‹ ChroniquesChapitre 20 sur 33 · EE · texte numérisé non relu

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Oh! quel spectacle et quel enchantement ! Ici vous tournez quelque cap gigantesque aui se dresse au-dessus d’un abîme de quinze à dix-huit cents pieds ; À peine y atil la largeur de la voie ferrée; le train passe lentement, mesurément, un rien suffirait pour le précipiter dans l’abîme entr'ouvert ; le regard du voyageur, à la fois épouvanté et charmé, contemple avec ravissement ct se détourne avec terreur ; c’est que cet abîme est à la fois terrible et délicieux. Dans cette horreur béante la nature a enfoui, comme dans un refuge, ses plus brillants trésors ; elle l’a recouverte d’un tapis de feuillages dorés et de fleurs ; on dirait une couche du paradis glissant aux sombres entrailles de la terre. Les vallées et les gorges des Sierras ‘nt une grandeur magique eten même temps puérile, quelque chose de nouvellement éclos, frais, riant et formidable à la fois; que dire en effet de ces immenses précipices qui n’ont rien de farouche que leur profondeur, et qui de tous côtés envoient au regard les mille rayons de leurs jardins, de leur parterres émaillés ? Sur les flancs et jusqu’au fond des abîmes on peut voir de jolis petits villages de dix, quinze ou vingt feux, d’où les habitants gravissent jusqu'aux plateaux à travers des sentiers bordés de plantes et d’arbustes aux fouillages de toutes les nuances ; on y voit aussi des rivières coulart au milieu d'in-

nombrables détours, comme des serpents effrayés ; l'éclat fugitif de leurs flots se mêle svec celui de la végétation qu'ils reflètent et qu’ils animent, pendant que le spectacle de l’industrie humaine qui, même dans ces profondeurs, cherche des éléments à son activité, vient s'ajouter encore aux magnificences de la nature,

Les pentes et les vallées des Sierras sont couvertes de pins exploités sur une grande échelle, en même temps que retentissent de toutes parts les travaux des mineurs disséquant les inépuisables mines d’or et d’argent.

On conçoit qu'un chemin de fer ne peut traverser une chaîne de montagnes en droite ligne, qu’il contourne sans cesse et suit chaque détour ; il ne peut pas escalader les pics l ni plonger dans des gorges, et par conséquent la route à

(ju | faire se trouve de beaucoup allongée, mais qui s’en plain- EU | drait dans les Sicrras ? On ne se lasse jamais d’un pareil

HA | spectacle, Le véritable beau a le privilége d’être de plus | | en plus nouveau, de même qu’un sentiment profond puise de nouvelles forces dans sa durée et ne s’altère jamais à l aucun contact.

Lorsqu'on a descendu le versant opposé des Sierras, on commence à voir se dérouler dans un lointain magique les glorieux champs de la Californie. On entre en plein dans qi la vallée féconde de la rivière Sacramento; tout ce que la nature produit s'étale sous le regard ; les céréales de toute espèce, le maïs, les vignobles, les champs de moutarde et de etterave, des vergers qui contiennent tous les fruits ima-

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