‹ Chroniques craonnaisesChapitre 32 sur 127 · W YORK · texte numérisé non relu

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CUÉRIÎS II. 177

(1137-1143) (1). Il résulle du rapprochement des époques où vivaient 1140 ces prélats, et de ce que nous avons dit plus haut, que cette consécration ou dédicace eut lieu de 1136 à 1139, c'cst-à-dirc quarante ans après la fondation de Tabbaye.

A l'occasion de cette solennité, Guérin non-seulement confirma tous les dons faits à La Roé par ses prédécesseurs pour le remède de son âme et celles de ses père et mère, ce qui prouve que ces derniers n'existaient pluSy mais il lui donna encore les droits qui lui étaient dus à la foire du Carême, et établit en commémoration de la dédicace une nouvelle foire d** trois jours, dont il abandonna également les droits à Tabbaye (2).

La charte de fondation, ou les foires sont désignées par le même mot que les fêtes [feriœ]^ donne Tétymologie du nom en même temps que Torigine de la chose ; en effet, les foires durent leur naissance à Taffluence des populations réunies à l'occasion des grandes fêtes ; c'est ainsi que l'industrie et le commerce, comme l'agriculture et la civilisation, durent leur premier développement à la religion.

Quelque temps avant cette dédicace, une contestation s'étant élevée entre Ulger, évêque d'Angers, et l'abbé de Vendôme, au sujet de leurs droits sur diverses églises, une bulle d'Innocent II (llHO-1143), dusecond jour des ides de janvier (12 janvier) 1136, décida que les églises d'Athée, de La Selle, de La Chapelle, de Saint-Saturnin, de Gongrier, de Bouchamp, de Pommerieux, de Laigné, de Briolay, de Ménil, d'Aviré, de La Jaille, et beaucoup d'autres étrangères à notre pays, appartiendraient à VendOme, sans que l'évéque d'Angers ni son chapitre pussent les acquérir. En même temps, notre Saint-Nicolas fut réduit h six prébendes, dont deux à la présentation de l'abbé de Vendôme, trois à celle de l'abbé de La Roé, et la sixième à celle de Tévêque ; le prélat ne pouvait céder son droit qu'à son chapitre ou à l'abbé de Vendôme. Mais le séjour d€s chanoines au milieu d'une forteresse et des gens de guerre étant peu convenable, le pape défendit aux abbayes de Vendôme et de La Roë d'y laisser habiter leurs religieux; de plus, il affranchit La Roé envers Saint- Nicolas de la petite rente en huile à laquelle elle s'était obligée trentesix ans auparavant, en compensation des dimes que Renaud avait ôtées à Saint-Nicolas pour les donner à La Roé. (Voir renvoi J.)

On peut voir ici les commencements de la grandeur de La Roë qui déjà

(i) HUi^uesétailévéquedès 1135, mais il ne put en faire les fonctions qu'en 1137.

(2) Voyez celte charte renvoi Q. Celte secondefoirc.delrois jours, maintenant rôduite à un seul, existe encore et a lieu le 9 août, ce qui donne l'iipoquc précise de la dédicace. Celle de carême, aussi, existe encore à la date du 15 mars.

1140 ne veut plus supporter d'avoir à payer une redevance à une simple collégiale, pourtant son atnée.

Enfin, par la même bulle, le prieuré de Saint-Clément, membre dépendant de Tabbaye de Vendôme, fut maintenu dans ses droits curîaux (i).

Quelques jours après, le même pape, par une bulle du neuvième jour des calendes de février (24 janvier) 1136, confirma à Tabbaye de La Roê la possession d'un assez grand nombre de prieurés-cures et de prébendes; et cependant, quelques années après, Ulger, évêque d'Angers (1124-1149), dans une lettre adressée à Innocent II, peignait avec chaleur rexlrême misère de cette abbaye qui était, disait-il, comme étouffée sous le poids de l'orgueil et des richesses de Vendôme. En effet, l'opulence de La Roë ne date que du temps de Guy le Clerc, son vingthuitième abbé, au milieu du xv* siècle. (Voy. art. La Roë, à la liste des abbés, le nom de Ives Despréaux, vingt-septième abbé.) Toutes les donations en terres du xn* siècle qui nous paraissent aujourd'hui si excessives, si magnifiques, ne produisaient alors presque rien. A quoi sert la terre sans bétail pour la fertiliser, sans bras pour la cultiver et sans voies de communication pour écouler les produits? Aussi peut-on remarquer que les seigneurs, ne trouvant presque plus rien à prendre sur des terres que leurs exactions continuelles avaient frappées de stérilité, allèrent saisir le revenu là où seulement il pouvait se produire, sous la protection des abbayes, et ne craignirent même pas de s'emparer des droits que les curés tiraient de leurs fonctions sacerdotales.

La conséquence d'un tel étal de choses fut que les produits de Tagriculture devinrent excessivement chers, et que le prix de la terre s'avilit de plus en plus.

(1) BuUe d'Innocent II transcrite au charlrier de La Roê, sous le n'^S, avec le facsimilé du sceau de ce pape (voir ci-dessous). On lit, en abrégé, au premier quartier S. Petrus ; au deuxième, S. Pautus, et dans les deux derniers, Innocentius, Exergue : Salvator noster, adjuva nos.

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