GUÉRIN
OU industriel qui, par le cens, le fouage, etc., donnait de nouveaux revenus 1 150 au seigneur ; dans le troisième cas, on créait des revenus ecclésiastiques. Quelquefois, pour repeupler un pays, le seigneur accordait au nouveau village des exemptions ou libertés, telles que de pouvoir vendre ou aliéner leurs terres, de n'aller à la guerre qu'avec le seigneur, de no payer que quatre deniers de rente par arpent ou hectare, et un sol et un boisseau d'avoine pour sa maison. (Charte de Provins de H75, citée par Charlon.)
Ces concessions de bourg ou de cimetière ne réussissaient pas toujours, témoin Blochct, Boutigné, le Tilleul et autres ; mais souvent aussi elles furent l'origine de nos bourgs et villages, comme Ballots, La Roe, le Bourgneuf, Livré, Saint-Poix, etc.
Nous avons dit que, dans ce temps-là, grand nombre de fermes et de maisons prirenl lenom de leurs propriétaires, maisbeaucoup aussi prirent leur nom de leur position ou d'autres circonstances, ainsi : le nom de haie dénote un des plus anciens défrichements, ou un enclos gallo-romain; car les haies furent la première clôture de la propriété et même des châteaux. (De Caumont.) On CQnnait plusieurs c/iaîs-//eM5, chefs-lietu; on croit qu'ils étaient ainsi nommés parce qu'on y tenait des assises ou conseils (Rép. arcfUologique de/'i4w/oM,1860, p. 108). Les Dorderies (1) sont toujours à la limite des paroisses. Breil vient de Brelium^ grand bois; Brelingault^ Brelium Ingaudi; Touches^ Touchettes^ de Tosc/ia^ bois de haute futaie ; Goupillière^ de Goupil ou renard ; Gaudinière^ Plessis^ de gaudium et de placens (2). Tesserie^ Toissonnière^ de Te$son^ blaireau, ou deTaxonaria^ maisons des Ifs (H); Essarts, Essartum^ lieu découvert; Gastines^ signifie plaines ou mauvaises terres ; les Barres^ limites, etc.
Quant à notre langage, voici comment nos aïeux disaient le Pater au xii"^ siècle : «Sire père qui es es ciaux,sancteiiez soit li tuensnom, aveigne li tuens règne, soit faite ta volentè si corne ele est faite el ciel, si soit elc faite en terre; notre pain de cascun ior nos donne hui, et pardone nos meffais si come nos pardonons a ços qui meffait nos ont. sire ne soffre
(1) Du mot anglais borderSj marches, limites.
(2) Cependant Ménage prétend que Plessis vient de plexilum et de plexere, parce qu'on entourait les propriétés d'épines entrelacées. L'origine de ce nom serait donc identique à celle de haies.
(3) Ces arbres, d'une grande longévité, étaient autrefois l'ornement des maison^ de campagne. Leur bois, très-dur, servait aux Gaulois à faire des arcs et des flèches; on croit même qu'ils les empoisonnaient avec le suc des feuilles qui sont en effet un poison pour les animaux, tandis que leurs baies sont inofrensives. Au moyen Âge, cet arbre s'appelait IvuSy d'où est venu le nom (Tif.
1180 4"^ ^^^ soions tenipté par mauvesse temptation. mes sire délivre nos de mal amen (1). »
Le cartulaire de La Roê est en latin : mais dans le texte se glissent beaucoup de mots français que Técrivain ne pouvait, à ce qu'il paraît, latiniser; nous citerons entre autres : Peisson pour poisson, cnpé pour coupé, archier pour archer, Laval, Angevin, riche, barbare, lige, dépend larron, etc. ; tous ces mots prouvent qu'au xii* siècle, un français tel quel était la langue vulgaire du Craonnais. (Voy. renvoi P*.)
Guérin ne laissa point de postérité, et Maurice II, son frère du second lit, lui succéda vers 1150; car Maurice figure dans la CXXXII« charte de La Roé pour une donation avec Normand, qui fut évêque d'Angers de 1149 à 1185.
(i) On peut voir par cet exemple où en serait la langue liturgique, si l'Eglise ne l'avait pas flxée au moyen d^unc langue morte pour tous les temps et pour tous les peuples.
GHAPITHE VI
Suite de la deuxième Maison de Graon s
Maurice II; Maurice III; Amaury ^^ Maurice IV (de 1151 à 1250).
Ces grands seigneurs troubadouis, tout en guerroyant sans cesse, aimaient ii chanter leurs amours.
fHist. tut. de la France.)
EPUis la fondation de La Roe, une certaine rivalité s'était 1151 élevée entre celte abbaye et le chapitre de Sainl-Nicolas, sans doute à cause des terres et des dîmes autrefois possédées par le chapitre, et qu'on lui avait ôtées pour les donner à Tabbaye. Ajoutons que Hugues, comme nous l'avons dit, avait construit un château à Pclletrée sur la paroisse de La Roë, vers H56 ou 1161. (CXCVIP charte de La Roe.)
Les chanoines de Saint-Nicolas, pour avoir les revenus ecclésiastiques produits par cet établissement, construisirent une chapelle près du château, mais sur le territoire de la paroisse de Ballots qui leur appartenait. Maurice II était alors baron de Craon ; voulant sans doute favoriser son chapitre, il engagea les habitants de Pelletrée à aller à cette chapelle. — De là vives réclamations de la part de l'abbaye; mais sur les observations d'Etienne, évoque de Rennes (1156-1166), et de Mathieu, évêque d'Angers (1155-1161), Maurice reconnut ses torts, rendit les oblations reçues par son chapitre et, de plus, donna à La Roe douze seterées de terre, le moulin de Barrillé et sans doute la chapelle même
1161 de Pelletrée (1), se réservant seulement douze deniers de reconnaissance de fief. (CCXVIP ch. de La Roc.)
Vers le même temps, Maurice se fit recevoir chevalier ; la cérémonie était coiûteuse, aussi était-elle un des trois cas exceptionnels où les vassaux devaient, comme nous Tavons dit, une taille extraordinaire. Dès qu'il fut reçu chevalier, Maurice, laissant ses quatre enfants mineurs sous la tutelle d'Isabelle de Meulan sa femme, fit le voyage de la Terre sainte (renvoi E^) cl courut, paraît-il, de grands dangers en Egypte, car il y fit vœu d'une rente de deux sols pour le luminaire de Saint- Nicolas de Craon. (Voy. renvoi J.)
Ces voyages de Terre sainte étaient alors très-fréquents, soit comme but de piété, soit pour combattre les infidèles. Nous avons déjà cité quelques-uns des principaux habitants de notre pays qui firent ce pèlerinage, entre autres Robert le Bourguignon qui y laissa la vie. Nous pouvons ajouter à cette liste : un seigneur nommé Hugues qui, en 1181, engagea à l'abbaye de La Roë une terre en Fontaine-Couverte pour cent sols ; avec cette somme, lui, sa femme (2) et sa fille firent le voyage de Jérusalem; Renault, Geoffroy et Pierre de Ballots et leur neveu qui donna pour ce voyage le sixième des dîmes de Ballots ; l'abbé Vitalis, Guillaume du Plessis de Cosmos; Zacharie de La Corberie, proche les Valeyettes, qui emprunta cinquante sols pour le même objet (3); GeofTroi-Galeri de LaBouvrie; Godet; Pierre Billum; Jehan Bobé de Cosmes; et enfin Jehan de Livré. Tous, avant de partir, firent des dons ou des restitutions aux églises (4).
(1^ La Scléréc était rétendue de terre semôe avec un setier de froment; les douze sctôrôes faisaient trente-un hectares un quart, c'est-îi-dire retendue d'une métairie ordinaire. Cette chapelle fut sans doute l'origine du pri 'uré de Poilletrée, encore existant en 1509, et dont nous avons fait mention.
Voyez à l'article de La lioè les diverses chapelles qui dépendaient de cette abbaye.
(â) Elle était fille du camérier Lambert, cité à Tan 1104. Les charges de chambrier ou de sénéchal étaient alors remplies par les petits seigneurs du Craonnais.
(3) Cinquante sols (environ ti60 fr. de notre monnaie) étaient donc alors la somme à peu près suftisanle pour un voyage de Terre sainte; en 1835, les communications sont plus faciles, moins chères, mais aussi on ne voyage plus avec le môme esprit de pénitence et de privation ; on se donne plus de confortable, elle prix du môme voyage est de douze à dix-huit cents francs.
(4) On peut voir dans Le Paige, art. Mayenney et dans Ménage (ch. vi, liv. VI), la liste des seigneurs qni suivirent Juhel et son fils GeofTroi IV de Mayenne en Palestine. Ils se croisèrent dans l'église Sainte-Marie de Mayenne, en 1158, au nombre de cent six. Tous firent serment de consacrer à Dieu pendant trois ans leurs armes, leurs biens, leur vie et celle de leurs hommes pour la défense de la foi et (lour délivrer les chrétiens du joug insupportable des infidèles. Ils jurèrent de ne pas quitter la croix sur terre, sur
En 1153, Maurice signe, comme témoin, la fondation de Thôpital 1156 d'Angers (1) par Henri II, non encore roi d'Angleterre, mais comte d*Anjou. Avec Maurice signa l'évêque Guillaume de Passavant (1H4-1187). (Ménage, p. 144.)
Henri P', roi d'Angleterre, avait trop bien senti l'importance du secours donné k Louis le Gros par le comte d'Anjou pour ne pas chercher à enlever au roi de France un tel appui ; il y parvint par le double mariage de son fils Adelin et de sa fille Mathilde avec les deux enfants de Foulques V. Adelin périt tragiquement dans un naufrage, peu de temps après son mariage (2), et sa jeune veuve se retira à Fontevrault. Mathilde, ainsi devenue seule héritière de Henri P', épousa, en H20, ou, selon Le Baud, en H26, Geoflfroi le Bel, dit Plantagenet, fils de Foulques, et lui apporta ses droits à la couronne d'Angleterre (3).
Brillante élévation de la maison d'Anjou, mais qui coûta h la France trois siècles de guerre, et nous fit perdre pendant longtemps le titre de Français !
En H56, Guillaume !•»■ de LaGuerche, avant de partir pour Jérusalem, fil confirmer par ses deux fils, Geofifroi et Hugues, les dons qu'il avait faits à Saint-Melainc (Saint-Meen), en présence de Maurice de Craon et de Miche', abbé de la Roe {Hist. manuscrite de La Guerche, coraniuniniquée par M. Parisot). Maurice II était frère de Marquise, belle-fille de Guillaume I" de La Guerche. (Voyez le tableau généalogique.)
Le fils de Mathilde et de Geoffroi-Plantagenet monta sur le trône d'Angleterre, en 1154, sous le nom de Henri II. Ce prince avait un frère nommé GeofTroi qui fut apanage de l'Anjou, mais Henri l'en déposséda.
mer, ea voya$!;e, k la viUc, jusqu'à ce quHls fussent revenus clans leur pays. Celle croix était blanche, cousue sur un morceau d i^lofTc rouge que Ton plaçait surTèpaule droilc. Guill. de Passavant, évoque du Mans, leur lit sur le front le signe de la croix en leur disant: Tous vos péchés vowt sont remis si vous faites ce que i>ous promettes. Quatre ans après, le 7 novembre 1162, trente-cinq chevaliers revenaient dans la môme église Sainte- Marie, remercier Dieu de leur conservation. C'était tout ce qui restait de nos cent six croisés. (Moine Jean de Saint-Mars-la-Futaie.)
Parmi les cent six chevaliers, on reconnaît les noms de Ghcorchin ou Chourches, seigneurs de Cosmes ; d'Antbenaisc de La Rongèrc (celte terre n'a appartenu aux Quatrebarbes qu'en 1296); de Montjean; d'Astillé; de Ghamaillard et autres des environs de Laval et de Mayenne. (Voy an. 1191.)
(1) (c Uospitale quoddam ad suslamentum et rclevationem pauperum Dei. ^
(2) La blanche n^?/" qu'il montait périt sur le rocher de Quillebœuf, vis-à-vis de Gatteville, prés de Harfleur, le 25 nov. 1120.
(3) Mathilde d'Angleterre avait épousé en premières noces l'empereur d'Allemagne Henri V, mort en 1 12*^, et n'en avait pas ou d'enfant.
1160 L'Anjou devint ainsi province anglaise, et Maurice II, baron de Craon, fut obligé de servir Henri II, et de Taider à la prise de Thouars. Ce fait, / 33 ^ attesté par laCLXXXIX^ charte de La Roë, prouve contre certains auteurs et contre Ménage (p. 6) que ce fut bien notre baron, et non un Craon d'Angleterre, qui se trouvait à cette expédition. Cette place fut emportée le 10 octobre 1158, après trois.jours de siège (1). Au retour, Maurice leva sur ses vassaux, et notamment sur ceux qui se trouvaient sur les terres deTabbaye de La Roe, les tailles usitées en pareils cas. L'abbé réclama. Un plaid» ou assemblée de barons, fut convoqué au château de Craon. L'abbé prétendit et prouva que les terres de La Roë avaient été données par Robert le Bourguignon franches de toutes tailles et redevances féodales. — Maurice s'apercevant que les juges allaient le condamner, leva la séance et demanda une autre réunion, disant qu'il était à propos d'assembler un plaid plus nombreux et plus instruit en ces matières ; mais il ne fut pas plus heureux devant la seconde assemblée à laquelle assistèrent Cheorchin de La Chapelle-Craonnaise, Zacharie, receveur (villictis), son frère Sylvestre, Albéric de l'Ile, Fromont de Novestol, Tyson, cinq seigneurs de Laval et de Château-Gontier, et plusieurs autres. Tous jugèrent que le droit, la raison et l'honneur exigeaient que Maurice acquittât le service militaire tant pour lui que pour la fondation de ses ancêtres. En conséquence notre baron ordonna à ses gens d'armes de restituer à l'abbé tout ce qu'ils lui avaient pris (ojnnes prœdas quas cœperantpro talliata); car c'était le droit du seigneur : quand le vassal refusait de payer le cens, on commençait par se saisir d'abord -de ses biens, quitte à plaider ensuite. On voit combien il faut de temps à un peuple pour renoncer à l'abus de la force et pour revenir aux véritables notions du droit. Maurice figure sur les rôles anglais de l'Echiquier comme devant trois gerfaults et un épervier de Norwége. [Dugdales,
(1) Robert du Mont, dans son appendice à la cbron. de Sigebert, année 1158, dit que le roi d'Angleterre reçut à Avranchcs, le lundi 29 septembre, fête de saint Michel, la soumission de Gonan pour la ville de Nantes, et que Henri II s*y rendit immédiatement : Quâ accepta et dispositâ ad libitum, paucis interpositis diebus cum innumerabili exercitu tertia feria obsedit castrum Toarci et sezta feria ejusdem septiinœ cepit.
Voici ce qu'on lit dans le cnrtulaire de La Roë sur le môme sujet : « Mauricius Credociensum dom., tilius Hugonis, perrcxil in cxcreitum régis Anglia; ad Toarz et quando casirum fuit captum venil Grcdoni et mandavit sucs milites et fecit eis talliatam pro dispcndio quod feccrat ia exercitu, et milites qusesierunt à Michacle abbatc talliatam de terris quas ipsc tcncbal in suis foodis, quam noicns rcdderc abbasquia erat dominii Mauritii, convcncrunlantc cum : lune milites dixcrunt qnotl abbas nold)U rcdderc tal- /^( t lialam, etc. » (4;UW«t¥tt« ch. de La Roë.)
Baronage^ vol. ^^ cilé par l'abbé de La Rue ol par M. Trcbulien. 1167 Voy. aussi renvoi E^ où Maurice constate sa nationalité angevine et parle de ses possessions en Angleterre.)
Nous trouvons, en H53, Maurice au nombre des témoins d'un acte de libéralité de Henri II en faveur de l'hôpital d'Angers; en 1170, il était aussi parmi les juges qui condamnèrent Hamelin d'Anthenaise à détruire son pressoir et à se seryir de celui de son vassal, l'abbé de Marmoutier, sous peine de dix marcs d'argent d'amende (2 k. 448). Ce plaid était présidé par le sénéchal d'Anjou. Ce qu'on appelait les devoirs étaient donc primitivement plutôt des droits utiles et de revenu, que la marque d'une vassalité blessante.
Noire pays, comme tous ceux dans la dépendance de l'Angleterre, s'imposa, de 1167 à 1171, un denier par vingt francs pour être envoyé à Jérusalem. (Chron. de Robert du Mont.)
La dernière mention que nous trouvons de la charge de viyuier ou de vicaire à Craon, est du temps de Geoffroi la Mouche, évoque d'Angers (1162-1178). Un nommé Patrice en était titulaire. (Abbé Foucher )
Sous l'abbé Michel de La Roë, c'est-à-dire de 1149 à 1158, Maurice II fit plusieurs dons à cette abbaye.
1* Du vivant de sa mère Marquise et de Guillaume de La Guerche,6vt/£>u>icu'Pj it/w beau-père de sa sœur, il donna à La Roë le fief de Chochebel avec tous les hommes qui en dépendaient, en présence de Suhard de Moral, de Zacharie, recenseur de Craon, J. Chorcin, etc. (€5Htt" charte.) /^f-
2* De concert avec plusieurs autres barons du Craonnais (1) et du consentement des chanoines de Saint-Nicolas, il donna à La Roë le Roseray avec la chapelle cl un cimetière, en maintenant le droit [jus] paroissial. (XJ<« charte;) 4a ^
3** Il fit don de la terre, dite en latin Calumnice^ près La Ballue, en Dénazé, et l'abbé Michel y fit bénir un cimetière. (tr5WXH« charte.) / 39 *
4» Auire don du pré de Fontenelle. (CfcVt charte.) (Voy. an 1133.) ^^
5** Les préposés de Maurice ayant fait payer un droit de minage sous la halle de Craon aux hommes de l'abbaye de La Roë, Tabbé Michel
(1) a Placu'il baronibus in Crecioncnsi page existcntibus : Guichardo de nova villa videlicet, Gtiisel Qliabus Oliverii et pro^rati Guichardi, et Fromundo de Noveslol et filiis suis cttiliabus Gaufrido de Gastina cl uxori suae... cl Gaufrido Balorcio necnon ctMauricio Credonensium domino et multis aliis deipalria, etc. » (Ch. >k de La Roô.) On voit ici, U ^
comme ci-dessus, le sens du mot baron au xu« siècle. Il équivalait à celui de pair ou de vassal lige ou immédiat du suzerain. Tous les tiefs considérables avaient leurs pairs, ainsi appelés parce qu'ils étaient égaux-enlre eux, et ces pairsou barons étaient tenus par leurs fiefs d'assislor leur seigneur dans ses plaids.
H73 réclama auprès de Maurice et de Çuillaume de La Guerche, oncle du ^^C^ baron, et celui-ci, dit la "CXXK.* charte de la Roê : « Cura antiquis homi- « nibus suis consilium habuii. et per jus... supradicto abbali et ecclesiae tt suum minagium reddidit. s
6" Enfin il donna à l'abbaye cinq sous de cens qui lui étaient dus sur une maison de pierre, en présence de Zacharie, recenseur, de Tyson de C 5 ^ Craon, etc. (bXS charte.)
Henri II voulut aller reprendre Toulouse, qui lui appartenait du chef de sa femme Eléonore; mais considérant la difficulté de transporter si loin les troupes levées selon Tusage par les barons, il préféra prendre sur toutes ses terres des subsides avec lesquels il leva des troupes soldées (!) ; on appela ces soldats Brabançons.
Cette même année H60, il y eut une telle famine que le tiers de la gent bretonne, ditLe Baud, périt par la faim; que les hommes mangèrent la terre, que plusieurs éviscérèrent leurs enfants pour les manger cuits... que d'autres enfin dévorèrent les cadavres des cimetières.
En 11 62, Maurice donna aux moines de Saint-Melaine, près de Rennes, la coutume et le droit de passage sur toutes les terres de leur abbaye, à condition qu'ils le mettraient au nombre de leurs profès et feraient pour lui les services religieux accordés à un profès. — En 1163, nouvelle famine. — Celte même année, Maurice signe une donation faite à l'abbaye de Montfort par Pierre de Lohéac.
Richard, fils d'Henri II, roi d'Angleterre, ayant exercé quelques hostilités sur Toulouse, Philippe-Auguste en profita pour lui déclarer la guerre en 1173. A l'occasion de cette guerre, Maurice s'empara, pour le roi d'Angleterre, de Sablé, de Chantoceau (castellum celsum)^ de deux châteaux voisins, Saint-Loup et Saint-Brice, qui furent rasés. Ces exploits lui acquirent tellement la confiance de Henri II que l'Anjou et le Maine, las du joug anglais, s'élanl révoltés l'année suivante, 1174, ce prince ne trouva personne plus capable que Maurice de commander l'armée destinée à contenir ces provinces. Il lui donna en môme temps le commandement du château d'Ancenis que ce prince venait de construire à la
(1) Nolens vexare agrarios milites nec hurgemem nec ruslicorum muUitudinem, sumptis 60 sol and. de feudo unius quisque l.oricœ (fief do chevalier, voy. année li06)... Capitales bnrones suos, cum paucis secum duxil, solidarios vero milites innumeros. (Chron.dcSigeberl ad an. 1!60.) On voii ici la première mention des troupes soldées, d'où est venu le nom de soldat. On y voit aussi la division lerritoriale par cuirasse ou chevalerie, division remplacée plus lard par une quotité de revenu de cinq cents livres. (Voy. Gouv. civil et milit.)
MAURICE II. 19i
limite de TAnjou et de la Bretagne (1). Cette même année, Maurice H77 assista, comme témoin, à Tacte de pacification signé à Falaise entre Henri II et ses enfants. (Âbbé de La Rue.)
Au nombre des capitaines de TAnjou et du Maine qui voulurent secouer le joug anglais, Robert du Mont cite Geoffroi de Pouancé, Bonabbé de Rougé, Raoul de La Haie, Normand de La Forest. Mais, dit le bon moine très-partisan de TAnglais, les Brabançons du roi surent bien se rendre maîtres de Fougères et des autres châteaux de Raoul.
Dans cette même guerre on voit, à la prise de Dol par les routiers de Henri II, figurer les noms de Jean Cheorchin (2), de Farsi, de Gastines, Raoul de Fougères et son fils Juhel, Geoffroi de La Boissière, Richard de Combray, etc. Avant de partir pour la Terre sainte, Henri II, roi d'Angleterre, et Louis VII, roi de France, voulurent terminer àPamiable leur différend (43 novembre 1177). Ils nommèrent chacun six commissaires, trois évoques et trois barons. Le roi d'Angleterre mit à la tôte de ses barons notre Maurice de Craon (Lob.,D. Morice) ; ses collègues laïques furent Guillaume Maingot et Pierre de Monlrevau ou Morrevau (Ménage, p. 144) ; les commissaires ecclésiastiques furent Guillaume de Passavant, évoque du Mans (1144-1187); Robert, évoque de Nantes (1170-1184), et Pierre, évêque de Périgueux : Tentrevue eut lieu au Gué-Saint-Remi, château bâti en 1100, par Guillaume Le Roux, roi d'Angleterre, à quelques lieues de Ballon (Sarthe).
Maurice fut encore employé par Henri II pour traiter avec son fils aine Henri. Notre baron, à peine entré dans le château, vil tuer plusieurs
(1) « Anne 1173. Intcrca dum rcx in Anglia moraretur, consiiio habite, Richardus fîlius ejus Piclaviam ingrcssus est, plures ejus patriœ principes, polius odio patris quam amorcfitii, in parlcm ejus conversi sunl. Henricus vero superveniens^rraset oppidaeorum subverlit. Sanctonas (Saintes) vi cœpit; Bichardum et illosqui cum illo seditioncm fovcbaui usquc ad m*milionein Tabellici fugavit : cum aulcm praediclus rcx, in Anglia placanda moraretur, cxercitus Andegaviae, Mauricio de Credone duce, caslcllum ceisum invasil, insuper Saboiium et munitiones adjacentes, videlicet de sanclo Lupoctde sanclo Brictio, funditùs, cvertit. » {Chron. de l'abbaye de Saint-Aubin^ citée par Ménage, liv. V, p. U4.)
« In confinio Nannetensium et Andegavensium praesidium quoddam vocalum Ancenis extruxit Heuricus II rcx AngliaB... Andcgaviam, Ccnomaniam et maxime castellum Ancenis... Mauricio de Crcum tradidit cuslodiendum. » (Raduir de Dicelo, Chron. ad an. 1174.)
(2) Cheorchin et Chourches sont deux maisons diiïérentes : la première porte d'or à la Tasce flcurdclysée et conlre-flcurdelysée de gueules ; Chourches porle d'argent à cinq Tasces de gueules. (Ménage, p. 175.) Cheorchin ouSorcin est aujourd'hui une mélairie de quarante-neuf hectares dans la commune de La Chapelle. (Voir les aveux^ renvoi Y.)
1183 gens de sa suite, sans que le duc se mît en peine de punir une telle perfidie! (D. Morice.)
En 1180, la rareté des vivres fut encore si grande que le setier de blé fut payé jusqu'à sept écus d'or.
On raconte que vers 1183 ou H84, notre baron, sous prétexte de réduire sous la domination anglaise le sireTaillepied(l), mais en effet pour s'emparer de la fille de ce seigneur, la belle Amette, dont il était fort épris, assiégeait son château situé sur les Marches d'Anjou et de Bretagne, prés les sources du Semnon, petite rivière qui se jette dans la Vilaine, par sa rive gauche, entre la Seiche et la Chère.
Par bonheur pour Amette, le seigneur de Châteaubriant brûlait pour elle des même feux; il offrit son secours à Taillepied, à condition qu'il l'accepterait pour gendre. On juge de l'embarras du malheureux père entre deux redoutables seigneurs qui, paraît-il, n'étaient pas plus l'un que l'aulre du goût de sa fille. Par bonheur une abbaye voisine offrit à Amette un asile assuré, et pendant que les deux rivaux, la lance au poing, se disputaient un prix qui ne devait pas être celui de la violence, Taillepied courut y cacher sa fille.
A peine y était-elle réfugiée que, ne se croyant point encore en sûreté si près de ses farouches prétendants, Amette s'enfuit secrètement. A celte nouvelle, le malheureux père veut courir après sa fille; pendant ce temps le sire de Craon n'en continue pas moins ses attaques contre le château. Taillepied revient pour le défendre et y pénètre. — Notre baron redouble ses efforts ; — la place se rend. — Maurice hors de lui s'y précipite, il heurte le cadavre du malheureux Taillepied mort sur la brèche en défendant l'honneur de son nom. Quant à Amette, non-seulement elle avait échappé à ses fureurs, mais encore elle avait pu atteindre une communauté qui l'élut abbesse. Devant cet asile sacré, alors refuge assuré des faibles, notre baron dut enfin arrêter ses déloyales poursuites. Nous laissons à la Mosaïqtie de FOuest toute la responsabilité de cette historiette qui, du reste, pourrait, avec plus de vraisemblance, concerner un Craon d'Angleterre.
Quelques années après (1191), plusieurs Craonnais suivirent Philippe- Auguste et Richard Cœur-de-Lion, en Terre sainte à la troisième croisade. De ce nombre furent Maurice, Guillaume de Quatrebarbes (2),
ii) Taillepied n'est plus f|u'une ferme qui se trouve sur la rive droite du long étang de MarUgnô-Ferchaud, dans lequel le Semnon prend sa source.
(â) Selon la généalogie des Quatrebarbes, un Foulcjues-Quatrebarbes figura aussi à cette troisième croisade el à la cinf|uicme, en 1219. Ce fut lui qui rapporta de la Terre
Geoffroi de la Planche, J. d*Andigné, Juhel de Champagne, Guillaume H9l de Chauvigny d'Athée et du Plessis de Cosmes (1). Tous, avant de partir, voulurent mettre leurs affaires 4ît leur conscience en règle et se recommander aux prières de nos abbayes. Maurice fit sa paix à Angers avec labbaye de La Roê (renvoi E*), en lui abandonnant tout ce qu'elle pouvait lui devoir au sujet des acquisitions faites par elle jusqu'en H91. Du Plessis assembla au monastère de Cosmes tous ses vassaux; et l'abbé dé La Roe, Gauthier, profilant des bonnes dispositions où il voyait ce seigneur, lui rappela les rapines, les procès et les vexations dont il s'était rendu coupable envers l'abbaye. Guillaume du Plessis, confondu et repentant, avoua tous ses torts en présence de sa femme, de son fils et de son frère Geoffroi. « Il reconnut (nous laissons parler la charte) n'avoir droit sur nos terres à aucune redevance en fourrage, avoine, attelages, ni à quelque autre que ce soit, sauf le service de trois chevaux dus k lui-même et d'un quatrième dû à Bernard Boisard, sauf aussi les trois cas dus- légitimement pour l'armement de son fils aîné, fait chevalier (miles) (2), pour le mariage de sa fille aînée, et pour la rançon du seigneur, la première fois qu'il était fait prisonnier de guerre (3). » Du Plessis
sainte un morceau considérable ;de la vraie croix que Ton conserve encore dans Tôglise de Mée. (D. Chamard.) Voy. Mée.
(1) « Notum sit omnibus... quod ego Gaufridus de Mcduana constitui me debitorom de CXXX marcis argenti (6,500 francs valeur intrinsèque à 50 fr. /ejmarc). Karissimis meis Bernardo de Ferilate (de La Ferlé), Francisco de Vimurcio (de Vimarcé), Willclmo dicte de Quatuorbarbis, cl Gaufrido de Plancà per Ansoldum Bochonum el ejus.socios Jannaccnces cives (citoyens de Gènes) muluatis, etc. ActumJn obsidione Accon(Saint- Jean-dAcre) an. MCXC in craslino fcstis sancti Remigii. »(^/<'«' Avt/ * ^'^ S^ /j
Autre obligation. « Ego Juhellus dom. de Meduana notum facio quodegoerga Jacubum l'Hota et ejus socios Pisanos cives constitui me plegium in octoginla marchas argenti pro karissimis dominis Johan de Andineyo-Willelmo de Chauvigneio et Juhello de Campaneyo. Actum apud Accon, an. dom. HCXCI mense seplembris. b ^ //«,*>. J C OJ
Ces deux obligations de Geoffroi IV et de .son fils Juhei ni,de Mayenne, par lesquelles ils empruntèrent aux Génois et aux Pisaus d'assez fortes sommes, au siège de Saini- Jean-d'Acre, sont tirées des Archives d'Anjou, Geoffroi V mourut vers 1199 et Juhel, enl2tl.
(3) Le mol miles signifiait donc proprement : homme d'armes à cheval; ceci est encore prouvé par ce passage du Gesla consulum où Tauteup fait dire à Geoffroi Grisegonelle : « Quid refcrt dominus à serve, nobilis à plebeio, dives à paupere, miles a pedite nisi noslrum qui praesidemus, eis prosil consilium et palrocinelur auxilioni? » Mais on voit aussi par ce passage quelle différence existait entre le fantassin el le cavalier!
(3) La coutume restreignail le droit de rachat de prison au cas où le seigneur avait été fait prisonnier dans la guerre du roi. Ainsi dans les guerres de seigneur à seigneur ou contre le roi, il n'y avait pas lieu de réclamer le bénéfice de la coulumc.
lî^4r DEUXIÈME MAISON DE CHAON.
1193 déclara vouloir réparer toutes les injustices qu'il avait commises et en donna à Tabbé la promesse avec son gant pour gage. Les témoins furent Gervais Cheorchin, Rolland de Méral, son frère Olivier, Mathieu Salé, Renaud de Quelaines, Renaud Bernuce, Goofïroi du Plessis, Isambart de La Chapelle, Nicolas de Cosraes, Bernard Boisard, etc. (1).
Plus heureux que Richard Cœur-de-Lion, alors son souverain (2), Maurice revint bientôt à Graon, s'empressa d'acquitter le vœu qu'il avait fait en faveur de Saint-Nicolas, lui fit même que;lques autres dons et fonda, en 1193, de concert avec sa femme Isabelle, le prieuré de la Haie aux Bonshommes, près la forêt de Graon. Ges religieux étaient de l'ordre de Saint-Étienne de Muret et de Grammont et ne faisaient qu'une seule et
' Quelquefois on remplaçait le cas de chevalerie du fils atné, par celui d'une acquisition importante (CXXXI« ch. de La Roë). Du reste, ce subside extraordinaire consistait dans le doublement des devoirs sans jamais pouvoir excéder vingt-cinq sols. {Coût. (VAnj,, art. 128.)
(1) « Duré agcns, contra ipsumCuillermum, mullas deillo dclulitpquœrimonias enarrans plurima gravamina et imporlunilaLcs mullas quas ipsc Guillermus inlulerat. Ad hoc rcs producla est quod D. Guillermus proprio ore confessus est se injuste fecisse. Audicnte Gaufrido fratre suo et filio suo... recoguovit apcrte et testificatus est se noo habere in terra noslrâ fœnum nequc avenam ncc quadrigalum nec aliquam penitus cxactionem pnelcr servilia Irium equorum quos nos reddimus ad manum ipsi Guillermi, et quartum equum qucm reddimus ad manum Bernardi Boisart, et propier légitimas taillas : videlicetde miliciâ primogeniti filii...de primogenilà (iliâ marilandà... dcunilt caplione sui corporis de guerrâ; et de omnibus gravaminibus et importuaitatibus quas fecerat mauifeste salisfaciens, vadium suum dédit et posuil cum suâ cirotecâ in manu ipsius abbatis. Hoc viderunt et audicrunt, Gcrvasius Chaorcin, Rollandus de Méral, Oliverius fraler ejus, Mathcus Sale, Reg. de Goloniis, Reg. Bernuce, Gauf. de Plesseio, Isambardus de GapcUa, Nicolaus de Gosmis, Bernardus Boisard, Johau, Terrici : de canonicis ipse abbas Gaulerius (vivant vers 1190), Lambcrlus de Cherenceis.Hemelinus de Marigné, Rog. de Blochct, Johan de Livreio, etc. »> (GGXLVll* ch. de La Roë.)
Ce Roger de Blochet fait supposer qu'au xn« siècle existait à cet endroit, probablement sur le pré de la Pierre, une demeure seigneuriale. (Voy. le relevé général des aveux, renvoi Y.)— Rolland, de la première maison de Graon, et son fils Bouchard donnèrent à La Roê le droit de sépulture à Blochet, le cens (villicatio), la dtme sur les moulins et terres dudit lieu pour faire recevoir Marie, femme de Bouchard, au bénéfice des prières de l'abbaye. (CLXXXIX« ch., vers 1155.) La CCXXII» et la CGXXVl» charte font encore mention vers le môme temps de Herbert et de Fromoni de Blochet.
(2) Voir renvoi J. On sait qu'en revenant de Terre sainte, Richard Gœur-de-Lion fut traîtreusement pris et renfermé en Allemagne, par Léopold, duc d'Autriche, avec lequel il avait eu querelle en Palestine. Les églises de notre pays, toutes celles des provinces sous son obéissance, furent obligées de se dépouiller de leurs richesses pour payer sa rançon qui s'éleva à cent trente mille marcs d'argenL(C/ir(?rt. de Robert du Mont et Barth. Roger.) A deux cent quarante-quatre grammes le marc, c'était le poids de trente-un mille sept cent vingt kilogrammes d'argent ou environ sept millions de francs, valeur intrinsèque.
même maison avec ceux près d'Angers. Les témoins de cette fondation 1196 furent Raoul, évêque d'Angere. Geoffroi de Pouancé, Thomas, abbé de La Roé, qui donna remplacement, Bonabes de Rougé, Payen de Saint- Amadour, Fromont de Laigné, Bigot de Ballots, J. Cheorchin, etc — (Hiret.) (Voy. renvoi D.)
Cette même année, Maurice fut témoin dans la charte du Pont-de-Cé (Pons Set), par laquelle Henri II d^Anglelerre et comte d'Anjou fixait les droits à payer sur ce passage. [Arch. de l'Anjou^ t. II.)
Vers 1196, Maurice fit bâtir h Chanlocé, et du consentement de Tabbé de Saint-Florent, une chapelle dont le desservant fut astreint à donner chaque année cinq sous au prieur et vingt sous au curé du lieu. Les offrandes de Noël, de Pâques, de la Purification, de Saint-Pierre furent réservées par moitié au curé et au prieur, h la réserve de celles faites par le seigneur de Chantocé, lesquelles devaient appartenir au chapelain.
Cette fondation, qui semble le dçrnier acte de Maurice, eut pour témoin Raoul de Beaumont, évoque d'Angers de 1178 à 1197, ce qui confirme la date de 1196 donnée au décès de Maurice par le titre de fondation de la Haie aux Bonshommes de Craon. (Renvoi D.j
La Chj'onique d'Anjou dit que Maurice fut dévoué à TAngleterre. C'est faire son éloge, car tant qu'il fut vassal de cette puissance, il lui devait service et fidélité. Ménage, page 136, cite une charte de Constance, fille de Conan IV, qui qualifie Maurice du titre de sénéchal de Bretagne.
Maurice avait épousé Isabelle de Meulan, veuve de GeoSroi IV de Mayenne, et à cause de cela nommée quelquefois Isabelle de Mayenne. Comme elle était sœur de Robert de Beaumont, comte de Meulan, on l'appelait aussi Isabelle de Beaumont.
Elle avait eu de son premier mari, Geoffroi de Mayenne, un fils, Juhel III, qui assista, en 1190 et 1191, au siège de Saint-Jean-d'Acre (Ij, comme nous Tavons dit plus haut.
De son second mari elle eut trois fils et deux filles :
1® Maurice III, qui succéda à la baronnie (selon Ménage] ;
2® Pierre, qui devait entrer dans les ordres et connu, comme son père, par quelques poésies (voy. la fin de cet article). Il mourut avant 1206 et, par conséquent, ne put hériter de son frère aîné encore baron de Craon cette même année.
3** Amaury, qui succédera à son frère atné;
(i) Ce Juhel, mort aux croisades, vers I2t1, fut enterré à l'abbaye de Fontaine-Daniel qu'il avait fondée en liOi. (Abbé Foucher.)
1196 4° Havis ou Aloise ou Avoise, mariée h Guy VI de Laval (1). Leur fille Emma épousa en premières noces Robert comte d'Alcnçon; en secondes noces, le connétable Mathieu de Montmorency deuxième du nom, dont elle eut des enfants qui forraèrçnt la deuxième maison de Laval dite: Laval-Montmorency, de laquelle sont sortis les Laval-Lezé et Laval- Boisdauplîin. (Ménage, p. 147). Enfin Emma épousa en troisièmes noc»s Jean de Tocy. (Ménage, p. 6) (2).
5<* Constance, qui, en 1206, donna à Tabbaye de La Roë dix sous de rente sur le péage de Chantocé (3) pour l'âme d'Isabelle, sa mère, et celle de Maurice III, son frère. (Ménage, p. 148.) (Renvoi E^.) Selon Claude Chanteloup, religieux de Saint-Germain -des-Prés, Constance fonda dans réglise de La Roè une chapelle ou prestimonie desservie à Tautel Saint- Jacques de cette abbaye près la sépulture de son jeune frère Maurice. Ce qu'elle fit avec le consentement de sa mère Isabelle, de Juhel de Mayenne son frère utérin, et d'Amaury P"", de Graon, son frère germain. C'est donc à iorl que V dbbèDuchesne {Craon et ses barons) b, fait cette Constance fille de Pierre ci-dessus, elle en était la sœur.
6° Agnès, qui eut en partage des terres en Angleterre. (Voy le Testament de Maurice II, renvoi E^.)
Quant à Isabelle de Meulan, leur mère, on la voit à Chinon, en 1202, prêter serment avec son fils du premier lit, Juhel de Mayenne, à Jeansans-Terre, et lui donner pour otages Guillaume des Roches, sénéchal d'Anjou, et Maurice III, son fils du deuxième lit. Nous venons de voir qu'elle mourut vers 1206.
Nous avons pensé faire plaisir à nos lecteurs en donnant ici deux chansons de Maurice II et de son fils Pierre, comme monuments curieux, de notre langue, et comme œuvre de nos barons mômes.
Ces poi'^sies, qui se trouvent à la Bibliothèque nationale, mêlées à celles de plusieurs autres seigneurs, offrent parfois, selon V Histoire littéraire de la France, t. X, p. 344, a de la délicatesse et de l'harmonie ; ce qui les
(1) Selon Bourjoly (liv. I«% eh. xx), Aloise ou Avoise de Craon épousa en cleuxicmcs noces Ivcs Lefranc, gentilhomme domestique de son premier mari, et neveu de Hameliu d'Anthcnaisc. De ce mariage vint Hamclin-LeCranc et une descendance (]ui possil'da la seigneurie de Montjean jusqu'au xv" siècle.
(i) C'est Guy VI qui, en 1204, abolit sur ses terres le droit de main morte : « par ce droit, aucun clerc ne pouvait tester, et tous ses meubles devaient revenir au seigneur. » (Bourjoly, liv. I«^)
{3j Un acte donné au Rég. 71 de La Roë, fait mention du don de 100 sous U prendre sur le mariage que lui avait donné son père dans le revenu du môme passage. Cet acte est daté de fit 7.
« rapproche des œuvres de ces grands seigneurs troubadours qui, tout H96 « en guerroyant sans cesse, aimaient à chanter leurs amours (1). »
Dans notre première édition nous n'avions pu citer que des fragments de deux chansons de Maurice et de Pierre de Craon. Depuis nous avons découvjert un ouvrage de M. Trébutien, ancien employé à la bibliothèque royale, ouvrage tiré à cent vingt exemplaires et où ces chansons se trouvent complètes : nous nous empressons de les reproduire: