PAROISSES NE RELEVANT QU'EN PARTIE DE LA BARONNIE DE CRAON
GOSMES ou COESMES (1), GosMiE.
PatroB : saiat Pierre ; présenUtenr : l'abbé de La Roê.
Cosmes était, comme Cossé, du pays des Ârviens, qui avaient pour capitale Vargorituin (3), et qui, trois cents ans après Jésus-Christ, se réunirent aux Diablintes, dont la capitale était Âdala, depuis Neodunum, aujourd'hui Jublains.
Au IV" siècle, saint Liboire consacrai Téglise de Cosmes. (Pont, manceau, 20; AnalecL, 243.)
En 837, saint Àldric donna aux moines de Saint- Calais et de Savenières les troupeaux de chevaux, de bêtes à cornes, de porcs, de moutons et de chèvres, avec leurs produits, qu'il possédait à Cosmes. [Nov, Gall. Christ,, Instrumenta^ p. 129.)
VersH33, Payon ou Pean Cheorchin de Cosmes, seigneur du bordage de Fabrica, avait une fille, mariée à Tafur, et un fils, Jean, marié à Mazeline. (LXV* et LXXVI" ch.) Le fils de ces derniers, Jean Cheorchin ou Sorcin, épousa Adèle de Craon^ dit Tabbé Foucher. (Voyez Chapelle- Craonnaise,) Cependant, la CXX* charte dit simplement : a Hoc concessit Adalea uxor ejus et Paganus primogenitus, etc. » Mais il n'en est pas moins vrai qu'il était parent de la première maison de Craon, ainsi que les seigneurs de Méral. (Voyez p. 537.)
Payen Cheorchin, pour faire recevoir son frère Gervais chanoine à La Roë, donna h l'abbaye la Chaorcinière, située entre Chochebelle et Mauconseil. (CXX* charte, vers 1190.) Il lui donna encore deux parts des offrandes faites à l'église de Cosmes, le droit de sépulture et deux parts des prémices des veaux, des porcelets, des agneaux et de la laine : il y ajouta encore ce que les hommes de l'abbaye pouvaient lui devoir sur U* bordage de Fabrica, pour les tailles et les droits perçus par les recenseurs [villicatio] ; ce qui fut approuvé par Jean, son fils, et par Jean Robe
(1) La carte du Maine, par Bou{^ucreau, de lo9i, écrit encore Coesmes, qu*il ne faut pas conrondrc avec Coisme ou Couesme^ près Retiers, en Bretagne. Ce sont sans dou le les seigneurs de celte dernière seigneurie qui, suivant D. Horice, [lortaient : frellé de trois pieux sur trois pièces.
'2; Surlo hord de l'Ervr, à quelque cent mMresà rouesldc Sautges.
DES PAROISSES OE l' ANCIEN CRAONNAIS. 575
et par ses frères Jordan, Édri, Buanian. Mais bientôt Robe contesta ces donations à Tabbé Michel (H50-H88), qui, une première fois, termina la contestation en lui donnant 12 deniers, et une seconde fois 2 sous. (LXXVI* charte.)
Jean Robe fit le voyage de Jérusalem, et enfin se fit chanoine, laissant un fils nommé Geoffroi, qui, lui-môme, fit don à Tabbaye de deux seterées de terre li la Bodiniëre de Livré, et d'une autre terre à TÉglorière. (CCXLV charte.)
Jean Cheorchin, fils de Payen, entretenait plusieurs hommes d'armes ; il donna à Téglise de Gosmes la sixième partie des dîmes de cette paroisse, ce qui lui était dû en chanvre, lin, poisson, etc., à condition de placer à Cosmes un troisième chanoine. (GXX** ch. de La Roë.) Ge Gheorchin eut à soutenir une guerre contre Jean THermite, à raison de la terre de Tissu. Un homme d'armes de Gheorchin y perdit la vie, et le fils de l'Hermite vint à La Roë demandei^ des messes pour le repos de Tàme du défunt. Pour celte fondation, il donna une poche dans Tétang de Saint- Amand. (GXLVP charte.) Si les mœurs étaient rudes et les temps difficiles, on voit du moins combien la religion s'efforçait d'apaiser les haines et les souffrances.
Vers H80, Renaud Rabin et son frère, seigneur de Quelaines, avaient donné à l'abbaye de La Roë l'église de Gosmes, et leur père s'était fait chanoine de celte abbaye. (LXXIIP charte.) Godet de Gosmes engagea ses terres pour aller à Jérusalem, versUSO. Quelques années plus tard, Guillaume du Piessis résolut aussi d'aller en Terre sainte; mais désirant auparavant, comme c'était l'usage,- régler ses affaires temporelles et spirituelles, il assembla à Gosmes ses hommes et ses amis dans la maison des chanoines. A cette assemblée se trouvèrent Gcrvais Gheorchin, Guillaume et Geoffroi du Piessis, Rolland de Méral et son frère Olivier, Renaud de Quelaines, Isembart de la Ghapelle, Nicolas de Gosmes, Gauthier, abbé de La Roë, et plusieurs autres. Là, un nommé Hubert, fils de Hélie, qui niait à l'abbé le service d'un cheval, service évalue à 10 sous, fut convaincu de ses torts par plusieurs personnes qui avaient été témoins de la reconnaissance de ce devoir par son père. Hubert se reconnut donc homme-lige de l'abbaye, ei, en témoignage, mit ses mains dans celles de l'abbé ; celui-ci ne manqua pas de profiter de la circonstance pour faire rendre aussi à du Piessis bon nombre de ses usurpations. (Voyez p. 193.) La seigneurie des Cheorchin avait haute, moyenne et basse justice. Nous avons parlé d'un autre Jean Cheorchin qui prit part à la bataille de Châteaubriant, en 1223.
?J76 ÎNOTES SLR l'histoire PARTICULIÈRE
En 1414, un seigneur de la môme famille figure à la cour de Jean V, duc de Bretagne.
Du Plessis de Cosmes, commandant du château de Craon en 1592, était issu de cette famille, dont la descendance ne s'est éteinte que depuis peu d'années (1).
Faisaient partie du temporel de la cure de Cosmes : vingt-un journaux de terre ; — cinq hommées de pré ; — trois paris de la grande dîme ; — une rente de dix-neuf boisseaux de seigle avec d'autres dîmes; — 30 sous sur le Plessis, pour chanter un SuOvenite tous les dimanches ; — trois boisseaux de blé pour fournir les cordes des cloches. — Le tout fut estimé, en 1692, valoir 800 livres de rente, sur lesquelles il fallait gager un vicaire, payer 47 livres de dîmes et entretenir le presbytère.
GOSSÉ-LE-VIVIEN, Quosseium, Chogeium, Cociacum,
COCEIUM.
PatroBS : saiat Gervais et saiat Proiais; préseotatear : l'abbé de SaiBt-Floreat; collateir :
révéqne du lais.
Ainsi que Cosmes, Cossé dépendait de l'ancien pays des Arviens. Son église fut consacrée, au iv* siècle, par saint Pavace. [Gesta Pont.^ 620 ; AnalecL, 243.)
On voit [Nov. GalL Christ., Instrumenta, p. 120) qu'en 802 Charlemagne rendit et confirma à l'église du Mans la possession du domaine des Ifs (Taxonaria) et du bourg public de Cossé (Cotciaco vico publico). Louis le Débonnaire, en 840, le qualifie de bourg canonial, t vicus canonicus » [ex gestis sancti Aldrici), c'est-à-dire que, de propriété laïque, il était devenu propriété de l'Église,
(1) Une remembrance de la seigneurie du Plessis nous fait connatlre son étendue : « cinq journaux de bois ; — - rhébergemenl de Pangeline ; — les terres de la Vieuville ; — le domaine de r£pinay-la-Templerie (ainsi nommô à cause de son ancien temple huguenot, aujourd'hui en étable); —le domaine de Chasse-Pierre ; — dix-huil Journaux de terres et bois, avec le domaine de la Brosse; — sur le presbytère de Quelaines, 3 sols ; — sur le prieur de la Vernissière, 3 sols ; ~ sur celui de la Balue, 10 deniers; — les sujets de la métairie de Longue, où est mon personnel estrage; — sur la Guéronnière, un demi-cheval de service ; — le seigneur de la Frezelière pour son hébergement, ses féages de la Roche, de Longue, du Goudray, de la Piquetière et de sa voirie, un cheval de service et un autre pour son domaine de Jarossay. Ledit Frezcl est mon homme de foi simple à cause de son domaine de la Brardjère.>» [Soles de M. Pabbé Pointeau.)
DKS PAKOISSGS UE i/aNCIBN CHAONNAIS. KT7
Vivien, fils de Guy de Laval, fut tué à la bataille de Gossé, en 833 ou 85i. De là, dit-on, est venu le nom de Gossé-le- Vivien.
Le pape Gallixte II (4119-1124) confirma à Tabbaye de Saint-Florent réglise de Gossé {de Cotiaco^ cart. de Saint-Florent).
Au XI' siècle vivait un Guillaume de Gossé.
En 1110, son fils, Vivien Ghevrolier (Capreolus), donna au couvent de Saint-Martin de Tours la chapelle d'Origné, en Houssay, avec d'autres biens, à condition d'en faire un prieuré. (Voyez p. 158.)
Hugues, fils de Vivien, de concert avec Tyson de Bouche-d'Usure, et de Tallia, femme de ce dernier, donna à La Roê la masure de Pullio, près Saint-Gault. Il consentit encore au don de la masure des Âulnais, avec Suhard de Méral, qui reçut 20 sols comme seigneur du fief, tandis que Hugues n'en reçut que 5, L'abbaye possédait sur cette terre la justice foncière, les coutumes et les deux tiers des dîmes ; d'autres héritiers étaient chargés du service du cheval. (XCIX* charte.) Le même Hugues de Quoceio ratifia pour 2 sols la vente du bordage d'Âsseline, et acheta à Babin de Quelaines les dtroes de ce bordage pour 9 liv. 13 sous, monnaie d'Anjou. (CLIIP charte.) (Voyez année 1100.)
Sous répiscopat de Guillaume de Passavant (1145-1187), Radulfe do Laart ou de la Hart, en Gossé et Beaulieu, donne à Saint-Florent le sixième des dîmes qu'il possédait sur Gossé, un trait de la même dîme, et quatre fiefs qu'il possédait de droit patrimonial. On voit qu'à cette époque on tenait encore à distinguer les biens d'héritage de ceux de la confiscation.
En 1384, Jehan Quatrebarbes fonda le prieuré de Gossé (1). Le curé d'Ampoigné, simple administrateur de sa paroisse, devait rendre compte de son administration au prieuré de Gossé, et celui-ci était tenu
(1) Selon la généalogie de Quatrebarbes, le premier de ce nom fui Pierre, frère de Ranulphe, baron de Montmorillon, seigneur de Moussay cl de Jaiais en Anjou ; il vivait en 1060. La famille de Quatrebarbes, une des plus anciennes de noire pays, compte trente de ses membres morts en combattant pour la France. Guillaume Quatrebarbes, que nous avons vu au siège de Saint-Jean-d*Acrê, en 1190, était, à ce que Ton croit, flls de Foulques, commandant des Ponts-dc-Gé, et qui se croisa deux fois avec Foulques Y, comte d'Anjou. Après la bataille de Verneuil, en 1 i24, il ne restait de toute cette famille que Jean VIII de Quatrebarbes, seigneur de la Rongère, chambellan de Charles Yll en 1458. De lui sont sorties toutes les branches aujourd'hui existantes.
Saint-Simon, à Tannée 1703, vante particulièrement le mérite d*un seigneur de la Rongère, chevalier des ordres du roi et chevalier d'honneur de la duchesse d'Orléans.
Les armes des Quatrebarbes sont de sable à la bande d'argent, accostée de deux cotices du même. Devise : In altis non deficio.
578 NOTES SUR l'histoire particulière
de faire roffice dans l'église d'Ampoigné, aux quatre principales fêtes de Tannée, et de distribuer chaque année aux pauvres cent quatre boisseaux de blé. Le prieuré de Cossé était estimé 6,000 livres.
Ce Jehan Quatrebarbes avait épousé, vers 1330, Jeanne Cheorchin, dame de Cossé, fille de Gervais Cheorchin et de Julienne Chamaillard (1) ; il était seigneur des Rues, de la Touche, de Mée, de Ruillé-le-Gravelais, du Genest, près Laval, de Juigné-sur-Mayenne, d'Ampoigné, Cosmes, Cossé et Montafré, en Tennie (2). Le fief des Cheorcin ou Sorcin s'étendait sur Houssay, Quelaines, Saint-Gault, Laigné, La Chapelle. Athée et Méral ; celui de Chamaillard, sur Pernil, Trelazé, Saint-Symphorieu et Cossé. Après cette alliance, les fiefs de Cossé prirent le nom de Chamaillard. (Voir à La Chapelle-Craonnaise et à Méral quelques détails sur les Sorcin.)
En 1598, les notaires de Cossé écrivaient ce nom Quocé^ et, jusqu'au xviii* siècle, Cocé. Bouguereau l'écrit encore ainsi sur la carte du Maine, en 1594.
Vers la fin du xvi* siècle, Jean Dumalz, général calviniste, acheta la châtellenie de Cossé et fit bâtir, en Ruillé, le château de Terchamp.
Sur Cossé existait une seigneurie fort ancienne, comme son nom l'indique : les Alleux. La CXCVIII» charte do La Roe (xii« siècle) fait mention de Vivien des Alleux.
En 1150 ou 1151, époque d'une effroyable famine, plusieurs familles donnèrent chacune h l'abbaye de La Roë une seterée de terre des Alleux et leurs propres personnes pour cultiver ces terres, ainsi que tout ce qu'elles posséderaient à leur mort, à la seule condition d'être nourries et d'avoir part aux prières. Ces familles comptaient dix-huit personnes. (LXXVIII», LXXIX» et LXXX» chartes de La Roë.)
A la même époque, Simon des Alleux, Anastasie, sa femme, et ses fils, Assalli et Simon, donnent à La Roë une seterée de terre (à peu près deux hectares) pour être reçus dans la confraternité des chanoines. (LXIV charte.)
En 1158, Jean et Vivien des Alleux sont témoins du don de Blochet à La Roé. (CLXXXIX* charte.)
Charles de la Corbière, conseiller au Parlement de Bretagne, possédait les Alleux, et v mourut en 1694.
(1) Nous avons vu, p. 537, que les Cheorchin ou Sorcin étaient parents de la premi^^e maison de Craon.
(2) Le 6cf de Montafré jouissait du singulier privilège de se faire ameaer tous les ans, par le seigneur de Chourches ou Sourches, en Saint-Symphorien, une rubienne (rouge-^îorgo^ dans un chariot attelé de quatre bœufs.
Des PAKOISSES de L ancien GlUOPiNAlS. 579
Les Alleux sont situés dans le ressort de Cossé ; on appelait ainsi la partie de la paroisse située à la droite de TOudon, laquelle relevait de la justice de Graon.
La cure de Cossé possédait neuf à dix journaux de terre, qui, en 1790, furent estimés 3,430 fr. A la même époque, les trois métairies attachées au prieuré (148 journaux) furent évaluées 34,000 fr. (Notes de Fontaine^ Couverte.)
QUELAINES, Golonu ultra Meduanam, QuHXENiiE.
ViCUS CANONICUS (1).
PatroBS : saint 6er?ais et saint Protais ; préseatatear : Talibé de Saint- Aubin.
Selon M. Cauvin, Quelaines remonte au iv* siècle, et serait un des lieux du département le plus anciennement habités.
Vers 834, saint Aldric, évèque du Mans, y. avait formé deux établissements agricoles qui, sans doute, succédaient à des colonies gallo-romaines, d'où est venu le nom de Colonia et celui de Quelaines. Ce saint évoque déclare, dans son testament de 837, que sur tout son évèché'il n'a pas trouvé autant de bestiaux qu'il en laisse sur une seule ferme (villula), et donne au monastère de Saint-Vincent, près Le Mans, « grèges jumentorum una cum eorum ainissariis, et boum ulriusque generis, seu porcorum et ovium atque caprarum, qui sunt in villa Colonica}\i\ik urbem et in illa curte quae dicitur villa, quam Gundolus modo providet. » (Gall. Christ,, Instrum.y p. 129.) On voit ici qu'au ix* siècle Quelaines était une ville [urbs) entourée de villa ou métairies.
Aussi l'abbé Foucher pense avec raison, selon nous, que le concile de 843, dit Colonicus, a dû se tenir plutôt h Quelaines, qui était sur la route de Charles le Chauve, venant de Rennes avec son armée, qu'à Cou- Liines, si près du Mans ; que tout devait engager à préférer celte grande ville.
Au xii* siècle, Quelaines n'était plus qu'un bourg, occupé, comme Denazé, par un certain nombre d'hommes d'armes (milites), relevant en partie de Châleau-Gontier, partie, en arrière fief sans doute, deCheorchin de Gosmes. Ces hommes, presque tous alliés entre eux, enrichis des dîmes et des biens de l'Église, souvent les restituant aux abbayes et s'y faisant
(1) C'est-à-dire appartenant au chapitre du Mans qui, en lit 1, le céda à Tabbayede Saint-Aubin.