‹ Chronique trifluvienne [microforme]Chapitre 22 sur 35 · PS ET VE · texte numérisé non relu

PS ET VE

La narration du Père Buteux, la première que nous possédions sur le territoire arrosé par le Saint-Maurice, donnera au lecteur un aperçu des travaux et des privations sans nombre qu’enduraient les missionnaires de la Nouvelle-France.

L'idée de remonter le Saint-Maurice jusqu’à ses sources n’était pas étrangère aux Français. Champlain nous parle, dans ses deux premiers voyages, de ce que les Indiens de ces contrées lui avaient dit du cours de la rivière et de ses affluents. En 1610, il écrit qu'on promettait de le conduire l'année suivante “découvrir ies Trois-Rivières jusqu’à «1 lieu où il y a une si grande mer (c’est la baie où Hudson entra cette même année 1610) qu’ils n’en voient point le bout, et nous en revenir par le Saguenay à Tadousac.” üe voyage ne fut pas exécuté du vivant de Champlain,

Voici la narration du Père Buteux :

‘On ne saurait s'imaginer les poursuites que firent les bons Attikamègues pour m'attirer en leur pays; je n’y étais que trop porté d'affection, mais le congé ne m'’étant pas donné, je ne pouvais accorder leurs demantes. Enfin, ayant permission d'y aller, je le signifiai aussitôt au capitaine d'une bande qui était aux Trois-Rivières. On me choisit un hôte qui prit charge de me fournir de tout ce qui n'était nécessaire : d’une traine pour traîner après moi mon petit bagage: de raquettes pour marcher sur les neiges, etc. -

Le 27 mars, nous partimes quatre Français, savoir: monsieur de Normanville et moi et nos deux hommes, en compagnie d’environ quarante Sauvages, tant grands que petits. Une escouade de soldats nous accompag aa (1) la première journée, à cause de la crainte des [roquois. Le temps était beau, mais il n'était pas bon pour nous, à raison de l’ardeur du soleil qui faisait fondre les neiges. Je fus surpris d'une glace (2) qui manqua sous mes pieds. Sans l'assistance d'un soldat qui me prêta la maiu, je n’eusse pu me sauver du naufrage, à cause de la rapidité de l’eau qui coulait dessous moi. Le chemin de cette première journée fut parmi de continuels torrents rapides et parmi des chutes d'eau qui tombaient du haut de précipices qui faisaient quantité de fausses glaces très-dangereuses et très-importunes, à cause que nous étions contraints de marcher le pied et la raquette en l'eau, ce qui ren-

.() Le Journal des jésuites dit que le Père avait avec lui Daniel Carteron, le sieur Norman ville et ‘un compagnais” ce qui veut dire une escorte.

RA Le voyage se fit durant les sept premiers jours sur la rivière des Troisivières,

dait la raquette glissante, lorsqu'il failait grimper sur des rochers de glace, proche des saults ou des précipices; nous en passâmes quatre cette journée-là ; tout le chemin que nous pûmes faire fut d'environ six lieues, marchant dès le matin jusqu’au soir. La fin de la journée fut plus rude que le rest”, à raison d’un vent froid qui gelait nos souliers et nos bas de chausses, qui avaient été mouillées depuis le matin. Notre escorte de soldats peu accoutumé de ces fatigues, était étonné, et le fut encore davantage quand il fallut le soir faire la cabane au milieu des neiges, comme un sépulcre dans la terre.”

Deuxième journée :

Nous congédiâmes notre escorte et avançâmes vers le haut de la rivière. Nous rencontrâmes à une lieue de notre gite, une chute

d’eau qui nous boucha le passage ; il fallut grimper par dessus

trois montagnes, dont la dernière est d’une hauteur démesurée. C'était pour lors que nous ressentions la pesanteur de nos traines et de nos raquettes ! Pour descendre de l’autre côté de ces précipices, il n’y avait pas d'autre chemin au de laisser aller sa traine du haut en bas, qui de la raideur de cette chute allait au-delà du milieu de la rivière, qui en cet endroit peut être de quatre cents pas. Suivaient, environ de lieue en lieue, trois autres sauts d'une prodigieuse hauteur, par lesquels la rivière se décharge avec un bruit horrible et d’une étrange impétuosité. C'est par ces lieux pleins d'horreur qu'il nous fallait marcher, ou plutôt se trainer. Enfin, après onze heures de marche, nous nous arrêtâämes au haut d'une montagne très-difficile à surmonter” (1).

“ Le troisième jour, nous décabanâmes de grand matin, et marchâmes sur la rivière toujours glacée, grandement large en cet endroit-là. Sur les deux heures après midi, le mirage nous ayant fait paraitre en forme d'hommes quelques branches d'arbres enfoncées dans la rivière, chacun crut que c'était une bande d'Iroquois qui nous attendaient au passage. On envoye quelques jeunes gens à la découverte qui firent leur rapport que c'était l'ennemi. Pour lors, chacun des chrétiens se dispose à recevoir l'absolution et les cathécumènes au baptème. Après cela, le capitaine exhorte ses gens avec une harangue toute chrétienne, mettant sa confiance en Dieu; chacun se résolut à vaincre ou à mourir. Aux approches, cet ennemi se trouva être imaginaire, mais les sentiments de dévotion étaient solides dans leur cœur, et je puis dire en vérité que je n'ai jamais vu une confiance en Dieu ni plus forte ni plus filiale.

19 Fra Je un ohagienne, 1875, page 138, nous avons soumis des notes sur Tr eux.

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“ Le quatrième jour, je dis la sainte messe dans une petite île qui eut le bonheur de recevoir cet adorable sacrement, qui fut le premier offert à Dieu en ces contrées. Pour ce sujet, nos bons chrétiens firent une salve d’escopeterie (escopette, sorte de carabine) après l'élévation du saint Sacrement, et, ensuite de leurs dévotions, un festin de blé d'Inde et d’anguilles. Pour toutes provisions de plus de quarantes personnes que nous étions, nous n’avions qu'environ deux boisseaux de farine de blé d'Inde, un de pois et un petit sac de biscuits de mer. La difficulté de trainer des vivres nous avait obligé de n’en prendre pas davantage, outre que nous espérions de faire quelque chasse en chemin,—mais elle fut pas telle qu’il nous eût été nécessaire ; à peine eûmes-nous ce qu’il fallait plutôt pour éviter la mort que pour soutenir notre vie. Pour moi, j'avais assez de mon petit meuble. Le chemin, la lassitude et le jeûne, que je ne désirais point rompre au temps de la Passion, ne me permettaient pas de me charger de vivres. Dieu, néanmoins, me donna plus de courage qu’à un jeune homme que javais amené avec moi, lequel succomba sous le faix et fut con: traint de nous abandonner, pour s’en retourner avec deux femmes algonquines, qui nous quittèrent deux jours après.”

Le cinquième et le sixième jours furent très-rudes à cause de la température. La pluie et le soleil alternaient pour démolir la neige.

Le septième jour nous marchâmes depuis les trois heures du matin jusqu'à une heure après-midi, afin de gagner une île (1) pour dire la sainte messe le jour des Rameaux : je la dis, mais vraiment portant sur moi une partie des douleurs de la passion de notre bon Maitre, et dans une soif qui attachaïit ma langue au palais de ma bouche. La surcharge qu'il m'avait fallu prendre après que mon compagnon m'eut quitté, avait aussi accru mes peines. Ces bons chrétiens, qui avaient reconnu ma faiblesse durant la messe, me réconfortèrent d'une poignée de galette bouillie dans l’eau et de la moitié d’une anguiiie boucanée.

‘“ Le huitième jour, parce que les glaces commençaient à se rompre, nous entrâmes dans le bois, par un vallon (?) qui est entre deux montagnes, ce n’était qu’un amas de vieux arbres abattus par les vents, qui embarrassaient un chemin très-fâcheux. Nous gagnâmes enfin au dessus des terres une montagne si haute que nous fûmes plus de trois heures avant que d’être au coupeau. Outre ma traîne, j'avais entre mes bras un petit enfant de trois

(1) L'île aux Goëlands.

(2) En haut de la rivière aux Rats, à trente lieues de la ville : l’un des plus beaux endroits du Saint-Maurice,

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ans, fils de mon hôte; je Le portai pour soulager sa mère qui était chargé d’un autre enfant, avec son bagage dessus sa train Au dessus de cette montagne nous rencontrâmes un grand lac qu'il fallait traverser. Nous exfoncions jusqu'à mi-jambe et même davantage dans la glace attendrie par les rayons du soleil.”

Le neuvième jour, on passa plusieurs lacs et rivière, marchant avec hâte, du matin jusqu'au soir, pour gagner du temps, vu la fonte rapide des neiges.

‘“ Le dixième jour nous arrivâmes à un grand lac (1) qui a pour rives des roches toutes droites plus hautes qu'aucune falaise de France.”

Le onzième jour, marche ordinaire, sans événement remar quable.

‘“ Le douzième jour, après l'office du Vendredi saint, et après avoir confessé quelques Sauvages qui devaient se séparer de nous pour suivre une autre route et pour faire quelques canots, nous gagnâmes le haut des montagnes, et une petite rivière où nous trouvâmes des cabanes de castors; nous en tuâmes six et continuâmes notre route par trois grands lacs, dans le dernier desquels il y avait un îlet, où nous couchâiies sur ia neige sans cabaner.

“ Le treizième jour me fut le plus laborieux de tous. Nous partimes sur les trois heures du matin, par des chemins horribles et à travers des broussailles épaisses. Je m'égarai diverses fois, à cause que la nuit m'empêchait de suivre les pistes de ceux qui marchaient devant moi.

“Le quatorzième jour de notre départ, qui était le jour de Pâques et le neuvième du mois d'avril, notre petite chapelle, bâtie de branches de cèdres et de sapins, était parée extraorGinairement, c’est-à-dire qu’un chacun y avait apporté ses images et ses couvertes neuves. Pendant le service divin le capitaine harangua ses gens pour les exciter à la dévotion.

“ Le dixième d'avril, après avoir, traversé quatre lacs, dans les neiges fondantes et dans l’eau jusqu'à mi-jambes, nous arrivâmes au lac où mon hôte fait sa demeure ordinaire. Nous allâmes nous cabaner sur un tertre de sable et sous les pins où la neige était fondue. Nous y dressâmes une chapelle où je dis la sainte messe en action de grâce ; on planta auprès une belle croix.”

Le Père resia en ce endroit une quinzaine de jours, pendant lesquels on construisit des canots ä’écorce, tout en souffrant de la faim, tant la chasse et la pêche donnaient peu, Le Père s'égara une fois, étant à la pêche, et ne fut retrouvé que le jour suivant par Thomas Godefroy de Normanville.

(1) Le lac Thom ou Sicoussine, 18

On peut juger d’après sa relation, que le Père Buteux évangélisa les tribus du haut de la rivière aux Rats et celles de la Matawin, qui est une contrée riche en chasse, encore de nos jours.

Entre les rivières aux Rats et Matawin, le territoire est semé de montagnes, de lacs et de cours d’eau. Le Père paraît s'être approché de la hauteur des terres non loin des lieux où la rivière du Lièvre qui se jette dans l’Ottawa) et la Matawin (qui se rend au Saint-Maurice) ont leurs sources communes.

Suivons son récit :

‘ Le jour de Saint Marc, après la procession et la messe, on bénit le lac ; on lui donna le nom de Saint-Thomas (1); on bénit aussi les canots et on donna à chacun le non de quelque Saint, qu’on écrivit dessus avec de la peinture rouge (2. Tous les chrétiens, avant de partir pour aller aux lieux où se font les assemblées, se disposèrent par une communion générale, qui se fit le premier jour de mai.

“ Le lendemain nous nous miîmes en canots, et nous fûmes jusqu'au dix-huitième de mai à voguer par diverses rivières, par quantité de lacs, qu’il fallait chercher par des chemins dont la seule mémoire me fait horreur.

‘“ Enfin, le jour de l’Ascension, (3) après avoir dit la messe sur une belle roche toute plate, sur une petite île, nous arrivâmes au lieu de l’assemblée. Je fus ravi d’y voir en un lieu éminent, une haute et belle croix ; nous l’adorâmes et invoquâmes l'assistance des Anges-Gardiens, et de Saint Pierre (4), patron de ces contrées. Ensuite nous fimes une salve d’arquebuse, à laquelle nous n’eûmes point d’autre réponse que les voix de quelques enfants, ce qui nous étonna. Mais le capitaine, qui parut seul peu de temps après, et nous vint au-devant sur le rivage, nous en emporta la raison. Mon Père, dit:il, si l’on n'a point répondu à votre salve, ce n'est pas manque de pouvoir le faire, ni d'amour que nous ayons pour toi ; il y a ici quantité d'armes à feu, de la poudre et du plomb, et il n’y en à pas un entre nous qui ne t'aime autant qu’il a d'amour pour son salut, mais on est maintenant aux prières dans la chapelle, on t’y attend pour remercier Dieu de nous avoir donné ta personne. Allons-y, à la bonne heure, lui dis-je, mais qui a planté cette croix? Il y a longtemps, dit-il, que les premiers chrétiens l'ont érigée.

(1) Suns doute le nom de Thomas Godefroy, compagnon du missionnaire. (2) On devait être assez près de la rivière Vermillon dont le lit donne abondammont une terre rouge superbe propre à la peinture.

(8) En 1651 cette fête tombait le 18 mai.

(4) Rappelons-nous ce que nous avons dit de ce patron sj souvent invoqué aux Trois-Rivières.

‘“ La chapelle (3) était une cabane d’écorce faite en berceau, au fond de laquelle il y avait une façon d'’autel, le tout paré de couvertes bleues, sur lesquelles étaient attachés des images de papier, et quelques petits crucifix. Nous dimes tous le chapelet de compagnie, et chantâmes quelques motets de dévotion.

‘“ Les principaux me vinrent faire leurs compliments et m'ir vitèrent de baptiser leurs petits enfants. Les adultes me pressaient tellement pour l'instruction qu'à peine pouvais-je dire mcn office. Je commençai par les vieilles gens; j'en rencontrai de quatrevingts et de cent ans qui jamais n'avaient vu d'Européens, mais au reste très-bien disposés pour la Foi.

“ Non loin de la chapelle il y a un cimetière, au milieu duquel on voit une belle croix; on y voit des sépulcres larges de quatre à cinq pieds et longs de six à sept, relevés hors de terre d'environ quatre pieds; une belle grande écorce couvre le tombeau. Aux pieds et à la tête du défunt sont deux croix et à côté une épée, si le défunt était un homme, ou quelque instrument de ménage si c'était une femme.

“ Après avoir séjourné quelques jours au milieu de cette première assemblée, je m’embarquai en compagnie de trente et cinq canots, pour aller en une autre assemblée environ à vingt et cinq lieues de là. Nous n'avions point d’autres provisions que le provenu de notre pêche; neuf à dix onces d'un morceau de poisson était notre ordinaire par jour ; souvent aussi il fallait nous contenter de cinq à six onces, et quelquefois de moins.

‘“ Le lendemain de notre embarquement, nous rencontrâmes des chutes d’eau horribles, entre autre en un endroit où la rivière, ayant roulé à travers quantité de lits de roclres, tombe tout-à-coup dans un précipice, qui est comme un auge ou berceau de pierre, long de quelque centaine de pas. Dans ce berceau, la rivière bouillonne en telle façon que si vous jetez un bâton au dedans il y demeure quelque temps sans paraître, puis tout-à-coup il s'élève en haut la hauteur de deux piques, à quarante ou cinquante pas du lieu où vous l’avez jeté.

‘ Le troisième jour nous arrivâmes où nous voulions aller ; on nous y salua d’une décharge générale de toutes les armes à feu. Après que le capitaine m’eut adressé sa harangue, on nous mena droit dans une chapelle, faite d’écorce de certains pins très-odoriférants et bâtie de la main de ces bons chrétiens ; jamais aucun Européen n’y avait mis le pied.”

Ici, comme en quelques autres endroits du journal du Père

(8) Aux Trois-Rivières nous avons cité les chapelles érigées en 1615, 1618 et 1634. Celle du pays des Attikamègues est la quatrième connue,

Buteux, nous sommes forcé, faute d'espace, d’omettre le récit de ses travaux pour la prédication de l'Evangile.

“ De cette seconde assemblée, nous allâmes à une troisième, à trois journées de là, en compagnie de soixante canots.”” Les Sauvages qu'on y rencontra venaient d’un pays où la Foi n'avait pas encore pénétré, mais, aidé des Attikamègues chrétiens, le Père Buteux en baptisa plusieurs, fit bâtir une chapelle et préparer un cimetière.

‘“ La famine contraignit cette assemblée à se disperser. Ils me conjurèrent de retourner dans un an, avec des affections si tendres que mon cœur en était tont consolé. Je laissai ma chapelle entre les mains du capitaine pour gage que je les viendrais revoir. Les néophytes me demanderent des chapelets pour donner à ceux qu'ils pourraient rencontrer dans les bois, afin de leur enseigner à le dire et les disposer au baptême, comme ils ont accoutumé de faire (1); je leur en donnai ce que j'en avais.

“ Nous retourndines par un chemin tout autre que celui que nous avions tenu en allant. Nous passâmes par des torrents quasi continuels, par des précipices et par des lieux pleins d’horreurs en toutes façons. En moins de cinq jours, nous fimes plus de trentecinq portages, et quelques-uns d’une lieue et demie, et cela avec si peu de vivres que nous étions dans une faim continuelle, quasi sans force et sans vigueur. Au reste, les fatigues et les peines qui m'eussent fait peur au seul récit, ne m'ont pas endommagé la santé. Nous fûmes de retour le 18 du mois de juin.”

La rivière par laquelle le Père revint, est ici clairement indiquée. C'est la Matawin, qui n’est qu'un torrent épouvantable d'un bout à l’autre, si bien qu'en un certain endroit où nos voyageurs sautent en canots, cinq lieues se font en trois quarts d'heure, chose incroyable mais vraie pourtant. Les voyageurs l’appellent la rivière de l'Enfer, tant elle est affreuse.

A ja suite du voyage du Père Buteux, on lit dans la Relation :

La plus laborieuse, mais aussi comme je le crois, une des plus aimables de nos missions a été celle qu'on a faite aux Attikamègues, que nous avons nommée la mission de Saint-Pierre. Ces Saurages avaient demandé un missionnaire ce printemps avec des poursuites si simples et des impatiences si aimables qu’ils obtinrent le Père Buteux.

“ Le zèle de convertir les âmes est comme naturel à ces bons Attikamègues. Il y a dans tous ces quartiers là quantité d’autres

(1) Nous avons déjà dit avec nelle ferveur les Attikamègues pratiquaient la foi et le zèle qu'ils mettaient à l’enseigner aux nations avec lesquelles ils trafiquaient vers le nord.

nations, plus que nous n’en pourrions baptiser, eussions-nous encore quarante ans à vivre, et ces gens n'ont aucun commerce avec nous.”

Le Père Buteux se proposait de poursuivre ses découvertes et la prédication de l'Evangile. Il écrit des Trois-Rivières : ‘ J'espère le printemps prochain faire le même voyage et pousser encore plus loin jusqu’à l£ mer du nord, (1) pour y trouver de nouveaux peuples et les nations entières où la lumière de la foi n’a jamais encore pénétrée.”

Il était supérieur de la maison des Trois-Rivières. Le 4 juin, pendant sou absence, on le remplaça à ce poste par le Père Ménard.

Arrivé aux Trois-Rivières le 18 juin, le Père Buteux se rendit à Québec dès le 26, d'où il partit pour Tadousac le 3 juillet; il alla ensuite à Gaspé et à l’île Percée, puis, le 12 août, on le rencontre de nouveau à Québec. En cinq mois, il avait remonté le Saint Maurice jusqu'à la hauteur des terres et descendu le fleuve jusqu'à la mer, sans presque se reposer nulle part.

Le 15 mai, le supérieur des jésuites et le gouverneur général arrivèrent de Québec. Le 18 ils reprirent leur route vers Montréal. Le fleuve et les bois étaient infestés d'Iroquois ; on n’entendaii parler que de ces maraudeurs dangereux.

Le 25, ces deux personnages étaient de retour aux Trois-Rivières, où ils apprirent que dix Froquois venaient de faire un coup. ‘Six d’entre eux ayant tiré sur un canot de deux Français qui étaient allés lever une ligne à la vue du fort et à la portée d’un mousquet. Ces Iroquois s'étaient mis à l'affut près du bois et firent deux décharges dont les deux Français furent abattus dans leur canot. Noël Godin ayant reçu quantité de plaies mortelles dont il mourut le reuvième jour de sa blessure ; l’autre, nommé LaJeunesse (2), ayant cu un bras rompu et une épaule transpercée de part et d'autre d'une balle. Dès le soir même on les envoya dans une chaloupe à Québec pour être pansés à l'hôpital.”

M. D'Ailleboust, gouverneur général, étant aux Trois-Rivières, comme on ie voit, octroyë, le juin 1651, aux jésuites, la possession du fief Pachirini, dans les termes suivants :

‘ Eu vertu du pouvoir à nous donné par MM. de la Compagnie de la Nouvelle-France, nous avons distribué et départi aux Révé-

(1) Il était allé à la hauteur des terres, ou à peu près, et comptait se rendre à 1a baie d'Hudson encore inexplorée par la voie de terre.

(2) Est-ce Pierre Guillet dit Lajeunesse ?

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rends Pères de la Compagnie de Jésus résidents en ce pays à l’habitation des Trois-Rivières, une place pour bâtir, située au dessous du fort dudit lieu, au nord-est, contenant un arpent environ, savoir : du côté de la rivière, vers le sud, vingt-neuf-toises ou environ ; d'autre côté vers le nord-ouest à (illisible) sur le passage trente toises ou environ; d’un bout au nord-est à Bertrand Fafard vingt-deux toises ou environ ; d'autre vers le sud-ouest au chemin qui va entre le fort et la clôture vingt-quatre toises ou environ, pour en jouir à perpétuité en pure rôture aux charges que MM. de la Compagnie de la Nouvelle-France leur ordonneront, à condition d'y faire bâtir la renclore fermée du village de ce lieu, suivant qu'il leur sera ordonné par le gouverneur de ce pays, de bons pieux, dans l’an de la date de la présente concession, laquelle à défaut de ce, demeurera nulle ; icelle feront ratifier par les MM. de la Compagnie ; et vu que la présente place est un reste par eux ci-devant donné au sieur de la Potherie et :nème que le contrat leur en avait été délivré, avons icelui cassé et déclaré de nulle valeur, attendu l'échange qui lui en a été faite d'une autre place pour la présente. Fait et expédié au fort des Trois-Rivières, ce 5ème juin 1651. Signé d’Ailleboust.

>ar M. le gouverneur, signé : C. Bouronser.”?

Vingt-neuf toises environ, c’est la distance de la rue Saint-Louis

à la rue des Casernes.

Le ‘chemin qui va entre le fort et la clôture,” est la rue des Casernes, aujourd’hui. Pourquoi ne pas lui donner le nom de d’Ailleboust ? Les casernes n’ont pas une valeur historique comparable à l’acte ci-dessus.

Le passage situé vers le nord-ouest était sans doute un sentier (la rue Notre-Dame ?) entre les maisons et les abattis qui avaient été faits pour faciliter la défense de la bourgade, très-exposée de ce côté. Les grands arbres ainsi rasés, il ne restait que les souches et le menu bois, les broussailles, au delà de la place d’Armes actuelle, tirant au nord-ouest.

Du côté nord de la rue Saint-Louis, (où se trouvent les propriétés des Dames Ogden et Turcotte,) était le terrain de Bertrand Fafard dit Laframboise. Le calcul de vingt-deux toises ou environ montre que les bornes de la place d'Armes n’ont pas été changées de ce côté, puisque c’est encore la distance qui sépare ce site du boulevard.

Les maisons de la bourgade étaient groupées sur le fief Pachirini. Toute la ville est sortie de là. Les Trifluviens n’ont pas d’endroit plus rempli de souvenirs que ce petit fief qui portait la résidence des jésuites, la chapelle publique, les maisons des fondateurs

de la ville et qui n’était séparé du fort où magasin de traite que par un sentier.

La ‘ renclore fermée du village ” autrement dit la palissade que les Pères étaient obligés de construire, montre assez qu'il n’en existait pas, surtout si on rapproche ce texte d’un passage de la Relation de 1653 qui dit qu'il n’y en avait pas encore à cette date.

L'acte ci-dessus dit positivement que cette concession était bornée vers le sud par la rivière. Elle englobait donc le terrain de l’église ou chapelle d’alors.

De plus, dit l'acte, c’est un reste donne ci-devant à M. de la Potherie par les Pères, et dont il se désiste, ayant eu uu utre terrain en échange. Est-ce des droits ou prétentions äe M. de la Potherie sur tout ou partie de cette place què parle le Journal des jésuites, en 1646, lorsqu'il mentionne une demande de “remuement de bornes” formulée par la Potherie ?

Il est à peu près certain que les Pères ont occupé ce site dès les premiers mois de la fondation des Trois-Rivières. On pourrait croire que par la suite, ils auraient cédé ou autrement passé à M. de la Potherie, lorsque vint le projet déjà signalé de bâtir une nouvelle église, probablement entre 1645 et 1650. Des difficultés (assez apparentes pour nous) seraient survenues et le marché n'’au rait pas eu d'exécution dans ce sens, car on voit ici que d’une part le gouverneur général accorde aux Pères un titre établissant leurs droits définitifs sur cette concession, et de l’autre que l’on satisfait aux exigences de la Potherie en lui donnant un terrain ailleurs, comme dédommagement.

Peut-être vit-on, en 1651, de sérieux obstacles à la construction d’une église par les habitants et jugea-t-on, en conséquence, qu’il valait mieux revenir sur la décision intervenue entre M. de la Potherie et les Pères qui cédait au premier le fief Pachirini. Ayant donc repris possession, ou plutôt s'étant fait livrer un titre qui les affermissait, les Pères continuèrent sans doute à y tenir leur maison, avec la chapelle paroissiale, attendant des jours meilleurs pour élever là ou ailleurs un temple plus vaste, ce qui ne devait se réaliser que douze on treize ans plus tard.

Reconstruire un passé éloigné comme nous le faisons, à l’aide de renseignements parfois très-vagues, est chose assez délicate, Saurons-nous jamais qui eut tort dans la lutte que M. de la Potherie soutint contre les Pères jésuites au sujet de propriétés foncières, tant à la ville qu'au cap de la Madeleine ? Si d’une part, les Pères agissaient dans des vues d'avenir fort louables, il est* certain que le groupe de coions dont M. de la Potherie était en quelque sorte

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