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éprouvait dans ces temps d'anarchie de pourvoir à sa subsistance et à sa 5il sûreté.
C'est en 513 que les Bretons insulaires vinrent s'établir dans notre Bretagne. (Dom Morice, Chran, BriL)
Depuis la conquête des Francs, les ténèbres de la barbarie allèrent en s*épaississantde plus en plus, jusqu'à Charlemagne.
La langue des Francs était le tudesque ou allemand. Elle s'est conservée dans le royaume d'Austrasie ou de l'Est, confinant au Rhin (1). Celle du peuple gallo-romain était un jargon corrompu. La langue officielle et celle des classes élevées était le latin ; mais cette dernière langue alla toujours se modifiant dé plus en plus depuis Charlemagne pour se transformer en franco-romain, langue des Trouvères, et enfin en français ; nous ferons connaître; siècle par siècle, les divers degrés par lesquels notre langue a passé.
Les Francs étaient régis.par là loi Salique, les Gallo-Romains par le code Théodosien.
Si les époques gauloise, gallo-romaine, et môme celles qui les ont procédées, ont laissé des preuves évidentes que le Craonnais était habité dès la plus haute antiquité, l'époque franque nous a laissé des souvenirs non moins authentiques. Depuis longtemps de très-belles pierres calcaires, chargées d'ornements de style roman et ayant servi de chapiteaux dans des constructions portant l'empreinte du ix' ou du x* siècle, avaient fixé notre attention. La démolition de l'ancienne église de Saint-Clément, en 1866, a fait encore découvrir dans ses murs les plus vieux des voussoirs, des consoles faisant partie d'un cordon grossièrement sculpté, couvertes de dents de scie et imitant l'appareil h feuilles de fougère [opus spicatum) (pi. VII, fig. 3). Enfin, eu creusant les fondations de la nouvelle église, on a trouvé une grande quantité de débris de sarcophages en pierre coquillèrc de Doué, quelques-uns étaient entiers ; déplus, le contre-fort du pignon
moins rompues que celles de la Gaule sous le joug romain, ont conservé un caraclèrc beaucoup plus indépendant.
(1) Voici un échantillon de langue framiue ou ludcsquc; c'csl un quairain d'Olfrid, conlcmporain de Charlemagne :
Nu wil ich sriban unscr hcil Evangeliono, deil.
So wir nu hiarbigunnun.
In frankisga zungun ;
ce qui veut dire : a Je veux maintenant écrire notre salut qui consisle dans l'Evant« gilc, ce que nous avons commencé en langue franque. >>
86 DOMINATION FnANÇAISE.
570 de Touest de Téglise, construit en 1707, avait été revêtu de leurs tronçons ayant au dehors toute Tapparence de belles pierres de taille. On peut dire que le nombre de ces cercueils était innombrable, et comme ils sont généralement attribués aux- premiers chrétiens du iv* au vi® siècle, ils nous fournissent une nouvelle preuve de l'existence, h cette époque, d'une église à Saint-Clément. Les fouilles de Jublains ont fait reconnaître diverses couches successives de débris appartenant aux époques gauloise, gallo-romaine, franque et moderne, et ce n'est qu'au milieu do la couche gallo-romaine qu'on a trouvé des sarcophages de pierre coquillère semblables aux nôtres; donc ils sont antérieurs h la dominalion franque. [Jublains, par M. Barbe.)
D'autre part, on sait que c'est vers le commencement du vi® siècle, époque à laquelle les disciples do saint Martin de Tours vinrent prêcher l'Évangile dans notre pays, comme nous le verrons bientôt, que les chrétiens employèrent en grande quantité cette sorte de sarcophages. {Mémoires des Antiquaires de COuesl, t. II, p. 185.) Un grand nombre de ces cercueils ont été trouvés à Châtelais et quelques-uns sur Livré, même à la métairie du Chemin; tous sont moins larges aux pieds qu'à la tête. (Voyez le frontispice.) (1)
Vers l'an 570, Chilpéric, roi de la Neustrie, c'est-à-dire de l'Ouest ou de Soissons, aidé des Angevins et des Manceaux, faisait la guerre à Guerch, roi deBrelagne, quiavait pénétré jusqu'à Craon en dévastant tout sur son passage. (Le Baud,chap. x.)Ennius,évêque de Vannes, s'interposa pour faire la paix, sainte mission toujours acceptée avec joie par le clergé, nous en avons déjà vu et nous en verrons encore de mémorables exemples. Ennius gagna si bien la confiance de Chilpéric, que ce prince voulut absolument lui confier le gouvernement du diocèse d'Angers, alors sans pasteur. Le bon évoque, touché de pitié à la vue de nos populations encore dans les ténèbres du paganisme pour la plus grande partie, obtint de saint Félix, évoque de Nantes, qu'il lui envoyât un de ses archidiacres.
(1) Le sol de ranciennc église de Saint-Clément couvrait beaucoup de cercueils en bois dans lesquels on a trouvé des pots de terre (pi. VIII a) contenant quelques charbons, et des traces d'encens. Encore aujourd'hui, à Château Gontier, le thuriféraire vide son encensoir dans la fosse, ce qui semble le reste d'un usage des premiers siècles. Tertullien,i4po/., 43, dit : « Nous consumons plus d'encens à ensevelir nos morts que vous à enfumer vos idoles. »
Nous avons représenté sur la môme planche une lame de cuivre /i, servant sans dou:c de porle-aign»Uo, un cachet <;, portant deux médaillons dont Tun semble une létc d'Hippocralc ou de Galien; enfin, la pièce de Sévère 111 p, trouvée non loin de l'église, et dont nous avons parlé au II® chapitre.
OIÏ.Jt'TS A.'ITIOUKS
DOMlNATIOft FRANÇAISE. * 87
le saint abbé Martin de Vertou, né à Nantes en 527, mais qui avait fait 870 ses études à Tours. Ennius le chargea d'évangéliser les cantons d'outre- Maine, c'est-à-dire notre pays même. (Bartb. Roger et Vie de saint Martin de Tours, par Tabbé Dupuy {!).
D'autre part, on lit dans la vie de saint Paterne, dont on a fait saint Poix, qu'au vi* siècle ce saint parcourut les évôchés de Rennes et du Mans. La coïncidence des prédications de ces deux personnages dans notre pays est d'autant plus remarquable que tous deux y sont devenus patrons: saint Martin de Vertou, de l'église du Lion-d'Angers, bâtie au vu* siècle, ainsi que d'un grand nombre de paroisses autour du Lion; et saint Paterne, d'une chapelle devenue paroisse, à quatre lieues de Craon (2).
Enfin nous savons qu'à cette époque il y avait des chrétiens à Craon (3).
(1) « Eoiiius (EoD) episcopus quem Icgatum Britannorum supra meminimusad civitalem suam rcuredi non pcrmissus, ut Andegavis pasccrclur de publico a regc praeccptum esl. v(Grég. do Tours.) Le Nova GalL Christ, dit même que quelques-uns ont voulu mcllrc Eon au nombre des évoques d'Anpcrs. Rien n'est donc mieux établi que les fonctions épiscopalcs exercées dans notre pays par Eonius. Quant à saint Martin de Vertou, il mourut leSi octobre 600 ou 6â4, au monastère de Durinum, aujourd'hui Saint- Georges, Tonde par lui à sept ou huit lieues au sud-est de Vertou. — On y célébrait sa fétc à cetle date, mais un aveu de i57S, à Henri 111, place cette fête au 24 novembre, épo<]uc adoptée dans le pays de Saumur pour le payement des redevances [liépert. arch . (TAnjou^ 1858); ce fait prouve encore la profonde impression produite en Anjou par les prédications de ce saint. L'abbé Auber (flisL de saint Martin de Vertou) ne fait pas mt3nlion expresse de la mission attribuée à saint Martin de Vertou dans nos cantons d'outre-Mainc par Darth. Roger et par les abbés Fouchcr et Dupuy ; mais il y fait évidemment allusion (p. 16â eti63), quand il dit : « Beaupréau, Chemillé, etc., ne furent « pas les extrêmes limites de son apostolat : car. outre l'Anjou où sa mémoire est « vénérée dans plusieurs églises de son nom, il ne raut{)as oublier que. du Bas-Poilou, a il ne pouvait manquer de revenir souvent vers les parties supérieures de la Bretagne, a De là naquirent de nombreuses occasions dcvangéliser des lieux qui lui étaient a autant d'étapes entre les deux points extrêmes de son apostolat. »
(2) Saint Paterne, évoque d'Avranches, assista au deuxième concile de Paris, en 5o9 Sa fêle se célèbre le Itf avril.
(3) Grégoire de Tours (530-593) dit : oEx pago Carnouensi (quelques manuscrits écrivent Carnotensi ou Croniensi) qui in Andegavo lerritorio habelur insitus, vir quidam nomine Ploridus, manibus pcdibusque contractis, ad sanctam cellulam Candalensem (Candes) aliatus est ubi omnis œgriludo fugala discessit.» (Mir. sanctl Martini y lib. II, p. 40.)
« darvulus nomine I.udovaldus, de vico Andegavensi cui Crovio antiquitas nomen dcdil. * (/rf., lib. IV, p. 17.) Voyez : page 71 et les graf^ti des Provenchères,pl.YI, n» 40.
M Noc dissimili virlute mulier Ermeguiidis Andegavensis civis vici incola CroviensLs, c«eca... iliuminata est. » (/(/., lib. IV, p S3.)
fl Apud Croviensem vicum mulier a nativitate ca;ca invocans nomen sancli, ipsa die
570 Tout concourt donc à prouver que nous devons la lumière de rÊvangilc à ces deux saints missionnaires. On peut même conjecturer que saint Martin de Vertou est venu jusqu'à nous en remontant l'Oudon et en suivant la ligne sur laquelle s'était établie la population gauloise d'Angers à Craon et qu'avait suivie l'occupation militaire des Romains. Peut-être même que les prédications de l'abbé de Vertou allèrent plus loin, car c'est en son honneur que soixante ou soixante-dix ans après, Clovis II (638-655) fonda à six lieues de nous, au Perlre, un monastère duquel dépendaient Saint-Cyr et Beaulieu, monastère qui plus tard fut réuni k l'abbaye de Saint-Join de Marnes en Poitou. Ajoutons encore que saint Martin de Vertou, selon Mgr Jacquemet, évêque de Nantes, fut un missionnaire infatigable, a Au milieu de nos populations farouches, à demi païennes et vouées à un culte sanguinaire, rien ne l'arrêta, ni les terreurs, ni les menaces ; il fut enfin un des grands propagateurs de la vie religieuse dans nos provinces de l'Ouest. » Aussi ferons-nous remarquer que sur les vingt-six paroisses composant l'ancien Craonnais, dix ont pris saint Marlin de Tours pour patron (1). Qui ne verrait dans ce nombre extraordinaire d'églises dédiées à ce saint la conséquence naturelle des prédications de ses disciples et par conséquent la date certaine de la conversion de notre pays au Christianisme?
C'est aussi vers le même temps que saint Columban convertit au Christianisme les derniers bardes Aneurim et Myrdhym, dont on a fait Merlin l'Enchanteur.
Le rapprochement de ces divers faits nous fait penser que si le petit
illuminata est. » {De glor, confess,^ cap. 96.} [Vie de saint Marlin de Tours, par l'abbô Migne, ciléo par M. Tabbé Logeais.)
Quelques critiques veulent que Grégoire de Tours ail entendu parler dans ces passages du village de Cré, sur le Loir, prôs La Flèche : mais comment ce nom si bref de Cré pourrait-il venir deCrowfwm, Crovincurn, Crovium? Graon, où s'est conservé 1*0 et la terminaison consonnante um ou on, nous semble en sortir bien plus naturellement. Ajoutons à cela tous les témoignages de Tantique célébrité de notre ville ; que Claude Menard, Ménage, le savant éditeur de Vnistoire des Fm;?c5, traduite par M.Guizot (L II, p. 364), sont tous d*avis que Grégoire de Tours a voulu parler de Craon, et que même cet auteur l'a désigné quelquefois par le litre de pagus, pa>s, contrée, titre qu'a toujours possédé le Craonnais et qui n'a jamais été donné à Gré. Gette dernière observation acquerra un nouveau poids si l'on considère que Grégoire de Tours donne presque toujours le nom de Craon sous une forme adjective : Croviensis, Carnonensis, Carnotensis, Croniensis, forme qui ne peut s'appliquer qu'à la désignation d'un pays, pagus, cl jamais à un village sans importance, tel que Cré dont le nom latin, selon M. l'abbé Auber, est : Creiomaticus ou Croé. ce qui n'a aucun rapport avec les noms de Craon.
(I) Ces paroisses sont : Athée, BaUols, La Chapelle, Chcrancé* Cuilié, Lnigné, Saint- Martin-du-Limet, Pommcrieux, La Sellc-Craonnaisc et la primitive église de Ménii.
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DOMINATION FRA>ÇAISE. 89
leiuple de Mars-Mulion a pu survivre à rinvasion saxonne et arienne 570 de 480, il dut être certainemenl détruit à la fin du vi* siècle, et que si, à cette époque, comme nous l'avons supposé, les chrétiens ne bâtirent pas une église, ils tentèrent au moins d'en construire une au x' siècle avec les débris du temple païen. En effet, le grand nombre de belles pierres calcaires de 80 cent, à i mètre de large sur 25 c. d'épaisseur, découvertes à diverses époques sous les décombres, les unes dans Tétat où elles étaient en sortant de la carrière, les autres ébauchées en corniche, d'autres enfin portant des sculptures du x* siècle (voyez pi. VII, fig. 1 à 3), prouvent une construction interrompue vers cette époque, peut-être à la mort de Foulques le Bon, comte d'Anjou. (Voyez an 888.)
Tous ces dessins grossiers procédant du compas et variant sur chaque face du chapiteau, nous semblent plus anciens que les élégantes palmettes qui tapissent les voussures du magnifique portail de la Roê du XII* siècle.
Mais h quelle époque attribuer le fût cannelé à base ionique fig. (8) et le chapiteau (pi. IX) avec ses prétendues feuilles d'acanthe toutes plates, surmontées de feuilles d'iris, d'une astragale en torsade, et d'un tailloir à volutes à double face? ne serait-ce point une barbare et prétentieuse imitation d'un ordre lui-même dégénéré, le composite romain? Dans ces deux types si différents, l'un portant tous les signes de décrépitude de l'architecture romaine, Tautre, la simplicité naïve du style roman naissant, il nous semble voir la transition de l'architecture du v^ siècle à celle du x*.
Remarquons que toutes ces pierres ainsi que celles de l'inscription de Mars-Mulion et celles qui ont été prises à l'ancien chœur de Saint- Clément pour bâtir la maison près du clocher, sont de la môme nature et tirées, sans doute, des carrières de Poitiers ou de Saint-Savinien.
Enfin nous croyons voir une grande ressemblance entre ces scylpturcs et celles des chapiteaux de la crypte de Saint-Paul de Jouarre (Seine-et- Marne), attribuée au style romain ou roman primitif. Revenons à nos chroniques.
Tous les moyens furent bons à Clovis pour étendre sa domination, mais la gloire d'avoir délivré la France du paganisme et d'en avoir fait la plus belle monarchie du monde, la barbarie de ses adversaires et pardessus tout peut-être le succès, l'ont presque fait absoudre par l'histoire.
C'est à cette époque que Ton croit devoir fixer la fin de l'évêché des Diablinles qui ne devait être rétabli à Laval qu'en 1888, grâce principalement aux savants mémoires de M. W, d'Ozou ville.
870 Par malheur, après Glovis» le royaume fut divise entre ses quatre enfants. L'Anjou fit partie du royaume d'Orléans sous Clodorair jusqu'en 824. Deux ans après ses deux fils furent égorgés. Notre province passa k un autre fils de»Glovis; puis à Théodebert, fils de Thierry: l'Anjou se donna ensuite à Childebert, second fils de Clovis; mais ce prince étant mort sans enfants mâles, nous nous trouvâmes réunis, ainsi que toute la France, sous le sceptre de Clotaire I•^ quatrième tils de Clovis.
Alors Angers avait encore, comme sous les Romains, une curie, c'està-dire des magistrats municipaux: un défenseur contre les envahissements continuels desLeudes; un curateur de lachose publique chargé de l'administration des finances; un maître de la milice qui prenait le titre de comte et rendait la justice : des codes ou registres publics, et un hôtel des monnaies qui ne pouvait frapper des pièces d'une valeur supérieure au Triens, ou tiers de sou d'or (Raynouard, t. ï") (1).
Hirel, curé de Challain-la-Polherîe, vivant en 1618, prétend qu'au combat de Saint-Malo, qu'il place en 486, périt un Hubert de Craon. Ce combat est probablement celui de l'an 560, à la suite duquel Cloiaire I" fil périr dans les flammes Crammes, son fils naturel, avec sa femme et s s enfants. Dans le paragraphe suivant, Hiret faii encore mourir cet Hubert de Craon en Galice. Qu ille faute horrible ! s'écrie Ménage h ce sujet : on peut dire pour l'excuse d'Hiret qu'il avait probablement puisé ce fait chez Bourdigné qui, dans un chapitre malheureusement fabuleux, parle aussi de cet Hubert ; mais, du moins, il se contente de le tuer une seule fois en Galice.
En 887, Waroch et Vidimacle envahirent notre territoirff dépendant alors de Nantes, le pillèrent et emmenèrent des captifs. Le roi Contran envoya vers les princes bretons Namatius, évoque d'Orléans, qui obtint de chacun d'eux la promesse de payer mille sous d'or et de s'abstenir désormais de nouvelles incursions.
Malgré leur conversion, nos populations encore demi-barbares, surtout dans les campagnes, avaient peine à se défaire de quelques pratiques païennes, notamment de leur vénération pour les vieux chênes et pour quelques fontaines. Ne pouvant vaincre ces vieilles habitudes, le clergé
(1) Le sol ou sou d'or cDlier ôlail de droit royal : on en laillait 7i dans une livre delà onces. (Voyez Monnaies el mesures^) Le tiers de sou d'Angers porte à l'avers une effigie avec laiôgende Andegavis ; au revers, une boule surmontée d'une croix et le nom du monétaire. Son diamètre est de 12 miU. Selon Hirct, Philippe 1"^ racheta des comtes d*Anjou le droit de battre monnaie en 1118; selon VEn/:yclopédU du \l\^ siècle, ce fut Philippe V qui le racheta en 1319.
DONlPiATION FRANÇAISE. 91
pril le parti d'en purifier Tinlenlion en y plaçant des staluelles de la 570 sainte Vierge ou des saints, usafge qui s'est perpétuéjusqu'à nos jours (1).
Au nombre des traditions païennes nous pouvons encore placer l'usage de courir le premier jour de Tan vêtu en peaux de bête, usage sur lequel le clergé appela toutes les foudres de l'Église (2) et qui est sans doute l'origine des loups-garons^ des bireites ou penetles, des meneurs de hups^ etc., encore si accrédités dans le peuple, (Voy. Mœurs, usages, etc.)
Les druidesses dispersées et poursuivies par les décrets impériaux conservèrent longtemps leur prestige et leur ascendant sur le peuple ; de là tous ces jolis contes de fées avec lesquels on berçait notre enfance, et auxquels le bon La Fontaine disait prendre encore un plaisir extrême.
Peu de noms de villes ont subi autant de modifications que celui de Craon : le Crov'w de Grégoire de Tours est devenu successivement le Viens Crovicnsisy Crovincum, Creuh, Cronium, Croniencum, Crùmincum, Ciedo, Credonum, Craonium (3), peut-être même Cleriau ou Creliau, cri de guerre de nos anciens barons (4), et enfin Credonium, Mais parmi ces noms celui qui semble le plus ancien est Crovio; dès le vi* siècle Grégoire de Tours disait que Vantiqnité lui donniit ce nom, et ceci parait confirmé par les Grafiti découverts aux Provenchères, parmi lesquels se trouve le nom de Crowus qui semble le même que Crovio, modifié par la désinence latine en us. Cette diversité de noms, suite des modifications de la langue, est une nouvelle preuve de la grande ancienneté de notre ville.
(1) Au vu* siècle, on voit saint Oiiôn défendre' de vénérer les pierres druidiques cl d'y mettre des lumières. LcsCapilulaircsde Charlcmagne font foi que le culte des arbres, des pierres et des fontaines dura jusqu'au ix* siècle au moins : Item de arboribus vel pétris, vcl fonUbus, ubi aliqui slulli luminarla vel alias obseruationcs (observances, cérémonies) faciunt. (Cap., lib. I, De maleficiis.) Voici en quoi consistaient ces observnnces'ii Rochcfort-sur-Loirc : « Erat ropes exceisa {Peulvan) ad quam, non loto adhuc paganorum ri lu discusso, stullorum lurba convenicbat sacrorum suorum soicmnia anniversario ordinc celebrare, ubi per seplem dies epulando et choros duccudo alque dcbacchando solemnia sua quasi jure débita, pcrsolvebanl. » {Vie de saint MauriUe^ attribuée à Fortunat.) (/tép. arch. d: Anjou, 1858 el 1860.)
[t] «Si quis in vilula vcl in ccrvolo vadit calendis januariis, Iribus annis pœniloat. »> {Rituel manusciit trouvé k Angers, cité par Tabbè Foucher.)
(3) VMI« chart. de la Roë, du comm. du xir siècle.
(4) Ménage, p. 3U, dil Cleriau, d'après Tarmorial do Gilles Bouvier, dit Herry, premier hérault d'armes de Charles VII. Nous avons déjà remarqué que le mol Cra?i formait la racine des noms de beaucoup de pays couverts île forêts : Cani, (|ui nous paraît idcnti(|ue à Cran, n'aurait-il pas eu la même signincalioa dans les noms de Carnonensis, Craonnais; Crtm/«n,w'5, pays de Charnie ; Carntitet, le pays des foréls druidiques les plus célèbres ?
590 Vers 890, notre pays éprouva un dérèglement de saison tel, qu'il s*ensuivit une affreuse famine et une contagion qui fit périr presque tous les bestiaux. (Lob., p. 20.)
De 630 à 636 les Bretons Kyraris, sous les ordres de Judicacl, ne cessèrent d'attaquer ferapire franc de Dagoberl dont nous étions alors une frontière. ïls battirent les Francs sur la route de Brûlon, à Saint-Pierresur-Erve, route qui reliait les Arviens à la Bretagne; les morts furent enterrés à Saint-Pierre et à Vaiges (abbé Foucher). Eloi, qui de simple orfèvre de Limoges était devenu Tarai de ses rois, et à cette époque la personnification peut-être la plus complète et la plus pure de Tidée chrétienne en face de la barbarie, fut chargé de négocier la paix. Il captiva si bien le prince breton par le charme de sa parole, qu'il parvint à lui fiiire conclure la paix. Pendant celte guerre, les Bretons, encore sous le culte druidique, et nos Francs mcnîe chrétiens, pillèrent à qui mieux mieux nos églises (1).
Cependant c'est au vu® siècle que nos cultivateurs, jusqu'alors épars dans les campagnes, commencèrent à se rassembler en paroisses autour d'un clocher et d'un cimetière. On n'a peut-être pas assez remarqué l'influence exercée sur les mœurs sauvages des populations par les réunions périodiques et moralisantes du dimanche et des jours fériés ; telle fut cette influence que chaque clocher, devenu le centre des intérêts civils et religieux, put dès lors être considéré comme un jalon de la véritable civilisation qui s'avançait sur le monde.
Nous l'avons dit, notre pays n'ayant point été conquis, la plupart des terres alors étaient allodialeSy c'est-à-dire libres (2) ; car on appelait alleu la terre possédée par les anciens Gallo-Romains (voir Coutumes, art. 130) ; ce ne fut que plus tard que le fief ou bénéfice militaire devint une terre soumise à une autre terre. Mais le régime féodal, qui n'eut rien de commun avec la conquête, laissa subsister très-peu d'alleux, parce que,
(1) Ozanam ctDom Piolin.
(2; C'est donc 1res -forain ilement qu'on a voulu diviser la population française actuelle en Gaulois comiuis ou serfs d*originc et en Francs comiuéranls ou nobles. La noblesse sous les Carlovingicns comprenait cerlainement autant de Gaulois ou Gallo- Romains que de Francs, sans compter tous ceux d'origine normande, bretonne, etc., et tant d'autres d'origine douteuse. (Voy. à ce sujet Montcsq., liv. XXVIII et XXX.) II serait plus juste de dire que la noblesse tire sa plus antique origine des guerriers qui s'attachèrent A la fortune des C.ipètiens. Mais ces adhérents furent assurément en aussi grand nombre d'origine gauloise que germaine; car on sait combien les Carlovingicns furent toujours impopulaires dans nos provinces qu'ils ne sureni défendre ni de l'anarchie, ni des invasions des barbares cl idolâtres normands.
dit Montesquieu, tout le monde ayant besoin d'un protecteur, chercha ii 63â entrer dans la monarchie féodale et à changer son allcu en fief en se recommandant à un seigneur puissant. (Voyez Ann, 860, le roi Salonion se recommandant à Charles le Chauve,) Les terres qui, de nos jours, portent encore le nom d'alleu, le tirent sans doute de leur nature primitive.
Avant rétablissement de la religion chrétienne, l'esclave ne pouvait connaître les doux noms de père et d'époux; il n'était point une personne mais une chose dont on pouvait à volonté user et abuser. Bientôt on vit nos évéques employer l'argent des églises et vendre les vases sacrés pour en adieter sur les marchés publics tant qu'ils purent.
Saint Bertrand, en 618, affranchit sur ses terres trente serfs d'origine romaine et barbare {Nov.GalL), Mais Tétai de la société d'alors rendait l'existence de ces affranchis très-précaire, puisqu'au xii* siècle même nous verrons des familles libres tout entières se donner aux abbayes corps et biens, à la seule condition d'être entretenues movennant leur travail et d'avoir droit aux prières (1).
Sous la domination des Francs, l'esclavage se changea en servage, c'està-dire que le droit du maître se réduisit à la propriété du travail du serf, sans droit direct sur sa personne [2]. Le serf suivait le sort de la terre à laquelle il était attaché : le testament de saint Hadouin, de 64:2, donne h l'abbaye d'Evron la terre de Froid-Fond, paroisse de Raillé, près Château-Gontier, avec les colons et les bestiaux qui s'y trouvaient. {Nov,' Gall. Christ.) Mais entre les serfs des abbayes et ceux des seigneurs laïques, la différence était grande. Les premiers ne sortaient de la possession de l'Église que pour élrj libres; en outre, travaillant journellement aux mêmes travaux que les moines, ils en étaient véritablement les compagnons, les frères et en étaient secourus dans leurs maladies, tandis que les cives o\i milites francs ou gallo-romains, h<3ritiers des projugés des anciennes républiques grecques ou romaines, regardaient le travail manuel comme un déshonneur et n'avaient avec le serf d'autres relations
(I) Cari, de Saint-Florent, cité aux Archives d'Anjou, 1«' vol., p. 288ctsuiv. Les personnes qui voulaient se donner aux abbayes se présentaient la corde au cou cl donnaient Tautre bout àTabbô, en déposant sur Tauiel Pacte de leur asservissement.
ii) nevue de CAnjoUy sept. 1861. Celte amélioralion dans le sort de Pcsclave fut immense, si Ton considère que sous les Romains le maître, sous le moindre soupçon, pouvait le mettre à la question, le fouetter suspendu par les pieds, le faire périr sous le bâton ou à coups de pierres, l'empoisonner, le faire déchirer par les botes, le flamber, en un mot lui ôter la vie par toute espèce de tourments. (Cod. Tkeod., lib. IX; Haute, les Captifs, etc.)
681 que celles nécessaires entre celui qui commande et celui qui obéit (1). f/esl rÊglise qui, dès la fin du ii'' siècle, ennoblit, sanctifia le travail. Elle ne prêcha pas la haine des oisifs, mais elle honora celui qui gagnait sa vie par le travail. Les évoques eux-raômes en donnèrent Texemple. Dès 374, saint Martin, ancien soldat, élevait près de Tours la plus ancienne abbaye de France, Marmoutiers (maju^ monasterium)^ qui peupla Vendôme et notre prieuré de Saint-Clément. Peu d'années après, en 410, saint Honorât fondait sur les roches arides deLérins, en Provence, le monastère célèbre d'où dépendait notre chapelle de Saint-Marc. (Voy. an 1599.) Ils furent suivis par les religieux de saint Benqlt et de saint Augustin (2). Toute grande abbaye, dit M. Ducellier(3), servit k conserver non-slîulement les manuscrits de l'antiquité, mais les procédés agricoles et industriels. Le paganisme ne put se sauver du paupérisme que par Tesclavage, rinfanticide et les vices honteux qui tarissaient la vie dans sa source ; le Christianisme seul a pu faire une société sans esclaves et produisant sans travail forcé. Ce sont les ordres religieux qui, par la charité et au moyen des hospices de tout genre, ont arraché le pauvre à sa misère, par leur tempérance ont accumulé le capital, par leur célibat ont arrêté l'essor, trop rapide de la population, 'U enfin par la prédication ont relevé le moral de l'homme.
En 651 et 665, nos pays furent encore visités par la famine. Nous lisons au recueil des Historiens de France (4) que l'abbé de Saint- Serge d'Angers était tenu de payer au trésor royal une rente de là sols d'argent pour six paroisses du Craonnois. Childebert (695-711) leur en fit remise par une charte donnée par Hiret. En voici un extrait :
(1) « Le peuple n*est qu'un amas confus de foulons, de cordonniers, de maçons, etc., cl là il n'y a que désordre et méchanceté. » (Xénophon.)
« L'existence des ouvriers est dépravée, et la venu n'a rien à faire avec ces foules ; une bonne république ne leur donnera jamais le droit de citoyen. » (Arisiote.)
A RomeCaion et Varron assimilaient les agriculteurs aux bêles.
« Les artisans sont tous par leur profession gens méprisables; il ne peut y avoir rien de noble dans un alelicr. » (Gicéron, De off,^ 42.)
Senèquc s'indigne qu'on ose attribuer aux philosophes Pinvention des arts ; elle apparlieul, s ocriet-il, aux plus vils des esclaves.
a 11 fallait qu'un ouvrier divin vînt passer trente années dans un atelier pour réhabiliter le travail. » (Lettre de M»' Duimnloup, évoque d'Orléans, janvier 1803.)
(i) Saint Maur, disciple de saint Benoît, vint du mont Cassin vcrs.'Uâ, fonder prés de Saumur le monastère de Glanncfcuille. On verra comment les compagnons de Hobert d'Abrissel transformèrent en champs fertiles les landes et les bois de la Roô.
(3) Revue de CAnjou^ septembre 1861.
[i) T. IV, p. 681.
DOHi:SATION FRANÇAISE. 95
« Nous VOUS faisons savoir que le vénérable abbé de Saint-Serge s'est 665 « adressé à nous et a sollicité de notre royale munificence, en faveur des « paroisses dépendant de son abbaye dont les noms suivent : MarenciuSy « Silviliacus, Canuncus^ Pouliacus, Senona^ Genefromis^ la remise de « rimpôt fixe annuel de 6 sols monnaie ordinaire, de 6 autres sols « facultatifs qu'elles payaient à notre fisc et dont les rois d'heureuse « mémoire, Clovis, notre aïeul et Théodoric (1) notre père, les avaient « déjà exemptées. Ainsi que désormais aucun officier public n'exige a d'elle ni charrois, ni droit de/rei/am, de gîte, de justice, de fidejussion^ « de parcours sur les terres en pâturage ou labourées (2), ni enfin n'exige € judiciairement aucune autre redevance que celle que l'abbé ou ses « hommes doivent annuellement au trésor public (3). »
(1) Bourdigné, 1 1, p. Mi, et Hirct donnent indifféremment à ce prince le nom de Thierry ou de Théodoric ; il était troisième Hls de Clovis II régnant de 614 à 6G9.
(â) Sous la deuxième race les droits de charroi et de gîte étaient fort onéreux au clergé et aux hommes libres. (Monlosq., \'w, XXX.)
Le fredum était un droit que raccusé devait à la justice à raison de la protection qu*il en recevait pour amener roffcnsé à composition et arrêter ainsi sa vengeance. (MoDtesq., liv. XXX, ch. xx.)
Le droit ûefidejussiou éiait celui de pouvoir obliger les parties contcndanics à donner caution pour comparaître devant les juges.
Quant :k celui de parcours, sans doute introduit parles conquérants, pasteurs pour la plupart, c'est à nos haies, sans doute, et peut-être aussi à Tespéce d'indépendance conservée par les A^rmoriques sous Clovis, que nous devons d'en être affranchis.
(3) « Abbas ad noslram accessit praisentiam et clemcntiae regni noslri suggessit quod de cunibus prsedictœ sanctae Basilicae (saneti Sergii) qui nominantur Marencius, Silviliacus, Canuncus, Pouiliacus, Senona et Genefronnus annis singulis infcrendos solidos VI inferendales et alios VI de remissaria auri pagensis inferendo in flsci ditionos reddebant, et taie beneficium bonse mémorise avus noster Clodoveus et genitor noster Theodericus quondara regcs ad ipsum Monasterium concesserunt. Ut nullus judex publicus in ipsia curres ad agendum, nec ad freda exigendum, ncc ad mansioucs faciendum, nec ad causas audiendum, nec ad fide jussores tollendum, nec ad pascos, nec ad paratas intrare, nec uUam, judiciaria potestaie, redhibitioncm penitus exinde requirendum nisi quod... abbas per se ipsum (aut) suos, annis singulis iu sacellum publicum reddere deberet, etc. » (Hiret, p. 101 .)
Le langage ordinaire employé dans les actes publics était plus barbare encore : voici parexemple la formule employée dans notre pays pour les personnes qui voulaient se vendre :
a IncipU venditio qui seipsum vendit.
« Dumno (domino) magnifico fratri illo [un tel) necnon ctconjux sua illa {une ieûe) « nus {nous) enim illi et conjuge sua illa constat nus vendedisse et ila vendedimus a « vobis estus nostros {nos personnes) cum omni peculiare quod habemus aut locaro « potciremus, manso {maison) et terra vel viniolas {vignes) in se {situées) super terra • (I ecclesiae Andlcdvis... Unde accepimus de vobis precium quod nobis complacuit ut
710 On croit reconnattre dans ces six paroisses Marans, Bouille, Senonnes et Genêt, mais on ignore quelles sont celles désignées par Canuncus et SUviliacus (1). On peut remarquer ici retendue qu'on donnait alors au Craonnais.
Cette charte prouve qu'au virsièclc le Craonnais comptait au moins six paroisses : comment aurait-il pu se faire que Craon lui-même, ancien établissement romain, n^'eût pas possédé un temple chrétien?
Aux vi«et vil** siècles, la langue du peuple était encore une espèce de latin. Voici une chanson chantée par les soldats de Clotaire II à l'occasion des ambassadeurs saxons que le Bourguignon Saint-Faron sauva de la colère du roi : •
De Ghlotario cauere est rege Francorum
Qui ivit pugnare eu m gente Saxonum,
Quam gravi 1er provcnisset missis Saxonum,
Si non fuissel inclytus faro de génie Burgundoruni.
Pour sauver la France des Sarragins, Charles-Martel (714-741) avait donné à ses chefs militaires une partie des biens du clergé et des partisans de l'ancienne dynastie : ce moyen extrême — et que le but pouvait
alors justifier en partie — paya la dette de l'Etat, mais comme le clergé ne pouvait vivre de rien, la dîme fut établie. Cependant la conscience de plusieurs détenteurs de ces biens les porta à des restitutions ; car, dit Hiret, « ils avoyent leurs âmes chargées de prendre les biens d'église. » Plus tard Pépin, Charlemagne et leurs successeurs firent tous leurs efforts pour les faire rendre.
La dîme resta néanmoins ; d'où il arriva, dit M. Godard-Faultrier, que le clergé fut plus riche après sa spoliation qu'auparavant. Ce fut un abus sans doute,|mais auquel on a bien su remédier, comme l'on sait. D'ailleurs, selon M. de Pétigny, il paraîtrait que Charlemagne n'établit la dîme que sur les biens précisément enlevés au clergé; une lettre écrite par les évoques en 858, à Louis le Germanique, dit que ce fut Pépin qui imposa
cf post hoc die memorati emplores quicguid de nus ipsis vel de heredis nostm facere « voluerinl habeanl pot statem faciendi ? •• (Formules angevines du vu« siècle, trouvées en Souabe par Mabillon en lff63.) H est à noter que TU se prononçant alors ou, le nus était exdclcment nous. On voit poindre Ici les premiers mots du langage dit roman : aussi, passô lcviii« siùcle, le latin n'éiail plus la langue usuelle. Sous Charlemagne (768-814;, le peuple dans les cérémonies religieuses, pour appeler la protection de Dieu sur Tcmpereur, répondait : « tu /o juva, pour : tu illum juva (Charion) ; sous ce prince le peuple p'3rdil Fusage de la langue latine. » (D. Liron, cité par Le Paige.)
(1) Le Mémorial de la Mayenne^ 1. 11, p. âOl, dit que Sillé-le-Guillaume s'appelait au moyen âge Sitviacum, Voyez ci-après.
la dime sur les terres et 12 deniers sur les maisons prises au clergé. (Montesq., lib. XXXI, 21.) Le prétendu cumul ne fut donc, en réalité, qu*un léger dédommagement pour ceux qu'on avait dépouillés.
Enfin le nom de saint Clément apparaît positivement dans une charte que Uiret ne rapporte plus sur des ouï-dire, mais qui se voit, dit-il, dans les archives de Saint-Aubin (1).
Par cette charte, Pépin (751-759) confirma à cette abbaye le don des églises de Marans, de Saint-Clément de Pruniers, de Sauge et de Montreuil-sur-Mayenne. '
Ce mot confirma prouve que saint Clément existait avant 751, et donne une nouvelle probabilité à la date de fondation que nous lui avons assignée au vi« siècle.
La môme abbaye de Saint-Aubin possédait un autre titre où il était dit qu'un de ses abbés ou recteurs, nommé Lambert, étant allé vers Charles le Chauve (840-847) pour lui représenter que son père, Louis le Débonnaire (814-840), leur avait accordé quelques propriétés, savoir : Marans, Saint-Clément^ Sauge, Montreuil et autres, la possession de ces paroisses leur fut confirmée (2).
On dit que Pépin, père de Charlcmagne, avait marié sa fille Berthe au gros pied, Pedauque, à Milon, comte d'Aujou; quo de ce mariage naquirent : Thierry qui succéda à son père, Beaudoin, Geoftroy, Adèle, épouse de Guy Walla, chef de la maison de Laval, et le célèbre Roland ; mais nous devons dire que c'est l'adulation qui, à la faveur de l'obscurité de ces origines, paraît avoir forgé cette généalogie. Selon M. La Bauluère (Notes sur Le Doyeny p. 367), Walla fut un des grands personnages de la cour de Charlemagne, mais aucun lien de parenté ne semble le rattacher au comte Guy, gouverneur des Marches de Bretagne et du Maine. Le P. de Cuilly (3) est le premier à avoir parlé de cette parenté sans donner
(1) Hiret, p. 110. On sait que cette célèbre abbaye occupait à Angers les bâtiments où est aujourd'hui la Préfecture.
(2) Quasdanij vilUUy videlicetj Maironius, Clementiniacus, Sabiacus, MonasteriO" lum, (Hiret, p. 304.) 11 est remarquable que Marans et Saint-Clément sont cités ensemble dans la charte d<^ Pépin et dans celle de Charles le Chauve : la charte précédente de Childebert, qui fait aussi mention de Marans, n*aurait-eUe point voulu encore désigner Saint' Clément ou Craon (ci*an signiûe forêt en celte) par le nom de Silviliacus ou de Canuncus?
(3) Le P. de Cuilly, né dans le Maine, mort à cinquante-sept ans à Laval, en 16â0, prieur des Jacobins, fît (en 1605) Poraison funèbre de Guy XX. C'est là qu'il prétendit établir pour son héros une tiliation imaginaire suivie par Bourjoly et André Duchesne.
98 DOMINATION FRA?lÇAtSE.
800 de preuves. Paschasé Ralhberl, successeur de Walla à Tabbaye de Corbie, en Weslphalie, et son historien, n'en fait aucune mention.
Ajoutons que la filiation de Roland n'est pas connue : cependant on le croit neveu de Charlemagne; mais ce qui paraît certain, c'est que ce héros du roman de Turpin fut chargé de la garde des Marches de Bretagne du côté de V Anjou (1), c'est-à-dire de notre pays même. Eginhard est le seul auteur contemporain qui ait parlé de Roland, mais le passage est formel. Voici ce qu'il dit dans sa vie de Charlemagne : « Les Francs, pesam- « ment armés et placés dans une situation défavorable, luttèrent avec « trop de désavantage. Ëggihard, maîlrc d'hôtel du roi, Anselme, comte « ^ïw^dXdAs^ ^i Roland^ jiréfei des Marches de Bretagne^ périrent dans ce « combat. »
Donc notre territoire a dû ôlre foulé par ce héros qui fui tué, en 778, comme on le sait, à la surprise de Ronceveaux, au pied du mont Altabiçar, entre Pampelune et Saint-Jean-Pied-de-Porl, avec toute l'arrière-garde de l'arnlée.
Roland eut pour successeur Guy, son prétendu beau-frère (2), qui après avoir échoué dans ses efforts pour soulenirBernard, roi d'Italie, son pupille, contre Louis le Débonnaire, en 817, se relira dans les Marches de Bretagne, et fonda Laval sur le territoire breton (voy. p. 1 10) ; on voit là quels changements sont survenus dans les limites de nos provinces. Guy soumit les Bretons en 799 et en 801 ; dans cette dernière campagne ses troupes ne respectèrent ni les lieux saints, ni les personnes consacrées à Dieu. (Chron. de Sigebert, ad ann. 810) (3).
De celle époque datent un grand nombre de chûteaux-forts de notre pays, entre autres celui de Cossé, confié par Guy à son fils Vivien. (Voy. ann. 880.)
(1) Ce fail semble appuyé par les Iradilions de la ville d*Ernéc, près de laquelle on montre la prétendue empreinlc du cheval de Roland. On y conserve aussi la mémoire du irailre Gannelorij dont les biens confisqués par Charles le Chauve servircnl à fonder l'abbaye de Vaas. Ckàleau-Ganne^ Sougé-le-Gannelon rappellenl encore ce nom : commenl ces souvenirs se Irouveraienl-ils là, si Roland n'y avait pas demeuré ?
(â) « Rollandum Drilanniei limitis prœfeclum Widoncm (Guy) quoque comilem ac prœfeclum Britannici limitis appellanl. Marchisos Brilannici limilis LamOertum cl Rainoldum nominal Adrevaldus Floriacensismonachus, Caroli^Oalvisequalis,» c'esl-àdire contemporain. (Citation de Fabbé des Roches.)
(3) d An. inc. D. 799 Wuido comes qui marcam centra Driioncs lenebal, cum sociis Brilanniam ingrcssus totamque perluslrans in dedilionem rccepil cl Régi Carolo, de Saxonia rcverlenli, arma ducum praascntavil. Tola igitur Brilannia, quod numquam anlea fuil, Francis subjugala est. » (Reginon.)
L'histoire de Bretagne va maintenant jeter sur la nôtre un jour moins 800 douteux. Cette grande et belliqueuse province s'était encore révoltée contre Louis le Débonnaire (i). Les guerriers bretons, battus en détail, avaient appris à leurs dépens quelle est la faiblesse d'un peuple, quelque brave qu'il soit, quand il manque d'unité. Us résolurent à la fin de se réunir sous un chef; par malheur ils le demandèrent à l'élection, h ce principe qui sans cesse fait trembler le sol au lieu de l'affermir ; aussi ces chefs électifs, sans racines profondes dans le cœur des peuples, ne purent tenir contre les généraux placés par Louis le Débonnaire aux frontières de la Bretagne, c'est-à-dire dans notre propre pays.
En 824, Louis le Débonnaire, accompagné de ses deux fils, Pépin et Louis, vint à Rennes et dévasta toute la Bretagne. (Eginhard.)
Un des champions les plus redoutables de Tindépendance bretonne était Wiomarch : persuadé que l'empereur n'obtiendrait jamais la soumission de la Bretagne tant qu'existerait ce chef entreprenant, Lambert, alors commandant de nos frontières, alla le surprendre dans son château et le tua en 825. (Eginhard.) Mais le Débonnaire, aussi impolitique que malheureux à la guerre, cominit lui-môme la faute de relier le faisceau breton rompu parl'épée de ses généraux, en nommant, en 826, Nominoé duc ou chef de toute la province.
(1) a Que l.odwtg, (lisaient las Bretons, rè^nc sur les Francs, la Bretagne appartient « au roi des Bretons. Si vous avez des lances, nous avons des javelines; si vous avez « des Ixmcliers blancs, nous en avons de peints. » (Charlon, Hisl, de Fr.)