PREMIERS COMMANDANTS DU CÏUONNAIS
846 En rapprochant le fait de la dépendance de notre Saint-Clément d*un monastère de Nantes,. de celui de Tidontité du patron des deux établissements religieux, el encore de ce que nous avons dit des prédications des deux saints missionnaires bretons, il nous semble difficile de ne pas admettre que notre église de Saint-Clément est fille de celle de Nantes, el que par conséquent c'est de Bretagne que nous est venue la lumière de TEvangile.
Quoi qu'il en soit, Lambert ne dut pas trouver à Saint-Clément ou dans rétablissement gallo-romain des Provenchères une position assez forte pour s'y mettre à l'abri de ses ennemis actuels, et de ceux qu'il comptait bien encore se faire; il se hâta donc de construire à Craon, sur la rive gauche de l'Oudon (1), un château dont il ne reste aujourd'hui que quelques souterrains à l'extrémité septentrionale de la place Saint-Nicolas et les murs qui soutiennent les terres de la place.
Bientôt, en effet, Charles le Chauve vint l'attaquer, mais il fut battu el perdit unelgrande partie.de son armée (2). L'année suîvante,Charles marcha encore sur la Bretagne; la paix se fit en 846 sans combattre. (D. Morice.)
« ficare et por hoc, cpiscopo Aelardo et civibus cunctis dominari ; sed cpiscopus el alii « omncs Lambcrlo contradicenlcs modis omnibus prohibucrunt licri. Quâ de re cœpit « illis mulla mala agorc, Episcopus aulcm ad Karolum rcgcm pcrroxit et ostendil ci « quinta mala sibi el civibus fecerat Lambcrtus; undc rcx consilium accipicns Nomc- 0 noio Britannorum principi, cujus auxilio el fiduciâ Lambcrtus jus Nannetiese urbis « sibi attribucrat, mandavit pcr hune cpiscopuin ut si hune perfidum à se expeltcret « ofTensas sibi ab illo factas dimitterct. Ad haec quoquc Episcopus ex parte sua addidit « quod si Nomenoius pnediclo Karolo non obcdiret, Lambertus cum rege faceret con - M cordiam et sibi (illi) poslca omnino contrarius esscl. Quo audilo Nomenoius quamvis « rcgis Gallorum timorem parvi pendcret, tamen à suis reprchensus, Lamberlo man- « davitut si jura ccclesiae Nannctensis cl civium non dimiUerci cis in pacc, ipse cquif dem armatus» Lamberlo occurrcrel. Quibus mandalis, nimis pavefaclus fugit nsquc « ad Ciron (Credoncm), lune temporis lerrilorii Nannelici vicum, jure sancli Clemcn- « lis civitalis Nanneticae monaslcrio pcrliuenlcm, cui abbalissa hujus, Lamberli soror, <f iiominc Doda, praesidcbal; ac inde mulla mala viciais rcgionibus inlulil. Adversus (I autom Lambertum mulli ad cum debcliandum insurgeâtes ab co vicli reccsscrunt. « Porro Guido, Cenomancnsis cornes, sperans cum forlitudine magni militum vincerc, « in fugam versus est. Dcvictis itaque sibi resistenlibus, caslnim super ripam Oldonis « composuit. Accipicns inde in dominalu suo Andegavense Icrrilorium sicui Meduana « in Ligerim descendit, illud Icrrilorium tenuil violcnliâ su& usquc ad flncm vitae sua?, V el in lerritorio Andogavcnsi apud Saponarias sepuilus fuit. »
(1) En latin Uldo ou Olidum.
(i) Le Cart. de Uedon, cîlé par l'abbé des Roches, dit que celle bataille eut Ijeu à Ballon (Sarlhe); d'autres disent à Daulon, près Redon, ce qui paraît plus probable. D. Morice paraît du môme avis et place le champ de bataille dans des marais situés entre la Vilaine el TOust.
Peu de temps après, Nominoé se brouilla avec l'évoque ^tard, Lam- 880 berl saisit cette occasion pour se réconcilier avec le prince brdon, qui lui abandonna ses droits sur la ville de Nantes.
Placé entre T Anjou, le Maine et la Bretagne, Lambert tantôt seul, tantôt avec Taide de Nominoé, parvint à étendre sa domination à peu près sur tout le pays compris entre la Mayenne, la Loire et le duché de Bretagne (1). Ils s'emparèrent ensemble de Nantes, de Rennes, d'Angers, puis se portèrent sur le Maine; mais ils ne furent pas plutôt éloignés, que Rennes et Nantes appellent Charles à leur secours et lui ouvrent leurs portes. Nominoé et Lambert reviennent sur leurs pas, chassent les garnisons françaises, démantèlent les deux villes (2) et retournent s'emparer du Mans en 850. Le but de cette expédition était de faire rendre le frère de Lambert, Gasnier, que le comte du Maine avait pris et livré à Tempereur.
Vers le môme temps, le duc Vivien fut nommé au commandeiiient des Marches de Bretagne, qu'avaient occupé, nous J'avons vu, Guy I", son père, et le fameux Roland, poste difficile, comme on vient de le voir, en face de guerriers aussi remuants, aussi ennemis de toute sujétion. Pour subvenir à l'entretien de ses troupes, Charles lui donna une partie des revenus des célèbres abbaves de Marmouliers, de Saint-Martin de Tours et de Saint-Martin de Metz, dont il fut nommé abbé commendaiaive ! Ce fut Vivien qui, de concert avec ses religieux, offrit à l'empereur, alors à Tours, cette bible magnifique qui existe à la Bibliothèque nationale, et où le donateur est lui-même représenté offrant son livre.
Les chroniques de Laval disent que ce Vivien était seigneur de Cossé et frère de Gauzbert et de Guy de Laval (3). D'autres, nous l'avons vu, le disent, mais sans preuves, fils de Guy-Valla.
Cependant Lambert représente k Nominoé que c'est à cause de lui que son frère gémissait en captivité; il le décide à reprendre les armes. Leurs troupes s'avancent jusqu'à Vendôme; elles allaient pénétrer dans le pays
(1) « Devictiâ itaque resislcnlibus,»elc. Voyez le passage de la Chronique nantaise, cité plus haut.
(t) Ce faitcst confirmé par un passage de \r Chronique de,Fontenclle,cïlè par Duchcsne (flisL de France, t. l[,p. 388}, cl où il est dit que Nominoé Vint à Angers, en 840, sans dire qu'il Tait assiégé. Celle facililé avec laquelle ces ambitieux guerroyeurs gagnaient et perdaient les villes prouve le peu dcsolidilé de leur domination, et en même Icmps comment elle sVlendail quelquefois assez loin.
(3) nisloire de Laval, par M. Stéphane Gounnicr, p. 6. Les enfants de Guy (tué par Lambert) cl d'Adèle d'Anjou furent Dosgcbcrl (Gauzbert), Vivien cl Guvon (Voy. p. !10, Bourjoly, liv. V, chap. vi.)
108 PREMIERS COMMANDANTS DU CaAONNAlS.
850 chartrain, quand Noniinoé meurt à Sablé, frappé d'une maladie extraordinaire, probablement d'apoplexie (1). Les Bretons, prives de leur chef, et loin de leur pays, se trouvaient dans une position critique. Lambert sut les en tirer par une retraite où il déploya autant de courage que d'habileté.
Charles, à cette nouvelle, crut enfin le moment favorable pour venger tant de défaites; il vint pour la quatrième fois en Bretagne ; mais toujours malheureux, il fut encore battu à Cessé, le 24 août 850, par Erispoé, fils de Nominoé. Le combat dura deux jours, il eut lieu près de La Croisille, à quelques kilomètres de La Gravelle, dans un champ nommé Cimetière aux barons. D'autres le placent sur la route de Cossé à Simple, au village de la Frenouse, où Ton a découvert beaucoup d'ossements. Le fils de Guy I", Vivien, fut au nombre des morts (2), ainsi qu'un autre général nommé Hilmérade, comte du Palais. L'empereur eut beaucoup de peine à se sauver lui-même. Ce malheureux prince voulut avoir recours aux négociations ; elles ne lui furent pas beaucoup plus favorables que les armes. Erispoé, en signant la paix, se fit adjuger tout le pays conquis par son père dans le Maine cl l'Anjou jusqu'à la Maine, c'est-à-dire le Craonnais et le Lion-d'Angers. Il se fit en outre donner les revenus de l'abbaye de Saint-Serge (3); aussi Lobineau (Preuves, p. 58) cite une charte de ce prince, tirée du Cart. de Redon, commençant par ces mots : « Ego Erispoë, princeps Britanniae provincia; et usque ad Meduanum fluvium donavi, «etc. La Chronique de Saint-Brieuc dit môme: a usque ad médium pontis urbis Ândegavensis. »
(1) « Divino nutu pcrcussus {Chronique de fîd^/non), Trappe à la tôle par un ange (manuscrit (Je Pabbé Grandet); anno850, scu potius 8SI, Nomenoius Britannorum tyrannus cclitus perciitilur cui succossit Heripeius filius cjus. — 856, Heripcius fllius Nomenoi rex, à Salomone occi(iitur~874 aut873; Salomon rex inlcrrecliis est k%*m. ri {Chronique de Saint- Florent y cliée par Pabbé des Roches.) Telle est rhistoirc de ces malheureux lomps : trahisons, meurtres, poison, tout était )3on pourvu qu'on arrivât au pouvoir : de droit, nulle trace, la barbarie ne connaît que le fait accompli.
(3) « La tradition porte que Vivien fut inhumé à Cessé, lequel depuis, en mémoire de ce capitaine, l'on a nommé Cossé-le- Vivien. » (Bourjoly, liv. I«', ch. v.) Du Gange dit, au contraire, que le corps de Vivien ne fui pas inhumé cl devint la pâture des animaux. Un diplôme de Gharles le Chauve, daté du U des cal. de mars 850, conflrme des dons faits par Vivien comme abbé de Saint-Martin. (Nov, Gall. Cfirist,)
(3) Ge don d*une abbaye située au milieu d'une ville qui ne pouvait appartenir au territoire breton, semble très-singulier; cependant nous en avons déjà vu un exemple; c'est qu'alors les revenus étaient difficiles à réaliser et «{ue les biens ecclésiastiques étaient seuls en état d'en donner. On prenait donc où l'on trouvait. Nous verrons bientôt la riche abbaye de Saint-Aubin suivre le sort de Saint-Serge.
C'est ce bul constant de la Bretagne, d'étendre sa domination jusqu'à 8S8 la Mayenne, qui a si longtemps rendu incertaine la ligne de nos frontières, et ces prétentions n'étaient pas sans quelques motifs; elles n'étaient que la revendication des anciennes limites tracées par celte rivière entre les Armoriques et la Gaule Lyonnaise.
Lambert était le plus faible, il fut sacrifié, c'est l'usage ; d'ailleurs par son ambition et sa turbulence il s'était fait des ennemis implacables de ses voisins, et surtout de l'empereur qui, voulant enfin en finir avec ce dangereux rebelle, lança contre lui son ennemi capital, Gauzbert, comte du Maine, qui avait à venger la mort de son père. Réduit à ses seules forces, Lambert dut succomber. Lobineau dit qu'il fut tué dans une embuscade le 1" mai 881 ou 852, près de Vallon, entre Sablé et Le Mans. D'autres prétendent qu'il fut empoisonné par Gauzbert, ou fait prisonnier par lui et pendu à la plate-forme de la tour d'Oudon, bâtie, dit-on, par Lambert (1). Cette dernière version nous semble une vengeance posthume des Manceaux. Ce qui paraît certain, c'est qu'il ne fut vaincu que par trahison (2). Tous les auteurs s'accordent îi dire qu'il fut enterré à Savenières.
Si l'on veutsavoir à quel état étaient réduites par toutes ces guerres nos malheureuses populations, il suffit de dire que de 843 à 848 les hommes furent obligés de mêler la terre à leur pain ; qu'en 850, on vit des mères tuer leurs enfants pour s'en nourrir et, si l'on en croit Charton, de865 à876 on compta onze années de famine pendant lesquelles les hommes s'entr'égorgeaient pour se dévorer (itfa^. PitL, mai 1842.)
Après la mort de Lambert, le Craonnais resta soumis à Saloman IF. et à son frère Nominoé. Celui-ci, tant qu'il vécut, resta maître du pays jusqu'à la Mayenne, et après lui son fils Erispoé le posséda également jusqu'en 866, où il fut tué par Salomon III son cousin. (Le Baud,chap. xv.) Sous ces chefs les Craonnais firent des courses fréquentes dans le Maine et l'Anjou.
(1) Quelques personnes croient gue Tidentitë des noms a produit une confusion dans les choses; que le chAteau d'Oudon, attribué à Lambert, n'est pas autre que celui de Craon, bâti sur rOudoh, comme le dit la Chronique iHantaisc. Quoi qu'il en soit, c'est sur l'emplacement de la tour attribuée à Lambert, que celle qu'on admire aujourd'hui à Oudon a été construite par un seigneur de Malestroit vers 1302. {Hist, (TAncenis,)
(2) Réginon, vivant en 908, dit : a Lambertus qui DuccUum tenebat inler Ligenu et Seqaanam Yivianum potentem virum interfecit. Rursum eumdem Lambertum Gauzbertus cornes eeque dolo trucidavil. llemGauzbertus jussu Garoli decollatus est, » etc. Quels temps!
ilO PREMIERS COMMANDANTS DU CRAONNAIS.
857 Quei'puau rapporte que vers 842 une dame bretonne, nommée Ingonde, qui possédait Avenières, LaGravelle et une partie de la rive droite de la . Mayenne, se plaignit que les seigneurs manceaux. de la rive gauche étaient venus bâtir un fort sur son territoire ; cette contestation fut apaisée, dit Bourjoly, liv. I, chap. vi, parle mariage dlngonde avec le troisième fils de Guy I", Guyon, qui plus tard prit le nom de Guy IL Le château qui venait d'être bâti sur la rive bretonne prit le nom de Vallum (castrum) Guidonisy puis de Valle-Guidonis^ d'où est venu le nom de Laval. Les possessions d'Ingonde y furent réunies.
Quelques années après 857, Charles le Chauve étant allé attaquer les Saxons, se trouvait arrêté par le Rhin : Tun de ses généraux, Saloraon II, * divisa ses Bretons en trois corps : le premier fut conduit par le comte de Cornouaillcs, le second par Salomon lui-même accompagné de ses barons de Goùelou, d'Avaugour, deCraon, de Châteaubriant, etc., le troisième par le seigneur de Fougères; à la tête de ces troupes, Salomon trouve un passage, tombe sur les Saxons et donne la victoire à Tempereur. (Le Bâud, Chron. de Saint-Brieuc) [i].
Cette citation prouve qu'après Lambert et avant André de Brûlon, que nous trouverons cinquante ans plus tard, le Craonnais ne cessa pas d'être commandé par des barons bretons dont fhisloire n'a pas gardé le nom.
L'Anjou était alors partagé par la Loire en deux comtés : celui de la rive droite, c'est-à-dire -celui qui nous louchait, comprenait la Marche angevine ou la Dmtre (outre-Maine par rapport à Angers), et avait pour capitale Séronne, depuis Châteauneuf. Charles en donna le commandemcuit à Robert le Fort, dit l'Angevin, duc de France, et fils ou petitfils du Saxon Witikind. On sait que Robert fut le bisaïeul de Hugues- Capet. Le premier soin de Robert fut de fortifier Séronne pour s'en faire un point d'appui contre les Bretons et les Normands, c'est-à-dire trèsprobablement contre nos envahisseurs et contre nous-mêmes.
Le comté de la rive gauche, ayant Angers pour capitale, fut confié à Thierry qui fut tué, en 859, parles Normands et remplacé par Erispoé ; mais celui-ci, à son tour, étant tombé sous les coups de Salomon III, son compétiteur à la couronne de Bretagne, Charles le Chauve mit à sa place Tertullus, fils d'un simple forestier de la forêt de Nid-de-Merle (2), et fit
(1) Le Baud, doyen de Saiat-Tugal de Laval, écrivait en 1518, mais d'Hozier ne fit paraître son IJUt. de Bretagne qu*en 1638.
(^) Le P. AnseImc(PaIaisder/ionn^r, t.I,p.89)ditqucTerlulleouTertulfétailun aventurier, et Bourdi{^né ajoute, ch. xtv : « Le magnanime Charles eut tant qu'il vesquit « cette coustume que jamais ne Taisoit estime d'homme tant fut grand seigneur, noble « ou d'ancienne extraction, s'il n'éloit vertueux, ou de quelques bonnes grâces (talents)
la paix avec Salomon, au monastère d'Enlrammes, en lui accordant, 860 comme à Erispoé, tout le territoire entre la Maine et la Sarthe, le bénéfice et les revenus de la richd abbaye de Saint-Aubin d'Angers (1). Notre Graonnais resta donc encore sous le pouvoir des princes bretons.
Tertulle,père dlngelger, fut la souche de la brillante famille des comtes d* Anjou, dits Ingelgériens. Ainsi,tandis que le comté de Séronne devenait le berceau de la plus illustre dynastie du monde, le comté d'Angers devenait celui des Plantagenets d'Angleterre, des rois de Sicile et de Jérusalem. De telles origines suffiraient seules à la gloire de notre Anjou.
Charles, en s'appuyant sur des hommes nouveaux, eût peut-être sauvé son trône, s'il h'eût pas commis lui-môme la faute de rendre leurs commandements héréditaires, ce qui, selon l'opinion commune, fut l'origine des fiefs (2]. Il retomba ainsi dans les mains de ces hommes : veieris progapiœ, multarumque imaginum^ auxquels le Gesta conmium reprochait de n'être illustres que par les exploits de leurs pères.
a doié; mais les sages, discrets, courageux et hardis chevaliers de quelque récente « noblesse quMls Teussent, ayinoit et icnoit chers, » etc. On voit ici que ranobh'ssement par le service des armes a existé de tout temps et que Toriginc des Ingelgériens, quoi qu'on en ait dit, était obscure.
(1) « Carolos rex Ginomannis civilatem adit, indc(]ue usquc ad monasterium monialium (|uod iDterannis dicitur procedit. Ibi Salomon dux britannus cum primoribus su» genlisilli obviamvcnit seque illi commendaty et tidclitalem jurât omnesque primores Britannisejurare tecit,et censum iilius lerrae, sccundum antiquam consueludincm, illi exolvit. Cui Carolus ob suœ fldelitatis mcriium, parlem lerrse quae iulcr duas aquas et abbatiam Sancti-AIbini in beneficium donat.»(i4nn. de Saint-Bertin^ année Soi, rapportées par Ménage, p. 311. — D. Moricc, p. 1039.) Cependant on ne trouve pas le nom de Salomon dans la liste des abbés de Saint-Aubin.
La rencontre de Charles le Chauve et de Salomon à En tram mes conlirme ropinlon que le cheiiiiu de Jublains à Rennes passait près de là, au port Ringeard, où Ton a trouvé un grand nombre de médailles.
(2) Selon M. de Courson la féodalité, nous Tavons déjà remarqué, date d'une époque bien antérieure aux Carlovingiens. Elle ne fut que le développement du système des patrons et des clients, commun à la Grèce héroïque et U la Rome antique, aux Galates et aux tribus primitives de* lllalie. Déjà, lors Je la conquête, la Gaule était divisée en une infinité de petites sociétés rurales, vicos^ gouvernées par des chefs puissants, chefs de clan, véritables seigneurs de fiefs, qui conservèrent sous les Romains leur antique hiérarchie ; leurs ambacles ou clients professaient pour leur chef le même dévouement d'/iomm6 à homniBy quecplui exigé des vassaux du moyen âge. Ils avaient les ménies droits, mais, eu retour, ils obtenaient peut-être plus.de protection, parce qu'ils étaient électifs : Nequis ex plèbe contra poUnliorem auxilio egere^. (César, liv. IV, ch. II.) Si la conquête modifia cet étal de choses dans le midi des Gaules et dans les villrs, elle n'y changea rien dans la majeure partie du pays qui, comme le nôtre, échappait dès le 111» siècle à la domination romaine pour s en affranchir complètement en 409. {Orig. armoricaines^ p. 340 et passim,)
112 pnEMlEHS COMMANDANTS DU GRAONNAIS.
865 « Avant la féodalité, la noblesse était ignorée en France (1). Ce n'est « pas qu'il n'y eût des hommes plus puissants que d'autres, mais il ne « faut pas confondre Tautorité attachée h la charge avec Tétat des per- (( sonnes. S'il y avait des hommes plus considérables les uns que les « autres, cela ne faisait pas que les distinctions dont ils jouissaient les « rendissent d'une autre nature pour ainsi dire. Ils étaient les premiers « de leurs concitoyens, mais ils n'en étaient pas séparés, et les charges « de l'État étaient également portées par les uns et par les autres. » (Président Hénault, p 93 et 190.) Quelque justes que soient ces réflexions à certains égards, rien ne pourra empêcher que les enfants d'un homme qui aura rendu des services à l'Etat, ne soient plus considérés que les enfants de ceux qui n'auront jamais pensé qu'à eux-mêmes ; cette considération s'étendra à leurs descendants, même fainéants. Ceci avait lieu dans les républiques grecques et romaines, à plus forte raison doit-il en
être ainsi dans les monarchies. Quant à la différence de nature et à l'inégalité des charges, dont se plaignait si justement le président Hénault, ces idées sont si loin de nous aujourd'hui, qu'à peine les croirions-nous avoir été possibles.
D'autre part, voici ce que dit Montesquieu sur l'origine de la noblesse française : « J'ai parlé de ces volontaires qui, chez les Germains, suivaient « les princes dans leurs entreprises ; le môme usage se -conserva après la « conquête. Tacite les désigne par le nom de compagnons, comités; la (c loi Salique, d'hommes qui sont dans la foi du roi: qui sunt in truste « régis ; les formules de Marculfe, par celui d'antrustions du roi (2] ; nos ft premiers historiens, par celui de leudes ou fidèles^ et les auteurs « suivants, par celui de vassaux, seigneurs. » [Esp. des lois^ liv. XXX, ch. XVI.) Yoilà les commencements de la plus ancienne noblesse ; mais combien de familles peuvent aujourd'hui se flatter de sortir réellement de cette source? A ces origines remontant aux temps mérovingiens ou carloviugiens, on peut ajouter un grand nombre d'anoblissements ou plutôt d'afi*ranchissements, d'élévations dues à la valeur, aux talents et quelquefois à d'obscures usurpations. Certaines abbayes, dit l'abbé des Roches, s'étaient arrogé le droit de conférer des Gefs à des guerriers,
(f ) Oui comme caste ou comme difTérence absurde de nature, non comme honorable (lislinctiou de famiUe. A Rome, la noblesse était héréditaire et les historiens foni sans cehsc la distinction des familles anciennes et des hommes nouveaux. 11 en était de même des Equités gaulois, suivis de leurs clienU. (César, liv. lY, ch. xui et xv.) Mais si, chez ces peuples, la noblesse était héréditaire, les commandements y étaient électifs. Il y avait des familles et non des castes fermées.
(â) De l'allemand trew, fidèle, ou de Panglais tt^e, vrai.
INVASION NORMANDE. il3
à charge d'en élre protégées, ce qui fit dts chevaliers et par suite des 867 geutilsbommes. Il cite, & ce sujet, une charte de 1140, par laquelle Raoul de Botler, en fondant un prieuré, stipula que le seigneur ne ferait pas de chevaliers (milites) nisi in sacra veste Christi, Or, le titre de chevalier était à peu près le seul de ce temps. (Hist. de rAvranchin^ p. 98.) Nous pensons, nous, que dans ces temps d'anarchie et de bouleversement, chacun prenait à son pouvoir. Aussi certaines personnes trouvent au moins singulier que la noblesse soit estimée plutôt par son ancienneté que par la grandeur des services. Elles ne réfléchissent pas que plus une famille, même bourgeoise, aura joui longtemps d'un rang distingué, plus aussi elle aura contracté d'honorables alliances, et plus sa considération se sera étendue, et puis, comme le dit Properce :
OmniH post obilum fmgit majora vetu9las.
Quoi qu'on fasse, en république comme en monarchie, rien ne pourra détruire ces idées, parce qu'elles tiennent à la nature des choses, et parce qu'il est indispensable à la bonne constitution d'un État qu'il y ait des familles, non pas privilégiées, surtout en matière d'impôt, mais qui soient plus considérables par leur position, par les services qu'elles ont rendus et surtout par ceux qu'elles doivent se croire obligées de rendre encore; chez lesquelles l'élévation de l'âme soit plus particulièrement un héritage et qui dans un certain sens soient aussi le sel de la terre. Le même principe a toujours été admis, et avec le plus grand succès, dans l'armée, dès la plus haute antiquité, par l'institution des corps d'élite (1), et il en sera toujours ainsi. Qu'on parle d'égalité devant Dieu, devant la loi, rien de mieux, mais l'égalité absolue, la nature ne la connaît pas, même parmi les herbes des prairies; il en est de même des hommes, toujours quelques têtes dépasseront les autres, à moins qu'elles ne soient toutes également écrasées sous le char du despotisme : or, le niveau moral et intellectuel d'une nation peut-il s'élever sous un tel aplatissement? quelle idée généreuse pourrait y germer? — Mais, dit-on, l'inégalité fait naître l'envie. — Oui, dans les âmeS' basses, mais dans les grandes elle crée l'émulaiion, et c*est rémulation qui fait les grandes choses ; c'est elle qui élève l'homme au-dessus de lui-même, lui fait tout sacrifier pour son prince et pour sa patrie. A la place de ce mobile, mettez l'amour du lucre, ou l'ignoble
(1) Témoin la légion sacrée des Thébains, au suj^t de laquelle Plularque dit : a Les vaillants hommes se donnent les uns aux autres la jalousie de bien Taire, ont plus de courage et font plus grand effort quand ils combattent à Tenvi les uns des autres. »