‹ Chronique trifluvienne [microforme]Chapitre 23 sur 35 · AN · texte numérisé non relu

AN

le chef, visait à l'établissement du pays. L'antagonisme portait probablement sur plus d’un point qui nous échappe.

Le 6 juin, le gouverneur général et le supérieur des jésuites se mirent en route pour Québec, arrêtant chemin faisant à l’habitation de la rivière Faverel, au cap de la Madeleine. Le 10, Guillaume Boivin et Charles Panie, employés des jésuites, partirent de Québec pour aller aux Trois-Rivières “ bâtir une maison pour nos Pères, la leur devant être démolie, ”

Cela avait lieu cinq jours après la signature de l'acte qui confirmait les jésuites dans la possession du fief Pachirini. Gette maison qui devait être démolie, renfermait, croyons-nous, la chapelle publique. En ce cas, on dùût reconstruire celle-ci sur un plan plus spacieux, pour répondre à l’accroissement de la population, sensible depuis cinq ou six années ; cela expliquerait pourquoi les Trifluviens n'eurent une église élevée à leurs frais que treize ans plus tard. Les travaux de la bâtisse de 1651 paraissent avoir été dirigés par le Frère Liégeois.

Le 15 juillet six Hurons étant allés le malin au sud du fleuve en trois canots chercher du foin (1), furent attaqués; l’un d'eux fut pris, un autre fut tué et les quatre qui restaient s'échappèrent tant bien que mal. Les Iroquois “ voyant que les Français au nombre d'environ cinquante allaient par terre (du côté du fort) pour requérir le bétail qui était éloigné (dans la banlieue) plus d’une lieue des Trois-Rivières se jettèrent dans leurs canots, et ayant coupé la rivière, ils vinrent aË rder au lieu où étaient des bœufs et des vaches plus é’ignés; nos Français n’y étant pas encore arrivés, ils y tuèrent :inq bêtes sur la place, dont ils emportèrent le meilleur, mir, outre cela il se trouva à redire (à manquer) douze ou treize autres, tant bœufs que vaches, soit tués par les [roquois, soit dispersés et perdus.”

Le 26 juillet, cinq £anots iroquois parurent aux Trois-Rivières, sans autre effet que d’avoir tué une génisse, qu'ils laissèrent sur la place, ayant été contraints de repasser la rivière avec précipitation se voyant découverts, et voyant que les Français allaient à eux, partie par eau, partie par terre.”

& Le 7 août fut tué aux Trois-Rivières, par les.Iroquois, M£curin, homme d'Antoine des Rosiers. Etant parti dès les quatre heures du matin pour aller tirer sur les corneilles de son champ il fut

(1) Preuve que l’on cultivait les terres au sud du fleuve.

trouvé mort sur le chemin, de deux'arquebusades en la poitrine,

et la hache dans la tête.” Le Journal ajoute : ‘on était parti le matin en chaloupe pour aller quérir quelques pièces de pin en un lieu nommé la Pinière ; on a trouvé tout brûlé, par les ennemis comme l’on croit.”

La Pinière fait supposer qu'il s’agit de la talle de pins connue depuis cinquante ans sous le nom de Bois des Amoureux, et qui disparaît rapidement de nos jours. Elle n’est pas loin du cap aux Corneilles, et devait être, en 1651, plus accessible par la rivière que par terre, surtout pour la sortie des grosses pièces de bois qu'on en pouvait tirer.

Que de réflexions font naître ces simples notes sur les dangers continuels qu'affrontaient nos pères en ces lieux aujourd'hui si paisibles ! Que de respect et d’attachement nous devons éprouver pour ces fondateurs de notre peuple! Estil étonnant après cela que les fils de tant de courageux pionniers aient défendu si longtemps et si bien le drapeau de la France, le sol où ils étaient nés et les idées qui leur sont propres ? Plus nous lirons notre histoire, plus nous aimerons la patrie.

N'avoir jamais de protection en haut lieu et savoir nous tirer d'affaire par nos propres ressources semble être notre destinée.

En 1651, la France était divisée entre trois partis : celui de la Reine, du prince de Condé et des Frondeurs. Troubles dans Paris et dans le royaume. Turenne abandonne les Frondeurs et se réconcilie avec la cour. Beaucoup de bruit er Europe pour contenter quelques vaniteux, Peu ou point d'attention pour ce coin du monde appelé la Nouvelle-France, où le nom français aurait pu devenir si grand.

‘“ Le secours qui nous est venu cette année de France, dit la Relation, est absolument nécessaire aux Trois-Rivières, car à vrai dire ce poste n’a pu subsister que par miracle Les habitants attribuent leur conservation au recours extraordinaire qu'ils ont eu en la Sainte-Vierge, dont il y avait un petit oratoire en chaque maison. C'était une dévotion ordinaire d'aller les visiter en divers jours de la semaine, principalement les samedis que le concours y était plus grand, et en chaque maison, matin et soir, tout le monde se rassemble pour y faire les prières en commun et l'examen de conscience, etc.”

C'était le moment de répéter ce que le Père Le Jeune avait écrit en 1636: +

‘ Les exactions, les tromperies, les vols, les rapts, les assassinats, les perfidies, les inimitiés, les malices noires ne se Don ici

qu'une fois l’an, sur les papiers et sur les gazettes que quelquesuns apportent de l’ancienne France.”

Le 25 octobre on apprit que les Iroquois avaient tué vingt personnes dans le pays des Attikamègues, à l'endroit où le Père Ruteux avait tenu sa seconde assemblée.

Le Père Buteux était, parait-il, à Sillery vers ce temps. Revenu aux Trois-Rivières, il écrit de ce lieu, le 4 novembre, qu'il a eu une croix à endurer en y arrivant: ça été d'apprendre le massacre des Attikamègues, sur les bords du lac Kisakani, à vingt jours de voyage d'hiver des Trois-Rivières. On avait cru jusque-là que les Iroquois ne s’avanceraient pas si loin daus une région qui leur était en apparence inconrue. Dans le campement il y avait vingtdeux homm”s, qui moururent en braves. Le. femmes et les enfants furent liés pour être emmenés ‘au pays des feux et des flammes.” Les: femries &'une cabane voisine eurent le temps de se sauver, et de se diriger vers les Trois-Rivières, en l’absence de leurs maris qui étaient à la chasse. L’alarme était grande partout, et la peur, arrètant la chasse, amenait la disette. Le Père Buteux dit, en finissant, qu’il leur conseille de descendre à Sillery, mais que, bien qu’en plus grand danger, ils préfèrent rester aux Trois- Rivières.

Les Attikamègues ne savaient de quel côté se diriger pour la chasse prochaine: leurs compatriotes de Sillery les invitaient à se réunir à eux pour cette fin, mais ils montraient un grand désir de rester dans ies environs des Trois-Rivières. Le Père Buteux écrit que s'ils se décident à s'approcher de Sillery il les suivra, ae voulant point les quitter, vu qu'il compte repartir avec eux, le printemps suivant, pour la hauteur des terres, car, ajoute-til, ils ont fait des présents de toutes leurs porcelaines aux nations plus éloignées, afin de les rencontrer au re” lez-vous convenu pour entendre les instructions religieuses. Les Sauvages, Poissons-Blancs, Algonquins, Hurons, etc., prirent finalement la résolution de rester aux Trois-Rivières, ce qui n’obligea point le missionnaire à se déplacer cet hiver.

Néanmoins, l’année suivante, après la mort du Père, épouvantés de ce qui pouvait survenir, ils se décidèrent à se retirer vers le bas du fleuve, à Tadoussac. Le Saguenay leur ouvrait une porte sur leurs anciens territoires de chasse.

Page 1