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sniTE Dr RENVO\ J. 689
semé de fleurs de lys d'azur au franc-canton de gueules, qui esl de Thouars ; n de Craon. 2" grand quartin: a de France (1) ; b et c d'or à la croix de gueules chargée de cinq coquilles d'argent et cantonnée de quatre alerions d'azur, qui est de Laval-Montmorency; d de Bourbon, et sur le tout un aigle éployé. 3" grand quartier : a et d d'or coupé de trois fasces de sable, qui est de Coétivi ; b de France au lambel d'argent, qui est d'Orléans; c la gnivre de milan d'azur. 4* grand quartier : a parti de neuf pièces d'or et de gueules, qui est d'Amboise ; b burelé de cinq pièces, qui est de TIle-Bouchard ; c de Talmont ; d à la croix de Florence cantonnée de quatre fleurs de lys. (Voyez pi. XXVIII.)
Ce brillant écusson, ainsi que les autres, était, comme on le voit, toute une histoire, et l'histoire de notre pays ; on a tout laissé périr !
Le chœur ou chevet, que nous avons supposé construit au xv* siècle en rallongement vers le Levant, était formé de trois pans do murs, percés de trois énormes fenêtres à doubles meneaux et avec vitraux peints, ainsi que nous l'avons dit.
Pendant le siège de Craon (1592), les canons de l'armée d'Henri IV, placés sur le coteau de Saint-Clément, ne ménagèrent pas le clocher : en le démolissant en 1847, on a trouvé plusieurs boulets en pierre et en fer logés dans les murs, et quelques pièces de charpente endommagées par ces projectiles.
Les barons de Craon, jaloux des privilèges du prieuré de Saint-Clément, souflrant surtout impatiemment de voir ce prieuré indépendant de leur autorité, et désireux, sans doute, de posséder à Craon l'église paroissiale, favorisaient de tout leur pouvoir les prétentions des chanoines de Saint-Nicolas; ceux-ci, fiers delappui des barons, croyaient bien faire en étendant tant qu'ils pouvaient leur juridiction aux dépens de Saint- Clément : tant il est difficile, même avec les meilleures intentions, de surmonter certaines difficutés de position ! De vives discussions et enfin un procès s'ensuivirent en 1647 ; nous en avons donné des détails à l'art. Saint-Clément 2L\x({\xé[ nous renvoyons.
Vingt ans après, en 1663, le seigneur de la Subrardière, sous prétexte qu'il avait acheté en 1610 du seigneur de la Saugère la Motte de Ballots (qu'il ne faut pas confondre avec la Motte Diot], ainsi que les droits honorifiques dans l'église de Ballots, prétendit avoir acquis le titre de patron et fondateur de cette église. Une sentence du présidial d'Angers déclara que Renaud le Bourguignon avait donné a à son chapitre de Saint-Nicolas
(I) A cause dlolande de France, fille de Charles VII, de laquelle descendait le duc de La Trémoille (Henri-Charles), né en 4620.
660 PIÈCES JUSTIFICATIVES ET flËNVOIS.
« tous les droits honorifiques et utiles de la paroisse de Ballots ; que « Raoul, évoque d'Angers (1178-1197), leur avait accordé le patronage M dans les églises de Denazé, de Saint-Michel-du-6ois et de Ballots, droit « confirmé par Barthélémy, archevêque de Tours, en 1197, et suivi d'uie « possession paisible. Au préjudice de quoi, ledit seigneur, par une « entreprise insupportable, ordinaire aux gentilshommes contre les eccié- « siastiquës, se veut attribuer le droit de patronage dans Téglise, de t telle sorte que les paroissiens ayant fait rebâtir le grand autel, il aurait « fait mettre ses armes au frontispice d'icelui et mettre son banc dans le « chanceau de l'église ; nous condamnons ledit écuyer, seigneur de la « Subrardière, à faire ôter les armes et le banc, sauf à se pourvoir vpi-s (( le curé pour une place honorable. » (24 avril 1663.)
Aussi lorsqu'il fut question de fondre une nouvelle cloche à Ballots, en 1753, les chanoines eurent-ils soin de sommer le fondeur, par exploit d'huissiei\ d'avoir à mettre leurs armes et leur sceau sur la partie la plus éminente de celte cloche, et d'inscrire au-dessous : Ectissons de MM. les chanoines de Craon^ seigneurs spirituels et temporels^ patrons et fondateurs de C église de Ballots^ afin, est-il dit, d'exprimer en français les paroles empreintes dans le sceau : or leur sceau portait simplement : sigillum Sancti-Nicolai de Credonio.
Rappelons aussi l'usage, autrefois établi à Craon, d'avoir un crieur de patenôtres qui, à minuit, devait parcourir les rues et rappeler aux habitants trop endormis, l'obligation de ne pas oublier les pauvres trépassés.
A cet office, encore existant en 1016, était attachée une maison en appentis, rue des Juifs, et un jardin à la porte Valaise. Sa nomination était dans les attributions du sénéchal, ce qui doit faire penser que ces fonctions n'étaient pas étrangères à la police de la ville (1).
En 1683, Henri Arnauld, évêque d'Angers, vint visiter le chapitre de Saint-Nicolas. S'étarjt aperçu que les chanoines n'avaient d'autre règle que la vieille transaction de 1419, mentionnée plus haut, il leur donna en 1660 de nouveaux statuts signés de sa main, et dont Toriginal se trouve aux Arch. dép,, n*" 1, de Saint-Nicolas. En voici les principales dispositions :
Après avoir engagé les chanoines à donner l'exemple de la pureté des mœurs, de la retenue dans la conversation et de la décence dans leurs habits, lesquels ne doivent être ni déchirés, ni indécemment raccommodés.
(1) Ces crieurs de nuit succédaient aux veilleurs du moyen âge chaires, la nuit, de crier dans les rues Theure indiquée parles clepsydres et les sabliers avant rinveniion des horloges, c'est-à-dire avant 1350 ou 1380.
il leur défend de venir à Téglise en habit court pour y prendre la soutane, à peine de perdre la rétribution de leur assistance pendant un mois. Il ne veut pas qu'ils soient habillés comme de jeunes cavaliers ; il ne trouve pas à redire qu'ils aient des habits courts à la campagne, cependant il désirerait qu'ils eussent des soutanes retroussées comme les religieux réguliers. Il les exhorte pour la façon des habits courts à imiter ceux des séculiers avancés en âge, puisque les prêtres étaient anciennement pris parmi les anciens. S'ils entrent au chœur avec de grands colletse t des manchettes plissées, ils en seront chassés, et s'ils ne veulent pas sortir, loflice cessera. Il oblige les chanoines et les chapelains à assister au chœur et à y psalmodier, leur nie le droit de s'en dispenser; seulement il leur accorde un jour de repos par semaine, ou cinquante-deux jours par an, qu'ils peuvent prendre par semaine ou de suite. Il oblige les écoliers pourvus de prébendes à fournir à Pâques et à la Toussaint des attestations données par leurs régents qui assurent le chapitre de leurs bonnes mœurs et de leur conduite. Il défend aux chapelains de s'adonner aux œuvres serviles ; ils doivent se ressouvenir que la qualité de mercenaire a toujours été une tache en la personne des ecclésiastiques, etc.
Il les divise en deux classes et les oblige à assister alternativement à l'office canonial, de manière que chacun y assiste trois fois la semaine.
Il défend au chœur le mélange des séculiers et des ecclésiastiques et en interdit l'entrée aux femmes. Les chapelains éliront quatre des leurs pour assister aux élections et défense est faite de donner à cette occasion aucun banquet, etc.
En 1684, une grande pompe religieuse se déployait à Saint-Nicolas. Il s'agissait de bénir la plus grosse cloche que le chapitre eût possédée jusqu'alors. Elle pesait seize cents kii. et portait l'inscription qui suit :
« Messire Louis Boislève (1), seigneur de la Gillière, conseiller du roi, « son lieutenant général en la sénéchaussée d'Anjou et le siège présidial t d'Angers.
« Très-haute et très-puissante dame madame Magdeleine de Laval, « dame d'atours de Madame la Dauphine, veuve de très-haut et très-
(1) La forme seule de ce doq), qui est le même que celui de Boilcau, prouverait l'ancienneté de cette famille angevine, si Ton ne savait qu'elle remonte au célèbre^ auteur des Établissements de Paris ou Livre des métiers : a Estlenne Boislève, prévôt de Paris sous saint Louis. » Et cependant nous avons vu quelque part que, plusieurs siècles après, une de ses descendantes causa à Angers une certaine émotion, parce que, la première, elle, avait osé porter le chaperon de velours, réservé Jusqu'alors à la noblesse.
662 1»IÉCES JUSTiKlCATiVES lit RENVOIS.
« puissant seignear messire d*Âloigny, chevalier, marquis de Rochefort, « baron deCraon, maréchal de France et fondateur de ce chapitre.
« Très-haut et puissant seigneur messire Armand-Louis d'Aloigny, « chevalier, marquis de Rochefort du Blanc (fils du précédent). » La cloche était décorée en outre de trois écussons : celui des d*Âloigny, de gueules chargé de trois fleurs de lys d'argent, accolé à celui de Laval-Montmorency ; et enfin celui de Boislève qui est d'azur chargé de trois sautoirs d'or posés deux et un. Au bas est écrit : « Abel Audouin m'a fondue en « l'année 1684. »
Depuis longtemps, mais surtout depuis le siège de Graon, le clocher de Saint-Nicolas menaçait ruine. En 1737, les chanoines alarmés demandèrent secours au baron d'alors, M. François-Pierre d'Arraaillé, dont le père avait acheté la baronnie. C'était un homme rempli de piété, mais peutêtre songeait-il lui-même à laisser à son fils les moyens de remplacer les restes inhabitables de l'ancien château, par celui que nous voyons. Quoi qu'il en soit, il prétendit que c'était aux chanoines à réparer, leur clocher. Mais comment auraient-ils pu le faire? Ces gros chanoines, qu'on nous peint souvent si heureux, si vermeils, avaient pour se loger, se vêtir et se nourrir, 867 livres de revenu, sur quoi ils avaient à payer 30 livres de décimes ordinaires et extraordinaires ; aussi avons-nous vu qu'on leur recommandait de porter des habits décemment raccommodés l
Ils n'étaient donc guère en état de réparer convenablement leur vieille église. Cependant il parait qu'en recevant du baron, en 1741, quelques années d'arrérages de la rente qu'il leur devait, ils promirent de faire des réparations ; ils les exécutèrent sans doute en 1743, époque à laquelle ils obtinrent des Bénédictins de Saint-Clément l'autorisation de faire temporairement leur office dans la chapelle Saint-Pierre. Peut-être est-ce alors que, ne pouvant mieux faire, on accoutra comme on put de quelques planches les ruines béantes du clocher, ce qui n'empêchait nullement le regard et la pluie de pénétrer jusqu'au fond de son squelette, formé d'énor* mes poutres et chargé seul de soutenir les cinq cloches du chapitre.
Malgré cela, en 1762, Ambroise-Pierre d'Armaillé, fils du précédent, mais rude chicaneur, reprocha aux chanoines de n'avoir pas fait les réparations promises à son père, et leur déclara qu'il allait consigner chez un. notaire les 392 livres d'arrérages qu'il leur devait depuis 1741, jusqu'à ce qu'elles fussent exécutées ; comme si, avec une pareille somme, ils avaient pu faire des réparations estimées par une visite d'experts, faite en 1776, à 12,817 livres pour l'église seule. [Arch, dép.)
Jusqu'en 1777, les chanoines s'étaient fait enterrer dans l'église même de Saint-Nicolas ; moyennant une certaine finance, les particuliers obte-
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naient le même honneur ; la salubrité devait souffrir de ce grand nombre de sépultures au milieu de Véglise. Jacques de Grasse, évoque d'Angers, voulut mettre fin à cet usage et permit aux chanoines de bénir pour eux un cimetière hors ville. C'est actuellement un jardin près Thôtel de la Poste, sur le champ de foire.
A la Révolution, le chapitre de Saint-Nicolas était composé de huit chanoines dont sept à la nomination du seigneur de Graon et un à celle de révêque. Inutile de «dire que ce chapitre fut dispersé et ses biens confisqués ; quatre de ses cloches furent brisées pour faire du billon ; la cinquième, celle dont nous avons parlé, fut respectée. L'église servit pendant la Révolution de magasin de vivres ; au rétablissement du culte> en 1802^ sa position plus centrale que Saint-Clément la fit préférer pour église paroissiale, au grand regret des habitants de Saint-GIément, mais h la grande satisfaction de ceux de la ville.
Nous avons dit qu'en 1737, Saint-Nicolas menaçait déjà ruine; on peut juger par là dans quel état l'avaient mise un siècle de plus et le manque de réparations pendant nos troubles. Depuis longtemps sa solidité inspirait de sérieuses inquiétudes : le chœur était lézardé, on n'osait toucher aux vieux murs de Robert le Bourguignon, encore reconnaissables à leurs petites croisées étroites et à plein cintre du xi^ siècle ; ils ressemblaient à des murs de fortifications auxquelles la rue des Moûtiers, remplacée aujourd'hui par la nouvelle traverse, servait en quelque sorte de fossé. A l'extrémité de ce mur, vers ouest et en saillie comme un bastion de défense, s'élevait une énorme tour carrée, c'était le clocher. Ses grands murs noirs, de trois mètres d'épaisseur, percés de quelques rares et étroites ouvertures ressemblant à des meurtrières, s'étaient écroulés en partie sous les coups du temps 'et du canon d'Henri IV. Ils présentaient le plus bizarre assemblage de charpentes dénudées , chancelantes au branle des cloches, et de ruines que voulaient en vain dissimuler des planches en lambeaux et une vénérable chevelure de lierre : le tout était coiffé d'une vaste loilure carrée, à larges bords et u double étage : cet ertsemble, s'il n'était pas fort solide, était très-pittoresque et faisait les délices des dessinateurs et des touristes. Aussi a-t-il souvent été reproduit par le crayon. (Voyez pi. XXVI.)
Enfin en 1846, sous l'inspiration de M. Langlois (doyen de Graon), M"" de Cossé-Brissac, héritière d'une famille sur laquelle notre ville, a toujours pu compter quand il s'est agi d'une bonne œuvre, offrit 20,000 fr. pour aider à faire, du côté des Moûtiers, un collatéral qui fît le pendant de celui du nord. En effet, la partie du sud était la plus menaçante; mais la nouvelle traverse qui venait d'être percée et qui serrait l'église de près,
664 MÉCËS JUSTIFICATIVES Et RENVOIS.
aurail forcé à donner au nouveau bas- côté moins de largeur dans le haut quedans le bas : c'eût été affreux ; le clocher d'ailleurs était tout à refaire.
M. Langlois, écoutant plutôt son zèle pour la gloire de Dieu que les conseils d'une timide prudence, se résolut à tenter une reconstruction complète, projet immense, comparativement aux ressources de la paroisse (4); mais qui ne connaît les miracles de la charité ! La vieille église fut donc condamnée et démolie. Au milieu des nombreuses sépultures qu'elle renfermait, le seul monument de quelque intérêt qu'on y ait rencontré est le caveau et la tombe de François-Pierre d'Armaillé, avec l'épitaphe que nous avons donnée page 277.
Nous mentionnerons aussi quelques vieilles tombes dans lesquelles on a trouvé de petits vases en poterie rouge, grossière, en tout semblables à ceux trouvés à Saint-Clément en 1866.
La nouvelle église a été placée perpendiculairement à son ancienne position. Beaucoup de personnes ont regretté qu'elle ne fût pas reculée davantage sur la place, afin que l'œil embrassât mieux Tensemble de la façade et afin de rendre ses abords plus faciles. Enfin, à force de luttes, de sacrifices personnels, de courage et de persévérance, avec l'aide du gouvernement et de ses paroissiens, M. Langlois parvint à voir le gros œuvre de son église terminé. Mais les soucis et les fatigues avaient brisé ses forces, il le sentait ; aussi disait-il souvent : Je donne volontiers ma vie pour la gloire de Dieu et le bonheur de mes paroissiens, A peine eut-il la force, lors de la procession de la Fête-Dieu, en 1852, de faire retentir pour la première fois les voûtes de la nouvelle église des accents d'une bénédiction que son cœur répandait avec tant de bonheur sur son troupeau. Ce fut pour lui une grande et dernière joie ! Le pasteur n'est plus, mais son œuvre le rappellera longtemps à notre reconnaissance.
Quelques mois après (le 21 novembre), M. Langlois s'éteignit doucement, léguant encore à son église la somme nécessaire pour faire faire la boiserie du chœur, confiée à M. Blottière, du Mans.
(1) Par délibéralioh du â août 1846, le conseil municipal Je Graon, présidé par le maire, M. AUard, approuva les plans el devis de Téglise, se montant à 101,000 fr. pour le vaisseau principal, et à 28,224 fr. pour le clocher ; mais les voies et moyens ne se montaient qu'à 94,138 fr. ; le conseil fut d avis d'ajourner indéfiniment la construction du clocher et n'autorisa que celle de l'église. Le dévouement religieux. des Craonnais a été tel que non>seulement Téglise et le cloctier ont été construits, mais encore quo rameublement et rornemenlation extérieure ont été complétés, le tout évalué au moins à 360,000 fr. î
Honneur à nos citoyens qui ont su si bien comprendre ce qu'un pareil monument donne de majesté au culte, de gloire à la religion, de distinction, de relief à notre ville !