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Voici le titre de la plus ancienne partie de la seigneurie de la Pointe.-du-Lac.
‘ Nous, Pierre Boucher, escuyer, sieur de Grosbois, gouverneur des Trois Rivières, lieutenant général civil et criminel de mousieur
(1) Le noin do Grosbois apparaît ici pour la première fois.
le grand sénéchal de la Nouvelle-France, en vertu du pouvoir à nous douné par monsieur de Lauzon, chevalier, conseiller du roi, etr.,elsous son plaisir, avons donné et octroyé, donnons et octroyons à Maitre Jean Sauvaget, procureur fiscal desdits lieux, une terr: et concession à la Pointe du lac (D Saint-Pierre, du côté du nord, de la consistance de trois quarts de lieues de front sur deux lieues de profondeur dans les terres ; pour en jouir par ledit Sauvaget et Etieune Soigneurvet, son gendre, (2) leurs successeurs où ayants cause, pletnement et paisiblement, à perpétuité en fef, par un seul hommage imouvant de Québec, à la charge du revenu desdites terres pour chaque mutation de possession avec fous droits. Feront, lesdits Sauvaget et Seigneuret hafiter lesdites terres en leur étendue et y travailler dans quatre ans de ce jour. Souffriront, lesdits Sauvaget et Seigneuret, où autres jouissant desdites terres, que es chemins qui se ponrront établir par les officiers de la compagnie de là Nouvelle-France passent pas leurs dites terres, si ainsi lesdits officiers ie trouvent expédient. Et feront ratifier la
présente concession par Monseigneur Eauzon dans un an de ce jour, à faute de quoi icelle demeurera nulle. Fait en notre hôtel, aux Trois-Rivières, ce joard'hui dernier juillet mil six cent cinquaute-six. (Signé) Boucher.”
Cet acte fut ralifie le 5 août par M. de Lauzon. Le même jour fut passé à Québec un acte qui accorde à Pierre Boucher (âgé de trois ansi fils du gouverneur des Trois-Rivières, la consistance de dix arpents de terre de front et vingt de profondeur, du côte du nord sur le flenve Saint-Laurent, environ trois cents pas aulessus de la Cinquième riviere. C2 petit fief porte le nom de Bouchervilie. Il est entre la seigneurie de la Pointe-du-Lac et le
el Bubadie, su: lequel est placé le Calvaire.
Dans l'acte du 31 juillet, M. Boucher signe “en son hôtel aux TFrois-Riviéres” Nous ne savons où était cette demeure, non plus la maison de ville ” dont il est fait mention en 1653.
La résidence des premiers gouverneurs des Trois Rivicres ne nons est pas Connue d'une manière certaine, sauf le deuxième d'entre eux, M. de Chiteaufort, qui logeait dans le fort. On peut supposer avec raison que ses successeurs immédiats, Desrochers,
(4) C’est lu plus ancienne mention connue de ce terme appliqué au lieu en question.
@) Aune Dapuvs, femme de Sauvaget, était l'aieule de Madoloine Benassis” ferme de Seigneuret.
Malapart et Champflour, demeuraient là également. C'était cependant une habitation peu commode, puisqu'elle renfermait dans un espace très-petit ‘e principal dépôt de la traite et un corps-de-garde. Aussi dès M. de la Potherie, le premier gouverneur qui eut sa femme avec lui, peut-on croire que la coutume s'établit de loger ailleurs. Ty avaii dans le bourg pius d'une maison ocenpée par ia Potherie, Tilly, Le Gardeur, Godefroy et du Hérisson. On ne voii donc pas pourqnoi ces deux gouverneurs se seraient condamnés à vivre à l'étroit dans le bâtiment du Platon. En tous cas, vers 1653, la bourgade renfermait déjà une quarantaine de ménages dont la plupart étaient évidemment mieux logés que le personnel du fort. M. Boucher, qui était marié et qui comptait aussi dans la bourgade plusieurs maisons habitées par ses parents, ne dut pas s'astreindre à demeurer, comme on dit, entre quatre murs,
Il'est vrai qu'une tradition populaire veut qu'il ait vécu dans l'édifice de pierre du Platon qui, de notre temps, a servi de caserne, puis de collége. TI suffit de noter que M. Boucher avait quitté les Trois-Rivières depuis cinquaut».six ans (et qu'il était mort) lorsque, en 1723, cet édifice fut construit.
Uie autre tradition, conservée dans la famille de Niverville, porte que M. Boucher demeura sur l'emplacement du fief Champflour ou Niverville, entre les rues Bonaventure, Des Champs, Saint-Pierre et Saint-Joseph, où se voit une grande maison de pierre entre cour el jardin, C'était ün endroit fort exposé, en dehors de la palissade, et, d'ailleurs, avant 1660, il n’appartenait pas à M. Boucher. De 1661 à 1667, période relativement calme, il est possible qu'il ait bâti une maison sur ce fief; toutefois, nous voyons par le plan de la ville en 1685, que son gendre et successeur habitait une maison siiuée où est aujourd'hui l'extrémité nord du boulevard Turcotte au “oin de la rue Saint-François Xavier.
L'année 1653 s'était écoulée dans la crainte de quelque coup des Iroquois, bien que ceux-ci protestassent de leur amitié pout les Français et de leur résolution de ne point attaquer les Sauvages alliés au-dessous des Trois Rivières, où ils promettaient de ne plus s'avarnicer en arme.
De bonne heure au printemps de 1656 ils tuèrent des Hurons, quelque part plus bas que cette place, et, fidèles à leur tactique de tromperie, euvoyèrent immédiatement trois chefs protester du respect qu'ils entretenaient à l'égard des Français. Il y avait trois cents Agniers aux environs des Trois-Rivières dans le dessein évi-
dent d'aller attaquer les Hurons près de l’île d'Orléans. On était dans la dernière quinzaine d'avril ; un canot fut expédié à Québec.
Le 20 mai, arrivèrent aux Trois-Rivières, venant de Québec, plusieurs Français, y compris les Pères Ménard, d'Albon, Fremin, les frères Ambroise Broat et Joseph Boursier, avec le Père LeMercier, supérieur des jésuites. Ils accompagnaient des Sauvages de quatre nations qui allaient attaquer les Iroquois dans leur pays. Le 29 cette expédition partit des Trois-Rivières ; le 31 elle était à Montréal.
Dans la nuit du 16 au 17 août, un gros parti iroquois se tint caché devant les Troïs-Rivieres. C'était la bande qui allait à l’îte d'Orléans, enlever les malhewreux Huronms.
Un canot envoyé à Québec ne prit qu'une journée pour faire le voyage, ül puuait #itia être vu des Troquois. Le Père Simon Le Moyne partit aussitôt pour remonter le fleuve, et eut une conférence avec les ennemis dès qu'il les rencontra, et leur fit promettre de te point attaquer les Hurons. Ces Iroquois avaient, comme tous l'avons dit, passé une nuit cachés iout près des Trois Rivières en descendant: personne ne les avaient aperçus sur le fleuve, mais on connaissait assez bien leurs mouvements en £e lieu pour se garder des attaques qu'ils pouvaient y tenter.
Ce que l’on redoutait arriva. Les Hurons, surpris et massacrés sur l’île d'Orléans, laissèrent une partie de leurs gens aux mains des Iroquois, qui défilèrent en plein jour en vue de Québec et des Trois-Rivières. Devant cette dernière place, ils obligèrent leurs malheureux prisonniers à chanter et à danser, selon la coutume des Sauvages en pareille circonstance, et se rendirent ensuite à une demi-lieue plus haut où ils campèrent, cherchant à vendre aux Trifluviens ie produit de leurs rapines.
L'un des missionnaires qui étaient aux Trois-Rivières se rendil parmi eux trois fois, pour consoler les Hurons captifs et essayer d'attendrir le cœur de leurs bourreaux.
Nicolas Perrot accuse les Français de n'avoir pas secouru leurs alliés. M. Ferland dit que M. de Lauzon, plus prudent qu'éner-
gique, 8 y opposa dans la crainte de faire rejaillir la vengeance de ces barbares sur les familles françaises. La Mere d arnation dit qu'il n’y avait point de forces à Québec.
M. Faillon pense que lesprit belliqueux qui animait les color de Ville-Marie et des Freis-Rivières faisait defaut à Québec, où les Iroquois ne portaienc point ord ment le ittaques. Quoi qu'il en soit de ssertionus, il e tain que la colon tait daus un état prec AYAI pet de ssonirces contre nn ennermi)
tesminé de il fallait feindre rnorer les i tions et qui
vigeait e ir icaleget
Sur la fin d'août 16:56, on vit arriver aux Trois-Rivières une flottille de deux cent cinquante Outaouais, qui ramenaient les deux Français partis en 1654; cinquante canots chargés de pelleteries qui la compnosaicüc descendirent à Québec. Les deux Français avaient prèché l'Evangile parmi les nations de l'Ouest, tout en donnant naissance à un mouvement de trafic considérable. Le Père Le Mercier écrit en 1653 : “ On nous a dit que dans des îles du lac des Gens-de-Mer que quelques-uns appellent mal à propos les Puants, il y a quantité de peuples dont la langue a grand rapport avec l'algonquine ; qu'il n’y a que neuf jours de chemin depuis ce grand lac jusqu'à la mer qui sépare l'Amérique de la Chine, et que s’il se trouvait une personne qui voulû: envoyer trente Français en ce payslà, non-seulement on gagnerait beaucoup d’âmes à Dieu, mais on retirerait encore un profit qui surpasserait les dépenses qu'on ferait pour l'entretien des Français qu'on y enverrait, pour ce que les fneilleures pelleteries viennent plus abondamment de ces quartiers-là. Le ter nous découvrira ce que nous ne savons elitüre que par le rapport de quelques Sauvages qui nous assurent avoir vu de leurs yeux ce qu'ils expriment de leur bouche.”
La Mère de l’Incarnation écrit en 1654: ‘“ Des Sauvages fort éloignés disent qu'il y a au-dessus de leur pays une rivière fort précieuse (1) qui aboutit à une grande mer que l’on tient être celle la Chine.”
Les Français, entendant raconter par les Sauvages de l'Ouest qu'il existait dans cette direction un grand lac dont les eaux élaient puantes (en raison du sel qu'elles renferment) crurent facilement qu lait la mor Pacifique ; aussi donnèrent:ils aux peuples qu'on leur signalait dans tes contrées mais qu'ils n'avaient jamais vus, le nom de Gens de Mer qu'on trouve sor vent répété dans les récits du tom]
Eu 1024, lo Père Pallon, parlant de la baie des Puants du lac
higan, connue sous le nom de baie Verte, dit qu’elle “ porte ce nom de Puant qui est le même que les Sauvages donnent à ceux qui habitent proche de la mer.
En 1656, le Père Dequen écrit: “On nous a mentionné quantité de nations aux environs de la mer du Nord, que quelques-uns ont ippelé les Puants, à cause qu'ils ont autrefois habité sur les rives
(1) C’est évidemment le Mississipi
Se
de la mer, qu'ils nomment Ouinipeg, c’est-à-dire eau puante. Un Français (1) m'a dit autrefois qu'il avait vu trois mille hommes dans une assemblée qui se fit pour traiter de la paix au pays des Gens-de-Mer.”
Les citations qui précèdent montrent que dès 1653 les Français connaissaient que le continent se prolongeait à l’ouest neuf journées de chemin au delà du lac des Gens-de-Mer. Peut-être Nicolet avait-il approché des nations de langue algonquine qui, au dire de la Relation de 1653, habitaient les bords de ce lac; on est mieux renseigné sur sés voyages dans les terres qui sont au delà du lac Michigan et qu’il crut être voisines de la mer.
Sur les rapports de leurs deux compatriotes, trente Français s’embarquèrent à Québec, à la fin de l'été 1656, avec les Outaouaks pour aller commercer dans l'Ouest, mais ils reçurent avis que les Iroquois gardaient le fleuve, et en effet avant de toucher aux Trois-Rivières, ils eurent connaissance d’une embuscade, qu'ils évitèrent. Aux Trois-Rivières les Français changèrent de résolution, sauf trois qui £ontinuèrent leur route avec les PP. Garreau et Druillètes et le frère Louis Le Boëme. Les Iroquois qui gueitaient la flottille réussirent à la dépasser et lui dressèrent une embuscade dans laquelle elle tomba ; le P. Garreau mourut d'un coup de feu, les Outaouais se dispersèrent et tous les Français durent renoncer au voyage de l'Ouest. Voyant les Outaouais se rapprocher de la colonie française, les Iroquois n'hésitaient pas à les envelopper dans le plan de destruction qu'ils avaient conçu et qu'ils exécutaient si aisément, grâce à l’inaction du gouvernement français.
Quelques lignes empruntées au Journal des jésuites, pour termiuer l’année 1656 :
“ Le 25 octobre, arrive des Trois-Rivières un canot à Québec dépèché par M. Boucher qui nous appr nd que quarante Agniers, en sept canots, sont arrivés aux Trois-tivieres le 20 octobre, avec des colliers (des présents) à dessein d'amener avec eux les Hurons de Québec... Le ? novembre, arriva à Québec, des Trois-Rivières, le Père Ragueneau avec quatre Agniers.”
Le supérieur des jésuites écrit le 21 novembre : Je reçus (à Québec) des lettres des Trois-Rivières par lesquelles j’appris que le Père Ragueneau avait fait et reçu des promesses de paix générale de la part des Algonquins et des Iroquois.”
Le 20 avril 1657, huit Francais des Trois-Rivières, avec vingt
(1) C'était sans doute Jean Nicolet.
mn Q
canots de Sauvages Algonquins partent pour la traite des Attikamègues. ‘Ils entrèrent dans les terres par la rivière Batiscan, qui est six lieues au dessous des Trois-Rivières. Ils passèrent dars cette rivière vingt-huit saults en quatorze jours. Ils arrivèrent au terme de leur voyage le 28 mai, après avoir passé soixante-et-quatorze saults ou portages. Ils retournèrent aux Trois-Rivières le 15 juillet chargés de castors. Le voyage est rude, long et hazardeux ; néanmoins, il fut heureux. Il n’y eut qu’un seul Français qui y périt en tombant dans un rapide en glissant, où il se noya. Ils y virent des Pocissons-Blan:s qui demandent à prier Dieu, des Agouing8isek, et des Kiristinons, qui sont proche de la mer du nord.” (Journal des jésuites 15 juillet 1657.)
Vers le 25 avril, on apprit que les Agniers rôdaient sur le fleuve en plusieurs bandes et qu'ils avaient blessé une Huronne dans le lac Saint-Pierre. Tout le printemps se passa en alarmes. Au milieu de mai, des [roquois entrèrent aux Trois-Rivières sous prétexte de parlementer, mais en réalité pour détourner les Hurons de prendre vart à une ambassade qui se préparait pour les cantons Iroquois. Ces importuns causèrent beaucoup d’embarras, d'autant plus qu'il y avait toujours à redouter quelque mauvais coup de leur part. Guillaume Couture, qui se trouva en ces circonstances aux Trois- Rivières, fut de retour à Québec le 22 mai. Trois ou quatre jours après, arrivèrent aux Trois-Rivières vingt-quatre Agniers, appartenant à une troupe d’une centaine de maraudeurs qu'il fallut souffrir parce qu'ils ne parlaient que de paix, tout en cherchant l’occasion de piller et d'assommer les Algonquins, surtout les Hurons.
Le 13 juin, au greffe d’Ameau, se trouve le contrat du mariage proposé entre Louis Pinard, chirurgien, natif de La Rochelle, fils de feu Jean Pinard et de feue Marguerite Gaigneur, et Marie- Madeleine Hertel, native du bourg des Trois-Rivières, fille du défunt Jacques Hertel, sieur de la Fresnière, et de Marie Marguerie. Le gouverneur Boucher, François Hertel, frère de la mariée, Jacques Hertel, neveu de feu Jacques Hertel, et Quentin Moral, marié à la veuve de Jacques Hertel, assistent à la passation du contrat.
Pinard était dans le pays depuis an moins 1650 (voir le Journal des jésuites.)
Maie-Madeleine Hertel n'avait que onze ans neuf mois et douze
jours. Le mariage n'eut lieu que lorsqu'elle eut atteint treize ans, un mois et vingt-sept jours, le 29 octobre 1658. C'est la première fille née aux Trois-Rivières, qui se soit mariée.
Dans la pièce ci-dessus (1657), Quentin Moral est qualifié de “ lieutenant du roi aux Trois-Rivières” ce qui signifie qu'il était le juge local. Nous savons que M. Boucher était lieutenant général, ce qui revient à dire juge en chef dans l'étendue du district des Trois-Rivières.
Les Iroquois avaient établi des cabanages dans le lac Saint-Pierre et dans les îles de l'embouchure du Saint-Maurice pour surprendre les Algonquins. Ils avaient pillé les maisons de deux Français à l’Arbre-à-la-Croix (fief Hertel).
Les Hurons, partis de Québec avec le Père Ragueneau, avaient été massacrés le 3 août par les Iroquois, et leurs femmes amenées en captivité, sans compter celles qui furent brûlées à petit feu avec leurs jeunes enfants. Le 25 octobre trois Français furent tués à Montréal. M. d’Ailleboust, qui avait alors en main le pouvoir de gouverneur général, ordonna de capturer le plus que l’on pourrait de maraudeurs iroquois et de les conduire à Québec. Il en fut pris douze par les gens des Trois-Rivières, vers la fin d'août.
Comme on craignait que les cantons iroquois ne songeassent à tirer vengeance de ces emprisonnements, on libéra deux des captifs au commencement de novembre, pour porter des lettres au Père LeMoine qui était au pays de ces barbares, l’avertissant de la nécessité de faire savoir aux chefs de la nation que les autres répondaient de sa vie, de celle du Père Ragueneau et des Français qui étaient avec eux.
Au commencement de novembre des Aguniers se montrèrent aux alentours des Trois-Rivières. On en fit entrer cinq “ par finesse ” dans la bourgade où on les prit, non sans quelque résistance. M. Le Barbier qui se trouvait présent et qui voulait se saisir de l’un d'eux, dut tirer l’épée pour s’en rendre maitre. Tous les cinq furent conduits à Québec par Christophe Crevier.
Le 13 novembre, trois Agniers partirent des Trois-Rivières pour porter des paroles de consolation dans leur pays. Quelques Français les accompagnèrent jusqu'aux rapides de la rivière Richelieu.
Le même jour arrivèrent aux Trois-Rivitres soixante canots, des terres du nord, et trente des Algonquins ordinaires. Une trentaine d’autres étaient attendus avant la saison des glaces.
+ — 177 — | | 8, L re | CIIT AA (at le Le 17 novembre, une chaloupe remplie de Sauvages arriva à | 4 | it Québec portant la nouvelle que plus de soixante canots chargés de Liptet il, pelleteries avaient abordé aux Trois-Rivières; qu'ils étaient en [ii es partie de lo nation des Poissons-Blancs et d’autres peuples plus au f or nord, dont quelques-uns n'avaient jamais vu d’'Européens ; tous i gens bien faits et de belle taille, mais d'une nature timide et peu 4! entreprenante ; ils avaient été attaqués par les Iroquois deux ou A trois années auparavant dans leurs bourgades, à la hauteur des re terres et avaient cru prudent de se réfugier chez les autres nations ‘r] re plus éloignées. Pour aller à la mer du Nord par les Trois-Ri\ ières, he Si - dit la Relation de 1658, on remonte cette rivière environ cent cin- Ra quante lieues, jusqu'au lac Ouapichionanon; de là, on va trouver LA nt la baie des peuples nommés les Kilistinons, qui sont sur la mer du : d! es Nord. Du lac Ouapichiouanon on descend aux Trois-Rivières en [he U sept journées. Il est parlé aussi de communications par eau entre di sg le Saint-Maurice et l'Ottawa (1). à ir '- CIV Ë n : se “ Le 9 décembre, dit le Journal des jésuites, on dressa un cabaret : à aux Trois-Rivières où l’on vendait du vin aux Sauvages. Deux pots À p- pour castor d'hiver; un pot pour castor d'été. Ce cabaret fut établi à par M. de la Potherie, du consentement de quelques habitants. Et à comme les désordres ne cessaient pas par ce moyen, on se plaignit È ù de ce cabaret—si bien que M. de la Potherie fut obligé d'envoyer é à Québec pour savoir la volonté de M. le gouverneur touchant ledit cabaret. La conclusion fut qu'il ne fallait point continuer. On e. ne laissa pas, toutefois, de continuer.” 1 En consultant les cahiers de la justice des Trois-Rivières pour la L. deuxième moitié du XVIL siècle, on voit avec quelle adresse et avec : quelle persistance les traiteurs agissaient pour vendre de la boisson * aux Sauvages, principalement à ceux du cap de la Madeleine, k CV ï De 1641 à 1665, nous pourrions commencer le récit des événe- : Le ments de chaque année en disant : “ A l'apparition des hautes nei- M ges, on sigüala les Iroquois,” ce qui, tout en devenant monotone
comme littérature, ne laisserait pas d'être l'expression de la simp'e
, -(1) Relations, 1658, p. 12.20-21; 1660, p. 22. Journal des jésuites, p. 225-6,
vérité. Telle était la situation de nos pères, ne l’oublions pas ; ne devenons pas assez indifférents envers l’histoire de notre pays pour passer à la légère sur cette époque à jamais mémorable. Efforçonsnous d'en comprendre l'esprit. Ce fut un temps de lutte. Le combat, c’est notre élément. Alors, comme aujourd'hui, nous étions en face de difficultés que l’on croyait insurmoniables. Néanmoins, nous luttions. L'avenir, sur le sol canadien, parlait au cœur des colons ; de nos jours il parle à l'esprit et au cœur de leurs enfants. A ceux d'entre nous qui seraient tentés de faiblir, montrons que, en plus d’une occasion, nos pères se sont vus exposés à des périls plus grands que les nôtres et qu'ils n’ont pas cessé d’être Canadiens.
En février 1658, plusieurs bandes iroquoises se mirent en campague, sais sans résultat, parce qu’elles avaient été devancées par des lettres du Père Le Moyne. Comme on était averti, le reste de l'hiver se passa sans surprise.
Le 16 avril, les glaces du fleuve se mirent en mouvement. Dès le lendemain arriva aux Trois-Rivières le Père Ragueneau, qui avait hiverné chez les Iroquois, et dont le sort paraissait très aventuré jusqu’à ce moment. Les Iroquois avaient placé des embuscades dans tous les lieux favorables à leurs desseins. Le Père Ragueneau passa aux Trois-Rivières la fête de Pâques (21 avril) et, le 23, il arriva à Québec,
Le Père Simon Le Moyne, revenant du pays des Agniers avec trois guerriers de cette nation, se présenta aux Trois-Rivières vers le milieu de mai; le 21, il était rendu à Québec avec ses compagnons pour assister à une conférence, en vue de la paix.
Le 13 juin, trois Français: Adrien Joliette, Fouquet et Christophle, étant sortis de la bourgade pour se rendre au travail, sur les cinq heures du matin, furent surpris presque sous les yeux des gens du fort, près de la Première rivière, par six [roquois qui s’'emparèrent d'eux. Rendus à l'ile de Montréal, comme un Iroquois avait été tué, on s'en vengea sur Fouquet qui fut brulé vif. Joliette et Christophle, amenés dans les cantons, durent subir bien des avanies et des mauvais traitements, mais ils ne passèrent pas (du moins jusqu’à la mort) par le supplice du feu, comme le dit la Relation : ce récit fut envoyé de Québec en France avant le retour des deux prisonniers. (1)
Deux Iroquois étant arrivés aux Trois-Rivières pour proposer la paix, M. de la Potherie—qui paraît avoir eu de bonne heure cet été le commandement de la place—en envoya prévenir M. d’'Argenson, 1: nouveau gouverneur général, débarqué à Québec depuis le 11
d) Comparez la Relation de 1658 p. 4, 8, 17 avec le Journal des jésuites p. 286, 241.
tre
juiilet. Celui-ci équipa immédiatement trois chaloupes et des
canots montés par cent soixante Français et cent Sauvages, et monta (13 août) aux Trois-Rivières, où il s’aperçut que, suivant leur coutume, les Iroquois s'étaient moqués des Français en proposant la paix. Il confirma M. de la Potherie dans son commandement, poursuivit sa Course jusqu'aux iles du lac Saint-Pierre, fit quelque séjour sur l'emplacement de l’ancien fort Richelieu (Sorel), puis retourna à Québec, avec sa troupe, vers la fin d'août,
Le 14 août, pendant que M. d'Argenson était aux Trois-Rivières, vingt Iroquois, conduits par la Grande-Cuillère, se tenaient cachés au sud du fleuve, visà-vis du fort. La nuit venue, ils se dirigèrent du côté de Québec, où ils commirent quelques dégats, et retournèrent aux Trois-Rivières, marchant toujours à la sourdine. Arrivés près du fort, voyant que M. d'Argenson était reparti pour Québec, ils tentèrent de s'emparer d’un Français, mais sans y parvenir. Enfin, ils eurent recours à leur ruse ordinaire: dix d’entre eux se cachèrent dans les bois; Les dix autres demandèrent à entrer dans la place, sous prétexte de parlementer. M. de la Potherie, par un coup de vigueur qui montrait qu'il n'étas pas dupe de leurs paroles, les retint prisonniers, puis, les divisant, il en garda trois et envoya les sept autres à Québec. ‘Le : septembre, une chaloupe amena à Québec sept Agniers pris par finesse aux Trois-Rivières,” dit le Journal des jésuites.
Voici comment M. d’Argenson raconte ces événements dans une lettre adressée au ministre, le » septembre 1658, après avoir parlé d'une escarmouche qui avait eu lieu à Montréal: ‘Le second avantage est aux Trois-Rivières d'une autre nation appelée Onoyotcheronon. On avait permis à quelques Français d’aller en chasse, avec ordre de découvrir, ce qu'ils firent, et aperçurent la piste de plusieurs Sauvages, et ensuite les Sauvages mêmes. On leur cria ce qu'ils venaient faire. Ils dirent qu'ils venaient en guerre. On les invita à quitter cet esprit et de s’en venir aux Trois-Rivieres. Ils ne voulaient jamais, à moins que d’otages, ce qui s’exécuta. Mais comme c'était ceux qui avaient tué, au printemps, trois des nôtres à Montréal et trois autres (1j aux Trois-Rivières, M. de la Potherie, que j'y établis pour commander en ce poste, donna ordre qu'en ramenant les otages on s’en saisit. Eux, de leur côté, avaient, selon les apparences, le même dessein. Ainsi, cormme ils étaient préparés, on en voulut saisir—ce qui réussit—-mais on essuya beaucoup de feu. Un seul des nôtres fut blessé et trois des leurs tués et cinq prisonniers dont deux blessés. On en a envoyé un pour
() Joliette, Fouquet et Christophle.