, la concession de la seigneurie du cap de la Madeleine dont le titre est daté de Paris le 20 mars 1651. Le débat entre les jésuites et Jacques de la Potherie au sujet de la propriété de cette terre donne à penser que les Révérends Pères, craignant de se voir arrêtés dans leur légitime projet de former un établisssment de Sauvages au cap, demandèrent (après les difficultés des mois de mai et juin 1650 dont il vient d’être parlé) qu'un acte officiel les mit définitivement à couvert de tout danger à cet égard. Les vaisseaux qui partaient en automne emportèrent sans doute leur requête et avant le départ de; envois du printemps suivant, pour le Canada, on leur expédia l'instrument dont voici les principales stipulations :

Le 20 mars 1651, M. de la Ferté, abbé de la Madeleine, donne aux Pères la seigneurie du cap, par un contrat qui affecte le reveuu de cette terre ou seigneurie à leur collége, pour en jouir au profit des Sauvages convertis à la foi, le tout conformément! aux

(1) En 1650, on songeait donc à bâtir une église ? C’est là peut-être le bâtiment auquel le Journal des jésuites fait allusion ce printemps même.

(2) Michel LeNeuf du Hérisson, qui en sa qualité d’ainé ne signait que son nom de famille. Si son frère Jacques LeNeuf paraît devant lui dans cet acte, c’est qu’il était gouverneur de la place.

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