‹ Chroniques craonnaisesChapitre 29 sur 127 · HUGUES · texte numérisé non relu

HUGUES

Renaud, premier enfant de Hugues, avait été enterré à La Roë. Hugues 1130 et Agnès voulurent aller prier sur sa tombe. Les moines crurent Toccasion favorable pour lui demander la métairie de Villemauger; mais notre baron, dont les finances ne comportaient pas, comme nous Tavons vu, une telle générosité, se borna à leur donner le four banal qu'il venait de t4^ uaAz^ /4' * construire à Craon. Ce don fut fait entre les mains de Robert de Montenay, abbé de 1130 à 1136, ce qui prouve qu'Agnès vivait au moins en 1130. Mais il parait qu'elle mourut peu après; car Hugues se remaria, eut cinq enfants, et mourut avant la dédicace de La Roe (lt3(>-1141], puisqu*à cette occasion Guérin, son fils, fit des dons à Tabbaye pour les dwes àe son père et de sa mère. (Charte "XHX?.) . 5 ^ —

Hugues avait épousé Isabeau ou Marquise de Mayenne ; il en eut quatre garçons et une fille ; celle-ci, nommée aussi Marquise, fut mariée à Hugues de La Gucrche, grand-père de Guillaume de La Guerche, qui fonda, en 1207, le prieuré de La Primaudière, ordre de Grammont, près Pouancé.

Ses quatre fils furent :

1° Maurice II, qui posséda la baronnie après Guérin;

2"* Foulques de Mathefelon, mort sans postérité. A l'occasion de cette mort, Hugues et sa femme donnèrent à Saint-Nicolas le péage du pont de Craon que Renaud avait réservé en fondant cette église. Foulques fut enterré à La Roé, près de Renaud, son frère du premier lit. (Voy. renvoi J.)

3* Guy qui, suivant l'impulsion de son siècle, fit, en 1191 ou 1192, le voyage de Terre sainte. Il assista au traité conclu entre Richard, roi d'Angleterre, et Tancrède, roi de Sicile ;

4'' Robert, chanoine archiprêtre de l'église d'Angers, qui fut un des témoins d'un accord fait, en 1172, entre Emme, abbesse du Ronceray, et Etienne de Marchay, sénéchal d'Anjou, ainsi que d'un arrangement par

la paire de bœufs, 400 : ce qui donnerait au sol une valeur relative de il fr. 11 et de 11 fr. 43, dont la moyenne est de 11 fr. :2i. Il fallait donc, au xir siècle, dépenser 4 gram. 1/2 d'or ou 14 fr. pour obtenir un produit qu'aujourd'hui on aurait pour 11 fr. 2i.

Si nous appliquons la môme évaluation du sou à divers objets mentionnes au carlutaire, nous trouverons qu'une cuirasse de 18 à 34 sois vaudrait aujourd'hui 290 fr., une tunique de 7 à 10 sols, environ 100 fr., une peau de bœuf (corroyée sans doute), 6 sols ou le tiers du bœuf entier. On voit là combien la main d'œuvre était chère et pourquoi les chaussures étaient si rares. Quelquefois un cheval était eslimé bien plus de 500 fr. La LXV» charte fait mention d'un cheval que l'abbé Michel avait acheté 31 seliers de seigle (62 hectol. ou environ îKK) fr.) et (ju'il donna pour trois hectares de terre.

1130 lequel son frère Maurice abandonna à Tabbaye de La Roë un pré, dit de FoDtenelle, aussi grand que les moines le pourraient faire sans détruire les chênes qui existaient du côté de Saint-Michel, et en rétendant jusqu'aux bois de Mauconseil et à ceux des chanoines de Saiiïl-Nicolas.

L'abbé de La Roê obtint en même temps que ceux qui habiteraient (èS'^ leur terre seraient affranchis de toute coutume. (ebVt charte.)

Vers 1150, Zacbarie des Corbières, voulant aller à Jérusalem, donna à La Roê son fief de La Melandiëre, près des Valeyettes ; mais comme il était pauvre, Tabbë lui donna cinquante sous et à sa femme cinq, en présence de Hugues, seigneur de Craon. (CXXVIII* charte.)

C'est Hugues qui, vers 1117, donna la chapellenie «t l'église Saint- Nicolas à l'abbaye de La Roê (VP charte), don qui fut confirmé par le pape Pascal II (1099-1118), à charge de payer dix sous de cens annuel à l'église-mère de Saint-Maurice. (VII« charte.)

Hugues avait fait bâtir un château à Pelletrée (1), c'est ce qui avait mis

• sans doute ses finances à sec ; car nous l'avons vu recevoir, avec grand

plaisir (animo arridentU dit la charte), une misérable somme de cent sols

pour consentir à un arrangement avec l'abbé de La Roê. Une autre

^o ^ charte, la Xt¥{H>*, nous le montre faisant un accord et un échange de

terrain pour arriver à faire une haie séparative entre les terres de l'abbaye

et celles de Pelletrée. Cette haie suivait en ligne droite (recto itinere) le

5^ *■ ruisseau descendant de La Roë jusqu'au pont de Pelletrée (charte'XiaVlI').'

Ceci prouve qu'alors les haies n'étaient pas encore très-communes.

C'est vers celte époque que les chartes de La Roê semblent indiquer la fin du servage dans le Craonnais. En effet, elles commencent à faire mention des Tailles (Talliata) qui, on le sait, furent la compensation, la conséquence de l'abolition du servage; condition, du reste, bien moins fâcheuse qu'on ne le pense, dans ces temps de misère générale, où l'entretien des serfs était une lourde charge pour les seigneurs. Aussi verrons-nous bientôt de nombreuses et nobles familles faire bon marché de leur liberté et, pour vivre, être obligées de se donner corps et biens aux abbayes.

C'est aussi répoque de l'affranchissement des communes qui précéda l'établissement des corporations des arts et métiers. Car beaucoup de serfs, lorsqu'ils purent disposer d'une partie de leur salaire, s'en servirent

(1) Cette terre, nommée d*abord PoiUruiey devint baronnie; elle eut, au commencemeot du xii« siècle, un sénéchal ; elle possédait entre autres cens celui de La Touzelière qui était de douze deniers. En 14o6, elle n'était qu'un bailliage. Un Maurice de Craon avait institué deux chapelains a» prieuré de Pelletrée. [Archives départ. E99.)

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