‹ Chronique trifluvienne [microforme]Chapitre 19 sur 35 · AN · texte numérisé non relu

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coutumes et aux institutions de la compagnie des jésuites, el sans obligation ni redevance aucune.

La dé‘imitation de la seigneurie est précisée comme suit : “ deux lieues le loug du fleuve, depuis le cap nommé des Trois-Rivières, en descendant sur le grand fleuve jusqu'aux endroits où lesdites deux lieues se pourront étendre, sur vingt lieues de profondeur (1) du côté du nord, y compris les bois, rivières 2t prairies qui sont sur ledit grand fleuve et sur lesdites Trois-Rivières.”

Par un diplôme du 12 mars 1678, le roi confirma cette donna tion (2).

Le nom de ‘“ cap de la Madeleine” (3) vient du donateur de la seigneurie. Avant 1651 (voir Journal des jésuites), on désignait comme ‘cap des Trois-Rivières” le promontoire où est l’église du Cap. La elation de 1663 (page 8) dit positivement que ces lieux doivent leur nom à M. de la Ferté, abbé de la Madeleine.

M. Jacques de la Ferté, de l’ordre des augustins, abbé de Sainte- Marie-Madeleine de Châteaudun, dans la Beauce, chanoine de la chapelle du roi, à Paris, relevait du siége de Rouen, dont l’arche- ‘vèque regardait le Canada comme faisant partie de son diocèse. M. de la Ferté vivait à Paris, à ce qu'il semble, et s'y employait comme l’un des principaux membres de la compagnie des Cent Associés. Depuis les Trois-Rivières jusqu'à Sainte-Anne de la Pérade, c'est lui qui a concédé tous les terrains qui bordent le fleuve, à part la seigneurie de Champlain.

Le cap de la Madeleine devint une mission de Sauvages de diverses nations ayant embrassé la foi et que les jésuites voulaient y fixer permanemment ; elle ne dura que quelques années.

M. d'Ailleboust concéda aussi, dans l'été de 1650, un terrain à Sébastien Dodier, dans le bourg, ainsi que l'augmentation du fief >achirini au chef de la famille algonquine de ce nom.

Le 28 janvier 1650, on voit au registre les actes de baptème de Jean, âgé de douze ans, et Mathurin, âgé de dix-huit ane, fils de feu Pachirini et de Sehams, de la nation des Piskitank. (4) Parrains Jean et Mathurin Poisson. La femme Seham8 fut baptisée le lendemain.

(1) Cette seigneurie traverse le Saint-Maurice au rapide des Hôtres.

(2) Archives provinciales vol. AÀ., p.13, art. 21. Ferland, Introduction à la lettre de Sarrasin, 10 octobre 1732. Bouchette, appendice du Dist. topog. Edits et ordonnances, Vol. 1, p. 104.

(3) Selon l’ancienne orthographe on écrit Magdeleine; aujourd’hui on écrit ce nom comme il s’est prononcé de tout temps : Madeleine. F', Genin, Variations du langage français, p. 49.

(4) Ceux qui diffèrent des autres Algonquins ? On rencontre cette année plusieurs baptêmes d'individus de cette nation. Rel. 1653, p. 32, Journal des jésuites, p. 261.

Les baptèmes d’'Algonquines sont comme de coutume les plus nonsbreux au régistre, mais il y a des Attikamègues et des Iroquets [Onontcharonnons] chaque mois, et deux Hurons seulement. Le total est de cinquante-cinq, dont quinze, en janvier, neuf, en août, huit, en septembre, et le reste, en petit nombre, par mois.

Parlant de l’état du pays cette année et surtout de Tadoussac, Charlevoix écrit : ‘ Les choses étaient à tous égards sur un bien meilleur pied aux Trois-Rivières, où il y avait un gouverneur vigilant et zélé, où les iésuites avaient une maison et où plusieurs nations du nord se rendaient pour le commerce des pelleteries. Ces nations y étaient surtout attirées par les Attikamègues, et les grands exemples de vertu de ce bon peuple préparaient dans leurs cœurs les voies aux impressions de la grâce.” (Hist. vol. T, p 308).

Les Attikamègues réitéraient leurs instances auprès des jésuites des Trois-Rivières pour obtenir un missionnaire. Antoine, l’un de ces sauvages, un vrai Israélite ” âgé de cinquante-cinq ans, vint exprès demander au Père Buteux de les aller voir dans leur pays, mais on ne pouvait leur accorder cette faveur parce qu’il n’y avait alors que deux prêtres aux Trois-Rivières.

“ Quelques Sauvages instruits dans ces vastes forêts, sans jamais avoir vu aucuns Européens, sont venus aux Trois-Rivières demander le baptême, récitant bravement les prières qu'ils avaient apprises de la bouche des chrétiens qui habitent ces grands bois.” (Relation, 1650, p. 39).

Le 7 juin, le Père Bressani, le frère Feuville, Robert le Coq, avec deux domestiques, Jean Boyer et Charles Amyot, ainsi que vingt-cinq ou trente Français et autant de Sauvages, partirent des Trois-Rivières dans vingt-deux ou vingt-trois canots, escortés de deux chaloupes, pour monter au pays des Hurons. (Journal des Jésuites, p. 139). Ils rebroussèrent cnemin bientôt. NS

Le 19 juin, à la procession du Saint-Sacrement, à Québec, M. Jean Godefroy fut l’un des porteurs du dais, avec M. de Tilly son beau-frère et deux autres personnes. On peut supposer que Godefroy s'était rendu à Québec pour y placer sa fille Jeanne, âgée d’un peu plus de six ans, chez les Ursulines, puisque, le 30 décembre suivant, le couvent ayant été détruit par le feu, il descendit chercher son enfant.

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Vers le 20 juin, quatre domestiques de M. du Hérisson s'échappèrent, passant par Québec, et se dirigeant plus bas dans le fleuve, selon ce que l’on peut savoir. Les nouvelles des approches des [roquois n'étaient pas ae nature à inspirer à ceux qui pouvaient décamper, le goût d’une résidence aussi exposée que celle des Trois-Rivières.

Les Hurons, fuyant la hache des [roquois, arrivaient sans relâche implorer la protection des Français et des Algonquins, quoique la confiance ne régnât point absolument parmi les habitants des rives du fleuve. ‘Si cette poignée de monde que nous sommes en Canada d'Européens, dit une relation, ne sommes plus fermes que trente mille Hurons que voilà défaits par les Iroquois, il nous faut résoudre à être brûlés ici à petit feu avec la plus grande cruauté du monde, comme tous ces gens l’ont quasi été.”

Au milieu de la stupeur qui frappait tous les peuples sauvages, les Algonquins, se rappelant qu'autrefois ils avaient fait trembler les Iroquois, résolurent d'aller porter le fer et le feu dans les cantons de cette race, pendant que ses guerriers étaient dispersés sur tous les points du Canada. Ils partirent des Trois-Rivières, accompagnés de Hurons et autres, mais l’indiscipline gâta tout, comme de coutume, et cette nonvelle tentative de résistance n'eut pour effet que d'attirer sur le poste français d'où ils étaient partis quelques bandes iroquoises, dont l’une tua Robert le Coq, employé des Jésuites, souvent cité dans le présent travail.

‘ Le 10 août arriva à Québec la nouvelle de la prise ou massacre de neuf Français, aux Trois-Rivières, par les Iroquois. Le 12 on partit de Québec pour le secours.” “ Le 22 arriva la nouvelle de la mort de Robert le Coq et de la blessure de plusieurs autres par les Iroquois, proche des Trois-Rivières. L'on intima au réfectoire les suffrages de Robert en ces termes : Tous les Pères diront six messes et les Frères six chapelets pour feu Robert le Coq, décédé en cg pays au service perpétuel de la Compaguie, et le lendemain fut dite la messe pour lui. Ge fut le 20 qu'il fut tué.” (Journal des Jésuites, p. 142-3.)

C'est sans doute de ces malheurs que parle la Relation dans les termes suivants : “ Vingt-cinq ou trente Iroquois attaquèrent en plein jour, proche des Trois-Rivières, plus de soixante de nos gens qui les allaient chercher. Ces malheureux (les [roquois) sont à demi corps dans la boue, dans des marais et cachés dans des jones d’où ils font leur décharge et où on ne peut pas les aborder. Se

voyant trop pressés, ils prennent la fuite et s'embarquent dans leurs canots. Nos gens ne peuvent pas toujours marcher de compagnie; plusieurs demeurent en arrière. Les [roquis les voyant désunis, tournent visage et combattent contre ceux qui sont avancés des premiers. Quand ils voient qu'on se réunit, ils reprennent la fuite avec ordre, et après quelque temps ils reprennent aussi le combat : en un mot ce sont des Protées qui changent de face à tout moment ; et on ne doit pas croire qu'ils soient et sans conduite et sans courage, Nous perdimes en cette rencontre quelques-uns de nos meilleurs soldats ; d’autres furent grièvement blessés. Les Iroquois, se voyant trop vivement pressés, firent une retraite avec un ordre qui n’eut rien de barbare. Aussi leur conducteur, et le chef de ces ennemis de la Foi était un Hollandais, un monstre né d’un père Hollandais et d’une Sauvagesse.” (Relation, 1650, p. 29.)

‘ Pendant toute cette année, on ne voyait que des descentes de Hurons qui fuyaient les cruautés des Iroquois et venaient chercher parmi nous quelque refuge ; toujours on apprenait par eux quelques nouvelles esclandes, quelques nouveaux forts perdus, quelques villages pillés de nouveau, quelques nouvelles boucheries arrivées. Enfin le reste des Hurons défilait peu à peu, et chacun s'échappait le mieux qu'il pouvait des mains de son ennemi.” His’. du Montréal, p. T3)

Dans leur migration vers Québec les Hurons laissèrent aux Trois- Rivières quelques familles qui allèrent les rejoindre l’année suivante.

Nicolas Perrot dit que les Nipissiriniens se réfugièrent avec les Hurons jusqu'aux Trois-Rivières,

En 1650 la population Iroquoise s'élevait à peine à vingt-cinq mille âmes, et comptait environ deux mille deux cents guerriers.

Les affaires du Ganada étaient si décourägeantes que le Père Lalemant, supérieur des Jésuites, ainsi que M. de Tilly, J -P. Godefroy et Jean Bourdon passèrent cet automne en France pour aviser avec les autorités civiles et religieuses aux moyens à prendre dans une position aussi critique. Les Pères Pierre Pijart, Grelon, François Dupéron et Bressani quittèrent en même temps le Canada.

La mère-patrie avait bien d’autres embarras que les Iroquois. Les troubles de la Fronde suspendaient toutes les affaires, et comme si ce n'eut pas été assez de ces divisions intestines, Turenne, à la tête des Espagnols, faisait la guerre à son propre pays. Que pouvaient gagner quelques pauvres colons du Ganada cherchant à faire valoir leurs droits au milieu d’un désordre semblable!

Pour toute protection, les habitants avaient des armes dans leurs chaumières, uue dizaine de soldats à Québec, aux Trois-Ri-

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