‹ ChroniquesChapitre 16 sur 33 · DE ANR DEAR A EM ET · texte numérisé non relu

DE ANR DEAR A EM ET

Rien n'égale l'arrozance de l’esclave devenu subitement

‘homme. Comme il ne connaît que l'éducation de la servi-

tude, il n’a aucune conception de l'égalité et ne peut voir partout que des maîtres et des serviteurs. Devenu libre, il

croit que c’est à son tour d’être maître, et, s’il le pouvait, au

lieu de faire votre lit, il vous donnerait la bastonnade. Chose à remarquer, le nègre reconnaît de suite le blanc du Sud et il a pour lui un respect instinctif ; quant au blanc de l'Ouest,

‘il lui tape sur le ventre et lui demande d'allumer son cigare

au sien. C’est pourtant l’homme de l'Ouest surtout qui l’a affranchi ; mais dans ce rude et grossier personnage, le nègre voit bien plutôt un égal et oublie vite que c’est un libérateur.

Dans les trains de l'Est, le conducteur lui-même apprécie sa situation relative et comprend tous les égards qu'il doit aux passagers : dans l'Ouest, le conducior est le premier gentleman du train ; c’est le mieux mis, le plus élégant, le plus propre, et, en vérité, le plus policé. Il a l’habitude de

ces longs voyages où le passager finit presqu'invariablement par une démoralisation complète et néglige les soins de sa personne; il sait micux se tenir en ordre et éviter les souil. lures de l'atmosphère, de la chaleur et de la locomotive. Pour lui les banquettes bourrelées n’ont pour ainsi dire pas de poussière, et le tuyau de l'engin pas de fumée ; il se tient à l’abri dans son petit compartiment privilégié et n’en sort que lorsque c’est absolument nécessaire. Il ne fait jamais plus de trente-six heures de suite dans les cars, et cela deux -ou trois fois seulement par semaine ; il a pu ainsi facilement

s’hab il en ses de huit ( être | ioutil il va ( etla] se dis les ba:

nent t peigne bouille vite ] expédi

Les misères gantées aux inc plus lon aliment nier de se font « gent de font ren rafon d l'ennui d

s’habituer à la vie de chemin de fer, sans trop de fatigue ; il en connaît toutes les ressources et se protége contre tous |

ses désagréments, tandis que le voyageur, qui fait d’un trait FT Al huit cents à mille lieues, finit après deux ou trois jours par fi | HA être las de toutes les précautions en les voyant à peu près fl QU

nent inutiles, En outre ila un besoin invincible de mouvement, |

AE il va d’un car à l’autre, se tient sur la plateforme où la suie

Poor et la poussière l’inondent sans qu'il en tienne compte ; pour |

bre, il se distraire, il fume à outrance dans des compartiments où Hill

ss les banquettes gémissent sous le poids des bottes et en retien- LR

Éiie nent toute la malpropreté ; il a beau se laver, se brosser, se |

Sd peigner vingt fois par jour, rien n’y fait ; plus il se débar- | | sp: bouille, plus il en a besoin, car la peau nettoyée prend plus

ve vite la poussière ; enfin, de lassitude, il laisse là tous les

qui l'a expédients et s’abandonne à l’horreur de son sort.

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premier |

want, le Les dames évitent mieux que les ‘hommes toutes ccs

ude de misères d’un long voyage. Tranquillement assises, voilécs,

lement gantées, résignées et patientes, elles échappent en partie

s de sa aux inconvénients qui désolent l’homme, et peuvent les subir hi

s souil. plus longtemps. Elle ne descendent pas à chaque station 1 motive. alimentaire, tant s’en faut ; c’est plutôt pour elles que le pa- An |

Lire pas nier de provisions est resté un compagnon de voyage ; elles OUEN ge tient se font dresser une petite table devant leur banquette, man- ROUE FE en sort gent de compagnie deux ou trois ensemble, lentement, et 4 jamais font remplir de temps à autre leur bidon de lait ou leur ca- UE

la deux rafon de vin. Elles se prémunissent tant soit peu contre RU ilement l'ennui en ayant soin de ne pas voyager seules sur ce long ji

pagnon ; en outro, tous les égards-et toutes les commodités sont pour elles, ce qui offre une compensation appréciable

trajet ; elles ont toujours quelque compagne sinon un com°

Il y a toutes les sortes de monde possible sur ce chemin du Pacifique, qui est la seule route d’un littoral à l’autre du continent américain; mais, hommes et femmes, quel que soit l'habit qu'ils portent, quel que soit leur luxe ou leur richesse ont presque universellement un aspect vulgaire et des façons qui sentent la boutique. Parmi les femmes, quelques-unes affectent de la hauteur ct de la transcendance, surtout lorsqu'elles sont chargées de bijoux et qu'elles ont pris l’un des deux compartiments réservés qui sont à chaque extrémité du Pullman car ; les maris ou les fils de ces dames cependant, restent assez unis et n’ont pas l’air convaincus d’une supério’ rité quelconque ; c’est toujours cela.

On ne s'amuse pas beaucoup avec des voyageurs de ce calibre, et leur conversation, quand il leur arrive de se desserrer la bouche, marque de piquant. L'artiste et IC poète se trouvent au milieu d'eux dans une solitude plus profonde que celle du cachot, ct cette solitude s'accroît en. core de l’irritation qu'on éprouve à voir autour de soi tant d'êtres avec qui l’on ne peut entamer le moindre sujet sympathique ou instructif. J'avais entendu dire en partant de Montréal et ensuite de Détroit :

4 Quel délicieux voyage vous allez faire! il y a toujours nombre de Français qui vont de New-York à San Francisco; vous aurez des distractions à l'infini ; le trajet est long et

vous vie € vulo:

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pénible peut-être en chemin de fer, mais vous y trouverez tout le comfort possible ; les dames vous feront oublier la fatigue de la route, et puis vous ferez aisément des connaissances ; vous ferez même des amis qui seront peut-être les meilleurs et les plus vrais de tous ceux que vousaurez eus.” Hélas ! les amis ne se font plus lorsqu'on 4 perdu foi dans toutes les affections et que les nouvelles offrent tant de périls qu’on les redoute plutôt qu'on ne les recherche ; on ne se sent pas d’attrait à lier connaissance avec des gens qui n’ont ui votre éducation, ni vos habitudes, pour qui tout ce que vous 2imez est étranger ou puéril, dont l’objet unique de la vie est la recherche de la fortune ct qui consacrent à ce soin vulgaire toute l’activité de leur esprit ; on se tient loin d’eux avec un pudique dédain plutôt qu'on ne s’en approche, tant la pensée intime a quelque chose de sacré qu’on n’aime pas à ternir par de futiles liaisons.

Je n’ai pas vu un seul Français pendant les six jours que j'ai passés en chemin de fer, depuis Chicago jusqu'à la Californie. Peut-être était-ce un voyage exceptionnel ; à cela je reconnaîtrais un des traits de la fatalité qui me poursuit jusque dans les moindres circonstances.

Je n'ai pas trouvé, non, ni parmi les hommes ni parmi les femmes qui m'ont accompagné pendant toute une semaine, une seule personne dont la conversation m'offrît un intérêt de cinq minutes, J'ai en vain cherché parmi ces dernières une figure assez attrayante pour faire oublier quel.

ques instants la disposition malheureuse de mon esprit,mais .

il y avait sur ma pensée je ne sais quel voile qui me dérobait la vu: de tout ce qui aurait pu la distraire ou la charmer,

ar ER tnt me eee ee ee

Une fois seulement, —c’est après avoir quitté Omaha—je crus trouver une femme qui me ferait passer quelques heures sur les longues journées du voyage. Elle occupait la même section que moi dans le Pullman car ; elle avait un air plus. distingué que les autres et, comme elle était seule en appa. rence, je m’approchai d'elle. Son accueil fut encourageant ; alors je crus devoir me faire connaître : ce fut Jà mon malheur. Je lui déclinai mes noms et qualités, je lui fis voir, pour dissiper toute crainte d’imposture, quelques lettres de recommandation ct les entrefilets des journaux au sujet de mon départ du Canada. Juste ciel ! persécution obstinée du sort ! cette femme était un bas-bleu. Le bas-bleu, lec- . teur, c’est le hanneton, c’est le vésicatoire, c’est la moucheà-miel de l’homme de lettres. Dès qu’elle vit que j'étais un écrivain, je fus perdu. La bas-bleu de l'Est, c’est déjà exaspérant, mais que dire du bas-bleu de l'Ouest! Le vernis de lecture et de savantisme jeté sur cette couche raboteuse t Que faire ? j'étais pincé : la résignation dans un cas pareil est sublime. Le bas-bleu est la seule femme qui ne se sauve pas de l’homme ; je jetai un regard désespéré de côté et d'autre ; je crus voir une assez jolie figure, mais celle-là évidemment se serait moquée de moi ; cependant j'aime mieux la femme qui me rit au nez que celle qui me fait suer à grosses gouttes dans l’impuissance de m’en défaire. Mais il était trop tard, et puisque le ciel était contre moi, je baissai la tête et reçus en frémissant ce nouvel outrage de la destinée.

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na —je heures même r plus.

appaeant ;, 1 mals voir, res de jet de:

stinée , lecpuchej'étais t déjà yernis euse ?

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Tout le long de la route je fus condamné à un système de politesses irritantes qui heureusement, une fois remplies, me donnaient une excuse pour m’échapper Le bas- bleu est un être qui ne mange pas, qui ne dort pas, qui méprise toutes les nécessités de notre pauvre nature, et dont les caprices sont formidables par le nombre et la variété. Le mien ne tenait à la terre que par des filaments barbouillés d'encre ; cette femme avait apporté avec elle toute une papeterie et elle écrivait vingt lettres par jour sans compter les impressions devoyage ; et que de notes, grand Dieu! Elle ne dormait pas, elle était extrêmement énervée, et de la voir, et d’en avoir soin ajoutait à mon propre énervement qui, cependant, aurait pu me suflire.

Elle disait qu’une seule chose la soutenait, le café, et à chaque station où le train arrête pour les repas, il me fallait aller lui en chercher une tasse et perdre sept à huit minutes à l’attendre. Parfois je m'esquivais, mais comme j'avais bien plus besoin de mouvement que de nourriture ct que je ne pouvais marcher que sur la plate-forme de la gare, elle ne tardait pas à m’apercevoir et je voyais aussitôt apparaître par la croisée du car la tasse inévitable. Elle était maigre et sèche et disait que le lait fait engraisser, mais elle se gardait bien d’en prendre ; au reste, créature d’une intelligence réelle et qui aurait pu plaire sous certains rapports comme femme, si elle avait voulu consentir à être moins homme.

Nous quitions Omaha entre onze heures et demi et midi, Il reste encore six cent trente lieues à faire pour atteindre San-Francisco; désormais, il n’y a plus qu’une seule ligne de chemin de fer, c’est la Union Pacific. Le convoi est plein, tous les lits sont pris et le nombre des cars s'élève bien à dix ou douze; c’est ainsi, paraitil, tous les jours.

La ligne du Pacifique est quotidienne, comme le lecteur La le sait déjà; mais ce qu’il ignore peut-être, c’est l’aména- société gement à l’intérieur des cars. Iln’ya pas, comme je l'ai entend dit plus haut, de restaurant dans le train; il n’y a pas accept non plus de char-salon, et quelquefois seulement il y a un rado, « char-fumoir sur une partie de la route. Le train du Paci- pas s’il fique est absolument semblable aux trains de l’est, à l’ex- guère « ception qu’il renferme moins de confort, moins de luxe, et devant qu’il se salit bien davantage, A part le train régulier de raient 1 la malle, il y a aussi des convois d'émigrants constamment sur eux sur la route et des trains de fret qui couvrent parfois jus- On ] qu’à un quart de mille de longueur. diligenc

Le billet que vous avez acheté en partant de Chicago est toîture bon pour toute votre vie durant, et s’il vous plaît de vous hardis arrêter en chemin, vous trouverez aux principales stations, Quaran! même du désert, un hôtel assez confortable où, moyennant plus d'é trois dollars par jour, vous aurez des repas fort honnêtes, sous tot du maïs à profusion, sous toutes les formes possibles, du à dispu thé à la glace et surtout du café tonjours excellent,

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Quelques heures après avoir quitté Omaha, on entre de plain-pied dans cette formidable région de l'Ouest où se commettent tant d’attentats, et où, il y a quelques années à peine, la vie était si sauvage, si aventureuse, qu'aucun homme ne pouvait s’y risquer sans son pistolet ou son couteau. Aujourd’hui même, à mesure qu’on s'éloigne de la grande route du chemin de fer, les dangers se multiplient et les hommes sont de plus en plus farouches,

La loi ne saurait avoir grande force 1à où il n’y a pas de société organisée, et le Zynch est le moyen suprême. J'ai entendu dire par un tout jeune homme qui avait accepté un bureau de télégraphe dans un village du Colorado, que lorsqu'il partait de chez lui le matin, il ne savait pas s’il y reviendrait vivant le soir, et qu'il ne se passait guère de semaine sans qu’il vit pendus à quelques arbres, devant sa porte, doux ou trois mauvais diables qui en auraient fait autant à leurs ennemis, s'ils avaient eu le dessus sur eUX,

On peut voir partir de chaque station importante des diligences traînées par quatre mulets, recouvertes d’une toiture en toile maintenue par des arceaux, et remplies de hardis pionniers qui s’en vont à des distances de trente, quarante, cinquante lieues, jusqu'aux endroits où il n’y a plus d'établissements. Ils vont chercher, quoi ? la fortune sous toutes ses formes; ils n’ont peur de rien et sont prêts à disputer chaque pas fait de l'avant, Il faut voir ces

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rades types, débraillés, osseux et sveltes, au pas indolent et hardi à la fois, figures anguleuses ct franches, regard dont aucune inquiétude, aucun regret n’atténue l'assurance dans la force personnelle et la foi dans l'aventure, pour se faire une idée de ces pionniers qui marchent bien en avant des civilisations et qui frayent des routes là où le compas n'a pas encore mesuré l'étendue.

Vingt-six heures après avoir quitté Omaha, l'on arrive à Cheyenne, petite ville bâtie dans le sable qui contient 3,000 habitants, et où il n’y avait qu'une maison, une seule en 1867.

Déjà l'on s’y trouve à une hauteur de six mille pieds audessus du niveau de la mer, sur un sol volcanique rempli de débris fossiles.

Dans cette petite ville, qui date de cinq à six annnées à peine, il y a déjà un journal quotidien, une revue mensuelle, de beaux édifices, des fabriques considérables et des ateliers où l’on prépare l’agathe, cetts jolie pierre qui, montée sur l'or californien, constitue le bijca préféré des Américans. C’est à Cheyenne que se fort aussi la plupart des chaussures pour les settlers de l’Oucst et ces selles bizarres, tout exprès pour des hommes qui passent des journées entières à cheval et qui ont souvent des trente à quarante milles à faire d'un établissement à un autre. Le cheval des plaines! Il ne faut pas, lecteur, rêver à la cavale de l’Arabe. Celuici est un petit animal, d'assez muigre apparence, au galop mesuré, fait plutôt pour la fatigue que pour la course, qui

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dolent ne coûte guère plus de soixante à quatre-vingts dollars et regard qui doit se contenter de peu par nécessité ou par nature. sito Il n'y a pas longtemps que Cheyenne s’est débarassé de je ses cabanons de jeu et de danse, remplis du matin au soir Haba du vacarme de l’orgie ; le meurtre au couteau et au pistolet sd y était d’une occurrence journalière. Un beau jour, quelques citoyens déterminés formèrent un comité de vigilance, s'emparèrent des plus hardis desperadoes, de ces roughs terribles qui sont encore en bien des endroits reculés la terreur de l'Ouest, et les pendirent sans façon sur une colline en les laissant exposés pendant des semaines entières. Depuis arrive à lors, la ville est tranquille, et l’on peut y vivre à la condition contient de n’y pas mourir d’ennui ou d’être propre à toutes les exison, une tences, icds aumpli de kŸ4 nnées à Nous avons fait ici cinq cent seize milles à sartir d'Omaha nsuelle, et il en reste autant à faire pour atteindre Ogden, près du ateliers grand Lac Salé; c’est donc encore une journée de marche. tée sur Nous sommes dans le territoire du Colorado ; nous traversetéricans, tons celui de Wyoming et nous atteindrons l’Utah où se chaus- trouvent les Mormons, peuple si intéressant en ménage que es, tout les voyageurs ont presque toujours envie de rester au milieu entières d'eux et de se convaincre par l'exemple combien il faut de milles à femmes pour égaler un homme. Nous avons traversé, de. plaines ! puis le départ de Montréal, toute la province d'Ontario, les . Celui: états du Michigan; de l'Illinois, de l’Iowa et du Nebraska, 4 au galop et nous avons entamé le Colorado, cette perle de l’ouest cense, qui tral, comme l’appellent les settlers. Six cents lieues déjà il

en moins de cinq jours, cela commence à compter; on le sent à ses articulations et à ses reins, Quant à la tête, il n’yen a plus ou à peu près ; elle fait l'effet sur les épaules d’une terrine dans laquelle on ferait sauter des cailloux. Arriver tout bossué, tout craqué, tout moulu chez les mormones, ne serait peut-être pas du goût de ces dames; aussi les voyageurs, fiers de leur personne, passent-ils outre et ne

shon nus, Couvé épau qu'o cêtre

| prennent pas l’embranchement de trente-cinq milles de lon- l 6 À [| gueur qui conduit d'Ogden à la ville du Lac Salé. FR | | [ll Pour moi, j'avais encore bien plus de raisons de ménager arrivé a UN ma bourse que mon extérieur, que je méprise du reste à fanta ph | cause du peu que j'en ai toujours tiré. On ne peut en effet de \ à LA DU faire ce court trajet entre Ogden et la ville des mormons, langa, | Î quand même on n’y resterait qu'une journée, sans qu’il en d’une | coûte nu moins vingt dollars. Le voyage seul revient à comm | | six dollars, l'hôtel à cinq, et il en reste neuf qui fondent autres | sans doute sous le regard de tant de femmes ou qui s’en consul | | vont en souvenirs d’une aussi intéressante visite, D signe n | | son m femme | À "+ | ainsi core p | | | | Mais suivons notre route. On laisse Cheyenne après y juste (ll j avoir passé une demi-heure à se restaurer et à se désaltérer chanc il (NL tant bien que mal: C'est d'ici que part le chemin de fer à bis jo Î voie étroite—deux pieds et demi seulement de largeur et Qu: | | {EL cent six milles de longueur—qui conduit à Denver, dans le rité, AT LE | ; Colorado, à travers le pays le plus accidenté, le plus curieu- est qu UE RU sement pittoresque qu’il y ait au monde. Maintenant, nous ces ho | | | | LL allons voir apparaître les Indiens et les Chinois. Les indiens! | sent d [| LU D jaunes

| | pouah ! ce sont des Cheyennes, des Arapahoes, dos Shoe | 4

le sent:

n'yen d’une \rriver mones, issi les > et ne de lon-

1énager reste à en effet Drmons, qu’il en vient à fondent qui s’en

shones, et même des Pawnies. Ils sont tous infectes, à demi. nus, repoussants ; ils viennent mendier, enveloppés dans une couverture sordide qui traine d’un’ côté et ne couvre qu’une épaule ; les femmes surtout sont horribles à voir. Et dire qu'on a fait tant de poésie et tant de romans sur les ancêtres de pareilles créatures |

J'ai vu une indienne dont toute la figure etle front, à l'exception du nez et de la bouche, étaient couverts de goudron. Bien des voyageurs surpris la regardaient, sans arriver à comprendre ce que pouvait signifier une pareille fantaisie ; je m'approchai d'elle et lui demandai en anglais de m'expliquer le goudron; elle ne comprenait ni mon langage ni mes gestes; j'avais beau me porter la main d’une oreille à l’autre et des cheveux au menton, c'était comme si j'avais parlé au grand Turc. Enfin deux ou trois autres Indiennes, qui se trouvaient avec elle, après une consultation fort vive, m'apprirent que ce goudron était un signe de deuil, que la goudronnée en question avait perdu son mari depuis trois ans, et, que, dans sa tribu, toute femme qui devenait veuve était tenue de se barbouiller ainsi pendant trois années exactement, Elle en avait encore pour deux ou trois jours, de sorte que j'étais arrivé juste à point pour jouir de ce spectacle; c'est la seule chance que j'aie eue dans tout mon voyage; aussi je lui consâcre un paragraphe.

Quant aux Chinois, ce sont des êtres intéressants en vé. rité. Ils fourmillent sur la route du chemin de fer ; le fait est qu’ils en ont été dès l’origine les principaux ouvriers : ces hommes-là travaillent pour presque rien et se nourrissent d'un peu moins, Ce sont en général de petits hommes jaunes, anguleux, dont la longue queue tressée derrière la

tôte est relevée, aux Etats-Unis, de façon à former une toque sur la nuque. Ils sont échelonnés sur toute la ligne, la réparant au fur et à mesure des besoins, et s’emploient À tous les travaux généralement quelconques que nécessitent les circonstances. Leur industrie, leur probité et leur infatigabilité sont sans égales. Jamais un Chinois ne prend un verre de quoi que ce soit, si ce n'est d'eau ou de thé, ct il ne mange guère que du riz; cependant il peut travailler quatorze heures par jour; le fait est qu'il n’y a pas de limite à la quantité d'ouvrage qu'un pareil homme peut faire sans prendre de repos. Son objet fixe est de faire le plus d'ouvrage possible en peu de temps, d’arrondir le sac d’écus avec lequel il retournera en Chine où il vivra comparativement pour rien. ÆEn effet, dans son pays, un repas ne lui coûtera guère que deux ou trois sous, tandis que son ‘travail est rétribué en proportion; mais aux Etats-Unis, il gagne vingt fois plus et dépense à peu près autant qu’en Chine, de sorte qu’il a bientôt constitué une forte épargne. Il n’apprend de l'anglais que ce qu'il lui en faut pour faire rigoureusement son affaire ; c’est là son idée fixe et tout le reste ne l’occupe pas. Son langage est extrêmement animé et bruyant; trois Chinois engagés en conversation peuvent vous casser les oreilles, mais heureusement ça ne dure pas, et la pipe, qui remplit tous leurs loisirs, les rend bientôt aussi taciturnes que des chefs indiens en conseil.

Peu après avoir quitté Cheyenne on commence à voir les’

premiers antilopes et les chiens de prairie. Quelle gracieuse et charmante créature que l’antilope! Le bruit du train ne

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l'effarouche plus; il vient jusqu’à deux ou trois arpents de la ligne, écoute avec sa tête fine et douce, suit longtemps du regard, et, parfois, comme s’il voulait imiter le roulement du train, il part de ce galop cadencé et presque rêveur qui fait tendrement frissonner la plaine. Tantôt les antilopes sont par groupes, tantôt ils sont isolés; le plus souvent ils sont par couples, mâle et femelle, père et mère, l’un près de l'autre dans la vaste solitude, Si le mâle s’est éloigné tant soit peu, il se dépêche, lorsque le train arrive, de rejoindre sa compagne. On lit l’angoisse et la hâte dans sa course précipitée; elle, souriante, émue—j'oserai employer ces mots—vient doucement au devant de lui; on les voit alors tous deux ou s'arrêter ou contempler en silence, ou prendre

‘d’un trot léger le chemin sans trace du désert, On com-

prend, en voyant ces douces et gentilles créatures, quel crime c’est que de leur faire la chasse ; aussi les voyageurs les regardent-ils, presque toujours, d’un œil ému et comme plein de reçonnaissance pour l’heureuse, quoique fugitive impression qu’ils en éprouvent.

Le chien de prairie, lui, est un petit être fantastique ; c'est un original et un railleur, guère plus gros que l’écureuil; d’un jaune plus saillant, il ressort à peine sur la mer de sable, de même couleur que lui, qui l'entoure. Il se tient debout, appuyé sur ses pattes de derrière, au-dessus du petit tertre où il a creusé son trou, et regarde, impassible et narquois, le long défilé du train qui ne lui cause plus la plus légère inquiétude. Les chiens de prairie sont extrémement nombreux dans certaines parties du désert; mais l'œil non exercé met du temps à les découvrir, tant ils se confondent, dans leur immobilité, avec les plus petits accidents de terrain, avec les moindres relicfs de l'étendue

rousse et sèche où ils ont établi leur asile. Après deux ou l'on

trois cents milles on ne les aperçoit plus, et l’antilope lui- bout

même commence à disparaître, laissant au vaste désert de mais

reprendre sa monotonie farouche et détestée. qu’il

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+ nom)

yen

Quand on a fait quelques heures de marche depuis le dé- d'au

| part de Cheyenne, on arrive au plateau des Collines Noires Lie

| En où se trouve le point culminant de la ligne les Mon- un

nt tagnes-Rocheuses, à Sherman, ainsi appelé du nom du gaie

| || | LA ji général américain le plus grand de taille et peut-être aussi Al

de talent, Nous sommes maintenant à huit mille deux |! 8

| ll) | ji cent trente pieds au dessus du niveau de la mer; le train On ul Lil s’arrête et le voyageur peut lire, sur une large planche fixée Roch | | [il dans le sol, une invitation à télégraphier à ses amis de l’en- us | LEE A droit du monde le plus élevé où passe une ligne de chemin sue | ln | de fer dune EE ll Ê .

A UIEU : , ts instan | | L (ll Sherman est du reste un tout petit endroit où il n'ya dité: ul | guère que des débits de whiskey, et, chose étrange, un ma- dos d | je gasin de modes. Pourquoi ces modes ? on se le demande, dl" | [ll C'est à plonger dans des abîmes de méditation. Un ma- rées « | j | | gasin de modes sur le sommet des Montagnes-Rocheuses, ni

sation moderne, portée à ce degré de raffinement, n’a plus HR UE rien à envier à l'antique Rome, { LE En outre de cela, Sherman, probablement à cause de [li son altitude, avait l'avantage d’être, lors de la construction C'es de la voie, peut-être le poste où se faisait la plus grande s'atten. consommation d'eau-de-vie, (Cette habitude est restée, &i mencer

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| c’est le nec plus ultrà de la fantaisie humaine, et la civili- |

X OU Juirt de

le dé- Noires Monn du aussi deux train e fixée e l’enhemin

n'y2 in manande, ma- Leuses, a plus

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l'on en peut juger par le grand nombre d’éclats de bouteilles qui jonchent le sol tout autour de la station; mais le voyageur ne se sent pas alléché, et il est bien rare qu’il songe à autre chose qu'à regarder dans tous les sens comme s’il croyait voir l’univers à ses pieds.

L'air, à cette hauteur, est assez raréfié pour que bon nombre de personnes éprouvent une respiration difficile; il yen a qui saignent du nez, quelquefois même des oreilles ; d’autres se sentent comme une angoisse étrange et subite, un énervement qu'ils ne peuvent maîtriser ; mais toutes ces sensations diverses s’effacent assez rapidement, et le voyageur n'éprouve plus bientôt que le contentement intime d'échapper, ne fût-ce qu’une heure, à la désolation qui a fatigué son regard pendant deux juurs entiers.

On ne croirait jamais être sur la crête des Montagnes- Rocheuses, tant l’ascension a été graduelle, ct tant les divers sommets s’espacent au loin de façon à ce qu’on s’imagine voir plutôt des pics isolés que les fragments hardis d'une chaîne de montagnes. Le désert cède ici quelques instants la place à la nature dans sa puissance et sa fécondité; l’eau reparaît sous la forme de ruisseaux où la truite abonde ; les collines et les plateaux s’étalent sous le regard, et la végétation se montre ça et là par quelques taches dorées que l'œil contemple avec une sorte d’étonnement, comme s’il en avait perdu le souvenir.

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C’est à ce point culminant des Rocheuses, où l’on peut s'attendre à toutes les excentricités de température, que commencent à paraître les Snow-Sheds et les clôtures qui pré-

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