RENVOI
seconde, les armes de Crevant, écarlelé d*azur et d'argent ; et Tarcade de ravalement qui séparait les deux voûtés, celles de Craon (\).
L'autel était au fond. La nef ou église paroissiale, de cent pieds de long sur trente de large, était séparée du chœur des religieux par un mur percé d'une grande arcade sous laquelle était, à droite, le jubé de Fépttre, à gauche, celui de 1 évangile. Lors de l'agrégation du prieuré de Saint- Clément à la Congrégation de Saint- Maur, le jubé de droite fut remplacé par un autel à Notre-Dame, et celui de gauche par un autel à sainte Anne. Entre ces autels était une porte de huit pieds, qu'on ouvrait au moment des offices, de sorte que du bas de l'église on voyait l'autel des religieux. C'est par cette porte que leur procession sortait aux fêtes du Saint- Sacrement, de l'Assomption, de saint Marc et des Rogations.
À gauche do l'autel de sainte Anne et contre le môme mur, était l'autel de la Trinité, qui, avant la Révolution, était l'autel paroissial; et plus a gauche encore, l'autel des morts : du côté opposé, à droite de l'autel Notre-Dame, était celui de saint Sébastien , ce qui faisait cinq autels sur le même mur, disposition aussi étrange que disgracieuse.
En entrant dans le chœur des religieux, on voyait, à droite, la chapelle de Notre-Dame-la-Toucharde (2), et entre cette chapelle et le mur de séparation avec la nef était le passage pour aller à leur sacristie et à des escaliers, dont l'un descendait au cloître, et l'autre montait aux appartements régnant sur ce même cloître. Dans ce passage était le tombeau de Georges P' de La Trémoille, seigneur de Craon et de l'Ile-Bouchard. (Voy. page 266.) Comme il était représenté avec une levrette à ses pieds, le peuple, par suite de la légende de l'Ile-Tyson (voyez année 1439), croyait y voir le tombeau d'un sire de Lantivy, sorti vainqueur, grâce à sa levrette, de son combat avec le diable .
A gauche du chœur était l'autel de saint Benoît, et à côté, faisant face à la sacristie, était une p(»rte d'entrée pour les hommes seulement; elle s'ouvrait entre la sacristie de la paroisse et un énorme clocher isolé de l'église, selon la coutume des Bénédictins.
Les stalles des religieux tapissaient les murs à droite et à gauche du grand autel. Le chœur était éclairé par trois croisées ; celle derrière le grand autel portait au sommet les armes de France; au-dessus, à droite, celles de Charles de Bourbon, ancien prieur de Saint-Clément, et à
(t) Loais de Grevant, abbé de Vendôme dès 1487, acheva la nef et le magniHque portail de la Trinité de cette vine ; on y voit ses armes jointes à celles de Tabbaye qui étaient : d*azur à un agneau pascal d*argent, portant le drapeau de la résurrection.
(3) Peut-^lre cette chapelle avait élé fondée par un seigneur de la Touche-MaMyiely petit fief de la mouvance du prieuré.
gauche celles de Craon. La verrière au-dessus de Taulel Notre-Dame portait les armes de La Trénioilte, et celle au-dessus de Tautel Sainl- Benott, les armes de Graon.
C'est aussi L. de Crevant qui construisit, en 1837,1a maison abbatiale ou prieuré, tel qu'il existe encore, sauf qu'on a effacé les armes de France au tympan de la pyramide qui surmonte la principale croisée, et les armes de Craon aux pyramides des lucarnes latérales. Au midi, sur la porte en accolade de l'entrée du logis de l'abbé, étaient sculptées les armes du prieuré : de France ancien, chargé d'une ancre d'argent (1). (Voyez pi. XXIV.)
Nous avons cru devoir donner ces détails pour Tintelligence des nombreux procès dont nous allons donner une idée sommaire.
Les Bénédictins de Vendôme, établis par le comte d'Anjou à Saint- Clément pour en desservir la paroisse, en étaient réellement les cur^s primitifs, ce qui leur fit toujours soutenir, avec une apparence de raison ; 1^ que les fonctions curiales, lorsqu'elles leur furent enlevées pour être confiées à un prêtre séculier, n'avaient pu faire de ce prêtre que leur vicaire perpétuel ; et 2^ qu'étant membres de l'abbaye de Vendôme, fondée par les comtes d'Anjou, princes souverains, les seigneurs de Craon n'avaient nul droit au litre, alors si convoité, de patron et de fondateur de la paroisse.
Mais Geoffroi-Martel, en séparant le monastère de Saint-Clément de la juridiction féodale de la baronnie, tout en lui laissant la juridiction spirituelle sur toute la paroisse, sans doute pour protéger un peu la liberté de ses sujets craonnais, ne prévit pas les contestations et les nombreux procès que devait engendrer le conflit de deux juridictions si voisines l'une de l'autre. Et cependant, ce qui prouve que telle avait bien été son intention, c'est qu'il établit à Vendôme les mêmes dispositions.
Les deux procès mentionnés, le premier en 1109, contre Maurice I*' (voyez renvoi C) ; le second en 1387, contre Isabelle de Craon (voyez renvois C et H), ne furent que le prélude d'une infinité d'autres, qui ne se terminèrent que peu de temps avant la Révolution, et ne contribuèrent pas peu à entretenir un fâcheux antagonisme entre la population de Craon et celle de Saint-Clément.
En eifet, dès 1537, L. de Grevant fut obligé de soutenir un procès pour
(1) Allusion au martyre de saint Clément. Le tombeau de ce saint fut découvert au IX* siècle par saint Cyrille, à Kerson, entre Sébastopol ctltalaclava; GyriUe apporta SCS reliques à Rome, où une église fut bâtie pour les recevoir et où Cyrille lui-même fui inhumé. (Prince Galilzin.;
SUITE OU KËNVOI 1. 611
êlre maintenu dans son droit de curé primitif, c'est-à-dire de prêcher, do faire les processions publiques, les absolutions de carême, d'administrer les sacrements, et enfin pour conserver sa prééminence sur les chanoines de Saint-Nicolas.
En 1874, Gérard Brousl, nouveau prieur, n'obtint qu'au moyen d'un arrêt contre Louis III de La Trémoille, le maintien de son droit de prendre du bois dans la forêt.
Le 15 juin 1577, le prieur, ayant appris que les chanoines de Saint- Nicolas devaient, le lendemain, porter le Saint-Sacrement en procession, leur signifia son opposition. On lui répondit que l'on ne voulait point entreprendre sur ses prérogatives, mais qu'en raison des troubles de la guerre, le procureur de Craon, commandant pour le roi la ville et le château, ne voulait pas que les portes de la ville fussent ouvertes, et avait obtenu de 1 evèché la permission de faire faire la procession par le chapitre de Saint-Nicolas, à l'intérieur de la ville.
Ces troubles étaient, dans notre pays, le prélude de la terrible lutte qui ne tarda pas à s'y engager, et sur laquelle nous avons donné quelques détails. Plaçons seulement ici le procès-verbal des dégradations subies par notre prieuré pendant cette funeste guerre, extrait des Archives départementales par M. l'abbé Logeais.
t Marin Boisleve, lieutenant-général du sénéchal d'Anjou, à la requête du procureur du roi au présidial d'Angers, et de M* Nicolas de la Chaussée, avocat et procureur d'Abraham Binct, fermier judiciaire du prieuré de Saint-Clément, et de M® Ch. Gautier, prieur dudit prieuré.
« Nous sommes transportés du Lion-d'Angers en la ville de Craon, où nous sommes arrivés maison de François Gohon, hôte, et le lendemain lundi 24 août 1898, sur l'avis dudit procureur du roi, afin de plus facilement procéder à la vue, Visitation et montrée des ruines et démolitions de l'église dudit prieuré, cloître, logis, etc., pour faire rapport de ce qu'il convient débourser, pour le tout réparer, avons nommé d'office Guill. Hubert et François Desmottes, maçons; François Loncle, charpentier; Jacques Ballue et Jean Lezé, menuisiers ; Jean Bourgeois, couvreur: Jean Cercler et Malherbe, serruriers ; Bordoul et Marsollau, terrassiers, et Bureau, vitrier, et transportés audit prieuré, arrivés au dedans du chœur ont comparu les religieux es personnes des frères Georges Duplessis, Dorsepmaine et Lefevre, religieux profès, lesquels nous ont présenté requête en laquelle ils ont dit que, dès le 8 octobre 1596, en vertu de certain prétendu jugement donné par M. Adrien Jaquelot, soi-disant lieutenant-général au siège présidial d'Angers, lors transporté à Nantes par ceux de la Ligue, le 18 septembre 1596, il aurait été fait montrée des
mêmes ruines, lesquelles depuis ont augmenté, et sont advenues par le fait des gens de guerre pendant les troubles dernière, et dit en outre qu'il est nécessaire de faire réparer les vitres du chanceau et chœur de Téglise et leur fournir de deux chasubles fournies. Tune de Notre-Dame, etTautre des trépassés, de chapes d'ormoires et tuniques. Outre, qu^ils n'ont aucun livre et leur est nécessaire avoir un festival ou dominical, un graduel, un missel et une bible ; par défaut desquels ils ne peuvent dire matines, chanter messe, etc., et leur est besoin, outre, avoir quelques livres de théologie pour vaquer à Tétude. La Chaussée pour ledit Binet, fermier, a dit que pour les ruines qui sont audit prieuré, il lui est impossible jouir de sa ferme, étant la maison, grenier, grange, etc., du tout en ruine tellement que ledit Binet a été contraint de louer des greniers dans la ville de Graon. Davantage qu'il y a deux métairies : la Fourmentière et Tissu aux moines, esquelles il n'y a aucune habitation... qu'à raison de ce, elles sont inutiles et de peu de valeur. Plus y avoir deux moulins à eau, Tun à froment, l'autre à seigle, appelés les moulins de Tissu, lesquels sont du tout ruinés et inhabités qui soûlaient valoir cent écus de ferme, demandé et requis qu'ils soient réparés, sinon qu'il lui soit fait diminution de la somme de 400 liv. pour lesdites métairies, de 100 écus pour lesdits moulins et pour le logis et clôture du Portail qu'avait accoutumé servir à loger les fermiers et leurs gens ; aussi demande rabais de 40 écus. Acte est donné aux susdits de leurs requêtes.
a Ce fait, ledit procureur du roi nous a, et auxdits religieux et experts, fait montrée au chœur dudit prieuré : deux grandes fenêtres à vitraux sans vitres Au dedans dudit chœur, défaut de quatre vitres en un vitrail. En la chapelle Saint-Benoît, deux fenêtres où il n'y a aucun vitrail. Le chœur décarrelé et sans livres fors un dominical dont plusieurs feuilles otées, et deux festivaux en même état. Es cloitres, lesquels avons vus tout ruinés pour être la plupart des piliers brisés, la charpente et lambris pourris par défaut de couverture. Dans la salle du chapitre, décarrelée. — Sur ce ont dit les religieux qu'avant le siège de Graon il y avait quelques ruines arrivées par le fait des gens de guerre, même par le capitaine Beaulieu (ligueur], qui se serait logé dans le prieuré et fait un fort, duquel il aurait été expulsé hors, et que depuis qu'il aurait sorti, lesdites ruines seraient continuées par défaut de réparation, et que la cause de la ruine totale provient de ce que lors du siège de Graon, M. le prince de Montpensier y était logé avec le corps de l'armée et avaient les vitres rompu pour la plupart, afin d'en avoir le plomb. Guisine décarrelée, défaut de deux panneaux de vitre.
tf Ledit procureur du roi a requis qu'ayant à prendre le serment dudit
du Plessis, religieux, et s'il n'était pas prieur de Saint-Clément es années 1889 à 1897, et si esdiles années il a recueilli les fruits dudit prieuré, et si h présent il prétend droit en icelui, et s'il l'a résigné et à qui? Ledit du Plessis, serment pris de lui, a dit avoir été pourvu dudit prieuré en l'année 1889, par le décès de feu frère Seguin, et qu'il fut pourvu par le légat, lors à Paris, et confesse avoir joui dudit prieuré en vertu de ses provisions de l'année 1889 à 1897, et avoir baillé ses dites provisions k frère Jacques Teillard, avec lequel il a concordé et retenu 100 écus de pension.
(( Ce fait, ledit procureur du roi nous a fait montrée de la boulangerie qu'avons vue ruinée, le four du tout abattu, décarrelé, les vues condamnées, cloisons et terrasses rompues. Au logis du prieur la salle et chambre décarrelées, les fenêtres et vitres ainsi que de l'escalier entièrement détruits. Lesquelles fenêtres de bois et vitres ledit du Plessis a dit les avoir fait ôter du temps du siège et porter au château. Lesquelles fenêtres ont été depuis rompues et brûlées, sauf quelques-unes qu'il offre représenter : sur quoi ordonnons que lesdites vitres seront baillées à François Chevalier, prévôt dudit prieuré. A la grange et pressoir qu'avons trouvés ruinés tant de murailles que de charpente.
« Nous a aussi montré le procureur du roi une place où était le logis du Closier, joignant le logis du Portail. Plus le logis du Portail lequel avons vu pareillement en ruines, les chambres décarrelées, sans fenêtres ni vitres.
« Sur ce, serment pris des religieux depuis quel temps lesdites ruines sont advenues tant es granges que logis, nous ont concordement dit être advenues, savoir : en ladite grange depuis deux ou trois ans, et les autres depuis cinq à six ans.
a Sur la réquisition du seigneur delà Chaussée (avocat du fermier), les religieux ont dit qu'à la vérité les deux moulins de Tissu et logis des deux métairies et closeries sont du tout en ruine et les maisons brûlées en raison de la guerre, et que les moulins, lorsqu'ils moulaient, auraient été affermés 200 liv., et chacune des métairies pareille somme, et la closerie du Portail 20 écus (1). (On ne se douterait pas que cette closerie est le prieuré actuel, un peu agrandi, il est vrai.)
« Ordonne que lesdits experts se transporteront dans ce jour sur chacun desdits lieux pour nous en faire rapport demain matin.
« Et le lendemain (28 août) à^ix heures, en la maison dudit Cohon ont comparu,
(1) L*écu valait alors intrinsèquement 5 fr. 70 c.
Le vitrier demandant pour son état 200 écus.
Les maçons pour la closerie du Portail 146
Pour. le pressoir 350
Pour les moulins de Tissu 100
Pour la Fourmenlière ou Fromentinière 100
Le charpentier pour la basse salle 107
Pour le logis de la closerie 200
Pour la Fourmentière, Tissu et moulins 640
Le couvreur pour Téglise, cloître et logis 400
Pour le logis du Portail 20
Pour la maison, cellier, étables et closerie 200
Pour la grange 400
Pour Tissu et la Fromentinière 500
Les terrassiers pour Téglise et le prieuré 240
Logis et closerie du Portail 38
Pour Tissu et la Fromentinière 70
Les serruriers 2à2
Les menuisiers 110
Total des réparations 4,040 écus:
« Plus les dédommagements dus au fermier, et les religieux persistent dans leur demande ci-dessus. »
« Troisième journée. — Interrogé ledit du Plessis, confesse avoir pris les fruits dudit prieuré, excepté des deux métairies de la Benardière et de la Senaudière en Louvaine qui avaient été pris es années 1590 et 1591 par le seigneur de la Lande de Niafle (Li Chevallerie), lors gouverneur dtî Château-Gontier. Et excepté aussi la métairie de la Chollière ; dit qu'il a employé ces fruits pour Tenlretien des religieux et le sien. Interrogé s'il a payé les décimes dus par le prieuré, répond les avoir payés au général Lafontaine duquel il a quittance ; — s'il a les papiers concernant les rentes, fiefs et cens, dit qu'il en a quelques-uns qu'il offre rendre h celui qui demeurera prieur, et que partie a déjà été baillée à Jacques Teillard auquel il a résigné ledit prieuré.
« Dorsepmaine requis si ledit du Plessis a recueilli les fruits depuis 1589, — dit que oui, et que les religieux n'ont point réclamé parce que ledit du Plessis donnait beaucoup d'aumônes. — Ils demandent aujourd'hui parce que lui ayant demandé, il n'a rien voulu bailler, et ne peuvent le contraindre, car il n'a aucun bien. Dorsepmaine interrogé, a dit que frère Michel Duchelou, religieux du prieuré, a pris les armes au temps de la guerre pour la Ligue et était lieutenant du capitaine Beaulieu.
SUITE Di; REISVOI I. 618
fl Frère René de Blerville interrogé, a dit que du Plessisa joui du temporel du prieuré depuis huit ou neuf ans, et qu'en Tannée dernière 1597 il a affermé partie dudil prieuré pour nourrir quatre religieux, gardant pour lui la Chollière, laFromenlînièVe, Tissu, la grande dîme qui s'amasse au prieuré, la closerie du Portail, les métairies de Louvaine, les dixmeries ^ (les dîmes) dudil Louvaine, d'Athée, de La Chapelle-Craonnaise et Saint- Saturnin, des rentes tant par blé qu'en argent, fief et étang de Saint-Clément. Ne sait s'il a payé les dîmes, mais sait bien que les aumônes ont été fort mal administrées, et peu données, et les religieux mal nourris, et que pendant ledit temps de jouissance, du Plessis, soi-disant prieur, avait tel crédit avec les soldats de la Ligue, qu'ils n'osaient (les religieux) lui faire aucune demande d'ornements et de livres. Dit davantage que la closerie du Portail, la grange et le pressoir ont été abattus par Beaulieu et son lieutenant Duchelou, il y a environ huit ans; qu'alors plusieurs ornements d'église furent perdus et que lui, répondant, avec les autres religieux, fui mis hors du prieuré par Beaulieu et Duchelou, et que si depuis lors ledit du Plessis eût employé aux réparations 20 ou 30 écus, le prieuré ne serait pas dans l'étal où il est.
« Frère Michel et Lefebvre interrogé, dit n'avoir connaissance des faits ci-dessus, attendu qu'il n'y a qu'un an qu'il esl au prieuré étant auparavant à Vendôme, mais que l'année dernière, outre la pension des religieux qui étaient au nombre de cinq, du Plessis a joui par main des objets indiqués ci -devant.
« Quant aux métairies de Louvaine et aux dixmeries, n'a opinion que
du Plessis en ait joui, parce que frère Charles Dupont, lequel fut chassé du
prieuré par le crédit que ledit du Plessis-Mouscherard avait avec le sieur
du Plessis de Cosmes, avait 100 écus assignés sur lesdites métairies et
dixmeries, d'autant qu'il sait que ledit Dupont avait intelligence avec le
maréchal de Bois-Dauphin (qui avait alors abandonné la Ligue) et au
regard de lui, répondant, il fut en semblable peine d'autant que ledit
Mouscherard ne le pouvait souffrir parce qu'il arrivait de Vendôme, ville
obéissante au roi, et pressait du Plessis de Cosmes de le chasser ainsi que
ledit Dupont pour avoir moins de religieux à nourrir. Sur ce requis dit
que du Plessis n'a pas payé les dîmes de l'année dernière, et quant aux
aumônes s'en esl fort mal acquitté.
« Ce fait, ce requérant, nous procureur du roi, avons mandé tous les susdits religieux auxquels avons enjoint de se tenir au dedans de leur cloître, vaquer es prières et oraisons suivant et au désir de leur règle, et défendu d'aller chasser es garennes et pescheries du prieuré, et audit Abraham Binet, fermier, avons fait défense d'administrer aucune pitance
611Î PiÈCKS JUSTIFICATIVES KT KEiNVUlS.
et survie audit Michel Duchelou qui s'est absenté du prieuré lors de noire arrivée, jusqu à ce qu'il ait comparu devant nous et qu'il ait été ouï sur certains faits, etc.
« Fait à Craon, par devant nous, Marin Boisleve, etc., le 26 aoAt 1398. »
En 1609, le nouveau prieur, Jacques Teillard, s'opposa à ce qu'un frère ' religieux du couvent des Anges, vînt prêcher à Saint-Nicolas sans sa permission.
Bientôt surgit un plus grave démêlé : le prince de Bourbon et le curé de Saint-Clément avaient permis en 1613 à Lefebvre, seigneur de TEpinay et sénéchal de Craon, de placer un banc long et large de cinq pieds, visà-vis l'autol de Notre-Dame, entre ceux de Chouaigne et de la Jacopiére, à la place de celui de l'ancien procureur de la fabrique, à condition do donner à l'église une chasuble belle et honneste, René Gouin, procureur fiscal de la baronnie, fut chargé de l'exécution de cet arrangement. Mais le seigneur de TIle-Tyson, Pierre de Lantivy, offusqué de voir le sénéchal à une place plus honorable que la sienne, s'y opposa vivement ; de là procès.
Sur ces entrefaites, la terre de Craon fut vendue en 1620 à la famille d'Aloigny. Neuf ou dix ans après, le seigneur de l'Ile voulut profiter de ce changement et, de concert avec le curé, substitua son banc à celui de l'Epinay ; il triomphait enfin, mais son triomphe ne fut pas long. Le fils du sénéchal, armé d'une hache, tombe sur le malheureux banc et le fait voler en éclats. On ne sait à quelles extrémités se seraient portés les contcndants si, quelques mois après, en 1630, le seigneur de la RoUière, intendant du baron, n'eût fait donner parole à ces deux gentilshommes de remettre leur différend entre les mains du nouveau seigneur.
En effet, la RoUière les mil parfaitement d'accord ; il fit enlever les deux bancs et mettre à leur place celui du baron; c'est toujours réternelle histoire de l'huître et des plaideurs.
Mais les religieux refusèrent de souscrire à cette justice à la turque. — En 1632, il y eut réclamation de la part du seigneur de l'Epinay. Le sénéchal Hullin rassembla à Saint-Clément : Samuel Gandon, écuyer ; de la Rollière, intendant ; René Boucault, seigneur du Houx, lieutenant de la juridiction ; René Fouin, sieur de la Cour de Livré, procureur fiscal ; Pierre de Lantivy; de Margallain, chevalier, seigneur et baron de Chauvigné ; Pierre Davy, écuyer, seigneur de Boutigny, etc., etc. Le sénéchal, de l'avis du curé, nomma d'office comme experts non suspects : Marsolier, sacristain de Saint-Clément ; Métier, chapelain ; noble homme ' Chevalier, seigneur de la Masse, grenetier au grenier à sel de Craon ; Claude Chevalier, contnMeur audit grenier à sel ; Pierre Chevalier, René
Gnevilier, avocats à Craon, et neuf autres, du nombre desquels fui Moredé, le menuisier qui avait transporté les bancs.
Le résultat de la délibération fut de placer le banc de TÉpinay en facele grand autel ; ensuite à gauche, vers la sacristie, celui de Ghouaigne ; puis celui de Boutignë, et à droite le banc de la Jacopière, Tallée de la procession entre deux. Vains efforts ; le procès continua et ne finit qu'en 1634, que, de guerre lasse, les parties choisirent chacune un avocat au Parlement,, avec un tiers arbitre.
Ils décidèrent que le banc de PËpinay serait remis à sa place, et que le seigneur de TUe-Tyson se pourvoirait devant le marquis de Rochefort et le curé pour avoir un lieu et place honorable autre que celle de TÉpinay et de la Jacopière. [Arch, de la Mayenne, H, 68.) Cette affaire prouve le crédit qu'avait déjà acquis la famille de TËpinay (voyez Laubrières)^ et comment, pour de minces intérêts, si toutefois on peut considérer comme tels ceux où se trouve engagé Tamour-propre, nos aïeux ne craignaient pas de soutenir des procès pendant vingt et trente ans, et d'aller jusqu'au Parlement.
Légende latine et française du vieux plan de réglise et du couvent
de Saint-Clément (PI. XXIV) (1).
Prioratus S. démentis de Credonio : Prieuré de Saint-Clément de Craon.
A Ecclesia : Ancienne église, devenue le chœur des Bénédictins.
B Navis ecclesiœ : Vaisseau de l'église, église paroissiale.
C Saa-istia : Sacristie.
E Doi^toiium : Dortoir.
F Refectorium : Réfectoire au-dessous.
G Culina : Cuisine.
H Cella communis : Dépense, office commun.
I Hospitium : Parloir, hôtellerie.
K Infirmaria : Infirmerie.
L Claiistrum : Cloître, préau.
M Sacelium B. Mariœ majoris : Chapelle de Notre-Dame-la-Grande, encore existante en 1736, et dite église sous terre.
N Cimiterium majus : Grand cimetière.
0 Cimiterium miniis : Petit cimetière joignant l'église au nord.
P Ingressus monasterii : Entrée du monastère avant celle ouverte en 1624.
(1) Ce plan a èlé donné à Sainl>Clénicnt par M, Sauvé, avocat à Gh&tcau-GoiUier,
Q HartULs : Jardin.
R Campanile majus : Grand clocher; il ne tenait point à Tëglise, et contenait deux cloches, de 780 et de 1,000 kil., pour le service de la paroisse.
S Campanile minus : Petit clocher à Tusage particulier du couvent ; il contenait trois cloches ; une sixième cloche était pendue au pignon ouest de Téglise.
T Atrium ecdesiœ : Porche devant Téglise.
U Sceau des Bénédictins.
V Sceau particulier du prieuré de Saint-Clément.
Domini prioris specialia : Bâtiments particuliers du prieur.
1 Domus majoris : Logement du supérieur ou prieur claustral (la cave voûtée au bout de la terrasse actuelle était sous ce logement).
2 Torcular et horreum : Pressoir et grenier.
3 Granagia major : La grande grange.
Equaria minor : Petite écurie (sans doute dans la grange).
4 Atrium prioratûs : Porche du prieuré, servant, au xv* siècle, d'audience et de halle.
5 Jardins de Blin.
6 Puits.
7 Abbatial.
Nous avons trouvé, 2iux Archives nationales, un deuxième plan de Saint- Clément, presque en tout conforme à celui-ci, mais paraissant moins ancien. U porte la date de 1677, et montre qu'à cette époque l'abside en cul de four de Notre-Dame-la-Grande M n'existait plus, et qu'on avait ajouté une fuie ou pigeonnier au milieu du grand jardin ; qu'enfin l'hôtellerie (hospitium) et le logement du prieur claustral existaient encore.
Pendant les longs débats occasionnés par les prétentions du seigneur de l'Ile-Tyson, il s'était produit un grand changement dans le prieuré. Jacques Teillard avait agrégé, en 1623, sa communauté à la Congrégation de Saint-Maur, et, en vertu de cet arrangement, de nouveaux religieux étaient venus s'installer à Saint-Clément le 1"' juillet 1624.
Le prieur commendataire laissa aux religieux vingt setiers de seigle et six d'orge (soixante-huit hectolitres en tout) (1), pour les distributions qui se faisaient aux pauvres de Saint-Clément ou de Craon trois fois par semaine, et à tout pauvre de passage.
Pour leur entretien, les religieux eurent la Petite-Métairie, avec la dîme qui s'y amassait ; les métairies de la Tronchaie, de la Hamelinière, de la Chollière et de la Bouterie ; les dîmes d'Athée et de La Chapellc-
(1) Une faut pas oublier que Icfromcnl était alors assez rarement cultivé.
Craonnaise, les closeries de la Potherie et de la Bacherie, le grand jardin avec celui de Blin, derrière Notre-Dame- la-Grande ; Tétang, au bas de ces jardins, avec le poisson qui le peuplait, et les bâtiments conventuels (la cure actuelle). Pour leur donner une sortie commode, au lieu de passer par la cour du prieur, on ouvrit, près du clocher, le portail actuel, dit de; Saint-Benoit (1). L'ensemble de leurs revenus s'élevait, en 1699, à 4,500 livres; c'était pour chacun 643 livres. (Mémoire de Miromenil,)
Le prieur promit en outre à ses religieux une charretée de foin, trois airées de paille, trois barriques de vin pour dire la messe, quatre charretées de fumier et le bois nécessaire à leur chauffage, en se réservant dix charretées pour son usage personnel.
Il s'engagea, en outre, à payer annuellement 40 livres pour les grosses réparations, les petites étant à la charge des fermiers, et 1,000 livres, une fois payées, pour le mobilier du couvent.
Le chœur (pi. XXIII IV, et pi. XXIV A), désormais réservé aux religieux, fut fermé par une porte ; et à la place des jubés on éleva les deux autels de Notre-Dame et de Sainte-Anne.
Le prieur commendataire resta chargé des ornements de l'église, se réserva les bâtiments qui portent encore le nom de prieuré, et pour revenu la closerie du Portail, estimée 60 livres. C'est la ferme actuelle du prieuré,
mais augmentée aujourd'hui des anciennes terres de la cure (environ cinq hectares] et de quelques acquisitions : les métairies de la Besnardiëre et de la Senaudièrc, en Louvaine, évaluées ensemble 300 livres; la Fromentinière et Tissu-aux-Moines, 400 livres ; la Tinallière, sur laquelle se dressait le fameux gibet, Touchebœuf, la Gruchaudiëre et la Hapayëre (2).
(I) La jilanche XXIV Kgurc uucpelite porU*, mais non le grand portail qui existait en 1868 et qui paraissait bien ôlre celui conslruil vers 16i4 ; seulement il était, avant la Révolution, plus près du presbytère.
(i) On trouve dans les notes de Fontaine- Couverte la contenance, en 1790, de quelques-unes de ces métairies.
Domaine du Portail 20 journaux, 20 hommées.
Tissu-aux-Moines 33 13
TiHallière îfô 13
Fromentiniére 45 18
Terres de la Cure I
Terres de Rabory J '"
Total 163 1/2 journaux, 66 hommées.
Soit quatre-vingt-deux hectares de terre labourable et vingt-deux hectares de pré ; le tout fut évalué par Texpert du district 69,316 fr.
La maison Sainte-Catherine, la chapelle Saiiit<Thomas, qui était contiguë et sur remplacement desquelles a été rebâtie la cure actuelle (yj70\ furent estimées 700 livres et également vendues.
Le prieuré possédait aussi, en Gongrier, la chapelle de la Monité, avec treize journaux de terre et trois hommées de pré; elle était chargée d'une messeparsemaine.il la céda au curé de Gongrier en 1763, pour 10 livres de rente, nette de toute redevance. Gelle chapelle fut vendue, pendant la Révolution, 3,000 fr.
Il ne faut pas croire que ces revenus fussent sans grosses charges. Bf . Denis, ancien percepteur de Graon et fils de l'ancien fermier du prieuré, nous a assuré, pour l'avoir souvent entendu dire à son père, que les dîmes en blé couvraient à peine les rentes de même nature dues à divers établissements religieux, tels que La Roë, l'hôpital de Graon, les Dominicains du faubourg, etc., de telle sorte qu'il se trouvait content quand les menues dîmes lui restaient pour faire sa ferme.
La cure seule recevait trente-six setiers (quatre-vingt-quatorze hectolitres) de blé (1) ; Thôpital des malades, dix-huit setiers.
Il n'est pas dit si le nouveau prieur resta chargé, comme du temps de Louis de Grevant (1526-1546), d'inviter à dîner à toutes les fêles les prieurs de Bouchamp, de Bouligny et de Saint-Eutrope, et vingt deux fois par an le curé et le segrétain de Saint-Glément. (M. l'abbé Logeais.)
Revenons aux longs procès soutenus par nos religieux.
Jusqu'ici, les discussions ne s'étaient élevées qu'entre le prieuré et les barons. Voici maintenant le prieur aux prises avec son vicaire perpétuel^ seul titre accordé, par les religieux, au prêtre chargé de la paroisse, mais que nous appellerons, nous, comme tout le monde d'alors, le curé.
Un partage des dîmes mal défini entre les religieux et lui, le déplacement de la chaire, furent les causes de ce procès. Il se termina, en 1621, par une transaction qui laissa la chaire à sa dernière place, attribua les deux tiers des dîmes aux religieux, et l'autre tiers au curé (2), excepté pour les pois, fèves et autres légumes, où il ne prit plus rien. Le curé conserva les droits de sépulture et la faculté de concéder les bancs. Le prieur s'interdit de prendre aucun droit à Saint-Nicolas, ainsi qu'aux
(1) M. Huault (le la Bemaderie, dernier curé de Saint-Glément, guillotiné le 6 février 179i à Angers, distribuai chaque dimanche après sa messe environ trois cents livres de pain aux pauvres. Souvenl il étail faligué cl son domestique voulait qui! allât déjeuner. « Et mes pauvres, répondail-il, ont-ils diné? » — Souvenirs d*un témoin encore vivant en 1869.
(2) Ces dîmes consislaient en vin, blé, agneaux, laioe, veaux, pourceaux, lin, chanvre, sur toute la paroisse, excepté sur Boutigny.
Les religieux avaient aussi Içs oblaiions de Téglise paroissiale et de toutes les chapelles, excepté celles de Saint-Nicolas, de Saint-Eutrope et de Boutigny.
offrandes, troncs, boites, baise-mains, etc., mis à Saint-Clément, se réservant toutefois les offrandes en or, argent ou monnaie, et les deux tiers des fouages dus par les paroissiens, Tautre tiers restant au curé (i). Cet accord fut ratifié par rassemblée des notables, au nombre de quarante-six, congrégés avec leur syndic, en la manière accoutumée, à rissue de la grand'messe, devant la porte principale de Téglise.
En 1627, le baron accusa les religieux d'avoir commis des dégâts dans la forêt, sans doute parce qu'ils avaient usé du droit d'y prendre du bois; mais leurs titres étaient formels ; aussi, après quinze années de procédures, un arrêt du Parlement, de 1643, condamna le marquis d'Aloigny à laisser le prieur de Sainte-Marthe prendre dans la forêt le bois pour le chauffage du couvent et du four à ban, sans montrée, et celui pour réparations avec montrée, c'est-à-dire avec la marque des officiers du seigneur. Le marquis, en outre, fut condamné à l'amende ordinaire de 13 livres envers le roi, et à 6 livres envers la partie, sans dépens.
En 1646, nouvelle tentative d'empiétement par le baron. Son procureur fiscal fit placer contre le mur du petit cimetière, entourant l'église et visà-vis la rue dite le Pavé, un poteau aux armes du baron. Onze ansaprès^ le procureur général conclut à remplacer ces armes par celles du roi.
En 1649, encore nouvelle attaque du baron contre les religieux, qui avaient tiré de la forêt, pour leur chauffage, environ quatre-vingts charretées de bois de fouteatix frappés de la marque du prieuré (une ancre). Boucault, seigneur du Houx, juge des eaux et forêts, leur dressa procèsverbal. On voit par cette pièce que chaque religieux recueillait à part son bois, soit douze charretées chacun. (Arch. dép.. H, 68.)
Bientôt Saint-Clément rencontre de nouveaux adversaires : cette fois, ce sont les chanoines de Saint-Nicolas, qui prétendent que ce n'est que depuis l'arrivée des religieux réformés que leur procureur, Boisseau, jette le trouble partout, veut anéantir les fonctions curiales de Saint- Clément, prétend avoir juridiction sur le chapitre de Saint-Nicolas, qui ne reconnaissait d'autre supérieur que l'évêque, veut officier à Saint- Nicolas, lorsque la liturgie particulière aux religieux s'y opposait, et enfin prétend faire marcher devant eux les chanoines dans les processions, ce qui était une place inférieure, tandis qu'ils devaient marcher à même hauteur, à gauche, les religieux tenant seulement la droite, etc.
(1) Ces droits, dus au jour do Noël ou de la Saint-Jean, étaient de quatre deniers par feu, d'où leur vint le nom de fouage, (Arch, départ.. H, 68.)
Quelquefois on cnlcndait par fouage le droit de prendre du bois pour son chaufTagc, ou droit de forêt.
Le 1" février 1647, Sainl-Clément oJbtint autorisation de poursuivre les chanoines ; néanmoins ceux-ci, le 15 août suivant, non-seulement refusèrent de laisser entrer à Saint-Nicolas la procession de Saint-Clément, mais encore reçurent les religieux par gratis paroles insolentes. Ceux-ci, qui avaient eu soin de se faire accompagner d'un notaire, en firent immédiatement dresser procès-verbal; mais ils ne purent conduire la procession qu'à la chapelle Saint-Pierre.
Le 17 août, l'affaire est évoquée au présidial. Le nouveau baron prend fait et cause, comme à l'ordinaire, pour son chapitre, et met aisément dans son parti le curé de Saint-Clément, Grannier, qu'il avait fait chanoine de Saint-Nicolas, et qui était celui-là même qui avait refusé d'ouvrir la porte de Saint-Nicolas à la procession.
De là, sommation au curé, à ses chapelains, et même aux Dominicains, de se trouver, à la prochaine procession, au faubourg Saint-Pierre. Le procès se complique de plus en plus : le 7 février 1648, les religieux obtiennent commission de faire assigner le défunt marquis de Rochefort pour voir dire^ etc. ; de part et d'autre on incidente, et on interjette appel. Âpres nonibreux dits et contredits, appellations, salvations et compulsoires, on produit l'acte de fondation de Vendôme, de 1040, et la convention de 1387 ; contre ces pièces, les parties s'inscrivent réciproquement en faux...
Ce n'était point encore assez : le baron, en 1647, avait voulu enlever aux religieux leur droit de pêche vis-à-vis Saint-Eutrope, et ceux-ci, pour constater leur droit, avaient tout aussitôt ordonné à leurs domestiques d'y pêcher, ce qui leur valut un nouveau procès de la part de Boucault, maître des eaux et forêts de la baronnie.
Pendant que tous ces procès naissent, croissent, s'enohevêtrent, deviennent de plus en plus inextricables, le prieur claustral, François Camus, s'aperçoit que la justice du prieuré était tombée dans un déplorable oubli. Il fait défense à tout sujet du fief de Saint-Clément d'intenter procès ailleurs que devant lui, et ordonne que tous les quinze jours l'audience se tiendra sous le grand porche du prieuré, autrefois nommé les halles de Saint-Clément. Ce porche n'était fermé, comme aujourd'hui, que d'un bout ; les plaideurs devaient quelque peu s'y morfondre. On en eut pitié, et l'audience fut établie dans une maison près du clocher. Elle a été rebâtie depuis.
Mais le procureur général d'Angers mit opposition au rétablissement de cette juridiction, sous le prétexte qu'elle avait été interrompue depuis plus de cent ans.
Six ans auparavani, en lGi2, le prieur de Sainlc-Marthe avait aussi
remis en vigueur Tobligation^ pour les sujets, d'aller au four baaal, sous peine de 5 sous d'amende.
En 1656, le§ chanoines de Saint-Nicolas s'étant avisés de faire tirer par le sieur Legros, leur maçon, cent cinq charretées de pierre dans le petit chemin qui va de Saint-Clément à Saint-Ëutrope, reçurent des religieux une nouvelle opposition.
Mais ce qui mit le comble à l'irritation des religieux, c'est que deux hommes de Bouchamp, condamnés par le tribunal du baron à être pendus, l'un en 1656, l'autre en 1661, furent, après leur exécution au pilori, portés aux fourches patibulaires de la Tinallière, qui appartenaient au prieuré : opposition fut signifiée au procureur fiscal du baron, qui n'en tint compte. •
Louis d*Aioigny étant mort en 1657, les religieux, à l'occasion de son service funèbre, s'opposèrent à ce qu'il fftt mis dans leur église des litres et des armoiries; trois ans plus tard, ils assignèrent le curé Crannier pour violences et pour attentat sur les droits du roi, prétendant qu'il avait voulu ôter àSa Majesté le titre de fondateur, pour le donner à Louis d'Aloignjr.
Enfin, après quatorze années de procédures^ qui allèrent encore jusqu'au Parlement, les parties finirent par où elles auraient pu commencer, c'està-dJre par un arbitrage. Il fut confié, d'un commun accord, à Michel Langloyer, avocat à Paris ; et le 7 octobre 1662, les religieux et les chanoines signèrent l'accord suivant :
« A la mort de l'un d'entre eux, ils se feront réciproquement et gratuitement les honneurs de la sépulture.
« A la Fête-Dieu (le jeudi), les chanoines de Saint-Nicolas se rendront au chœur de Saint-Clément et assisteront à la procession générale, dans laquelle ils se tiendront à main gauche, et les religieux à droite et au premier rang. Au dimanche dans l'Octave, qui est la procession de Saint- Nicolas et des confréries, les chanoines viendront également, après en avoir été priés par les religieux, et le même ordre sera suivi, excepté que le Saint-Sacrement sera porté conjointement par les officiants de Saiot- Clément et de Saint-Nicolas ; mais celui de Saint-Clément donnera la bénédiction à la procession, ainsi qu'au prédicateur qui prêchera sous les halles (1). Le jour de saint Marc, les chanoines se joindront aux religieux
(1) Ce qui n*empôcha pas un chanoine de Saint-Nicolas qui av<iit porté Tostensoir avec le prieur de Saint- Clément, à la procession de la Fête-Dieu du 24 juin 1696, de prendre sous les halles, pour entendre le sermon habituel, l'étole, signe distinctif de rofllciant, et de la garder malgré Tavertisscmept du prieur. De là nouveau procès !
à la porte Saint-Pierre pour aller à la chapelle de Saint-Marc, où la messe sera chantée par les religieux. Au retour, ils se reposeront près la maison de la Sablonniëre. Le 9 mai (Translation de saint Nicolas}*, les religieux se joindront aux chanoines et à la confrérie à la porte Saint-Pierre, feront le tour de la ville, et se sépareront devant Téglise Saint -Nicolas. Le jour de TÂssomption, ils se joindront également à la porte Saint-Pierre, feront le tour de la ville, et, au retour, entreront au chœur de Saint-Nicolas, et seront reconduits par les chanoines jusqu*au dehors de l'église. Pour toutes les processions ordinaires, les chanoines seront avertis par les religieux ; pour les processions de nécessité publique, ils le seront par les fabriciens. Les Te Detim seront chantés séparément; les chanoines pourront conserver le Saint-Sacrement à leur grand autel, donner la communion les uns aux autres, à leurs chapelains et enfants de chœur. Ils pourront aussi continuer dans leur église les confréries de Saint- Nicolas et du Saint-Sacrement, conformément aux bulles du Saint-Père. Dans les obsèques des laïques, comme dans les cérémonies publiques, Tofficiant de Saint-Clément portera seul Tétole; mais si celui-ci est chape, celui de Saint-Nicolas le sera également. Enfin, les cloches n'interrompront point les offices de Saint-Clément, et les religieux n'empêcheront pas les chanoines de sonner les leurs comme à l'ordinaire.
c En ce qui regarde le baron, laissant de côté toute inscription de faux, les parties tiendront à la transaction de 1387. (Voyez renvoi H.) Le baron aura pour lui et sa famille un banc au chœur paroissial, près le principal autel, et, quand il sera seul, pourra prendre place dans les chaises (stalles) du chœur des religieux, après Tabbé, le prieur et Tofficiant : même rang pour Teau bénite et Tencens. Dans les prières nominales du prdne, le baron, madame son épouse et leur famille ne seront recommandés qu'après le roi et la maison royale. Le baron pourra mettre litres et tentures funèbres dans Téglise, mais non au chœur ni dehors (1). Dans les processions publiques, les officiers du baron tiendront la main droite ; mais à celles des religieux, la gauche. Le poteau aux armes du baron (2) restera où il est, sans que les religieux puissent en planter un
— L'usage de ces sermons aux processions avait fait dresser vers le milieu des halles une chaire à demeure.
(1) La grande litre {viUa lugubris) était une bande large de deux pieds, peinte en noir sur le mur de Péglise tout autour, en dedans et en dehors. Les patrons fondateurs avaient seuls droit à ces litres qui restaient aux murs pendant un an. L*usage a prévalu de leur substituer des bandes d'étofTe noire qui, au bout de Tan, deviennent la propriété des fabriques. [Des droits honoriliques es églises^ 1021.)
(2) Ce poteau qu'un témoin, encore existant, se rappelle avoir vu, était peint en
SUITE i*r iiENvoi I. 625
autre; le tout sans préjudice de la justice qui leur appartient. Le prieuré est déclaré de fondation royale ; et, par conséquent, le baron dut renoncer au titre de patron et fondateur, en vertu sans doute de cet axiome canonique :
« Patronum faciunt dos, œdificatio, fundus. » (Patronage s'acquiert par dotation, construction et fondation.)
Cependant, Téternel conflit entre les chanoines et les Bénédictins existait toujours. Un notaire de Craon, fermier du prieuré de Bouligny, en 1674, avait rétrocédé son bail à un chanoine de Saint-Nicolas, et celui-ci prétendait avoir le droit d'aller dire sa messe à la chapelle de ce prieuré. Le curé de Saint-Clément prétendait, au contraire, avoir seul la disposition de ce qui concernait le spirituel de la chapelle. Or, il arriva que Tabbé Lanier, envoyé par lui pour y dire la messe, trouva la serrure de Tarmoire qui renfermait le calice enlevée, Tétole, le corporal et Yessui ou purificatoire à terre, et des témoins assurèrent que ces effractions étaient le fait du notaire et du chanoine. L'abbé Lanier s'empressa de porter tous ces ornements chez le fermier, en rengageant à les mettre en lieu sûr. Mais le fermier répondit que cela ne le regardait plus, et que sans doute c'était Tabbé Lanier lui-même qui avait volé ces objets ! — De là assignation et procès déplorable.
Quelques années après^ autre querelle d'un autre genre. Le baron s^avisa de faire saisir trois charretées de bois, ainsi que les vingt bœufs et les six chevaux qui les traînaient chez les Bénédictins, en vertu de leur droit. Le 26 août 1678, la cour d'Angers ordonna que les parties s'en tiendraient toujours à la transaction de 1387. — Mais à quoi bon les arrêts? — Vingt-cinq ans après, François d'Armaillé faisait enlever, par son métayer de la Chenardière, une poutre de deux pieds d'équarrissage que les religieux avaient fait abattre pour leurs réparations. Il est assigné. Mais ce rude chicaneur prend lui-même l'offensive, soutient qu'il ne doit que du mort bois pour le chauffage du prieur, et même qu'il n'en doit pas du tout quand celui-ci ne réside pas ; et, pour prouver cette nonrésidence, il prend son notaire, court au prieuré et tire longtemps la sonnette ; arrive le portier, qui dit n'avoir pas de clef, et finit par déclarer qu'il n'ouvrira pas. Le baron lient bon et sonne toujours ; enfin, le prieur sort du chœur, vient lui dire que le prieur titulaire réside, en vertu de son obédience, dans un couvent éloigné, et se retire sans vouloir signer ^n procès* verbal.
rouge, haui de cinq à six pieds, et portait un collier ou carcan de fbr que les enfanta s'amusaient souvent à faire cliqueter.
Les chroniques de Courbeveille font mention d*Qn prédicateur de Saint-Clément de Craon, nommé Le Manceau, qui, en 1699, avait une grande réputation.
Nous trouvons, en 1691, un maître des requêtes de la reine-mère, nommé de Galizon, propriétaire de la Grange d'Orée (de ùrée^ bord de chemin), transigeant avec la fabrique de Saint-Clément à 60 sous de rente pour les douze pots de vin, et 2 sous de pain qu'il devait à Pâques, pour être distribués aux communiants. [Arch. de Vhospice,)
Le 15 août 1702, le jour même que Vendôme battait les impériaux en Italie, le sous-vicaire de Saint-Clément, voyant que le prieur des Bénédictins, après avoir chanté le Domine salvum, donnait la bénédiction au peuple sans chanter YExaudiat ordonné par Tévêque pour le succès de nos armés, entre dans leur chœur et les apostrophe vivement. Les religieux de protester qu'ils n'avaient reçu aucun ordre, et d'attaquer en justice le sous-vicaire pour avoir troublé scandaleusement leur office. Survint un nouvel arrêt qui interdit au vicaire perpétuel, Adam, de prendre le titre de curé. Le procureur de Saint-Clément déclare qu'il devait en être de même du curé d'\thée.
En 1713, de vives contestations renaissent pour la préséance entre le prieur de Saint-Clément, les chanoines de Saint-Nicolas et le procureursyndic de Craon, celui-ci prétendant avoir les mêmes droits qu'un maire^ puisqu'il en faisait les fonctions. Ces tracasseries, renouvelées chaque année, ne finirent qu'en ilH, par la mort du sénéchal de Saint-Clément.
1714. Le curé ou vicaire perpétuel de Saint-Clément demande qu'on lui permette de faire le catéchisme dans la chapelle Saint-Thomas. Les religieux opposent à sa demande un refus motivé sur la gêne que cet éloignement causerait aux habitants de Saint Clément, et sur les tendances évidentes du curé à se soustraire à leur autorité : déjà il confessait, donnait la communion, et même mariait dans la chapelle Saint- Pierre; ce qui, avec Saint-Clément, l'Hôpital, Saint-Nicolas et Boutigné, lui donnait cinq églises où il pouvait faire le catéchisme : n'était-ce pas assez ? D'ailleurs, disaient-ils, cette chapelle est située dans une rue peu habitée ; — ses portes ne sont point fermées régulièrement ; de sorte que les porcs et les moutons y passent souvent la nuit. (Renvoi K.j
En 1716, les chanoines élevèrent la prétention de ne point présenter leurs morts à Saint-Clément avant de les inhumer dans leur église.
En 1721, les religieux s'aperçurent qu'ils avaient été volés de leur bois dans la forêt ; ils firent publier, par deux fois, un avis pour découvrir les voleurs. M. d'ÂrmailUé leur défendit d'en publier un troisième, disant qu'il donnerait ses raisons en temps et lieu. II est clair que ce bois
SUITE Di: RENVOI I. 021
avait été enlevé par ses ordres, comme le premier, et, ce qui achève de le prouver, c'est que les religieux ne purent avoir de bois en 1721 cl 1722. Cette perte, jointe aux dépenses de leurs procès, les obligea d'emprunter 3,000 livres de M. Gillot, seigneur de Boutigny.
En 1723, vive émotion : un bruit sourd, précurseur des tempêtes, circule dans le peuple et apprend aux Bénédictins que Ton veut les insulter au milieu de la procession dans la personne de leur prévost ou bedeau, en lui brisant son épée sur le dos (1) ! Mais le sénéchal de Saint-Clément, le docteur Carpentier et le procureur fiscal Lanier, notaire, accourent, rassurent les religieux et leur promettent que, s'ils veulent les soutenir, ils se trouveront à la procession en habits convenables à gens de justice, et que, si Ton attaque le prévôt (bedeau), ils sauront bien... en dresser procèsverbal. Il paraît que cette fière contenance impQsa aux malveillants, car rien ne vint troubler la procession.
De leur côté, les religieux continuaient leur opposition au baron; déjà, en 1722, ils avaient fait enlever les cloches de la chapelle Saint- Pierre; ils laissaient la nef dans un tel état de ruine, qu'elle menaçait la sûreté publique et qu'elle motiva une requête du procureur du roi. (Arch, de la Mayenne^ G, 119.) Alors, sous prétexte de la réparer, ils enlevèrent la charpente (i726) ; le baron, furieux, arrive avec ses officiers de justice et ses gardes-cha.sse, fait forcer la serrure et décréter de prise de corps le pauvre charpentier, qui alla se cacher chez les Bénédictins. Une assemblée de ville fut convoquée ; le baron y traita les religieux de fripons, d'ivrognes, etc., flatta les Graonnais de l'espoir de faire ériger la chapelle Saint-Pierre en église paroissiale, et menaça de prise de corps les religieux, ce qui mit leur terreur au comble.
On voit avec quelle adresse le baron savait mettre dans ses intérêts les habitants de la ville pour faire la guerre aux Bénédictins, et combien ceux-ci avaient raison de craindre qu'on leur enlevât l'église paroissiale. Ce fut encore bien pis quand ils virent, le 30 octobre 1726, M. d'Armaillé mettre en adjudication les travaux à faire à l'église Saint-Pierre sur une mise à prix de 45,000 livres, somme qui dénotait plus que des projets de réparation. Ils ne savaient à quel saint se vouer; car, pour comble d'infortune, le présidial d'Angers ayant reçu ordre du Parlement de ne point connaître de cette affaire*; aucun avocat n'osait s'en charger (2). Il
(I) Cependant le !•' juin 1695, le chapitre avait décidé que le sergent-prévôt ou bedeau porterait le manteau noir et une baguette à la main ; peut-être était-ce sans préjudice de Pépéc.
(2; M. F. d'Armaillé avait tellement eiïrayé les pauvres Bénédictins que ceux-ci,
paraît cependant que tout s*apaisa, et que les religieux en furent quittes pour remettre la chapelle en état, car ils continuèrent d'y célébrer la messe jusqu'en 1789.
Les CXLIV* et CCXXIV chartes de La Roë témoignent qu'au xn« siècle un petit couvent était joint à la chapelle Saint-Pierre. En effet, en creusant les fondations des nouvelles maisons à gauche, en descendant k la Grand'rue, on a trouvé plusieurs tombeaux. Or, on sait qu'à cette époque les cimetières des religieux entouraient leurs couvents.
Dès 1648, cette chapelle était rérunie à la manse conventuelle de Saint- Clément, ainsi que celle de Saint-Thomas; quelque temps après, elle devint, comme nous le verrons bientôt, la propriété de M. d'Armaillé; et à la Restatiratibn, son héritière, M'"'' la comtesse de Gossé-Brissac, la donna aux frères Joséphites, avec 300 fr. de rente, pour y tenir leur école. Ceux-ci l'échangèrent d'abord avec une maison sous la halle (le minage actuel), puis avec la maison qu'ils occupent maintenant dans la Grand'rue.
Tous les procès étaient-ils finis? — Point du tout. Un jour, le sénéchal Petitot se permit de proférer en pleine rue des injures grossières contre les religieux. Assigné, pour ce fait, le 15 juillet 1731, devant le procureur général d'Angers, et redoutant les suites de cette affaire, il pria, dit le registre des Bénédictins, a les principaux de la ville, M. et « M"*^ Budet, M. Bodard de la J-acopière, M. Drouard et autres personnes « qualifiées, de s'interposer et d'assoupir la procédure, promettant de « donner des excuses par écrit et de payer les frais, ce qui fut accepté. »
A l'ancien curé Thibault avai: succédé l'abbé Guiteau. Il avait été nommé, disait-on, par H. de Vaugirault, évèque d'Angers, comme capable de tenir tête aux religieux. En effet, il commença par fermer d'un grand rideau vert l'arcade par laquelle le chœur des religieux communiquait à l'église paroissiale, puis il adressa au cardinal de Fleury une requête tendant à obliger les Bénédictins à se contenter de l'église de Notre-Dame-la-Grande (M, pi. XXIV), contiguë à leur maison, et sur laquelle leur dortoir avait une tribune, attendu que l'église de Saint- Clément, dont ils occupaient la partie A, n'était pas trop grande tout entière pour une paroisse de six mille âmes, et que le chant simultané des offices claustraux et de ceux de la paroisse produisait des cacophonies inconvenantes.
vers 1708, crurent devoir i>ayer les taxes publiques de leur procureur fiscal, du Roger, pour le récompenser du courage qu'il mettait à les défendre lorsque personne n'osait le faire.
sriTE DU RE^voI I. 629
Par suite de cette réclamation, .il fut ordonné, de par le roi, que le rideau serait remplacé par un mur, dans lequel on établirait une ouverture fermée d'une double porte, et que le curé pourrait faire ses catéchismes dans les chapelles de Saint- Pierre et de Saint-Thomas, à sa volonté. La bibliothèque d*Angers possède, sur ce procès, quelques pièces qui prouvent que les parties furent renvoyées à la- transaction de 1662.
On apprend, par la plainte du curé Thibault, que les pauvres formaient alors les deux tiers de la population ; qu'il ne recevait que 400 livres pour son entretien, celui d'un vicaire et d'un domestique, et qu'il no pouvait suffire à faire le catéchisme à trois cents enfaijts, d'où résultait une grande ignorance de la religion, et une déplorable inclination au maraudage et au métier de faux-saunier.
En 1749, à la procession de la Fête-Dieu de Saint-Nicolas (le dimanche dans rOctave), les confrères de Saint Nicolas se refusèrent de venir à Saint-Clément, et attendirent la procession dans les cabarets de la porte Saint-Pierre. Pour éviter le retour d'un tel scandale, il fut convenu que les religieux feraient porter leurs ornements à Saint-Nicolas, et qu'après avoir fait, avec la procession, le tour de la ville, ils viendraient se déshabiller h Saint-Nicolas. Mais cet arrangement fut encore modifié.
Ce ne fut que le 9 mai 1755, après trente-quatre ans de procès, que la contestation au sujet du droit de forêt fut entièrement terminée entre Pierre-Alexandre d'Armaillé et Jean de Beaumont, prieur commendataire de Saint-Clément, au moyen de l'échange de ce droit contre la propriété de la closerie des Bois de Saint-Michel, que le baron s'obligea à mettre en état de valoir 150 écus de revenu (1). Il se chargea, en outre, de tous les frais, les déchargea de 10 livres de rente qu'ils payaient pour le droit de forêt, mais en maintenant les services religieux auxquels ils s'étaient obligés.
C'est ainsi qu'à force de chicanes et de procès, notre baron parvint à affranchir sa forêt du droit de chauffage qu'y possédaient les religieux de Saint-Clément. Il eût bien voulu abolir également celui de pêche qu'ils avaient à Saint-Eutrope et à Tissu ; mais leurs titres étaient si positifs, que le baron fut encore condamné, et que, jusqu'à la Révolution, les religieux furent maintenus dans leur droit.
(1) En 1771, Pécu valait à peu près 3 fr. : c'était donc à 450 fr. que furent évalués : 1» Je droit de la forêt, c'est-à-dire d'y prendre quarante-quatre cordes de bois dû chaufTage, ou quatre-vingt-huit charretées, disent les titres ; S» le bois de charpente nécessaire aux réparations du prieuré.
Tout semblait pacifié, quand, le 9 mai 1771, jour de la Translation de saint Nicolas, les chanoines, au lieu de faire la procession sur leur plûce, la firent en ville, sans Tautorisalion du prieur. De là, nouveaux mécontentements. Aussi à la procession suivante delà Fétc-Dieu, 25 mai, les chanoines, en venant à Saint-Clément, se firent accompagner d'un notaire pour déclarer qu'ils ne se présentaient que pour obéir à Tévêque. On se disputa ; les esprits s'échauffèrent ; le curé, soutenu de quelques paroissiens, prit fait et cause pour Saint-Nicolas, et refusa de prêter, comme à l'ordinaire, le dais de la paroisse. Il fallut que les religieux allassent emprunter celui des Dominicains. C'est sans doute dans cette vive altercation, restée dans la mémoire des anciens habitants, qu'un bonnet carré fut jeté à la lête du prieur... Tantœne cœlestib^us irœ!
Ces contestations, quelque regrettables qu'elles fussent, témoiguent néanmoins, il faut en convenir, de l'esprit de liberté qui animait nos aïeux. Que penserait-on maintenant de ces vives mais libres allures? — Cependant, l'approche de l'épouvantable orage qui grondait sur la France fit taire, paraît-il, dans les derniers temps, tous ces fâcheux antagonismes ; car, au dire d'anciens témoins, rien n'était be^u comme les anciennes processions de la Fête-Dieu, a A rapproche de ces fêtes^ nous disait l'un d'eux, le cœur s'ouvrait^ et il lui semblait que, s'il lui était donné de les revoir^ il rajeunirait de dix ans. »
En effet, ces grandes manifestations religieuses où s'épanouissaient la piété et la joie de nos pères, frappaient profondément leurs yeux et leur cœur. Tous les corps de métiers, fiers de leur union, marchaient sur deux files sous la bannière de leur saint, ou avec la représentation de leur profession (1). Venaient ensuite les confrères du Saint-Sacrement
(t) « En supprimant les jurandes, les maîtrises, on a fait un pas vers Téf^ulité, mais on se demande ce qu'y gagna la liberté. Pour cohtre-balanccr le despotisme administratif, n'cst-il pas nécessaire d'avoir des associations qui, sans être des privilèges, prennent au moins la défense de Tindividu? » (LaBoulaic.) C'est juste, mais il ne faut pas de coalitions.
Ordre dans lequel marchaient les corporations datts les processions.
Carreleurs de souliers (savetiers). — Dlanchisseurs, tcrrasseurs, couvreurs, charpentiers et maçons. — Rouctticrs, tourneurs et menuisiers. — Cloulicrs, maréchauxferranls, serruriers, armuriers, couteliers. — Lamiers et tissiers. — Lavandiers.
— Poissonniers et bouchers. — Escardeurs, sargers, fouleurs de drap. — Pâtissiers.
— Cabaretiers, hôteliers. — Mégissiers. — Bourreliers, selliers. — Cordonniers, corroyeurs. — Meuniers, boulangers. — Bonnetiers, chapeliers. — Tailleurs, teinturiers. — Etameurs. — Vitriers, plombcurs. — Marchands merciers. — Ciergiers, orfèvres, chirurc^nens, apothicaires. — Après eux les marchands de toile en gros ; — le corps de ville précédé de Xous les notatfles bourgeois et surtout de ceux qui ont été
SUITE DU RENVOI I. 63i
et de Saint'NicoIas, avec leurs torches longues de cinq à six pieds ; jamais allumées, malgré quelques cordons de cire qui y étaient incrustés, leur durée était indéfinie. Elles étaient religieusement conservées de génération en génération, et chaque année les voyait reparaître toujours jeunes, toujours brillantes, «ous une riche parure d*œillets, de roses-pommes et de rubans de toutes couleurs. Â cette occasion, nos deux églises rivalisaient dans Texhibition de leurs plus riches ornements. Les métayers, les
marguillicrs, administrateurs des hôpitaux, échevins, ofHciers, ou qui sont actuellement conseillers de ville; puis le clergé précédé de trente pauvres de l'hôpital général. Les marguillicrs accompagnaient le dais : après le clergé, MM. les officiers (fonctionnaires), précédés d'un ou deux huissiers pour chaque corps; — a[>rès eux. les avocats et médecins ; — puis les procureurs et notaires royaux , concurremment, suivant leur réception, à droite, et les notaires'du comté à gauche ; enfin les huissiers et sergents. Ou allait nu-téte et un cierge à la main, excepté les huissiers et les sergents, lesquels portaient des baguctlos. {àtémorial de la MayennCy amnée 18 il.)
Remarquons ici avec quel soin minutieux nos pères réglaient les préséances : c'est que, de tout temps, sous les futiles dehors de Téliquelte, s'est cachée la profonde préoccupation du rang social que ne saurait abandonner Tamour-propre toujours si irritable et'toujours si disposé à empiéter sur les autres. Pour éviter ces contestations, il avait été réglé que, dans toute procession ou cortège, la première place était à droite de TofÛciant ou du personnage à qui Ton faisait honneur, la deuxième à gauche. la troisième à droite, et ainsi alternativement et en diminuant d'imporiance à mesure que Ton s'éloignait de ce point de centre, soit en avant, soit en arrière. Dans une église, c'est aussi le côté droit en entrant qui est la place la plus honorable. {Traicté des droits honorifiques^ 1621.) Cependant, dans un procès-verbal de prise de possession de la seigneurie d'Athée, en 1693, il est dit que le banc seigneurial était du côté de TEvangile, et il en était de même dans un certain nombre de paroisses.
On a vu que les apothicaires avaient le pas sur les chirurgiens : c'est que ceux-ci n'étaient guère alors que des barbiers. Nous trouvons un acte de 1G79 par lequel un sieur Lanier, chirurgien k Graon, convient avec son confrère Gendry de partager par moitié les profits et émoluments, ainsi que le travail et les œuvres qui se feront dans sa boutique; or, cette boutique, comme toutes celles de ce temps-là, n'était pas môme vitrée et ne se fermait que pendant la nuit avec des volels. Gc n'est que vers 18:25 qu'on a vu à Graon les premiers châssis vitrés. Lanier fournissait le linge pour le service de la boutique, c'est-^-dire pour les barbes, mais celui pour les plaies et blessures devait être fourni de moitié, ainsi que les rasoirs, lancettes et bistouris. Il y avait jusqu'à six chirurgiens à Graon en 1700 ; ils formaient une corporation et ils n'y lulmettaient de nouveaux confrères qu'après apprentissage et après avoir payé un droit d'entrée. (Voir, p. 4:^, un arrêt rendu au sujet des chirurgiens.)
Quant aux apothicaires, peut-être désirera-t-on connaître quels étaient les remèdes employés par nos médecins au xvii« siècle. Si ces remèdes avaient moins de vertus médicales que ceux d'aujourd'hui, du moins ils avaient le mérite défaire vivre à Graon trois pharmaciens avec un modeste capital, puisqu'un de leurs meilleurs magasins fut évalué, en 1097, 201 livres, y compris môme l'attribut, alors indispensable de la profession, la classique seringue d'étain avec son étui portatif en cuir. —Voici la liste exacte
ouvriers sachant lire, se faisaient honneur de porter une chape. Les tambours, les fifres, les violons, alternant avec les chants sacrés, répandaient dans la population autant de bonheur et d'allégresse que la musique la plus harmonieuse.
Entre les deux longues files de chantres, de fidèles, d'écoliers, on voyait de petits enfants des deux sexes : les uns aux cheveux blonds tombant sur les épaules, à demi vêtus d'une peau d'agneau, et portant à la main une petite croix enrubannée, figuraient des pelils saints Jean ; les autres, en petites Madeleine, blanches et roses, presque cachées sôus leurs cheveux déroulés jusqu'aux genoux, souriaient, tout en faisant semblant de pleurer les péchés des autres.
Souvent aussi d'ingénieuses et naïves représentations mécaniques surprenaient l'admiration de la foule.
Les ordres religieux, le nombreux clergé des deux églises, précédaient le dais de pourpre et d'or sous lequel était porté, au milieu d'un nuage de fleurs et d'encens, le magnifique ostensoir des Bénédictins, tout resplendissant de pierreries.
Derrière marchaient le corps de ville, les différentes magistratures el les administrations qui alors se faisaient honneur de témoigner leur respect à cette religion qui chassa la barbarie païenne aussi bien que la barbarie du moyen âge et nous donna la vraie liberté. Mais alors, il est
des drogues inventoriées : sirops de ponccau, de capillaire et d'absinthe. Electuaîres . diapalme, opial à clisière, miel rosatet violât. — Carlhame, agaric, diarhodonfi, poudre dialriaraûlali (?}, hyacinthe et corail préparés, terre sigillée, bol d'Arménie, fleur de soufre, séné, anis vert, aioés hépatique, myrrhe fine, gomme gultc, semen-contra, gomme arabique et adraganlc, encens, soufre en pierre, staphisaigre, manuglotles (?), gomme ammoniaque, galbanum, écorce de gaïac, santal citrin, rasure d'ivoire, corne de cerf, antimoine. — Emplâtres de charpie, de beionica, de diapalme. — Onguents blanc, rosat, basilicum, mondicatif, d'achc, inulatum. — Huiles rosat, de camomille, de lis, de laurier, d'hypericum.
Du reste, dans nos petites villes, les docteurs en médecine eux-mêmes, quoique traités de messires et marchant immédiatement après les fonctionnaires publics, ne dédaignaient pas de composer et de vendre des drogues. L'inventaire de Tun d'eux, de 1699, porte:
Drogues 320 livres.
Ustensiles de pharmacie 224
Effets mobiliers 230
Livres 41
Total 815 livres.
En 1732, une médecine purgative (médecine noire) se payait 30 sous. Deux prises d'ipécacuanha, le môme prix. Un voyage du médecin à Athée, 3 livres.
vrai, la pauvre raison humaine ne s'élait pas encore avisée de vouloir monter sur les autels de son Créateur.
Enfin la procession était fermée, comme elle s'était ouverte, par des piquets de maréchaussée et de gardes des gabelles, ce qui n'était pas quelquefois de trop (1).
Notons encore que défense était faite à tout cabaretier, placé sur le parcours de la procession, de donner à boire pendant son passage.
Une des dernières relations entre M. d'Armaillé et les Bénédictins, paraît être la vente que lui firent ceux-ci, en 1786, de la chapelle Saint- Pierre qui tombait en ruine et dont Tévêque d'Angers avait ordonné la démolition. (Arch. dép., E, 108.)
RENVOI P (de la page 386).
Dépendaient de l'ancien prieuré de Saint-Clément :
Le prieuré de Saint-Eutrope ; celui de Saint-Jacques de Boutigny, avec le prieuré d'Athée; le prieuré-cure de Saint-Pierre de Bouchamp; la chapelle régulière de Pleins : ces prébendes étaient réservées à la collation de l'abbé de Vendôme.
Notre-Dame-la-Grande, Notre-Dame-la-Toucharde, Saint-Pierre et Saint-Thomas de Craon, la chapelle régulière de Saint-Marc, avaient été réunies à la manse conventuelle, c'est-à-dire aux revenus particuliers des religieux.
Quant aux établissements qui suivent, leurs titulaires relevaient. féodalement du prieuré, mais ils jouissaient des revenus qui y étaient attachés :
Le vicaire perpétuel, c'est-à-dire le curé de Saint-Clément, qui recevait annuellement du prieuré pour les pauvres trente-six setiers de seigle, équivalant à 14,400 liv. de pain ;
La communauté des prêtres du même Saint-Clément ; elle se composait du curé, du vicaire, du segrétain ou sacristain-secrétaire, et de quelques prêtres habitués;
La sacristie de la paroisse, qui avait droit à une gerbe par closerie, à deux gerbes par métairie et à la dîme du chanvre : eu raison de quoi elle
(1) En 1787, au moment où la procession passaildevant le chemin de La Ro6, une troupe de faux -sauniers à cheval, venant de Brcta};oc, ne craignit pas de traverser la proccssFon au galop; un garde de gabelles lira sur l'un d'eux, tua son cheval et s'empara de la charge de sel, mais il ne put saisir le conlr«bandicr.
devait fournir Téglise de pains à chanter, et de cordes pour les deux clochers;
La grande boîte de i*église paroissiale, qui avait si\ mesures de seigle sur la Rivière, près Touchebœuf.
La boîte des Trépassés jouissait de quelques petites rentes :
Droit de 4- deniers dus aux religieux par chaque glas sonné à la paroisse.
L'église collégiale de Saint-Nicolas, dans laquelle les Bénédictins étaient curés primitifs.
Les chapelains ou chanoines de Saint-Micolas.
Le vicariat perpétuel (cure) d* Athée, dont les Bénédictins étaient curés primitifs et gros décimateurs.
Le vicariat perpétuel de La Chapelle-Craonnaise. La cure de Saint-Saturnin avec la chapelle de Saint-Mainbœuf, d'un revenu total de 600 livres.
La cure de Sainl-Martin-du-Limet, qui devait trois setiers (vingt-quatre boisseaux) de seigle. Présentateur : l'abbé de Vendôme.
L'aumônerie de Saint- Jean-Baptiste de Graon (première origine de notre hôpital] et qui possédait la Maladrie^ d'un revenu de 42 livres en 1652. Présentateur : le seigneur de Graon.
L'infirmerie de l'abbaye de La Roê relevai! de Saint-Glément pour des terres sises àSaint-Glément, proche celles de la chapelle de la Perrière.
La chapelle de l'hôpital Saint-Julien de Livré, pour dix boisselées de terres de la.Peutoire, sises en Saint-Glément. Elle devait un setier de blé au segrétain ou sacriste des Bénédictins. C'était jadis une maladrerie.
Le prieuré simple de Saint-Laurent- de-l'Hermitage, à AhuîUé, qui dépendait, en 1735, du prieuré de Saint-Glément; il était affermé 326 livres 14 sous. {Arch. dép.. H, n"" 1.)
Enfin, le cimetière des pauvres, réuni à l'ancien presbytère et que nos ancêtres avaient eu soin de placer sous la surveillance du pasteur, dépendait aussi du prieuré. Â côté (pi. XXIII, 14), une maison avec un jardin avait été concédée à charge d'entretenir le chemin. Il y eut aux assises du prieuré, en 1700, une condamnation prononcée à ce sujet contre le propriétaire. (Arch. dép.^ citées par M. l'abbé Logeais.)
SUITE Di: RENVOI I. 635
RENVOI P (de la page 386).
Chapelles, legs et prestimonies dépendantes du prieuré de Saint- Clément, soit directement, soit par le moyen de Saint-Nicolas.
(Voyez renvoi L)
La chapelle de la Barre-aux-Auberts, prestimonie de trois boisselées de jardin dans le bourg d'Athée.
Chapelle du Bois-Jouan, d'un revenu de 32 livres, desservie à Athée. Présentateur : le curé; collateur : Tévêque.
Chapelle du Bois-Ruault. Quelques pièces de terre aux Ecrennes. Desservie à Saint-Nicolas ; il y avait jadis une chapelle. On y a baptisé en 1666.
Chapelle de Cheneloup, desservie à Saint-Clément. Maison en face le closier du prieuré et près la maison de l'Omaie, terre à Tangle des deux chemins allant de Saint-Clément au Bigot (l'un de ces chemins a été supprimé), et deux jardins près le chemin de La ScUc.
Chapelle de la Hourisserie, présentée par le seigneur de la Jacopière, desservie à Saint-Clément. Maison en appentis, joignant TOrzenaie ou rOrnaie, le chemin qui va à la rivière, et la maison des Lavanderies.
Chapelle de la Pelite-Jacopière. Maison avec trois boisselées de terre, joignant d'un bout la pièce de la Cruchaudière ou de la Bataille (depuis le grenier à sel ou la prison) ; d'autre bout, le Pavé de Saint-Clément, côté des jardins, ruelle entre deux, plus dix boisselées près la Guilonnièrc, dites pièces d'Etroigné. En 1737, René Miré, étudiant, d'Ampoigné, en était titulaire.
Les trois chapelles ordinairement réunies de Mo^uecAten, de la Piverdière et de \^ Pommeraie. La première, consistant dans le pré des Ouzerais, près Sainl-Eutrope, élail[affermée 6 liv. en 1761, desservie à Saint-Nicolas et dépendait de la confrérie du même Saint-Nicolas; la deuxième, dans une maison et jardin sur le Pavé de Saint-Clément; enfin la troisième, en Niafle, possédait une pièce de terre aux Carterics, touchant celle de la chapelle Rabofy.
La chapelle de l'Omaie, ou de TOrzenaie, desservie à Saint-Clément, possédait la closerie du Buisson, une renie de deux setiers de seigle sur le Haut-Menay et une maison au nord de l'ancien presbytère et joignant la prestimonie de Trépidan sur la ruelle qui descend à la rivière, avec une boisselée et demie de terre.
Chapelle de la Perrière, affermée 24 livres en 1691. Grande maison avec
cave et salle basse, jardin et enclos, joignant d'un bout la pièce de la Bataille, de l'autre le Pavé de Saint-Clément, située entre les Vaux et le Pavé, derrière la croix Lanier , en face le grand Par.idis (voyez pi. XXIIl) ; touchant d'un côté une perrière, de l'autre la terre de l'Infirmerie de La Roë. Elle avait été fondée en 183^) par messire Macé Chevalier, pour un écolier de sa lignée ayant dessein de parvenir à la prêtrise.
Chapelle Rabory, maison en face l'Auditoire, lequel était situé à la place occupée aujourd'hui par la maison de M"** Rabeau, avec quelques terres près les Carteries.
Chapelle ou prébende de la Saunierie : c'était un jardin près la Lavanderie dans les Vaux.
La chapelle de la Tortière, desservie à Saint-Nicolas, possédait la Guetronnière, deux setiers de blé sur la Méhérie, et quatre boisseaux sur le Haut-Menay.
Chapelle de Trépidan, maison vis-à-vis le grand cimetière joignant rOrnaie, desservie à Saint-Clément et réunie à la cure.
La chapelle des Vaux, réunie à l'hôpital général, consistait en une maison et trois boisselées de terre, joignant le pré Madame, la rue des Vaux et la rivière.
Le prieuré de Saint-Clément avait droit de haute, moyenne et basse justice avec gibet à quatre piliers II avait un sénéchal, un procureur fiscal, un greffier et un sergent .pour la tenue de ses assises.
Les métayers, closiers et étagers (habitants) de Saint-Clément, étaient exempts des fours et des moulins du baron de Craon, mais non de ceux du prieuré.
RENVOI V (de la page 386).
lâmites de Tancien flaf du prieuré de Saint-Clément.
{Extrait en partie des notes de M . l'abbé Logeais, en partie d'un ancieti plan terrier communiqué par MM, de Guesdon ; nous en donnons une copie réduite an tiers.) (PI. XXIIL)
Au carrefour des Vaux, parlant de la croix Aourée fl), ou Adorée, ou croix Auger, maintenant la croix Rouge, n* IX, la ligne séparative côtoyait l'enclos des Dominicains, laissait à droite la chapelle, puis les jardins de l'hôpital, et enfermait h gauche l'enclos des grands jardins ou des figuiers (où étaient les jardins Rabory).
(1) De rancicn verbe aowrcr, adorer.
SllTE DU RENVOI I. 637
Elle travei*sait le chemin de SainUEutrope entre Tcnclos de Mâchefer OUI de la Guierche à gauche, et les maisons et jardins de ladite Guierche h droite.
Arrivée à TOudon, elle le remontait jusqu'au ruisseau de la Orangerie, formant la limite de la paroisse de Livré.
Traversant Tancienne roule de La Guerche, ou de La Roc, elle suivait la ruelle de Beauvais à Rome.
Elle passait entre le Grand et le Petit-Chauvigné, et par le chemin des Carteries, laissant à droite les maisons, et enfermant à gauche les grandes pièces de la Cruchaudièrc et de la Touche-Mauviel, se dirigeait par la butte de BtitaiSy le chemin de Soulioche et des Bon rons jusqu'au moulin du Verger.
Cette ligne remontait TOudon jusqu'à la pi^ée Madame qu'elle laissait à droite près des Dominicains ou Jacobins, et rejoignait la croix Adorée.
La nouvelle église de Saint-Glément (pi. XXV), construite par M. Boulain, sur les dessins de M. Lemesle, architecte, a été consacrée le 7 juin 1869, par M«^^ Wicart. 11 en avait béni les trois cloches deux jours auparavant. Les parrains ont été MM. Robin, Rabeau, de Bodard; les marraines, M"' la marquise de Champagne, M«* Rabeau et M"* de Bodard.
L'ancien abbatial, également donné par notre planche, est celui bâti, <în 1530, par Louis de Crevant.
Liste des prieurs titulaires ou commendataires ' de Saint-Clément,
dont on a pu retrouver les noms.
1181-1188 Jacob (CXLIV charte de La Roé).
1200 Rainerius (Renier), charte de Saint-Nicolas à la bibliothèque de
Château Gontier.
1387 Bressigault de Craisines.
1441 Maillard (Philippe).
1450 Lafond (Ives), qui devint abbé de Vendôme. 1466-1475 Plnnchon (Macé ou Mathieu).
1496 Breteau (Jean).
1507 De Grevant (Antoine), famille de Touraine. 1813 Freteau.
1826-1848 De Crevant (Louis), évéque de Sébaste, abbé de Vendôme. 1874 Brousl (Girard).
1877 Broust (Ponce).
158(i'1885 De Bourbon (Charles), prieur commendatairc (1).
1589 Seguin (Charles).
1890-1897 Du Plessis-Mouscherard (Georges), nommé par la Ligue.
1898 Gautier (Charles).
1898 Teillard (Jacques), qui agrège sa communauté à Saint-Ma'ur.
1600 Girard.
1602-1618 De Saint-Offange (Jacques), prieur claustral.
1626 Gro-uard, supérieur ou prieur claustral.
1626-1629 De Chalus (Pharon ou Faron).
1639 De Sainte-Marthe (Pierre).
1648 Mervonnier.
1684 Cadebrel, supérieur.
1657 Le Grand (Grégoire), prieur claustral.
1657-1660 Camus (François).
1662 De la Roque (Anselme), prieur claustral.
1676 Flahaut.
1680 Gonnier (Pierre), prieur claustijil.
1688 LeMeignan (Louis).
1702-1710 Nageon (Denis).
1713-1718 Brouillard (Jacques).
1727-1731 De Grieux (Charles Alexandre), qui remplaça le chevalier
d'Orléans, nommé prieur de Saint-Clément, mais qui donna sa démission à Rome.
1773-1790 Beaupoil de Saint-Aulaire (aumônier de la reine Marie- Antoinette), prieur commendatairc.
La plupart des prieurs ci-dessus nommés étaient commendataires ; ceux qui suivent furent tous claustraux et nommés en assemblée générale à Marmoutier.
1692-1696 Boisgontier (René).
1699 Bechereau (René).
(1) Nous avons dit, p. 314, que ce prieur commendataire était, ou le cardinal de Bourbon, nommé roi par la Ligue et par le Parlement sous le nom de Charles X, ou bien son neveu, portant aussi le nom de Cliarlos et le litre de cardinal et qui, lui aussi, à la mort de son oncle, arrivée en 1500, voulut prétendre à la couronne.
La branche de Bourbon-la-Marche et de Bourbon-V«ndôme, à laquelle appartenaient ces deux princes, portail de France ancien, c'est-à-dire d'azur semé de fleurs de lis, au b&lon de gueules péri en bande el chargé de trois lionceaux d'argent.
Saint-Clémenl possède une riche chasuble du xvi« siècle, qui ne peut guère provenir que de ces princes ou de Louis de Crevant, nommé abbé de Vendôme en ISio. Le musée de Nantes en possède une semblable.