‹ Chronique trifluvienne [microforme]Chapitre 25 sur 35 · LATE · texte numérisé non relu

LATE

pi.) pu pi ?

Sur ces entrefaites, M. Duplessis-Bochart, qui était allé à Québec revint aux Trois-Rivières.

On s'attendait à quelque entreprise considérable de la part des ennemis.

Le 18 août, quatre habitants des Trois-Rivières, Mathurin Guillet, La Boujonnier, Rochereau (Pierre?) et le chirurgien Plassey, descendant par le fleuve au cap de la Madeleine, furent attaqués, à l'entrée du Saint-Maurice, par huit canots iroquois. Guillet et La Boujonnier périrent sur place, tandis que Plassey et Rochereau étaient emmenés captifs.

Ce dernier outrage détermina le gouverneur à sévir contre ceux qui s’en étaient rendus coupables, car devenant chaque jour plus fatiguants et plus fiers, enflés qu'ils étaient par leurs récentes victoires, les [roquois commencçaient à ne plus regarder les forts et les retranchements français comme des barrières infranchissables. Leur infliger un châtiment signalé était bien le désir des habitants du Canada, mais faute de moyens suffisants pour aller les écraser dans leurs cantons, il fallait se résigner à rester chez soi le fusil à la main, sur le qui-vive, à voir la campagne ravagée par ces féroces maraudeurs. M. Duplessis résolut, malgré tout, de donner la chasse à la bande la plus voisine, et pour exécuter sa résolution avec plus de vigueur, il voulut marcher en personne à la tête des Français. C'est en vain qu'on lui représenta qu'il s’exposait inutilement et que tou’ son courage ne pourrait rien contre un ennemi dont les forces principales consistaient dans les embuscades, son agilité naturelle et la proximité des forêts où il trouvait toujours une retraite sûre, et que finalement il ne gagnerait rien à combattre ces Sauvages, puisque la perte de quelques guerriers n'affaiblirait point leur nation. Il ne voulut rien écouter, et partit du fort, le lendemain matin, 19 août (1), avec une cinquantaine (2) de Français et dix ou douze Sauvages, montés sur deux chaloupes. Il espérait pouvoir atteindre les pillards et leur enlever non-seulement les bestiaux (3) qu'ils avaient capturés, mais aussi les prisonniers qu'ils étaient venus saisir Jusqu'à sa vue,

(1) La Relation de 1652, et le Journal des jésuites fixent ce jour au 19 août ; un acte d’Ameau, en date du 21 avril 1668, porte que la bataille ent lieu le 18 août. Les deux premières autorités méritent plus de créance.

(2) La Relation dit : “ quarante ou cinquante Français et dix ou douze Sauvages,

. (3) Le nombre de bêtes-à-cornes enlevées par les Iroquois aux Trois-Rivières était de cinquante,

ré

Sur les onze heures du matin, arrivé à une (1) lieue en haut du bourg, sur la rive nord du fleuve, à peu près où est situé aujourd'hui le calvaire, l'ennemi se montre dans les broussailles, à l’orée du bois. L'endroit est une plage de vase peu propre à un débarquement.

M. Duplessis ne tient pas compte de cette difficulté ni des représentations qu'on lui fait, parce que les Iroquois pouvaient en quelque pas de retraite se dérober aux mains des Français sans cesser de tirer de derrière les arbres ; il met son monde à terre, se jette tête baissée sur ies Iroquois, et bientôt tombe frappé mortellement sans être vengé par sa troupe qui est elle-même défaite et dispersée, car les Français ayant tous les désavantages de la position, reçoivent le feu sans pouvoir le rendre avec efficacité.

La Mère de l'Incarnation ditque les Iroquois étaient au nombre de deux cents, divisés en deux bandes près les Trois-Rivières. Le Journal des jésuites dit qu'à l'affaire que nous venons de raconter il se trouvait cent vingt Iroquois Oueyouts. Thomas Godefroy de Normanville ajoute qu'il y avait aussi des Agniers.

Pendant ce combat, une patrouille iroquoise cgssa la tête à Sa8enhaté, Huron, et sa femme, qui travaillaient dans leur champ, non loin des habitations françaises.

Le nombre des Français tués à la quatrième rivière est de huit: M. DuPlessis, Jean Veron de Grandmesnil, Guillaume Isabel, Dupuis, (2) Marie Belhomme (3) (brulé), Larigoumois, Jean Potvin dit LaGrave, et Deslauriers, mort de ses blessures. Les trois derniers étaient soldats ; les cinq autres, habitants des Trois-Rivières.

Sept prisonniers furent faits par les Iroquois : Marin Terrier de Repentigny, sieur de Francheville, Jean Poisson, Jean Turcot, dont les femmes se remarièrent un an ou deux après, preuve qu'ils

(1) La Relation porte : ‘environ deux lieues au-dessus du fort.” Nous avons établi ailleurs que la quatrième rivière de la banlieue est située à une lieue de la ville, et l’acte précité d'Ameau constate que le soldat Jean Potvin, dit Lagrave ‘fut tué par les Iroquois au cémbat du 18 août 1652 à la quatrième rivière à une lieue des Trois-Rivières, où son corps à été trouvé sur place,” Etienne de Lafond, présent à ce combat, et le notaire Ameau qui déclara avoir vu partir Lagrave pour cette expédition, ne doivent pas s'être trompés, non plus que Antoine Desrosiers, Guillaume Pepin et Pierre Lepellé, dit la Haye, tous gens de haute respectabilité et qui agissent dans l’acte en question comme témoins de la vérité de ces faits. Ils disent que le commandant était “ Guillame Guillemot sieur Duplessis Kerbodot, capitaine du camp volant en ce pays et commandant aux Trois-Rivières,” Lagrave était venu de France sous la conduite de M. de Lauzon le 18 octobre 1650, C’est à la demande de Pierre Potvin, dit Saint-Arnaud que cette déclaration fut faite en 1665.

(2) Déjà cité en 1651.

(3) Le 7 août 1650, et au mois d'août 1651, il était anx Trois-Rivières.

avâient péris dans leur triste aventure ; Thomas Godefroy de Normanville dont la mort est constatée par l'inventaire de ses biens quelques jours après et par un passage des lettres de noblesse accordées à son frère ; et Lapalme, Saint-Germain, et Chaillou, soldats dont le sort ultérieur ne nous est pas connu.

C'est donc une perte de quinze hommes que faisait la colonie trifluvienne. La liste ci-dessus est composé au moyen des noms fournis par le Journal des jésuites. La Mère de l’Incarnation dit que Mr Duplessis a été tué avec vingt-deux Français. Ces sépultures ne sont pas enregistrées aux Trois-Rivières.

Des douze colons établis aux Trois-Rivières à la fondation du poste, (1635-7), Thomas Godefroy et Guillaume Isabel étaient morts de la main des Iroquois, François Marguerie et Jean Nicolet s'étaient noyés, Jacques Hertel avait été tué par accident ; Pierre Blondel échappe à nos recherches. Les six survivants étaient : Jean Godefroy, Guillaume Pepin, Jean Sauvaget, Sébastien Dodier, Michel LeNeuf et Bertrand Fafard.

Tant de malheurs survenus en quelques semaines étaient bien propres à jeter la consternation dans le pays. Les mémoires du

temps en parlent d’une manière navrante.

Quant aux Trois Rivières, qui perdaient si tristement plusieurs colons d'importance, la terreur y était générale, au point que les lroquois eussent pu entrer dans la place aussitôt après le 19 août et la raser, mais, heureusement, ils ne surent pas résister à la tentation de retourner chez eux en grand nombre, avec les prisonniers, pour célébrer leur succès. Cette circonstance sauva probablement tous les Français de la mort et le bourg d’une destruction complète. On respira un peu, sans toutefois être bien rassurés, car les ennemis rôdaient par petits détachements sur les confins des terres défrichées.

Après le combat, dit la Relation, si les Iroquois ‘s'étaient servi de leur avantage, comme la terreur était jetée parmi nos gens qui avaient perdu leur chef, ils auraient bien ébranlé les habitants des Trois-Rivières, mais ils se retirèrent comme des gens qui ne savent point jouir de leur victoire, et laissèrent les Français achever leurs moissons et faire leurs récoltes en paix, non sans douleur.”

Qu'auraient pu faire contfe une rigoureuse attaque des Sauvages une centaine de personnes dont la plupart étaient des femmes et des enfants ? D'ailleurs, du coté de l’ouest et du nord, la place était trop accessible à l’ennemi pour être facile à défendre.

en

Le 21 août. partirent de Québec pour les Trois-Rivières le Père Mercier et M. ce Lauzon; parent de M. Duplessis, marié neuf jours auparavant comme on l’a vu et qui, neuf ans plus tard, devait périr de la même manière que l'infortuné gouverneur des Trois- Rivières,

Comme sénéchal de la Nouvelle-France, M. de Lauzon n'était pas l’oflicier qui devait s'occuper en premier lieu de pourvoir à l'administration de la place privée de son commandant, mais sa parenté avec M. Duplessis, et sans doute des instructions du gouverneur-général dont il était porteur, nous expliquent son voyage. Du reste, ce ne fut pas sans à propos qu'il arriva. La consternation régnait dans ia bourgade, 11 fallait la présence de quelqu'un de haut rang pour relever les courages.

Une quinzaine de familles plongées dans le deuil ajoutaient leur chagrin à toutes les inquiétudes du moment. La moitié de la population se trouvait accablée par des pertes sensibles. Des chefs de familles venaient de tomber so: les balles des Iroquois ; les granges étaient brûlées, les bestiau: enlevés, les communications coupées partout —et, pour unique défense, une barricade de souches renversées et quelques pieux fichés sur la croupe de la Table et aux abords du Platon.

Depuis une quinzaine d'années que les Trifluviens étaient sans cesse en butte aux surprises des Iroquois, ils s'étaient en quelque sorte habitues à l'état de siÿge et aux embuscades, été comine hiver, mais pour la première fois les forces et l'audace de l'ennemi se manifestaient si puissamment, que leur tenir tête devenait de jour en jour moins possible.

Le 23, ‘ on alla visiter le lieu du combat, et l’on trouva ces paroles écrites sur un bouclier iroquois : Normanville, Francheville, Poisson, La Palme, Turcot, Chaillou, S. Germain, Onnejochronnons et Agnechronnons ; je n'ai encore perdu qu'un ongle.”

Thomas Godefroy de Normanville, homme adroit et vaillant, qui parlait les langues algonquine et iroquoise, avait écrit ces paroles avec un charbon, voulant donner à comprendre que les sept personnes dont on voyait les noms étaient prises des Iroquois, tribus des Oneyouts et des Agniers. Une dizaine d’années auparavant, Normanville capturé avec Marguerie, avait, on se le rappelle, laissé un écrit semblable pour indiquer ses traces aux Français. Hélas! cette fois, il ne devait pas revenir. On apprit bientôt qu'il avait trouvé la mort sur le bûcher, ainsi que ses compagnons, à ce que l’on peut voir.

Lui mort, les Trois-Rivières se trouvaient privées d’un homme aussi utile que dévoué. Il était de tous les partis qui ‘‘sortaient

des Trois-Rivières pour marcher contre les ennemis ; il était réputé l’un des plus braves soldats de ce lieu, qui passait pour renfermer alors les meilleurs guerriers de la colonie. Depuis quelque temps, il semblait avoir un pressentiment de sa captivité, mais il n’en était pas moins ardent à poursuivre les froquois.”

De pareils hommes ne demandaient qu’à Âtre secondés pour assurer au roi de France la possession incontestée de ces vastes territoires et fo”tifier l'établissement d’une grande colonie dans l'Amérique du Nord. Dévouement et patriotisnie méconnus !

Le 29 au soir, M. de Lauzon et le Père LeMercier étaient de retour à G''ébec.

‘“ La mort de M. Duplessis, dit Charlevoix, priva la colonie d’un bon officier et d’un honnête homme; elle donna ur. nouveau relief aux armes des Iroquois.”

La Mère de l’Incarnation écrit de son côté : ‘ Plusieurs ont été effrayés de l'accident dont je vous ai parlé qui est que M. le gouverneur des Trois-Rivières, très-brave et très-honoré gentilhomme, a été tué par les [roquois. Cette défaite est de conséquence, nonseulement en elle—-même, mais encore dans ses suites, car outre qu'il y a encore plusieurs Français de marque pris et emmenés captifs et que plusieurs femmes sont:demeurées veuves, c’est que jusqu'ici les Froquois ne croyaient pas avoir rien fait, parce qu'ils r’avaient eu aucun avantage sur les personnes d'épée ; mais aujourd'hui qu'ils ont tué le gouverneur des Trois-Rivières, ils s’imaginent être les maîtres de toute la Nouvelle-France, ear ces gens-là ne sont pas de distinction et ils deviennent insolents au dernier point. On ne les craint point dans les habitations, mais dans les lieux écartés et dans les maisons qui sont proches des bois. L'expérience qu'on a, qu'il n’y a rien à gagner à les poursuivre, fait qu'on se tient seulement sur la défensive et c’est le meilleur. Si M. Duplessis en eut usé de la sorte, ce malheur ne lui fut pas arrivé, ni à ses gens,—mais son courage l'a perdu. Les Iroquois craignent extrèmement les canons, ce qui fait qu'ils n’osent approcher des forts. Les üabitants, afin de leur donner la chasse et de la terreur, ont des redoutes en leurs maisons pour se défendre avec de petités pièces.”

Le Père Buteux et M. Duplessis arrivés au Canada l’année 1634 sur le même vaisseau, furent tous deux chargés en différents temps, de la direction des affaires aux Trois-Rivières et y trouvèrent la mort, à trois mois de distance l’un de l’autre, de la main des [roquois.

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Il existe chez les Ursulines de Québec un tableau dans lequel M. D'Ailleboust et M. Duplessis-Bochart, en compagnie d’un chef sauvage, sont représentés sur la route nommée la Grande-Allée, maintenant rue St. Louis.

M. Ferland dit que “ M. Duplessis était un gentilhomme plein d'honneur et de courage ; depuis plus de vingt ans il remplissait au Canada des fonctions importantes, dans l'exercice desquelles il s'était acquis le respect et la confiance de toute la colonie.

Atil vraiment été employé au Canada entre 1635 et 1651? Nous n’en avons trouvé aucun indice.

Le 30 août, un Huron, Tiburce Aotoasi, fut enlevé près de la place. M. d’Ailleboust, descendant de Montréal, passa aux Trois- Rivières presqu’au même moment. Rendu à Québec, il envoya M. de la Potherie comme gouverneur de ce poste, avec la barque l'Espérance qui partit pour cet objet le 8 septembre. ‘“ Le 12 novemhre arrive la barque l'Espérance des Trois-Rivières, qui nous

apporte la nouvelle que le 25 d'octobre une Huronre, nommée

Annendiératons, avait été tuée aux Trois-Rivières, et que le jour suivant, Saint-Denis et Gaillarbois (1) avaient été tués au Cap, et un nommé Le Valon blessé.” Le 16 novembre repartit lEspérance (2) pour les Trois Rivières (3).

Les rapports les plus dignes de foi, donnaient à supposer que, dans le cours de l'hiver, les cantons iroquois rassembleraient leurs forces pour frapper un coup décisif, avant que la France (4) eût pu expédier assez de troupes pour changer la situation. Les lignes suivantes, écrites au milieu des perplexités du moment, peignent l'existence des premiers Canadiens sous plus d’une face : ‘“ On ne voit goutte ; on marche à tâtons; et quoiqu'on consulte des personnes très-éclairées et d’un très-bon conseil, pour l'ordinaire les choses n'arrivent point comme on les avait prévues et consultées. Cependant on roule; et lorsqu'on pense être au fond d’un précipice, on se trouve debout. Cette conduite est universelle, tant dans le gros des affaires publiques que dans chaque famille en particulier. Lorsqu'on entend dire que quelque malheur est arrivé de la part des Iroquois, comme il en est survenu un bien grand (Paffaire

(1) Cité dans quelques actes aux Trois-Rivières durant les deux dernières années.

(2) Cette barque faisait le service du gouvernement entre Montréal st Québec,

(3) Journai des jésuites.

(4) Non seulement le temps manquait, mais ls troubles de la Fronde et la guerre d'Espagne absorbaient toute l’attention 4e la France,

du 19 août aux Trois-Rivières) depuis un mois, chacun s’en veut aller en France; et en même temps, on se marie, on bâtit, le pays se multiplie, les terres se défrichent, et tout le monde pense à s'établir. Les trois quarts des habitants ont, par leur travail à la terre, de quoi vivre. ”

Tant qu'il y aura des Canadiens, ils se reconnaitront dans ces lignes.

A part les notes que l’on à vues plus haut, voici les informations que nous avons pu recueillir touchant le séjour de M. Duplessis et sa famille aux Trois-Rivières.

Noble homme Nicolas Després, marié en 1625, à Madeleine Leblanc, avait eu trois filles qui épousèrent successivement : 1° Etiennette, Duplessis-Bochard,,20 Anne, Sean de Lauzon, 3 Geneviève, Louis Couillard de Lespiné (1653) dont l’un Ces fils prit le surnom de Després.

On voit tous les membres de cette faraille aux Trois-Rivièr:s durant l'hiver 1651-52, y compris Guillaume, frère de madame Dup'essis, et Nicolas Després lui-même qui s'y noya le 22 avril.

Guillaume Duplessis, gouverneur, est mentionné au registre de la paroisse le 10 mars ; Anne, ea fille, le 24 juin.

Le 28 mai 1652, M. Duplessis * donne à toujours, à Pierre Dandonneau, dit Lajeunesse, douze perches de terrain situé dans l'enclos du bourg, borné d’un côté à Sébastien Dodier e: de l’autre à la rue appelée rue Notre-Dame ; d’un côté à Antoine Desrosiers et de l’autre côté à la clôture du bourg.” Ce devait être l’encoignure nord de la place d'armes aujourd'hui.

Mademoiselle Jeanne Mance, de Montréal, ayant 2jnpris que M. Duplessis devait descendre à Québec, se fit accomipagner par le major Closse et arriva aux Trois-Rivières dans les premiers jours de juillet.

Vers la fin du même mois, Closse reçut des dépèches qui le rappelaient en hâte ; il fut de retour à Montréal après le 29, ayant iaissé aux Trois-Rivières Melle Mance et M. Duplessis qui attendaient l’occasion de partir pour Québec, où ils durent se rendre bientôt, c’est-à-dire vers le {er août.

Le 5 août, par devant La Boujonnière, notaire, Mathurin Baillargeon, Claude Houssard et Denis Métayer, associés, vendent un

emplacement dans le bourg des Trois-Rivières, à eux donné par la compagnie de la Nouvelle-France. L'acheteur est ‘ Guillaume Guillemot, Ecuier, sieur Duplessis, (1) capitaine du camp volant,

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gouverneur du fort et habitation des Trois-Rivières, nommé par M. de Lauzon.” Ce terrain mesurait vingt toises carrées ou environ, avec maison dessus construite.

La signature de “ Guillemot” est apposée à l'acte, mais cela ne prouve pas que M. Duplessis-Bochart se soit trouvé aux Trois- Rivières le 5 août ; il a bien pu'signer ce document à son retour de Québec, où il était encore le 12 août puisque v£ jour-là il assistait au mariage de son parent Charles de Lauzon avec Louise Giffard. Il ne tarda pas à retourner à son poste, comme on l’a vu. Le 16 décembre, Ameau constate que le sieur Boujonnière, notaire, est mort inopinément et en conséquence que le contrat du ÿ août, qu'il n’a pas signé, est sans valeur. Jean Parent et François Boivin deviennent acquéreur de la propriété, à la place de M. Duplessis décédé.

Le greffe des notaires aux Trois-Rivières commence le 19 juin {650 par un acte de la Boujonnière. Le deuxième acte est de Nicolas Gatineau, en date du 7 août suivant.

La Boujonnière était en 1650, secrétaire du verneur général, Comme notaire, son nom ne se trouve pas d es listes oflicielles qui ont été dressées depuis quelques à nn greffe a dù être peu considérable. Le 5 juin 1651, il si, u Î ichirini. Le 2€ novembre, même année, autre pièce pai Riviè res. L’inventaire de la succession Hertel, août 10 | icola

Gatineau, dit Duplessis.

Le premier acte signé “ Ameau ” est du 19 mars 1692.

Vers le même temps. on voit La Boujonnière accomplir le vo: des Trois-Rivières à Québec en compagnie de Charles LeMoi de Jacques de la Potherie. Le 7 juillet La Boujonnière dres: un contrat de mariage auquel signe Melle Mance. Quant à son nom, est écrit Boujonnin, La Boujonnier, C. Bouronser, Boronni Bouronier, puis Boujonnière (par Ameau lui-même.)

Le premier acte (1) où Ameau prend le titre de notaire esi 28 août, dix jours après la mort de La Boujonnière. Les 17 septembre et 21 octobre suivants, il se qualifie de ‘ commis au greffe et tabellionnage des Trois-Rivières,” puis le 16 décembre il redevient ‘ notaire ”’, ce qui donne à son greffe propre une durée de cinquante ans juste.

(1) Inventaire des biens de Thomas Godefroy de Normanville:

Quelques notes sur le cap de la Madeleine :

Le 17 septembre, Jean Sauvaget vend à Philippe Foubert “ nne terre et habitation situées au lieu appelé le cap des Trois-Rivières,’ ayant deux arpents au fleuve sur quarante de profondeur. Sauvaget avait acheté la propriété de ‘ Etiennette Després veuve de Guillaume Guillemot, vivant Ecuyer, sieur Duplessis de Kerbodo, agissant tant en son nom que comme mère et tutrice de ses enfants mineurs.”

Le 4 novembre, Nicolas Rivard, dit Lavigne, capitaine de milice du cap de la Madeleine (1), et Pierre Guillet, dit Lajeunesse aussi du Cap, vendent à Gilles Trottier, du même lieu, une terre située en cet endroit, appartenant à la succession de feu Mathurin Guillet (2) et à Catherine Saint-Per, sa veuve, laquelle avait épousé (3) Nicolas Rivard. Témoin : Pierre Boucher ‘ commis du magasin.” Les enfants de Nicolas Rivard ont épousé les Trotier, Dutaut. Thunès, LePelé, Chène, Lafond, Guillet et Marchand. Peu de familles ont autant de parentés dans le Canada.

Le 7 novembre, Urbain Baudry, dit la Marche, “ maitre-taillandier,”” vend à son beau-frère Pierre Boucher, * commis du magasin des Trois-Rivières,” une terre située au cap des Trois-Rivières, probablement la même qu'il avait obtenue en 1649 du Père Buteux. Après cette vente jusqu'à 1657, Baudry paraît avoir vécu à Québec, mais on le retrouve ensuite aux Trois-Rivières où il demeura jusqu’à sa mort.

Le 18 novembre, Jean Chesnai, maitre-charpentier, vend à Etienne Seigneuret ‘ne terre sise au cap des Trois-Rivières. Chesnai avait épousé, en 1651, une parente, sinon la sœur de madame Bertrand Fafart, dit Laframboise. Après 1652, nous voyons qu'ii était établi à Québec où sa lamilie se retrouve. La terre en question passa à Bertrand Fafard-Laf-amboise.

Nous avons cité ce que la Mère de l’Incarnation écrivait : “On ne voit goutte, on marche à tâtons... et cependant on roule... s’il arrive quelque malheur... chacun s'en veut retourner en France, et en même temps, on se marie, on bâtit..."

(1) Les actes du temps portent indifféremment can des Trois-Rivières et cap de la Madeleine.

[2] Tué le 18 août par les Iroquois.

[3] On se remariait vite en ce temps-là.

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Deux traits qui nous frappent cette année dans la chronique trifluvienne sont l’échange de plusieurs terrains et la naissance de nombreux enfants. Disons un mot de ces derniers qui, à cause des circonstances critiques dont a été entouré leur berceau, attirent notre attention.

Le 29 février, baptême de Geneviève, fille d'Etienne Lafond et de Marie Boucher. Parrain et marraine : Pierre Boucher et Geneviève Després. Gette enfant épousa, en 1666, à l’âge de quatorze ans, Jean Trotier, de la côte de Batiscan, qui a fondé l’une des nombrens.. familles de ce nom dans le district des Trois-Rivières.

Le ler mai, baptême de Pierre, fils d’'Elie Grimart et Anne Perrin. Parrain et marraine : Pierre Lefebvre et madame de Francheville. Cet enfant mourut deux ans après.

Le 16 mai, baptême d’Etiennette, fille de Bertrand Fafard et de Marie Sédilot. Parrain et marraine : ‘“ M. Robineau et Mademoiselle Duplessis. ”” Ceite enfant épousa en 1664, à l’âge de douze ans et demi, Pierre Boivin, ancètre des Boivin de Sainte-Anne de la Pérade.

Le 4 juillet, baptême de Joseph, fils de Claude David et de Suzanne de Noyon. Parrain et marraine : M. de Bercour et Marguerite Haiet. Cet enfant épousa Marie Morneau, d’une famille de Batiscan, ou Champlain.

Le 22 juillet, baptème de M2rie-Madeleine, fille de Jean-Baptiste Bourgery et de Marie Gendre (1). Parrain et marraine: Etienne Seigneuret et Marie Gaillarboïis (2). Gette enfant épousa, à l’âge de quinze ans, Jean Beaune, à Québec ; devenue veuve en 1689 elle se remaria avec Charles Jacques, de Lachine, lieu où elle avait vécu avec son premier mari.

Le 3 septembre, baptème de Michel, fils d'Antoine DesRosiers et d'Anne du Hérisson. Parrain et marraine : Michel du Hérisson grand-père) et mademoiselle de Bécancourt. Get enfant épousa Marie Artaut, fille de Pierre Artaut, juge de la Prévôté de Champlain (voir greffe de J. Babie, 1670) et s'établit dans cette seigneurie.

Le 4 septembre, baptème de Jacques, fils de Jean Turcot et de Françoise Copel ou Capelle. C’est le seul enfant du malheureux Turcot, tué à la bataille de la Quatrième r:vière. Il épousa Anne, fille de Antoine Dérosiers et devint juge de la seigneurie de Champlain. L’honorable J.-E. Turcotte était son descendant en ligne directe, croyons-nous.

(1) Blanchisseuse [Greffe d Ameau, 6 nov. 1654, testament du soldat Laroche]. Elle s’est mariée quatre fois.

(2 Probablsment femme de Gaillarbois qui fut tué au Cap dans Fans même année,

Le 15 octobre, baptème de Jacques, fils de Marin Terrier de Repentigny, sieur de Francheville et de Teanne Jaleau. Parrain et marraine : M. de la Potherie et Demaiselle Godefroy. Comme Turcot et plusieurs autres, Francheville avait péri dans le combat de la Quatrième rivière. Sa veuve épousa Maurice Poulain, qui a donné son nom au Saint-Maurice.

Le 14 novembre, est baptisé par Quentin Moral ‘ au village situé de l’autre côté de la rivière des Trois-Rivières, nommé d’après monsieur de la Madeleine ” une fille de Pierre Guillet et de Jeanne de Saint-Per. Le 17, le Père Ménard s’y transporte et supplée aux cérémonies omises. Parrain et marraine : M. de Saint-Quentin et madame Boucher. Cette enfant, la première connue pour avoir été baptisée au Cap, se maria à Mathurin Rouillard, de Batiscan, ancêtre des familles de ce nom dans le district des Trois-Rivières.

Le 19 novembre, baptême de Marie-Renée, fille de Jean Godefroy et de Marie LeNeuf. Parrain et marraine : Jean-Baptiste LeGardeur de Repentigny et demoiselle Marie LeNeuf. (Cette enfant épousa Pierre Le Boulanger, sieur de Saint-Pierre, du cap de la Madeleine.

Le 29 décembre, baptème de Pierre, fils de Guillaume Pepin et Jeanne Méchin. Parrain et marraine : Pierre Boucher et Marguerite Haiet. Ce garçon épousa Louise Lemire, à Québec, en 1681. Il porta le surnom de Laforce qui passa à un fief concédé par lui dans Nicolet.

Il y eut cette année le mariage de Pierre LePelé, dit Lahaie avec Catherine Dodier, veuve de Guillaume Isabel, tué le 19 août. LePelé fut un habitant considéré de Batiscan, où Claude, le seul de ses fils qui se soit marié, a fondé plusieurs familles.

Un mariage d’éclat eut lieu le 16 octobre. C’est celui de René Robineau avec Marie-Anne (1), sœur de M. de la Potherie.

René Robineau, sieur de Bécancour, natif de Paris (où Pierre son père était ou avait été conseiller du roi, trésorier-gérant de la cavalerie légère et l’un des directeurs de la compagnie des Cent- Associés) était ou devint officier au régiment de Turenne (2), chevalier de Saint-Michel, chevalier de l’ordre du roi, associé de la compagnie de la Nouvelle-France, grand-voyer du Canada, et baron de Portneuf.

Nous verrons bientôt aussi aux Trois-Rivières Pierre Robineau, sieur de Bécancour (selon les apparences frère aîné de René Robi-

[11 Sa dot fut de quatre mille livres tournois, et autres avantages. [Greffe d’Ameau, 21 oct. 1652.

[2] Ce régiment était renommé par le choix de bons officiers que Turenne y formait.

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neau) qui avait épousé une autre sœur ou fille du sieur de La Potherie.

Ces deux familles restèrent au Canada.

Les Robineau étaient de Saint-Nicolas des Champs, Paris, paroisse de Jean-Paul Godefroy. Par ces deux mariages, ils se trouvaient alliés aux deux familles LeGardeur et aux parentés secondaires de chacune de ces familles, ce qui composait un groupe très-important dans un pays aussi peu peuplé que l’était le Canada.

Au contrat du 21 octobre, Jean-Paul-Godefroy, présent, est cité comme cousin-germain de René Robineau avec sa femme Marie- Madeleine LeGardeur, qui tous deux sont les témoins du marié. De la part de la mariée, on voit Jacques leNeuf de la Potherie, gouverneur des Trois-Rivières et Marguerite LeGardeur son épouse, lesquels agissent du consentement de Michel LeNeuf, frère aîné de la Potherie ; de demoiselle Catherine de Cordé (mère des LeNeuf), veuve de René LeGardeur; de Marie Fauvry (Favery), veuve de Pierre LeGardeur de Repentigny, frère aîné de madame de la Potherie ; de Charles LeGardeur de Tilly, frère aussi de la même; de Geneviève Juchereau, épouse dudit sieur de Tilly ; de Jean Godefroy, sieur de Lintot; de dame Marie LeNeuf, son épouse, sœur de la Potherie ; de Jean-Baptiste LeGardeur de Repentigny (1), fils de feu de Repentigny ; de Charles d'Ailleboust, sieur de Musseaux, de Montréal ; de demoiselle Catherine LeGardeur, son épouse, aussi fille de Repentigny ; de Louis d’Ailleboust (2) et sa femme Barbe de Boulogne. (Greffe d’'Ameau.)

On ne pouvait, à cette époque, réunir au Canada un groupe de signatures plus relevées. |

Une pièce en date du 24 février 1663, portant décision de la compagnie de la Nouvelle-France äe remettre le pays de ce nom au roi, est signée de quinze noms parmi lesquels sont ceux de * Robineau ” et de ‘“ De Beccancour.” L'acte, portant la même date, qui transfert définitivoment ce pays à l'autorité souveraine, montre que ‘ François Robineau, écuier, sieur de Fortælle, demeurant à Paris,” était l’un des principaux intéressés dans la célèbre compagnie, En 1680, aux Trois-Rivières, nous voyons François Robineau, parrain d’une fille de Nicolas Perrot, habitant de la rivière Saint-François.

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