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PREMIERS COMMANDANTS DU GHAONNAIS

898 esquifs, pénétraient jusqu'au cœur des provinces, eut sans doute moins à soufifrir que Rouen, Nantes et Angers ; mais il n'en dut pas moins être fort malheureux, car il possédait encore quelques fermes en culture. Nous voyons qu'en 875 une femme du nom d'Adalberge fil don à Saiiit-Sergc d'une terre appelée : Nubiliacus in pago andegavensi, in vicaHa croniacemi: où était ce Nubiliacus? Saint Liboire consacra, au iv*» siècle, Téglise deNoviliacus (1) (Nuillé) ; mais cette paroisse pouvait-elle se dire: in

vicaria croniacensi ?

Eudes, fils et successeur de Robert le Fort, voulut disputer la couronne à Charles le Simple(898-929); il fut battu devant Soissons et son comté de Séronne réuni pour toujours à celui d'Angei's, entre les mains de Foulques ^^ dit le Roux, fils d'Ingelger. Séronne s'éteignit au profit d'Vngers, et son château ayant été rebâti par Geoffroi le Bel en 1131, elle prit le nom de Châteauneuf qu'elle ^g^vdé depuis.

L'affaiblissement du pouvoir entre les mains des descendants de Charlemagne produisit nécessairement dans tout le royaume une vaste anarchie. Le commandement des forteresses, puis leur propriété étaient devenus héréditaires dès la fin de la première race (Montesq., liv. XXXI); ce fut à qui s'emparerait d'un lambeau de pouvoir pour l'immobiliser dans sa famille. Les charges de Forestier, de Recenseurs et même de Maîtres ouvriers (2) devinrent fiefs héréditaires à foi et hommage. C'était une conséquence de la féodalité, système qui, de nos jours, serait absurde et monstrueux, mais qui d'abord mit un peu d'ordre dans le chaos, et fut volontairement accepté crainte de pis, par les faibles qui ne trouvèrent que là un peu de sûreté et de protection ;3). Ce fut d'abord un simple pacte

(1; On sait que dans rancienne langue latine le V se changeait souvent en B.

(â) Le maître charpentier de révoque de Chartres était tenu de quitter son travail chaque fois qu'il était mandé par révoque. Pendant la vendange, il devait monter la garde jour et nuit au cellier épiscopal. En revanche, il jouissait de quelques menus droits et de cinquante sous de cens ou revenu (environ cent trente francs, valeur relative de 1860) et avait juridiction de basse-justice sur les ouvriers de son métiei\ (Charte

du xi« ou du xu« siècle.)

Entre Tliomme d'armes et ce maître ouvrier, la seule différence était que celui-ci devait à toute réquisition son bras au travail, l'autre à la guerre. Mais le lien de vassalité était le môme. (M. Chevalier, Revue de V Anjou, septembre 1881.) On voit, en outre, ici la preuve que le système féodal ne se proposait pas primiiivement d'abaisser une partie de la population au profit de l'autre, mais seulement de les réunir, de pourvoira la défen.se commune et, dans l'absence de tout commerce et de valeurs représentatives, de retirer des propriétés un revenu tel quel en nature.

(3) Rien de plus populaire que la féodalité à sa naissancc.(Michelet, Hist, de France, l. l«r.) Le Germain ne pensait qu'au butin, mettait volontiers sa liberté, sa vie au service

(Inutilité mutuelle qui forma des espèces de clans, ou familles dans les- 898 quelles les chefs avaient charge de la défense commune et de faire justice, et dont les autres membres, sous les noms de colons, vilains (villani), (Thommes de poésie (de potestate), contribuaient un peu en argent, mais surtout par des prestations en nature, au soutien de la communauté. D'ailleurs, comme l'observe Charton, et comme l'établit très-bien M. de Courson, même avant la conquête, les hommes libres avaient coutume d'acheter la protection d'un voisin plus puissant ; car il est dans la nature des choses que les faibles, pour résister aux forts, cherchent l'appui des plus puissants. Le patronage romain était déjà dans les mœurs quand il devint une nécessité. Seulement ces patrons se firent héréditaires, et chaque classe prît un nom particulier; tout ce qui n'était pas noble fut roturier (ruptuarîus), ligne précise, inflexible et fatale de démarcation qui plaça les neuf dixièmes de la population dans la classe inférieure, et fut le germe de nos fatales divisions. Mieux inspirés, les Anglo-Saxons n'établirent entre les vainqueurs cl les vaincus qu'une ligne indécise, flottante, qui, loin de les désunir, les engageait réciproquement à se soutenir, à s'appuyer les uns sur les autres.

Selon Ménage et Bodin l'ancien, c'est à cette époque, vers 888, que les Angevins perdirent leurs droits aux charges publiques que les Romains leur avaient laissés ; ils ne furent plus que les serfs, les colons, les col- Uberts (1) deç Francs, des Normands et des Saxons.

Chaque homme libre. Franc ou Gaulois d'origine, chercha k fortifier son habitation. Mais comme les centres de population chrétienne déjà établis n'étaient pas le plus souvent des points faciles à fortifier, il s'ensuivit naturellement que presque partout les châteaux-forts et, par suite, les villes, s'élevèrent loin des églises (2), comme nous l'avons vu k Craon, sous Lambert ; car ce n'est qu'à l'abri des châteaux que les populations trouvaient sûreté et protection.

Sous les redoutables Ingelgériens, TAnjou, délivré des Normands, respira enfin un peu. Sous Foulques le Bon (938-938), il j(»uit même d'une heureuse paix. Les églises démolies furent réparées, ragricullure encouragée. Attirés par l'administration paternelle de ce bon prince, une foule

d'un patron cl promettait fidélité à rhomn\e plutôt qu'à la loi; do là est venu le vassclage. (Charton.)

(1) Les CoUiberts, dernier degré des hommes libres, pouvaient ètro vendus, mais ils avaient droit de cultiver les terres à leur profit, en payant une redevance. (Ménage, p. 50.)

(2) Ainsi, à Pouancé, la paroisse était Saint-Aubin ; à La Guerche, Ranée; à Châteaubriaul, Bcré; à Laval, le bourg de Priée ; à Château Gonlicr, Bazouges, etc.

911 de cultivateurs des provinces voisines accoururenten Anjou. Les bois, qui partout avaient envahi le sol, furent défrichés et réduits en cendre; les fermes se repeuplèrent de bestiaux, et la terre, revivifiée par ces deux sources d'engrais, rendit de magnifiques récoltes. (Gesta consultim,)

ANDRÉ, Sire de Graon, et LISOIR LE VIEUX. (Lisoias Tetnlos.)

Ce fut pendant celte période de calme que vivait, de 911 à 914, André, sire de Craon et de Brûlon (1) ; on le croit, ainsi que Renaud de Château- Gontier, Danois d'origine. Il épousa Agnès, fille de Foulques le Bon, qui lui donna en dot Briolay et le Lion-d'Angers. Ce mariage prouve l'importance qu'avait déjà la seigneurie de Craon, importance due sans doute au souvenir et à un reste de Tancienne puissance de Lambert. Chopin (Coutumes (T Anjou), Robert [GalL Christ.) croient qu'André fut seigneur de Craon, Ménage seul en doute. Quoi qu'il en. soit, on voit ici le Craonnais commencer à pencher vers l'Anjou, malgré qu'il paraisse certain que la première maison de Craon était d'origine bretonne.

D. Chamard rapporte que vers ce temps-là une fille de Craon, nommée Amélina, fut guérie d'une espèce de frénésie permanente par l'intercession de saint Aubin.

On voit attachée contre le clocher de Bazouges la pierre turaulairc d'un nommé Gishuval. Son épitaphe, la date de sa mort exprimée par la formule : anno Inçamationis Dom. DCCCLXXVI, prouvent aussi que des chrétiens existaient près de nous avant 876 (2).

Après Lambert, le Craonnais eut sans doute, comme nous l'avons vu p. 110, d'autres seigneurs ou commandants; mais envahi sans cesse tantôt par les Bretons, tantôt par les Normands, l'histoire n'en a laissé aucun souvenir.

Pour continuer à donner des spécimens du langage de chaque siècle, voici une promesse en langue rustique ou romane donnée à la fin du x* :

tt De ista hora in antea ego Raimundus filius Garsendis non decebrai

(I) Brûlon était une seigneurie dépendant. de Sablé. Voyez sur cet André de Brûlon rarlicie de Bouchamp.

(i) Voici celte épitaphe : « Subhoc lapide requiescit corpus viri religiosi, beats mc- « moriae nomine Gishuvali (nom franc), cujus Hdes vcra et viUi fuit bcata, hic decessit m 3 kal. afirilis, hue quicumquevcniscl ccrnisdicito quaeso : Gishuvali famuli rcx mia screre Deus. An. inc. Dom. DCCCLXXVI (876) rcgnanle Carolo, impcrii an. primo. »

En effet, Charles ic Chauve, roi depuis 840, ncfulcouronué empereur qu'en 870.

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