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travaux interrompus et que les habitants de la ville purent sans crainte 15r)8 aller constater les dégâts commis sur leurs propriétés. Le Cornu ne rendît Graon que le 10 juin, sans doute pour donner aux intéressés le temps et les moyens de s'accommoder au nouvel ordre de choses. Nous ignorons combien de temps il conserva le commandement de Craon. Tout ce que nous savons, c'est que ce brave capitaine mourut en 1612 et qu'il fut inhumé & deux pieds des marches du grand autel de Cosmes, du côté de répttre. Il était fils de Jean Le Gornn et de Marie Le Picard, et était né au château du Plessis. Sa veuve, Anne de Champagne, était cousine de Brandelys de Champagne, marquis de Yillaines4a-Juhel. Elle mourut vers 1685 et fut inhumée près de lui. Ils laissèrent deux fils, Urbain et Pierre, et trois filles, Anne, Guyonne et Claude, toutes trois religieuses à Patience. La première en futabbesse (1).
Par malheur le régiment de Saint-Luc et les restes de celui du calviniste Terchamp, si maltraité à la bataille de Craon, avaient été cantonnés Tannée précédente dans le Craonnais ; ils achevèrent de le ruiner. On aurait dû prévoir ces représailles, mais peut-être ne fut-on pas fâché de punir ainsi nos aïeux de leur entêtement.
Henri lY partit d'Angers le 3 avril pour aller à Nantes où il donna le fameux édit daté de celte ville en faveur des protestants. Les huguenots obtinrent dix prêches en Anjou. Un d'eux dut être établi dans le Craonnais, nous ignorons en quelle localité (peut-être à Mortiercrolle) : d'après les articles de la capitulation» il ne pouvait l'être qu'à trois lieues de notre ville.
La paix générale fut publiée le 10 juin 1598, mais un nouveau fléau, suite des précédents, vint cette année-là même désoler notre pays. Un nombre prodigieux de loups, sans doute affriandés à la chair humaine, se répandirent dans les campagnes et dévorèrent beaucoup d*enfants. On fit à Angers une procession générale pour demander à Dieu la cessation de cette calamité. La noblesse de Craon, de Château-Gontîer, de Candé et de Segré se réunit pour faire une battue générale et tua un grand nombre de ces animaux.
Dès que le calme fut rétabli, il fallut songera relever une partie des ruines laissées par la guerre civile. Au premier rang se trouvaient l'église paroissiale de Saint-Clément et le prieuré qui en dépendait. Pour aviser à leur réparation, Marin de Boylesve, lieutenant général du sénéchal
(I; La famille Le Picard, fondue au wn* siècle dans celle des Bréon de Lancrau, habitait le manoir de la Grande Maison, en Méral. (Notes de M. Tabbô Pointeau, curé du Port-Brillel.)
1598 d'Anjou, vint à Craon le 23 août 1898, à la requête du procureur du roi, et descendit chez le sieur Cohon, à Tauberge du Cheval-Blanc près la Cohue (les halles) (1). C'est la première fois que nous rencontrons ce nom dans nos Chroniques. On sait que le célèbre Cohon, prédicateur et évoque de Nimes, était originaire de Craon ; sans doute il était fils de cet aubergiste.
On peut se faire une idée des dégâts commis à Saint-Clément si l'on se rappelle qu'il avait été successivement occupé par les troupes de la Ligue
(i) Cette auberge occupait remplacement des daux maisons contre les halles et dont les jardins abutenlau ruisseau du Luarçon ; elles étaient encore habitées, en 1692, par Jeanne Cohon, par Marguerite Cohon et son fils Ant. Melicr, apothicaire. Leurs héritiers ont payé au moins jusqu*cn 1756, au chapitre de Saint-Nicolas, unis rentedelO sous sur ces maisons et une autre de S sous sur la closerie du Mûrier, biens provenant de la succession de révoque de Nîmes. Quelques auteurs ont voulu faire naître ce prélat au Bourg-d'Iré; ce que nous venons de dire prouve déjà avec évidence que Craon fut son berceau. Mais ce qui lève tous les doutes, Cohon, dans Pacte de donation dont nous parlerons tout ^ Theure, dit lui-même : Qu'il a toujours eu un amour singulier pour la ville de Craon comme estant le lieu de sa naissance. Anlhyme et non An loi oc Cohon, né en 15ÏM ou 150o, n*avait donc que trois ans lors du voyage de Boylesve. Il fut élevé par son oncle, qui était en 1o8â prêtre psalteur (chantre) de Saint-Nicolas de Craon et qui ensuite fut archidiacre de Montfort, et enfin chanoine du Mans. Cet oncle renvoya étudier à Angers, puis en Sorbonne et finit par lui résigner son canonicat. Son talent pour la prédicaliou le tira de l'obscurité. 11 fut un des premiers à retrancher de scssennons les citations profanes alors fort à la mode. Richelieu le fit prêcher à la cour en 1633, le nomma évoque de Nîmes cl lui donna l'abbaye de Saint-Gilles au même diocèse. H assista en 1036 ei 16il.aux assemblées du clergé comme député de la province de Narbonne. Son zélé lui attira Ici haine des protestants qui plusieurs fois attentèrent à sa vie. Obligé de demander un auire évéché, il était nommé évéque de Dol, lorsqu'enl6i3, il fit foraison funèbre de Louis XIII; n'ayant pu obtenir ses bulles, il abdiqua en 16^8. L*année suivante il fût nommé abbé de Noire-Dame du Tronchet. I^ 7 mai 1651, il sacra François Vi'sdëloup évoque de Masaurc et prêcha au sacre de Louis XIY^en 1654. En témoignage de sa satisfaction, le rui lui donna le magnifique dais qui avait orné son trône, et Cohon en fil présent à la cathédrale du Mans où il servait dans les grandes processions. Peu après le roi lui donna Tabbaye de Beâulieu du Mans. C*est alors que les regrets et les sollicitations de son ancien troupeau robligércnt à reprendre le siège de Nîmes en 1657. Il y mourut treize ans après. Par acte entre vifs du 20 octobre 1670, il donna deux cents livres de rentes aux Dominicains de Craon pour entretenir deux étudiants en théologie à Paris. 11 leur donna aussi tous les livres qu'il possédait à Laval. Il fonda a Nîmes une maison d'Ursulines, et dans la cathédrale de Nantes une chapelle à laquelle le chapitre devait, par préférence, nommer un membre de la famille Cohon. L'évêque de Nîmes a laissi» plusieurs ouvrages de controverse, et un recueil d'ordonnances synodales. La bibliothèque d'Angers possède un autre livre de lui, intitulé : Sentiments d'un fidèle sujet du roi, 16d1.
Son frère, Pierre Cohon, eut un fils et deux filles; Tune d'elles, Jeanne, épousa
et par les troupes royales. On constata que du Plessis-Moucherard, 1599 prieur nommé par le légat en 1589, au nom de la Ligue et fort ami de du Plessis de Cosmes, qu'il aidait sans doute de tous ses moyens, avait administré le couvent jusqu'en 1597 sans rendre de comptes à ses religieux; qu'il n'existait plusTombre d'un livre liturgique, ni d'un ornement sacerdotal, ni de vitrages. On verra parle procès-verbal, dressé par Boylesve et que nous donnons au renvoi I sur Saint-Clément, le détail des réparations qui étaient à faire et leur évaluation.
Ducheloup, qui avait pris le mousquet, comme nous l'avons dit, ne jugea pas à propos de paraître. Ceux des religieux qui avaient été ennemis de la Ligue et même un peu partisans des calvinistes, tels qu'un nommé Dorcemaine dont la famille soutenait à Laval un pasteur protestant, se répandirent en grandes récriminations contre ceux du parti contraire, comme si tout le mal avait été le fait des catholiques, et le prieur Moucherard fut obligé de résigner son prieuré entre les mains de Jacques Treillard, moyennant une pension de trois cents livres.
En 1599, Adam de La Barre, grand vicaire du diocèse, et le chapitre d'Angers ordonnèrent de chômer la fête de saint Sébastien pour obtenir la conservation des biens de la terre, sans doute alors fort compromis.
L'année suivante, 9 juin 1600, Henri IV donna une ordonnance pour
François de Cevillé ; Taulrc, Elisabeth, eut aussi des héritiers dontles uns, dit Le Paifjc, reslèrenl pauvres et les autres s'élevèrent à de grandes charges. Quant au tils, Sébastien Cohon, il embrassa Tétai ecclésiasliquc et devint scolaslique de l'éj^lise de Nantes. Cest lui qui adressait à son ami Bcrthaud ce quatrain que Ton trouve en léte de son Florus français :
Necsemper violœ, necsemper lilia floreni In vestris horlis quos serit agricola ; Sed semper flores gratos mittunt odores Quse santBerthaldo lilia culia meo.
Sébastien Cohon fonda dans notre pays la chapelle Saint-Marc qu'il attacha à l'abbaye Saint'Honorat de Ttle de Lérins, sur les côtes du départemenl du Var. (Voy. année d51.)Il était sans doute prés de son oncle à Nîmes, quand il Ht cette fondation. On trouve encore un Jean Colion, écuyer, seigneur de Russon, commissaire de Tartillerie; une Renée Cohon, épouse, en 104i, de Macé Ghereau, marchand, demeurant au Mûrier, ei en 1701 un<î demoiselle Cohon, propriétaire de la métairie des Denières, en Ghemazé.
Les armes de Tévéquc Cohon étaient d'or à deux serpents.cnlrclacés en double sauloir et adossés, de sable, au chef de sable chargé d'une éloile 'a six rais d'argent. (D. Morice, Arch. dép., E 100, et vieux titres.)
350 SUITE DES CHRONIQCES.
160S pour la réformabon de Tabbaye de La Roô, dont le cardinal de Sourdis était alors abbé commendataire. (Voy. Notes sar la paroisse de La Roë.)
Peu de temps après cette réforme, plusieurs prieurs de Livré furent accusés de grands crimes, puisque de 1604 à 162S trois d'entre eux furent condamnés : le premier, Jacques Meignan, aux galères perpétuelles ; Bouvet, le second, à être pendu à Ghàteau-Gontier ; et le troisième, Pascal Menard, à la prison où il mourut. Leur crime fut probablement celui de fabriquer de la fausse monnaie (1).
L'année 1602 est tristement célèbre dans nos annales par une épidémie qui obligea la ville d'Angers à élever un nouvel hôpital nommé La Panthière.
Cette même année, selon Chopin, on parla encore beaucoup de sorciers, et Barth. Roger ajoute que les nouveaux mariés, surtout, se plaignaient de leurs maléfices.
Henri IV, qui, sans doute, avait encore sur le cœur l'échec subi par ses armes devant Craon, ordonna au mois de septembre 1604 de démolir
ri; On a trouvé en 1800, à qaatre lieues de Li\i^, à Baril Ié-Princ6, commune de Ballots, plusieurs monnaies fausses et les coins qui avaienl servi à les fabriquer, le tout était enfoui en terre. Les coins queMH. La Tonchardière et Planté ont eu robligeance de nous communiquer, sont des cubes d^acier légèrement pyramidaux, d'environ quarante mîllimôlresde oôlè sur vingt de hauteur, gravés en creux les uns pour Favers, les autres pour le revers; le flan étant posé entre deux, les deux coins entraient librement dans une espèce de boite en fer sans fonds, moins haute que les deux coins réunis de cinq à six millimètres, ce qui permettait de frapper fortement sur eux. Quatre de ces coins portent l'empreinte grossière des pièces de Henri III et de Charles IX. Les deux autres sontàleffigiede Philippe 11 d'Espagne. Avec ces coinssc trouvaient des lingois de métal recouverts d'argent. Enfin M. Parisot, de Gh&teau-Gontier, nous a dit avoir découvert qu'un prieur de Livré avait été condamné, vers 16i0, pour crime de dusse monnaie à Rennes, ville oh existait un hôtel des monnaies et un tribunal spécial pour les faux monnayeurs. Il est donc à peu près certain que le crime de nos trois prieurs fut celui de faux monnayage, alors très-commun. Sous Louis XIV, les ateliers de fausse monnaie étaient plus nombreux que ceux de l'Etat. En Provence, des gentilshommes prêtaient leurs vieux châteaux à cette coupable industrie; en Bretagne, ils s*en faisaient un jeu. Madame de Sévigné nous dit qu'un nommé Pomenars, accusé de ce crime, fut acquitté et qu'il f aya les épices de ses juges en fausse monnaie. (Lettre du 7 juin 1671.) Des juges mêmes furent soupçonnes de compacité. De 1610 à 1633, plus de cinq cents faux monnayeurs, tant nobles que roturiers, subirent pour ce crime la peine capitale. De ce nombre furent Jean et Julien de Malestroit, qui faisaient de leur tour d'Oudoa un atelier de fausse monnaie. Guy XVI de Laval, beau -père de François de La Trémoille, baron de Craon, fut envoyé par François I«' pour les punir. Ils furent décapités à Nantes. {Encyclopédie du xix« siècle^ etOudon, par Maillard.)
notre vieux châleau-forl, déjà détruit en partie par du Plessis comme on 1615 Ta vu par sa capitulation (1).
Pour cette démolition on donna les matériaux et treize mille livres, somme qui représentait alors plus de trente mille francs de 1860 {valeur intrinsèque ou métallique), et peut donner une idée de l'importance de ces fortifications.
On voit en 1604 la veuve du prince de Gondé donner à cens et à rente des terres en gast dans les bois de Saint-Martin et ailleurs, à raison de trois sous de devoir ou rente par journal.
L'hiver de 1607 a été longtemps fameux. Les rivières restèrent gelées pendant deux mois. (Barth. Roger.) En 1609, Miron, évêque d'Angers, de l'avis de son clergé, supprima la fête des mercredis de Pâques et de la Pentecôte. (Hirct.) Louvet date ce changement du 14 avril 1610.
Le 11 décembre 1613,1e présidial d'Angers nomma une dépulalion pour aller en cour s'opposer au désir du prince de Gondé d'ériger sa baronnie de Craon en pairie.
Isabelle de Craon, vers 1375, avait qualifié son frère Amaury du titre de duc de Craon, ce qui ferait supposer qu' Amaury IV avait déjà tenté d'obtenir l'érection de Craon en duché-pairie.
Le présidial d'Angers voulut aussi s'opposer, mais en vain, à l'érection de Brissac en duché-pairie. Si Henri II de Bourbon-Condé ne se fût pas jeté dans l'opposition, il est probable que Craon aurait acquis la même importance que Brissac.
En 1614 vivait Hëlie, curé de Nioiseau, né à Craon, et auteur de mémoires manuscrits remplis d'erreurs, dit Ménage, mais qu'il serait intéressant de retrouver. Hiret, né à Châlain, aujourd'hui La Potherie, et curé de cette paroisse, vivait dans le même temps. Son ouvrage: Les Antiquités <r Anjou, imprimé à Angers en 1618, manque de critique et d'intérêt, mais il donne parfois de bons renseignements par les chartes qu'il avait copiées dans les abbayes. II assista, en 1615, à la pose de la première pierre de l'église de Châlain, reconstruite dans ces dernières années, et du couvent des Carmes, fondé tout près du château du même lieu, par le propriétaire d'alors, Christophe Fouquet, président au Parlement de Bretagne, frère de Guillaume de La Varenne, évêque d'Angers, dont nous avons parlé.
(1) Le château deRocherorl, qui avait donné tanl de souci aux Angevins, avait été rasé dès 1308. La ville d'Angers y envoyait des compagnies années pour mieux en assurer la destruction. (Louvet.) Selon la tradilion, les châteaux de Monljean et de la Guéhardière furent aussi rasés ou démantelés par ordre du roi. (M. l'abbô Pointeau.)
1613 el père, sans doule, du célèbre surintendant des finances qui naquit en 1518 (1).
Quand Louis XIII alla, en 1614, au-devant d'Anne d'Autriche, sa fiancée, Henri II de Bourbon, alors baron de Craon, quitta la cour ainsi que César de Vendôme, le duc de Mayenne, La Trémoille et quelques autres grands seigneurs. Ils voulaient lever des troupes pour remédier, disaient-ils, aux abus du gouvernement : leur véritable but était de s'opposer au mariage du roi. Mais ce prince se fit accompagner d'une armée, sous les ordres du maréchal de Bois-Dauphin, et en envoyaune autre en Bretagne, commandée par Brissac, ce qui rompit leur dessein et les força au repos. Malheureusement, ces troupes mal disciplinées commirent, dit Barth. Roger, de grandes insolences. L'évêque d'Angers obtint leur éloignement, mais on les remplaça par celles du duc de Vendôme, du parti des mécontents, lesquelles, dit Louvel, après avoir ravagé la Bretagne, vinrent désoler le Maine, l'Anjou et particulièrement le Craonnais.
Au mois de septembre 1615, le gouverneur d'Angers mit garnison à Rochefort, à Dieusie et à Craon, places que le prince de Condé et les huguenots voulaient fortifier. Défense fut faite aux habitants de Vihiers et de Craon de travailler aux fortifications et de s'emparer des deniers du roi. .
Le 5 novembre, La Varenne vint avec quatre-vingts chevaux deChâteau- Gontier à Craon, sommer du Plessis de Juigné, qui y commandait à la tôte d'une compagnie pour le prince de Condé, de rendre au roi la forteresse qu'ils avaient faite dans les débris de r ancien château, faute de quoi il les y obligerait k coups de canon. « Après en avoir conféré avec ses amis, Juigné ouvrit volontairement les portes et bailla les clefs au seigneur de La Varenne, à condition qu'on ne leur donnerait pas plus de quarante hommes de garnison, et que d'autre part Juigné et sa troupe sortiraient de la baronnie avec leurs armes et bagages, ce qui fut exécuté. » (Journal de LouveL)
(1) L'enlisé de ce monaslère a étédôtruUe en 183i; elle contenait les tombeaux de plusieurs membres de la famille Le Roy de la Potherie. Le couvent a été remplacé par une construction moderne, et le vieux manoir de la Potherie par un magnifique château, de style {gothique, élcV6 sur les dessins de M. Hodé, architecte, par M. Albert de la Rochcroucauld, gendre du général de la Potherie. Quant à Hirct, on peut juger de son style par ce fragment de son épître dédicaloire à l'évêque Fouquelde La Varenne : « L'un des courtisans de Dieu disl fort bien un jour à saint Jean, l'un des douze gentilshommes ordinaires de la chambre de Jésus-Christ et l'un de ses trois conseillers de ses conseils secrets, lequel luy vouloit faire Thommage et Tadorer : Vide ne feceris^ etc. »
L'hiver rigoureux de 1615 ajouta encore à la désolation de nos cam- 1619 pagnes. Le froid fut si vif, au mois de février, qu'au rapport de Hiret, on n'en avait jamais vu de pareil. Aussi le peu de vignes échappées aux désastres de nos guerres civiles gelèrent pour la plupart. Avant celte époque notre pays, notamment la paroisse de fiouchamp, en possédait beaucoup (1), mais d'après ce que nous avons dit, nous croyons leur perte peu regrettable. S'il en échappa encore quelques pieds, les soldats de Vendôme s'en chauffèrent (2) ; ils br&lèrent jusqu'aux meubles des paysans, et pillèrent tant qu'ils purent; ils tuaient les bestiaux et partageaient avec leurs capitaines le fruit de leurs rapines. On voyait jusqu'à cinq compagnies dans les bourgs; les églises étaient remplies de soldats. Au dire de Louvet, c ils emmenaient les femmes et les filles et ne les rendaient que « moyennant rançon. Ils flambaient les enfants pour forcer à donner « de l'argent, mettaient de la poudre dans l'oreille et puis y mettaient le « feu ; bref, ont fait pis que les Turcs et les barbares. Les soldats des deux « partis pillaient à qui mieux mieux et sans chercher à se combattre. » La dyssenterie se mit dans ces troupes et gagna grand nombre d'habitants qui en moururent; la population était exaspérée ; plusieurs soldats, en voulant fuir ce fover d'infection, furent assommés. Le maréchal de Bois- Dauphin, qui commandait k Angers, ne tenait aucun compte des plaintes du pauvre peuple et disait, si l'on en croit Louvet, qu'il valait autant qu'il fût pillé par ses soldats que par d'autres. Comme confirmation de tous ces excès, nous trouvons dans les notes d'un ancien maire de Château-Gontier qu'en 1677, le comte de Biragues, mort à Entrammes, légua par son testament 800 livres (3) aux paroisses de Fromentières, de Bazouges et de Laigné, pour les aider à payer leurs meubles détruits, parce qu autrefois il y avait été en cantonnement; réparation tardive, mais qui aurait pu soulager bien des maux, si elle avait eu beaucoup d'imitateurs.
La conférence de Loudun apaisa ce commencement de guerre civile et, parle traité de Sainte-Menehould, Louis XIII acheva la pacification ; Ven-
(I) Los deux tiers de la superQcie de Bouchamp, en 1381, étaient en vignes; ses coteaux, en effet, devaient être aussi favorables à c^tte culture que notre climatpeul le permettre.
(3) 11 résulte de divers aveux, notamment de ceux des Carteries de Craon, que des vignes, encore existantes en 1615, avaient disparu en 1643. (Voir la Boissière.)
(3} Ces 500 livres valaient intrinsèquement 700 de nos francs et relativement plus de 4,500 fr. La famille de Biragues possédait Montigné, près Laval; dans Féglise est le tombeau de Tun de ses membres, peut-être celui de roOicier dont il est ici question. On voit aussi dans les aveux faits à Saint-Poix, en 1642, celui d*un Hadelaine de Birague3.f(ir6'/i. cf^p., E 129.)
1619 dôme, qui résistait encore, se soumit à l'approche du Roi: mais le prince Henri de Bourbon-Condé, mécontent de ne pas jouer le premier rôle à la cour, voulut la quitter encore. Le roi le fit mettre à la Bastille, le 3 septembre 1616, et séquestra ses biens. (Voy. renvoi Y.) Les princes se révoltèrent; peut-être une troisième guerre civile s'en serait suivie si rassassinat du maréchal d'Ancre, cause de tous ces troubles, n'eût ramené la paix. En effet, le 14 octobre, la ville de Craon et le fort relevé dans les ruines de l'ancien château furent remis au maréchal de Bois*Dauphin. (Louvet.) Le duc de Luynes fit sortir notre prince Gondé de la Bastille en 1619, et, depuis, le roi n'eut pas de sujet plus fidèle.
En 1616, l'abbaye de Nioiseau fut réformée, mais trois religieuses seulement se soumirent à la réforme; les autres se retirèrent au prieuré de Loncheraux ou à celui du Bourg-aux-Nonnains en Renazé.