‹ Chroniques craonnaisesChapitre 21 sur 127 · PREMIERS COMMANDANTS DU CRAONNAIS · texte numérisé non relu

PREMIERS COMMANDANTS DU CRAONNAIS

87S axiome : cAacun pour SOI, le cœurs'affaisse, le génie national reploie ses ailes, et les bras ne savent plus se tendre que pour demander de Tor, ou pour le chercher jusque dans la boue. Le budget, Timpôt, deviennent de plus en plus écrasants, sans pouvoir suffire à assouvir les convoitises et encore moins à faire naître le moindre dévouement: car Tor n'a jamais produit qu'une passion : celle de l'acquérir et de le conserver à tout prix.

Mais revenons à nos Chroniques.

Vers 867, Robert le Fort était parvenu à chasser les Normands. Vigoureusement poursuivis, ils ne purent regagner leurs bateaux, et se virent contraints, avec Hustings, leur chef, de s'enfermer dans une église bâtie en pierres, dit la chronique do Réginon (1). Tous ceux qui ne purent s'y renfermer furent tués. Robert tenait donc le plus terrible dévastateur de nos contrées. Assuré que rien ne pouvait le tirer de ses mains, ctle jour commençant h tomber, il fit camper sa troupe et remit l'attaque au lendemain. Il avait ôté son casque et sa cuirasse pour se soulager des fatigues de la journée, quand tout à coup les portes de l'église s'ouvrent et les Normands se précipitent sur les assiégeants. Quoique désarmé, Robert les refoule dans.leur asile ; mais en les poursuivant de trop près, il est tué sur le seuil même de l'église. Aii même moment une flèche partie d'une des fenêtres de l'église blesse mortellement Ranulfe, duc d'Aquitaine, qui était venu à l'aide de Robert. Privés de leurs chefs nos Angevins se retirent emportant le corps de leur comte. Ils Tinhumèrent dans l'église de N.-D. de Séronne; Châteauneuf possède donc la dépouille du chef des Capétiens. Le lieu où Robert fut tué est Brissarthe (Man, de l'abbé Grandet). Brissarthe était nommé en hiïn BriaSartha, passage de la Sarthe. Ainsi notre Craonnais retomba sous le joug des Normands ; par comble d'infortune une horde de ces pirates vint, en 875, s'abattre sur Angers. Ils étaient accompagnés de leurs femmes, de leurs enfants et semblaient vouloir s'y établir définitivement. Charles, aidé de Salomon III, successeur d'Erispoé, et de ses Bretons de la rive droite de la Mayenne, du nombre desquels étaient les Craonnais commandés sans doute par Guyon, vint les assiéger. Réduits aux abois les Normands allaient se rendre à discrétion, l'empereur eut la faiblesse de les laisser aller moyen-

(1) Cette circonstance, remarquée parRëgînon (adan. 867), prouve qu^alors les constructions -en pierres étaient rares. Aussi on voit au xi« siècle Gcoiïroy le Barbu, comte (l'Anjou, donner à Tun de ses officiers un château construit en terre et en 6om, trèsbien fortifiéy qu'avait élevé Foulques Nerra, en 1061, près de Saumur. {Arch, de t'An- Jou, t. !•', p. 250.) Les anciens ch&teaux de La Guerchc cl de Pellelréc éuiicnt aussi bâtis en bois, sur de grosses mottes au bord d'un étang. Celui de La Guerchc servi! plus tard d'ouvrage avancé et fut démoli en 1737.

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nant une certaine somme, fruit de leurs rapines : c'était les encourager à de 87S nouvelles incursions. Sigebert place ces faits en 875, Tabbé Grandet en 873, Bourjoly en 865. Les dévastations normandes ne cessèrent que par l'abandon que leur fitCharlcs le Simple, en 912, de la Neustrie, qui dès lors prit le nom de Normandie. Saiomon ne put lui-même s'en débarrasser qu'en leur donnant, dit la chronique, cinq cents vaches, brunes. Mais ayant été tué Tannée suivaute (874), son duché,divisé entre GurvenetPasquiten, fut encore moins en état de résister à un envahisseur encore plus redoutable, RoUon, qui, vers 876, pénétra par la Seine jusqu'à Rouen (1).

Rolion ne fut pas plutôt en paix avec la France (i) qu'il tourna ses armes contre la Bretagne (c'est-à-dire contre nous), car Charles lui en avait aussi abandonné la suzeraineté. Mais les Bretons n'étaient pas plus d'humeur à se soumettre au prince normand qu'à la France, et RoUon vint nous dévaster complètement en 919.

Les Bretons, il est vrai, ne furent pas en reste avec lui et allèrent à leur tour dévaster la Normandie; ces fatales guerres, nées de l'absence de toute autorité supérieure, durèrent plusieurs siècles.

Notre Ordonnais tantôt normand, tantôt breton, mais peu riche et placé loin des grands fleuves par lesquels les pirates, au moyen de leurs légers

(0 Arriva Rous (RoUon) en Normendie, De Danemarche que ont guerpie (quitté), Par Soigne (Seine) entra noant a mont (naviguant en remontant), Vint à Roan desque al pont.

Quand de la ville saisi fu, Le pays a tout commeu (ému, épouvanté). 11 art viles, hors et chaieals, La gent occit à tropeals (comme troupeaux). (Manuscrit du Mont-Saint-Michel, écrit au xii« siècle, par le moine de Saint-Pair.)

Ecoutons d*autres auteurs presque contemporains : « Audita régis Salomonis morte rcgnum divisum desolaturi Dani veniunt et Northmanni.Domosincendunt, regionemvastanL, universamque Brilanniam longe, late, depopulantur donec tota regio Britonum in vastam eremum et soiitudinem redacla sit. • {(Uiron. Nannel.)

Le Livre Noir de la Chr. de Coutances dit : « Anno 357 Britannia et tota Ncustria ine* narrabiliterdesolatis... Ecclesia... fœditate idolatriae et paganis fuhbns conculcatur. » [Hist. de CAvi-anchin^ par Fabbé Desroches.)

PToublions pas que notre Graonnais faisait alors partie de la Bretagne.

RoUon ou Rolf, d'origine norwégienne, et second (ils du comte d^Avranches, était de laille si haute qu^aucun cheval ne pouvait le porter. {Hist. de l'Avranckin.)

(3) Charton assure que ce n'est qu'en 885 que le nom de France apparaît pour la première fois D^autres disent même que les noms de France et de Français ne datent que du xi« siècle. Jusque-là les idées patriotiques de chaque peuplade ne s'étendaient pas au delà des limites de leur cité ou province.

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