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qui jetta l’alarme partout et força les familles indiennes à se réfugier parmi les gens de la bourgaäe.
Bientôt cette situation se compliqua par l’enlèvement de deux Français qui jouissaient de beaucoup de considération aux Trois- Rivières et dans tout le pays.
Thomas Godefroy, surnommé Normanville, venu jeune dans la colonie, homme de courage et de dévouement que l’on rencontrait partout où il y avait un service à rendre, était frère de Jean Godefroy que l’on peut regarder comme le colon qui a le plus contribué à attirer aux Trois-Rivières le premier groupe de familles tirées de la Normandie.
François Marguerie, l’un des plus beaux types canadiens de cette époque, versé comme Normanville daas les langues sauvages, et l'esprit plein de ressources, était interprète des Trois Rivières.
Avec l'aventure de ces deux homme;, s'ouvre la série des luttes qui durèrent vingt-cinq ans et qui font le sujet de la présente chronique.
Ils avaient auitté le fort vers le 20 février 1641 pour aller à la chasse dans an endroit où ils ne comptaient pas rencontrer d’Troquois; mais ceux-ci, qui, avec une patience sans borne, se tenaient embusqués aux abords de la place depuis des semaines, les suivirent à la piste de leurs raquettes et les surprirent la nuit. Tous deux étaient d’une bravoure reconnue. Ils songèrent à se défendre, et ils tenaient déjà chacun un ennemi, l'épée et l’arquebuse sur la gorge, lorsque, se voyant entourés par tout un parti de guerre, ils changèrent subitement de tactique et se rendirent à discrétion. Leur expérience consommée leur sauva la vie par ce seul mouvement. Assaillis par deux ou crois individus, i!s auraient pu les traiter en meurtrierset ne leur accorder ani n’attendre d’eux aucun quartier, meis tombés aux mains d’une troupe, ils savaient que leurs personues prenaient la valeur d’une rançon, ce qui valait mieux. D'ailleurs les Iroquois les connaissaient tous deux, et leur prise venait à point leur fournir une ressou ce dont ils comptaient se servir pour traiter avec les Français et amener ceux-ci à ne plus protéger les Algonquins. Trop faibles pour écraser les Français et les Algonquins réunis, les rusés Troquois voulaient les détacher les uns des autres, afin de les détruire ensuite à tour de rôle. Ils se gardèrent donc de maltraiter les deux prisonniers et les condui
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sirent dans leur pays, où ils parvinrent après dix-huit jours de marche. Le reste de l’hiver fut tranquille aux Trois-Rivières.
Le 5 juin, sur le point du jour, on signala vingt canots iroquois un peu plus bas que le fort. En même temps, il en parut d’autres au milieu du fleuve. Tous étaient remplis de guerrieïs. La place était bloquée du côté de l’eau. Du fort, situé sur le tertre appelé le Platon, il était facile d’embrasser d’un coup d'œil les mouvements des Iroquois. L’alarme fut sonnée et tout le village fut sur pied en un instant. Un canot algonquin qui, sur ces entrefaites, sortit du Saint-Maurice, tomba aux mains des Iroquois à la vue des habitants qui ne pouvaient lui porter secours.
Le village, placé tout près du fort sur un plateau presqu'aussi élevé que le Platon, ne paraît pas avoir été palissadé à cette époque. Du côté du fleuve il avait pour rempart le flanc même de l'éminence, mais sur deux faces, —nord et nord-ouest, —la forèt et quelques champs cultivés n’offraient aucun moyen de résistance. Près du fort il y avait quelques pièces de canon qui pouvaient être utiisées sur tous les points du Platon, mais le Platon lui-même n'avait pour le protéger que son élévation, sans aucune muraille. Une fois parvenu au sommet, l'ennemi se serait trouvé en face dun fort, qui était entouré d’un fossé sec que l’on traversait sur un pont-lévi.
Comme on était sous le coup de la première surprise, r:n canot monté par un seul homme, portant un ‘petit guidon en signe de paix, se détacha de la flottile et tira vers le fort. Le costume de cet envoyé le fit prendre pour un Sauvage mais sitôt qu’il fut à portée de la voix on vit que c'était François Marguerie. M. de Champflour, gouverneur, descendit le recevoir à la grève qui forme l'extrémité actuelle de la rue dite du Platon, et comme on avait cru Marguerie ou mort ou perdu à jamais pour ses compatriotes, ceux-ci l’entourèrent de marques d'amitié et de sympathies très-vives.
Normanvil'e et lui, disait-il, n'avaient pas trop à se plaindre des Iroquois, car ils ne les avaient ni brûlés, ni torturés, ni battus, selon la coutume,—mais malgré cela leur vie avait été bien misérable, même pour des hommes de leur treinpe, endurcis aux fatigues et aux privations. Ayant été depouillés d’une partie de leurs vêtements, ils avaient souffert du froid. Marguerie, qui écrivait français, anglais, latin et sauvage, traça sur une peau de castor, au moyen d’un petit bâton trempé dans de la suie délayée, un exposé de leur situation, priant les Européens qui liraient ces lignes de leur envoyer les objets dont ils avaient le plus pressant besoin. Ce singulier document fut porté à Albany par un Iroquois qui s’y rendait en traite, et les captifs eurent la consolation de recevoir,