‹ Chronique trifluvienne [microforme]Chapitre 24 sur 35 · LXI Ù · texte numérisé non relu

LXI Ù

Nous avons vu, en 1634, Guillaume Duplessis-Bochart, sieur de Kerbodot(l) prendre une part active à la fondation des Trois- Rivières. Il paraît avoir été alors employé au Canada sous la protection du cardinal de Richelieu, qui était un Duplessis. De 1635 à 1650 son nom ne figure dans aucun document ayant rapport aux Trois-Rivières.

Le 13 octobre 1651 arriva à Québec M. Jean de Lauzon venant remplacer M. d’Aïlleboust comme gouverneur-général. M. Duplessis-Bochard (son parent dix jours après) l’accompagnait et on le destinait à remplacer M. de la Potherie comme gouverneur des Trois-Rivières. En même temps on élevait à cinq mille deux cent cincuante livres les appointements du gouverneur de ce lieu.

M. Duplessis-Bochart, appuyé de ses relations de famille avec le nouveau gouverneur-général, allait retrouver aux Trois-Rivières nombre de personnes de sa connaissance et tenter de mettre la main à une œuvre qui ne lui était pas étrangère : l'extension des établissements français dans cette partie du pays.

M. de Lauzon, l’un des principaux associés de la compagnie de la Nouvelle-France, s'était fait concéder l'ile de Montréal et plusieurs terrains, notamment la fameuse seigneurie de La Citière qui s’'étendait de la rivière Saint-François du lac Saint-Pierre jusqu'audessus du lac Saint-Louis. Son fils aîné, Jean, était dans le pays depuis 1644. Celui-ci épousa, le 23 octobre 1651, dix jours après l’arrivée de son père, Anne Després, première fille de Nicolas Després, dont une autre fille Etiennette était la femme de Duplessis- Bochart depuis plusie’irs unnées (à moins qu’il ne fût marié en secondes noces), car dans l’automne de 1651, aux Trois-Rivières, François, fils de ce dernier, figure comme parrain.

L'année (1650) qui précéda son retour dans la colonie, Duplessis- Bochart avait eu une fille, Anne, qui épousa, en 1668, à Québec, un Italien du nom d'Octave Zapaglia de Ressan.

Vers le 19 novembre, le vaisseau la Sainte-Anne sur lequel M. Dupiessis se rendait de Québec aux Trois-Rivières pour prendre le gouvernement de cette place, toucha sur des roches et coula une lieue plus bas que le cap à l’Arbre, c'est-à-dire devant la seigneurie de Lotbinière. C'était commencer assez mal un règne qui devait finir si malheureusement neuf mois plus tard.

(1) En bas-breton, Æer signifie ‘‘ village,” “hameau” Le vieux mot français “ plessis ” a le même sens.

ra

Sn HÉRREE

nr AE te

La note suivante du Journal des Jésuites montre clairement que, si depuis cinq ou six années on s'était occupé des terres du cap de la Madeleine, personne ne s’y était encore établi, mais que l’on mit alors la main à ce projet : “ On commença de s’habituer au Cap, du jour de la Présentation ” (le 22 novembre).

Il faut croire que le titre de la seigneurie du Cap, signé le printemps de cette année, avait définitivement réglé les difficultés résultant de piétentions de M. de la Potherie et des Pèr£s jésuites sur ces terres.

Charlevoix, qui a été le prernier pour ainsi dire à recueiilir nos traditions et à compulser des pièces authentiques dont plusieurs sont perdues, nous donne à entendre que bien que les Français entretinssent ure bonne garnison aux ‘Trois-Rivières et que ce poste fût regardé comme l’un des plus imortants de la Nouvelle- France, les Sauvages qui le fréquentaient se lassèrent (vers 1650) d'y être “ continuellement harcelés par les Iroquois dont les Français avaient assez de peine à se défendre, n'ayant plus la liberté des passages où ces fiers ennemis leur dressaient sans cesse des embüûches, et n'étant pas même toujours en sûreté à la vue et sous les canons de notre fort” Les Sauvages cessèrent, ajoute-til, d'y porter leurs pelleteries : Les Jésuites, avec ce qu'ils avaient assemblé à: néophytes, se retirèrent trois lieues au-dessous, sur un terrain que leur avait donné l’abbé de la Madeleine, d’où ce terrain à pris le nom de Cap de la Madeleine qu'il porte encore aujourd'hui.”

Puisqu'il s’agit ici du Cap, on doit lire : “ près de trois lieues” et non pas : trois ligues,” car cette mesure nous mènerait dans la seigneurie de Champlain ; nous en concluons que le village des Indiens était sur le fief Marsolet, soit sur celui de Eertel, ce qui est plus probable, vu l'établissement commencé en ce lieu depuis 1644 par le propriétaire du fief.

LXIIT

Les sépultures, cette année, sont au nombre de huit, toutes de Sauvages. Les baptèmes de Sauvages de tous âges : trente-cinq ; ce sont des Algonquins, parmi lesquels quelques-uns et l'Isle, une femme Iroquet et douze Attikamègues la plupart adultes sur lesquels cinq ont été baptisés dans le haut du Saint-Maurice par le Père Buteux.

HP t e

7 n ES

Six baptêmes d’erfants de iace blanche nous sont indiqués par le registre.

Dans les trois années 1649, 1650, 1651, il arriva aux Trois-Rivières près de cinquante colons, ce qui représente le tiers de tous ceux qui s’établirent dans ce lieu et ses environs depuis la fonda tion du fort (1634) jusqu'à l’arrivée du régiment de Carignan (1665).

Parmi eux était Sévérin Ameau, natif de Paris, âgé de trentedeux ans, notaire, non-marié. L'année suivante (1652) il devint le greflier des Trois-Rivières. Pendant cinquante ans, il a exercé des fonctions publiques dans la ville. Son greffe nous à fourni des renseignements précieux, introuvables ailleurs.

Cette mème année 1651, on nomma des capitaines de milice Aux Trois-Rivières, le choix tomba sur Pierre Boucher, et à la côte du cap de la Madeleine, Nicolas Rivard dit Lavigne, celui-là même dont la postérité est si nombreuse parmi nous.

Le capitaine Boucher avait le pouvoir d'exercer les habitants au maniement des armes et de fortifier le bourg contre les attaques des Iroquois. Son rare esprit d'initiative, joint à l'expérience qu'il avait acquise. comme soldat, sergent, interprète, commis de la traite, le rendaient précieux dans un poste aussi menaré et la plupart du temps assez dépourvu de moyens de défense.

A mesure qu'il montait en grade, Boucher avait le soin de se composer un groupe de parents et d'amis qui fortifiaient son influence, Arrivé seul aux Trois-Riviè es, en 1645, il se trouvait quatre années plus tard à y compter dix-huit personnes de sa parenté, sur cent que renfermait le poste. A partir de ce moment on distingue d’une part les LeNeuf et les Godefroy, d'autre part les Boucher et les Baudry, puis les Duplessis et les Crevier. Ces deux derniers groupes de familles se réunirent bientôt, et Pierre Boucher en devint le chef avoué, entraïnant ainsi les plus fortes influences locales en sa faveur.

L'année 1652 s’annonçait sous de fâcheux auspices. Le danger de plus en plus menaçant du côté des Iroquois, joint à la certitude maintenant acquise du peu de secours sur lequel on pouvait éompter du côté de la France, mettait la colonie au bord d’un abime dans lequel chacun se voyait rouler pour ainsi dire

Les nouvelles portaient que le point de concentr on et d'attaque des Iroquois serait les Trois-Rivières. Il y a apparence que le camp volant y yassa une partie de l'hiver, ou qu’il s'y rendit de bonne heure au printemps. Dès les premiers jours de mars, M. de Lauzon,

TE PSS er pm

grand-sénéchal de la Nouvelle-France, accompagné de M. Robineau et de quinze soldats, y fit une visite. Déjà les ennemis avaient commencé leurs ravages.

Le 2? mars, douze Hurons, six Algonquins et dix femmes algonquines partirent des Trois-Rivières pour se rendre à Montréal. Le lendemain, ayant couché au lac Saint-Pierre, à ‘ la rivière Sainte- Madeleine six lieues environ au-dessus des Trois-Rivières”, ils furent attaqués par cinquante Iroquois.

Cette rivière Madeleine était sans doute l’une des deux rivières Marchiche par où les Iroquois passaient pour se rendre au Saint Maurice ! 1#ût des chasseurs des Trois-Rivières.

Accable , Jheur, les Hurons et les Algonquins conservaient pourtant un ; d'énergie. Selon les calculs de leur chef Tora-

tati, ils avaient d’abord espéré surprendre quelque bande de l'ennemi chemin faisant, mais ils tombèront 4254 léribuscade juste à l'endroit où ils se proposaient eux-mêmes d’en dresser une. Trois femmes algonquines s’échappèrent. Toratati, fait prisonnier, mourut sur le bûcher ; quant à sa troupe elle se sauva à droite et à gauche; ceux qui furent pris devinrent Iroquois, selon la coutume qu’avaient ces Sauvages d'adopter parfois les prisonniers de guerre.

Les Poissons-Blancs se préparaient à retourner dans leur pays ; le départ avait été fixé au 4 avril, et les préparatifs faits en conséquence ; la veille de ce jour, le Père Buteux écrivait au supérieur des jésuites, à Québec, la lettre suivante où se révèle dans toute sa candeur l’âme généreuse du missionnaire et l’abnégation du chrétien :

‘ C'est à ce coup qu'il faut espérer que nous partirons; Dieu veuille que les résolutions soient fermes et que nous partions une bonne fois et que le ciel soit le terme de notre voyage. Hæc spes reposita est in sinu meo. Notre équipage est faible, la plupart d'hommes languissants, ou de femmes et d'enfants; le tout environ soixante âmes. Les vivandiers et les provisions de cette petite iroupe sont entre les mains de Celui qui nourrit les oiseaux du ciel. Je ps accompagné de misères et j'ai grand besoin de prières, je demande en toute humilité celles de Votre Révérence et de nos Pères. Le cœur me dit que le temps de mon bonheur s'approche. Dominus est, quod bonum est in oculis suis faeiat.”

Les événements de cette année sont pour ainsi dire assez nom breux pour être notés jour par jour. Nous allons d'abord suivre

Lu nt

le

ste

le Père Buteux dans son voyage en reproduisant le texte de la lettre que le Père Ragueneau écrivit sur ce sujet dans le mois de novembre suivant :

‘Après un mois, et plus, de beaucoup de fatigues et surtout de la faim qui les suivait en voyage, étant souvent plusieurs jours sans que leur chasse leur donnât de quoi vivre, ils se résolurent de se séparer et prendre diverses routes.” La séparation eut lieu le jour de l’Ascension.

‘ Les autres bandes ayant pris Le devant, le Père resta en compagnie d’un jeune soldat français nommé Fontarabie, accoutumé à la vie des Sauvages, et d’un jeune chrétien Huron, Thomas Tsond8tannen. Ils s'embarquèrent dans un petit canot d’écorce qu'ils avaient fait eux-mèmes et ils cabanèrent où la nuit les obligea de s’arrêter.

“ Le lendemain, qui était le dixième jour du mois de mai, ils continuèrent leur route, et ayant été obligés de se débarquer par trois fois, en des endroits où la rivière va tombant dans des précipices, lorsqu'ils faisaient leur troisième portage, chacun chargé de son fardeau, ils se virent investis par quatorze [roquois qui les attendaient au passage. Le Huron qui marchait le premier fut saisi si supitement qu'il n'eut pas le loisir de faire aucun pas en arrière. Les deux autres, un peu plus éloignés, furent jetés par terre, les ennemis ayant fait sur eux la décharge de leur fusil. Le Père tomba, blessé de deux balles à la poitrine et d’une autre au bras droit qui lui fut rompu. Ces barbares se ruèrent incontinent sur lui, pour le percer de leurs épées, et pour l’assommer à coups de hache, avec son compagnon. Ils n’eurent point tous deux d’autres paroles en bouche que celle de Jésus. Ils furent dépouillés tout nu et leurs corps jetés dans la rivière. ”

Où cette scène eut-elle lieu ? ‘ Lorsqu'ils faisaient leur troisième portage,” dit la Relation, ce qui signifie que ces portages se faisaient dans une même journée. C'étaient, croyons-nous, la Grande-Mère, les Hêtres et Sha8Sinigan ; par conséquent, le Père Buteux fut tué près de ce dern‘er portage.

C'était le septième jésuite qui tombait sous les coups des Iroquois.

Ceux-ci, s'étant retirés avec leurs prises à la suite de ces deux affaires, deux troupes partirent des Trois-Rivières, l’une pour retrouver le corps du Père Buteux, mais ne réussit à recueillir que le cadavre de Fontarabie à moitié mangé par les corbeaux et les bôtes fauves ; l’autre pour aller combattre les ennemis à leur passage dans les terres qui bordent le lac Saint-Pierre au nord, malheureusement elle fut taillée en pièces par une bande

d'Iroquois sur laquelle elle ne comptait pas et qui l’assaillit à l'improviste.

Ainsi, d’un désastre à l’autre, cette année mémorable est remplie des méfaits d’une centaine de pillards contre lesquels la France n'offrait aux Canadiens presque aucune protection.

Trois jours après la mort du Père Buteux, une troupe d'Algonquins chrétiens allant au pays des Attikamègues fut prise dans la même embuscade de Sha8inigan et ne put se défendre. Un jeune Sauvage, qui avait abattu un Jroquois dans l'attaque, fut brûlé séance tenante avec des raffinements de cruautés horribles. Ce malheureux expira en priant à haute voix et en prononçant le nom de Dieu, sa seule consolation dans les tourments qu'il subissait. Un Huron, que les vainqueurs avaient réservé pour le brûler dans leur pays, s'échappa et parvint, le 8 juin, aux Trois-Rivières, où il apporta ces tristes nouvelles.

Durant l'été qui suivit la mort du Père Buteux, on eut à déplorer d’autres événements du même genre.

Le 16 mai, onze Algonquins à la chasse dans le lac Saint-Pierre furent surpris et défaits par une vingtaine d'Iroquois. Quelquesuns se sauverent.

Le 21 du même mois, Pierre Couc dit ‘ Lafleur de Cognac ”, soldat, accompagné d’un jeune Algonquin, était allé lever des lignes vis-à-vis du fort, au sud du fleuve : ils furent attaqués par les ennemis qui leur tirèrent sept à huit coups de fusil dont l’Algonquin iourut deux jours après. Pierre Couc, blessé légèrement, s’échappa à la faveur de nombreux canots et de chaloupes qui arrivèrent à point pour le mettre à l'abri.

Dès les premiers temps des Trois-Rivières, on voit que les Sauvages d'abord, puis les Français, allaient faire la pêche au sud du fleuve. Cet endroit est encore le plus fréquenté des pêcheurs de profession. Vis-à-vis la ville, sur le côté nord, le Saint-Laurent offre un chenal profond, mais au milieu de sa traverse ce fleuve est coupé par une batture de pierre qui en change le lit entre ce point et la rive sud où les gros bâtiments touchent. C'est un endroit propice à la pêche.

Le Père Ragueneau, supérieur des Jésuites, descendant de Montréal, trouva en chemin l’un des Hurons échappés au dernier massacre sur le lac Saint-Pierre et deux Algonquines captives chez les Iroquois depuis deux ans, qu’il recueillit. Le 5 juin, il arriva aux Trois-Rivières où M. de Lauzon, gouverneur-général, était

ie

ans 1'il

plo-

Te leS-

présent, car on voit (Greffe Ameau) qu'à cette date Quentin Moral, accompagné de la veuve de Jacques Hertel, qu'il avait épousée, et de Jacques Hertel cousin-germain, lui fait authentiquer des actes touchant la succession Hertel. A la même date, le Père Ménard est cité comme supérieur aux Trois-Rivières.

Le 8 juin, deux Hurons étant allés dès le matin à leurs lignes qui étaient dans le Saint-Maurice, tombèrent dans une embuscade.

L'un d'eux fut tué sur place, mais comme les Trifluviens se tenaient aux aguets, les [roquois se voyant poursuivis noyèrent le second.

Le 19 juin, trois canots descendant par le Saint-Maurice, apportèrent la nouvelle que les Iroquois avaient fait une troisième course dans le pays des Attikamègues et les avaient défaits de nouveau.

Le ? juillet, il y eut une alerte considérable, suite des affaires des dernières semaines et prélude de désastres mémorables. Une bande de quatre-vingts Iroquois avait envoyé huit hommes guetter les premiers habitants qui sortiraient de la place. A cinq heures du matin, deux canots de Hurons escortés d’une chaloupe de Français allant visiter les lignes de pèche, vis-à-vis le fort se trouvèrent assaillis par les gens de, l’embuscade. Aussitôt ceux qui montaient les canots se réfugièrent dans la chaloupe. Mais alors parut un plus grand nombre d’Iroquois qui déchargèrent une cinquantaine de coups de feu sur la chaloupe sans aucun résultat défavorable." De part et d'autre on tira force décharges sans trop s'intimider, puis mettant la voile au vent à la faveur du nordest venu à propos, la chaloupe esquiva les désagréments de cette société, et toucha terre, du côté du nord, à la briqueterie, dans la basse ville. Les forces de l'ennemi étaient désormais avouées. On les voyait au milieu du fleuve dans treize canots. Les Français qui brûlent du désir d’en venir aux mains et d’exterminer ces maraudeurs se jettent dans les embarcations qu’ils peuvent trouver et sont suivis des Sauvages du poste. Les lroquois se sauvent à force d'aviron, mais rendus à une lieue du fort, et voyant qu'ils n'échapperont pas aisément. ils touchent terre et envoient un canot monté par deux hommes qui demandent à parlementer. Dans toutes ces guerres sauvages, la même sottise se répète. Lorsque l’enuemi ne peut vous massacrer, il demande une conférence, l’obtient et se moque de vous. Les Français étaient furieux de voir deux Hurons et un Algonquin partir, députés par leurs gens, pour porter des paroles de paix aux Iroquois. Les deux canots, se tenant à une portée de pistolet l’un de l’autre, échangèrent des compliments de circonstances dans lesquels la fourberie ARE ne

SA

manqua pas de jouer son rôle. Les Françaïs et la plupart des Algonquins s’en retournèrent au fort des Trois-Rivières dégoûtés de cette farce.

“ Depuis que plusieurs familles huronnes s'étaient arrêtées aux Trois-Rivières, écrit M. Ferland, les [roquois observaient ce poste de plus près. Au milieu d’eux se trouvait un assez grand nombre de Hurons adoptés. Souvent les Français étaient surpris de voir deux bandes qui s'étaient approchées pour se combattre, s'arrêter soudain, puis s’aborder amicalement et se séparer de même, après avoir parlementé pendant quelque temps. Dans ces circonstances, des amis et des proches parents, se reconnaissant dans les rangs opposés, ne pouvaient résister à la tentation de se parler. Ces scènes se renouvelaient assez souvent, à la grande inquiétude des Français, qui redoutaient des trahisons. ”

Dans ces rencontres il aurait suffi aux Français de défendre aux Sauvages alliés de les suivre, et bientôt on aurait vu les Iroquois abandonner le système de déception qu'ils pratiquaient partout avec un succès constant.

LA Le seul résultat des pourparlers qui venaient d’avoir lieu fut

d'apprendre que les Iroquois étaient commandés par Aontarisati, capitaine renommé, preuve nouvelle qu’ils ne respiraient que meurtre et pillage. Les Hurons, les plus coupables dans cette fausse démarche, dirent aux ennemis qu’ils ne pourraient traiter avec eux qu’à la vue du fort. Aussitôt les Iroquois se nurent en devoir d'y aller. C'était forcer de nouveau les Français à assister à ce manège et à y prendre part. Un Huron et un Algonquin allèrent au devant du canot parlementaire des Iroquois, qui paradait au milieu du fleuve monté par trois hommes. En même temps trois canots [roquois abordèrent à la briqueterie, vers le pied de la rue Saint-Antoine, y débarquant un jeune Huron captif chez eux depuis quelque temps, et dont la famille vivait aux Trois- Rivières. Toutes les ruses étaient familières à ces Sauvages. Ce jeune Huron fut recueilli par M. Robineau qui le mena au fort où on le questionna. Les trois canots qui l'avaient amené se tenaient au bord du fleuve et discouraient avec les gens accourus de ce côté. La démonstration äes Iroquois en face du Platon était regardée par les Français comme une tromperie ; ils attachaient avec raison beaucoup plus d'importance aux trois canots qui se tenaient entre le pied de la rue Saint-Antoine et la Fosse. Celui des Iroquois qui paraissait être le chef dans ce dernier endroit,

demanda aux gens qui étaient à terre de lui envoyer trois capitaines, un Français, un Huron et un Algonquin, parce que, disaitil, Aontarisati voulait avant tout conclure la paix. L'opinion des Français était formée sur ce point, et aussi jugèrent-ils que le seul moyen d’en finir était de tromper ces insolents. Bientôt plusieurs Iroquois furent sur le rivage, témoignant une entière confiance dans la bonne foi de ceux qu'ils voulaient surprendre, Tout allait à merveille. Sur le midi, la pain sortant du four, au fort, on y courut pêle-mêle et l’on revint avec des enfants qui portaient des brassées de pain. Un canot iroquois, tenu à distance jusque là, s'était rapproché et quelques Sauvages l’amusaient dans l'espoir de s’en emparer. Enfin Annahotaha, chef huron d’une habileté connue, l’aborda avec les pains qu'il faisait porter aux enfants et se trouva si près du principal capitaine iroquois qu'il le saisit et Le fit prisonnier, avec deux autres qui étaient dans le même canot. Quelle ne fut pas la surprise des Trifluviens lorsqu'ils reconnurent Aontarisati lui-même dans ce captif, et dans le second un capitaine signalé par ses meurtres dans les habitations françaises.

Les Iroquois qui rôdaient sur le fleuve et dans les environs de la place furent longtemps à s’apercevoir de ce qui venait de se passer. Le lendemain, mercredi, 3 (1) juillet, les deux capitaines iroquois reçurent le baptème des mains du Père Ménard. Le registre de le la paroisse porte : “Anno Domini 1652, 3 Junii, ego Renatus Ménard, sacerdos societatis Jesus baptisavi sine ceremonïis in sacello nostro, captious duos hostes Agontarisati et ta Akenrat, Prior Francisceus vocatus est, posterior Petrus. Uterque sequenti die igne vitam fenierunt.” Ils furent brûlés le 4 juillet.

Leur supplice, joint à l'attitude des Sauvages des Trois-Rivières, irrita les Iroquois déjà préparés à frapper coup. Leur bande, qui était de quatre-vingts guerriers le 2 juillet, s'étant grossie d’une quarantaine d’autres, ils pillaient et ravageaient les maisons et massacraient ceux qui s’éloignaient du fort.

Entre Montréal et les Trois-Rivières, les chemins étaient coupés.

Dans les derniers jours de juillet (le 25), une troupe de plus de cent Sauvages quitta les Trois-Rivières pour aller vers Montréal surprendre les Iroquois. En deux occasions ces guerriers firent le coup de feu avec succès, ils rentrèrent aux Trois-Rivières le 7 août.

(1) Le registre des TL'rois-Rivières porte ‘8 Juniï,” mais nous avons la certitude que le fait eut lieu le 3 juillet. D'ailleurs le registre de cette année a dû être crit après coup; on y voit le mois de mai après le mois d'août, une partie des mois d'octobre et de mars dans celui de novembre, puis les mois de juin, juillet, et septembre entremêlés.

te.

as

rt

Page 1