CHAPITRE XI
Suite des Chronique* (de 1630 jusqu'à la Révolulion de 1
Piècu en niinii, j'innae i)i>b 1789, la Fnruc I enlitre duunibil la lilittU poliliqae cl l'éplilé 4c 1' pU. Alon 11 PruK itiil idi»bs iiiiitt <)■« no» le » aes ; I» erimct dVukbi [ni néccmim, le julriolî) ïùl suffl pour dalcr le pa;i d'une liberté qo'll n'i
E prince de Bourbon-Condé. un an après sa sortie, vendit 1 la baronnie de Craon à la famille d'AIoigny.
Cette même année 1630, Marie de Hédicis, à la suite de ses démêlés avec son tils, voulut exciter des troubles en Anjou. Angers, La Flèche se déclarèrent pour elle ; mais Craon prit parti pour le prince de Condé. Le 9 juillet, la reine envoya h Craon le maire d'Angers, Lasnier de l'Effretière (1), Gohier, écbevin et concierge des armes et munitions du château, avec ceat hommes de pied et deus mulets chargés de munitions, afin de déterminer lesCraon-
(I) François Lasnier, lieulenani gëDéral civil d'Angers, avait été élu par le tiers-étal d'Anjou, député aui Ëtats généraux assemblés à Paris en 1614. C'est lui qui adressa ces paroles à la noblesse : « Messieurs de l'Eglise ont reçu le droit d'aînesse ; vous en ôtes, « Messieurs, les puînés, et nous en sommes les cadets ; traitez-nous comme vos frères « cadets et comme étant de la marne maison, et nous vous honorerons et aimerous : s souvent fois lescadels ont relevé rbonneur des maisons que les aînés avaient ruinées.* Ce discours excita de la part de la noblesse la plus ridicule protestation. Elle se plaignit d'Être rabaUsée avec le vulgaire en la plus étroite sorte de société qui Ittt parmi )es tioRines : la fraltmiU, eic... Comment une mine ainsi chargée pouvait-elle ne pas faire explosion ! François Lasoier était probal)lement fils de Guj Lasnier de l'EITerdière, maire d'Angers en 1397, et frère de Jacques Lasnier qui occupa la même chaire en 1639.
(Voy. renvoi M.) L'Errretiëre ou Efferdière est une terre entre tiraon et Pommerieux.
1620 nais qui faisaient partie de son gouvernement d'Aujou» h se ranger sous son obéissance. Craon refusa encore : alors la reine fit partir le duc de Raiz ou Retz avec deux ou trois cents cavaliers armés de toutes pièces et quatre canons : mais avant que ces troupes fussent arrivées à Craon, les habitants, à la suite de sages réflexions, avaient renvoyé à Angers le maire Lasnier et Gohier avec Angrie, gentilhomme d'Anjou, et deux députés de la ville. Ils arrivèrent à sept heures du soir à Angers et présentèrent leur soumission à la reine. Sur ees entrefaites, le 7 août 1620, Louis XIII vint au château du Verger, près d'Angers. Y ayant reçu Tavis de la soumission de Château-Gontier, il envoya Créqui avec les deux régiments de Picardie et de Champagne sous les ordres de Jamel et de Monlravcl, s'emparer des faubourgs des Ponts-de-Cé ; le château se rendit le lendemain. Les troupes du roi y perdirent quelques officiers, entre autres Nérestan et Desmarets (1). Enfin, le 13 du même mois, la reine fit sa paix et congédia ses troupes en donnant à chaque soldat un écu de gratification, en plus de la solde qui lui était due.
« Les habitants d'Angers, dit Louvet, sans cesse menacés par Bois- « Dauphin du pillage, de l'incendie et abraseraent de la ville, etc., furent « au comble de la joie du départ de ces troupes et de ne plus voira leur a porte, comme il le répète souvent, ces soldats avec leurs mousquets a yoinctés sur des fourchettes^ chargés à balle et la mèche allumée, d Ceci prouve que les arquebuses kmèclie ou à serpentin étaient encore en usage dans l'armée française pendant que les Allemands et les Italiens se servaient déjà depuis le commencement du xvi« siècle du mousquet ou arquebuse à rouet (2). C'est que la bravoure française n'a jamais guère tenu compte de l'avantage que peuvent donner des armes perfectionnées, et celte insouciance a.souventélé payée par des défaites. On sait que nos anciens chevaliers, au bras de fer, pleuraient de rage lorsqu'ils voyaient leur force et leur valeur personnelle anéanties par l'usage des armes à feu. Restait encore à la furia de nos soldats l'usage si terrible, dans leurs mains, de l'arme blanche... Dieu veuille que la France ne paye pas trop cher rinvention des armes à longue portée (3).
Le 26 juillet 1621, la reine envoya à Angers Marillac, capitaine de ses troupes, avec commission de chasser de la province les troupes du duc de
(1) Relation de la prise du Pont-de-Sé {sic).
[^) Ce rouet en acier produisait l'étincelle par sa rotation contre une pierre à feu. Ce n*esl qu'en 1760 que fui adopté le fusil à silex dont la percussion, en ouvrant un bassinet, metuil le feu à la poudre ; ce fusil a été remplacé vers 1838 par celui à poudre fulminante, et en 1867 par le fusil se chargeant par la culasse ou à aiguille.
(3) Ceci était imprimé en 1869.
ARDOISiERES DE RENAZE
Vendôme qui « volaient, ranczonnaient, violaient et ruinaient les pauvres 1624 gens autour des villes de Graons de Château-Gonlier et de Segré. » {Jour-nal de Louvet.) La même année [16 nov.), le roi donna trois mille livres à Paul de Juigné, seigneur de la Broissinière (Chemazé) et de Villemorge, pour la remise du chftteau de Vezins, près Cholet. Ce château fut remis entre les mains de Jouet de La Saulaie, qui fut maire d'Angers, deux ans après.
C'est vers 1625 que les ardoisières de Saint Saturnin, du Buisson, de la Trolterie, de la Besnardière et de la Rivière commencèrent à être exploitées. Aujourd'hui, elles sont abandonnées et avantageusement remplacées par celles de Renazé, dont les beaux produits pourraient rivaliser avec ceux d'Angers s'ils étaient favorisés comme eux par une voie économique de transport.
On croit que le filon ardoisier de Renazé est le même que celui d'Angers et que celui qui se retrouve en Bretagne. Il n'a, dans le Craonnais, que 70 mètres de large ; il y est exploité à la même profondeur à ciel ouvert, tandis qu'à Angers l'exploitation par galeries pénètre à 100 ou 300 mètres.
Renazé exporte par an quarante-cinq k cinquante millions d'ardoises. Celle pierre tire son nom d'Ardésia en Irlande, ville d'où sont venues lés premières ardoises et qui pourrait bien aussi être placée sur le filon d'Angers. La pi. XIII représente une exploitation de Renazé.
En 1526, Louis XIII, ou plutôt Richelieu, ordonna de raser toute fortification inutile à la défense du royaume; ce fut le dernier coup donné à la féodalité.
La même année, le nouveau baroft de Graon, d'Aloigny de Rochefort, faisait marché avec un entrepreneur pour rendre logeables les restes du vieux château de Craon. (M. l'abbé Logeais.) Cette habitation indiquée pi. XVI, n** 29, nous donne donc l'emplacement du vieux château.
Vers le même temps, « la dévotion que le peuple d'Anjou a toujours « eue pour la sainte Vierge augmenta, ditBart. Roger, à cause des grands « miracles que Dieu opéra en une chapelle proche Craon, appelée Notretf Dame de la Crue. » (Voy. Notes sur Saint-MarUn-du- Limet.)
En novembre 1626, la contagion qui régnait en Anjou, depuis un an, commença à diminuer. (Louvet et Barth. Roger.)
Deux ans après, au mois de janvier, Louis XIII assiégeait La Rochelle. L'Anjou fut requis de lui fournir quatre cent Vingt accoutrements complets, consistant chacun en un pourpoint, jupe et bas de chausses, le tout de bure, et une paire de souliers de cuir de vache. La répartition qui fut faite de cette fourniture donnera une idée de l'importance relative des villes d'Anjou à cette époque. -^ Angers en fournit deux cent cin-
1628 quante, — Sauniur soixante, — La Flèche cinquanie, — Craon, Baugé et Châteaa-Gontier, vingt.
En vue sans doute du même siège, le 29 avril suivant, le comte de Tessé passa son régiment en revue à Angers dans le champ de Saint-Nicolas, accompagné de tous ses capitaines à cheval, a Ses soldats étaient rangés • en cinquanie et un rangs de piques, cinq en un chacun rang, couverts « de corcelcts, et de bourguignottes (casques) sur la teste. — Cinquanie- « cinq rangs d'arquebusiers et mousquetons, au mylan desquels étaient «deux capitaines -enseignes, ayant en leurs mains leurs enseignes « déployées, lesquels arquebusiers et mousquetons marchaient mèche a allumée sur des serpentins, suivis de leurs chevaux, bagages, charrettes « et goujats. » (Journal de Louvet.)
Enfin, le i*' juin de la même année 1628, tous les pionniers levés dans rélection d'Angers, partirent pour La Rochelle, armés de leurs outils et ferrements, bien couverts, habillés des couleurs de la ville, avec bonnets à Tanglaise enrichis de passements d'argent et tambour battant, enseignes déployées. (Ibid.)
On sent, dans ces passages, tout le plaisir qu'éprouvait Louvet à cette belle revue, et surtout la joie de voir sa ville débarrassée de ces soldats qui avaient toujours leurs fusils chargés à balles, et la mèche allumée.
Le 2 octobre 1629, Bragelongue, commissaire pour la réformation des. gabelles, vint à Château-Gontier et à Craon ordonner à tous nobles, bourgeois et marchands, d'avoir à se fournir de tout le sel qui leur était nécessaire dans les greniers de l'État, ce qui causa beaucoup de mécontentement, *•
En 1630, il y eut grande famine, surtout du côté de Thouars, de Montreuil-Bellay et du Puy-Notre-Dame. Les hommes furent encore réduits à manger du gland et de la racine de fougère. (Louvet.)
De 1638 à 1640, la dyssenterie fit de grands ravages dans le Craonnais. (Annales de Saint-Saturnin et Barth. Roger.)
A la même époque fut construite, sous le vocable de Notre-Dame du Rosaire^ la première église du couvent des Dominicains de Craon. Son ancien portail k bossages et à ressauts sur ressauts, orné de têtes d'anges aux joues rebondies et affublés de grandes perruques à la Louis XIV, dut faire l'admiration des artistes du temps. Cette église succédait à une chapelle consacrée en 1628 par l'évêque d'Angers, Claude de Rueil, peu de temps après l'installation qu'il avait faite à Craon de nos Dominicains (1). Leur cloître ne fut bâti qu'en 1687.
(1) H. Le Marchand, bibliothécaire d'Angers, a ou robligeance de nous faire connat-
La première menlion qui soit faile des Dominicains de Craon dans les 4640 remembrances de Sainl-Glément est de 1649.
L'ordre des Dominicains s'honore d'avoir produit Bernard Guyard, né à Craon en 1601. Nommé prédicateur de Louis XIII, il en fit l'oraison funèbre en 1643. Peut-être est-ce h lui que Craon doit la fondation de la maison de Craon sur remplacement du fief du Colombier, encore existant en 1888. Les ouvrages qu'il a laissés sont : Vie de saint François Ferrier^ — de la Nouvelle apparition de Luther et de Calvin^ — Discrimina inter doctrinam thomisticam et jansenianam (1688), — la Fatalité de SaintnChud, où il cherche à prouver que Jacques Clément n'était pas Dominicain. (Voir la Bibliothèque des Prédicateurs^ par Echard et Niceron,
t xxxviii.)
Guyard est mort à Paris en 1674.
Nos Dominicains appartenaient à la Congrégation de Saint-Vincent Ferrîer, ordre des Frères Prêcheurs. Leur maison de Craon se composait d'un prieur, un sous-prieur, un prédicateur général, un sacriste et deux autres prêtres (1).
Les armoiries des Dominicains étaient : chape d'argent et de sable. L'argent chargé d'un chien de sable tenant à la gueule un flambeau du même allumé de gueules. Leur ancienne église de 1638 possédait un beau baldaquin en éo/s, supporté par six colonnes corinthiennes d'un goût très-pur. On le disait l'œuvre d'un Dominicain de cette maison même. Bodin, qui l'avait vu à Saint-Nicolas où il avait été transporté après la
tre un acte, dressé en 16i8, de la consécration de la première chapelle de nos Dominicains; on y trouve ce passage... « Notam fhcimus quod die data praesentium, aediculam quamdam ia modum capellae seu oratorii conslruclam in monasterio f. f. pnedicatorum ordinis S. Oominici* CoDgrcgalionis Gallicanae siriclioris obscrvaniise, nuyer per dictum Dom. cpiscopum erecto in suburbio civilalis Gredoniensis, visitavimus, etc. »
La disposition intérieure de L'église, de 163S, se prêtant mal aux convenances des Bénédictines qui, en 18â9, sont venues occuper les b&liments des anciens Dominicains, cette église a été remplacée, en 1857, par celle d'aujourd'hui, élevée sur les dessins de M. Tessier, architecte, et en grande partie aux frais de la Tamille de Cossë-Brissac. La première messe y a été célébrée la même année, le 4 novembre, par Mgr Wicari, premier évéque de Laval.
(1) Voici tout ce que nous avons trouvé sur leurs revenus : iOO livres au capital de 6,000 livres pour dire tous les jours une messe fondée en 1682; 12 livres sur la Basse- Gâulcrie d'Athée, 1745; 6 livres sur 'le Chône-Vert, pour douze messes par an, 1750; une maison, rue des Juifs; deux autres maisons même rue, affermées Al Hvrcs, 1770 ; deux autres maisons joignant leur basse-cour d*un cdté et la rue de Saint-Clément de l'autre, \opont Su^rard entre deux.
1640 Révolution, dit que le marbre en était fort beau. Gela fait au moins reloge de nos peintres décorateurs.
La veille de Tlmmaculée Conception, nos Dominicains se réunissaient aux Franciscains des Anges pour aller au couvent de Nioiseau chanter Toffice toute la nuit avec le clergé de la paroisse.
Vers 1648, le prince de Gondé et quelques grands seigneurs, mécontents de Mazarin qui, continuant l'œuvre de Richelieu, ne cessaitde tout abattre devant romnipotence royale, entreprirent de renverser ce ministre. De là naquirent les troubles de la Fronde qui ne finirent qu'en 1652. Pendant cette dernière année, notre pays fut vivement agité.
Le ducde Rohan-Ghabot, gouverneur d'Angers, se déclara contre la cour, et la noblesse se divisa en deux camps. Le duc de Brissac, le chevalier de Sévigné, dont la famille possédait Bouchamp dès 1635, Bonchamp, seigneur de Maurepart, etc., suivirent le parti de la Fronde. — René de Quatrebarbes, seigneur de La Rongère, le marquis du Riveau, prirent au contraire les armes contre Rohan et ne les déposèrent qu'à la pacification (1).
Les maréchaux d'Uoquincourt et de La Meilleraie vinrent, en 1652, assiéger Angers. Le fils du maréchal d'Hoquincourt y eut la tète emportée d'un boulet de canon.
Pour mettre fin à ces fatales discordes, la femme du maire d'Angers, la dame Lasnier, à la tête de sept cents femmes, alla supplier Rohan de faire la paix. Il ne voulut rien entendre. Cependant la brèche était ouverte et la ville était menacée d'une prise d'assaut. Alors l'évêque Arnaud, bravant toute défense, sortfl' Angers, va se jeter aux pieds de Marie de Médicis et parvient à obtenir le pardon de la ville.
Pendant cette guerre, le président de Bailleul, seigneur de Ghâteau- Gontier, fit mettre cette ville en état de défense. Il est probable qu'il en fut de même de Graon, alors possédé par Louis d'Aloigny, marquis de Rochefort, qui était du parti de la cour, puisqu'il était surintendant des arts et manufactures.
Henri Arnaud, dont nous venons de faire connaître la belle conduite, fut sans contredit un de nos évoques les plus remarquables par ses vertus et ses lumières. Pendant son long épiscopat, il fit partout d'heureuses réformes. £n 1660, il donna à notre chapitre de Saint-Nicolas le sage règlement dont nous donnons un extrait au renvoi J. Heureux si l'esprit
(1) Généalogie de Quatrebarbes; Bari. Roger; du Kiveau entra avec Commines à Saumur, en 1650. Des membres de la farniHe du Riveau existaient dans le Craonoais en 1570 el 168j. (Voy. aux Possesseurs de Craon,)
janséniste, dont toute sa famille était imbue, n'avait porté ce prélat à 1682 propager dans notre diocèse des erreurs presque oubliées aujourd'hui, mais qu'il était parvenu à faire adopter par une partie de son clergé et notamment par notre doyen de Craon, nommé Lépicier, curé de Saint- Quentin (i).
Arnaud avait été sacré évoque d'Angers en 1680 par l'archevêque de Tours, assisté par notre compatriote Gohon, alors évêque de Dol, personnage, dit Barth. Roger, des plus doctes et des plus éloquents de son siècle.
A la suite des longs désordres dont le prieuré de Livré avait été le théâtre jusqu'en 1628, un procès s'était élevé entre l'abbé Bernier, nouveau prieur, et l'abbaye de La Roé, au sujet d'une rente de cinquante-cinq setiers de froment que le prieur prétendait ne pas devoir, et d'autant moins que sa paroisse ne produisait presque que du seigle.
L'abbé Bernier qui succédait aux prieurs, dont nous avons fait connaître la triste fin, et qui redoutait la puissance de Simiane de Gordes, alors abbé de La Roê, avait obtenu que l'affaire fût portée au grand conseil, et ce tribunal, par arrêt du 7 mai 1682, avait fait défense d'inquiéter le nouveau prieur.
Nonobstant cet arrêt, le 12 août de cette môme année, et au moment où le prieur faisait battre ses blés h la Hervinière, Troçhon, ancien fermier de l'abbaye, La Monlagne-Gerault (le nouveau fermier) et de Criquebœuf, religieux, arrivent à cheval, armés d'épées, de pistolets, forcent les batteurs à leur livrer les grains en menaçant de les faire pendre, et contraignent plusieurs habitants de Livré à eïilfver ces blés, malgré l'opposition de l'abbé Bernier. (Voir le procès-verbal aux Notes de Livré,)
Cinq jours après, trois autres religieux, également armés, viennent de même s'emparer des grains bg^tus au prieuré de Livré et vont les vendre à Craon, 30 sols le boisseau.
Enfin, après plusieurs incidents qui valurent au pauvre prieur sept années de prison, son procès se termina par une transaction qui réduisit sa redevance à une somme de 400 livres. (Notes délivré.)
Vers le môme temps, en 1682, les marchés de Châtcau-Gontier, qui jusque-là s'étaient tenus le samedi, furent fixés au jeudi ; et l'arche du pont, qui avait été coupée en 1893, fut enfin reconstruite.
Après la Fronde, Mazarin ne rencontra plus d'obstacle à son système,
(1) Hépertoire archéologique d'Anjou^ 1862, p. 337. — Henri était un des vinçtdeux curants d'Antoine Arnaud et frère du célèbre Antoine, chef des jansénistes, qui, poursuivi pour ses erreurs, fut obligé de s'expatrier.
t656 rabaissement complet de la noblesse. II n'aperçut peut-être pas le jour où la royauté n'ayant plus d'obstacles devant elle, mais aussi sans appui, devait se trouver seule devant un peuple léger, mobile et facilement entraîné aux excès. Mieux eût valu, pour le pouvoir comme pour la liberté, suivre en quelques points l'exemple de l'Angleterre, c'est-à-dire ouvrir facilement les rangs de l'aristocratie à tout ce qui s'élevait par les armes, par le travail et par le mérite. C'est là, dit Laurentie, le caractère des fortes aristocraties, lundis que les aristocraties en décadence s'emprisonnent en elles-mêmes et se condamnent à expirer dans le vide. Il eût donc fallu lais.ser à un certain nombre de familles une légitime influence, mais sans privilèges, notamment eu matière d'impôt. Par ce moyen, la royauté, fortifiée par les influences particulières des familles les plus importantes, gardiennes naturelles des grandes idées nationales, eût trouvé un contre-poids utile aux enivrements de la souveraineté, et un appui solide chez les hommes qui, par leur éducation, l'élévation traditionnelle des sentiments et par les loisirs que donne une grande fortune, auraient été le plus en état de soutenir dignement les intérêts et la gloire de l'Etat» tout en sauvegardant, comme nous le voyons chez nos voisins, la liberté et la fortune des citoyens. Faute de cet élément pairicien, on tombe forcément entre les mains des hommes aux basses jalousies, des intrigants, et les pires intrigants sont ceux qui ont besoin d'argent : on est toujours mieux sei^i par ceux qui en ont déjà assez pour aimer la gloire. Qui parlait ainsi? Notre compatriote Volney. (Voir Bodin, Anjou, liv. II, p. 425.) Un plat nivellement ne s'est jamais rencontré que sous le despotisme et n'a jamais servi qu'à lui sfcl (1).
Tel fut sans doute le sens des représentations que la noblesse, alarmée de la politique de Mazarin, voulut adresser au roi. Elle s'assembla au Lion-d'Angers, le 23 mars 1656, et décida que deux délégués seraient nommés par canton. Celui de Chàteau-Gontier nomma MM. deMagnannes et de La Brossinière; celui de Craon, MM. des Ecoiaiz (d'Ândigné) et du Chalonge. Ces délégués, réunis à Ingrandes le 24 avril suivant, nommèrent deux commissaires pour porter au roi leurs doléances; mais elles restèrent
(I) Môme sous rancicnne république romaine, la nation était composée de plusieurs ordres de citoyens, et ce fut à ses patriciens si tiers, si indomptables, que Rome dm sa grandeur et sa fortune. On sait comment, grâce à la corruption favorisée par la population concentrée d'une immense capitale, les Césars avec du pain, de l'or et des spectacles, amenèrent la plèbe à abattre elle-même les défenseurs de sa liberté pour mieux se vautrer tous ensemble dans le sang et l'ignominie. Et quand la décomposition fut assez avancée, on sait aussi comment le peuple-roi devint lui-même la pâture des vautours du Nord. Ceci était imprimé en 1869.
DE 1630 A 1789. ù63
comme non «avenues (1). Rien n'était capable d'ouvrir les yeux sur Tabime 1672 vers lequel on courait.
En 1662, il y eut quelques inquiétudes au sujet des subsistances; on fit faire le recensement des blés existant dans les greniers. Ces mesures alarmantes ne firent qu'augmenter le mal et occasionnèrent quelques troubles. Le boisseau fut taxé pour les pauvres à 5 fr., soit 15 fr. l'hcct., et la livre de pain 2 sous 3 deniers, prix aujourd'hui fort ordinaires, mais représentant alors une valeur double de celle de 1860.
Des craintes d'épidémie s'élevèrent, en 1668, h Château-Gontier. On força les marchands arrivant deGuibray, foire très-importante de Falaise, à déballer leurs marchandises et h les ventiler sur les prés pendant trois jours.
De 1672 à 1674, l'Anjou envoya en Franche-Comté et au Pays-Bas six à sept mille recrues (2). Parmi les officiers qui se distinguèrent dans cette guerre, Barth. Roger cite les frères de Vritz de l'Epronnière, dif Plessis deGosmes, de Rougé de Senones et de Bois-Dauphin.
L'année 1683'fut encore marquée par la famine et par la petite vérole. L'évêque Arnaud envoya des secours, autant qu'il le put, aux plus misérables. Il chargea l'abbé Grandet, curé de Sainte-Croix, de visiter nos paroisses. Cet ecclésiastique lui écrivait : t Nous entrons dans des mai- « sons qui ressemblent plus à des étables qu'à des habitations d'hommes. « On trouve des mères sèches qui ont des enfants à la mamelle et qui « n'ont pas un double pour acheter du lait. Quelques habitants mangent « du pain de fougère, d'autres sont trois ou quatre jours sans en manger « un morceau. Les paroisses les plus pauvres sont : Livré, Ballots, La « Selle, Pommerieux et Bouchamp (3). o
On appela cette calamité la misère du Craonnais. (Abbé Foucher.)
Grâce à l'accroissement donné à notre hôpital en 1682 (voy. renvoi M), grâce à la charité bien connue des habitants de notre ville, la paroisse de Craon fut peut-être moins cruellement frappée, et cependant elle souffrit horriblement. Un mémoire, daté de septembre 1684, constate que l'année
(I) Revue de CÂniou, de 1858, p. I6â.
(â) Sur une populalion de 300,000 habilanls que possédait alors TAnjou, c'élail en moyemic, par chacun des trois ans, 6 i,^ conscrils sur mille. Lorsque la populalion de la France était do 3i millions, le recrulcmcnl demandait 80,000 hommes ou 2o sur mille. Aujourd'hui sur 33 millions on prend 100,000 hommes ou 28sur mille, cl pourtant Barlh. lioger donne tes levées de 1672 à177i comme extraordinaires. Sous Cfiarles V, les Etais issemblés offrirent doux hommes d'armes par deux cents feux ou par 900 à 1,000 habi- ,ants en moyenne.
(3) Relation des misères du Craonnais, manuscrii de Tabbé Grandet.
1684 précédente on n'avait recueilli que le tiers de la récolte, pourtant si mauvaise, de 4661. De sorte que non-seulement tous les gens du commun furent réduits à la mendicité, mais encore la moitié des métayers et closiers furent obligés d'abandonner leurs fermes. La famine amena la dyssentcrie, et cette maladie emporta le tiers environ des habitants. Les impôts ne purent être payés. Les gens vendaient ou mettaient en gage jusqu'au lit unique qu'ils possédaient. Le spectacle de cette misère, dit l'auteur, était capable de faire fendre le cœur le plus dur. La population entière serait morte de faim si l'on n'avait pas fait venir des blés, et sans l'assistance des révérendsFrères missionnaires (les nouveauxDominicains). L'intendant arrivé à l'improviste fut touché de compassion et chargea ces bons Pères de distribuer une somme considérable.
L'année 1684 fut encore pire, car les laboureurs n'ayant pas de blé pour se nourrir et ensemencer leurs terres, abandonnèrent le pays pour aller en Bret^ne, et laissèrent leurs terres incultes.
Voici le nom des fermes citées dans ce mémoire comme ayant le plus souffert. Récoltèrent un peu pins que la semence : la Drapelière et le Haul- Bouron ; l'Echasserie récolta trente boisseaux, la Tinalière vingt et Touchebœuf dix. Récoltèrent seulement la semence : les deux Carteries, le Bouillon-Graveau, la Coiraudière, les neuf closeries des Bourons et des Hubcrdières, les Bas Bourons, près la Jacopière, Limêlc, l'Efferdière, la Petite-Métairie, Beauvais, la Joulinière, la Jarossais, les Homraeaux et le Boisvien.
Ne récoltèrent pas la semence: les closeries des Landes, le Tertre, le Petit-Chouaigne, la Nachardière, le village du Haut-Menay, composé de trois closeries, la Tinnevinière, la Grange ; les métairies de la Parnière, Blanchebardière, Pineau, Cruchaudière, Saint-Marc et le Petit-Pont.
Enfin, furent abandonnées par suite de la misère ou de la mort des fermiers: deux closeries des Rivières, le Verger, le Pin, le Grand Gauchis, Romée et la Meherie.
La révocation de l'édit de Nantes, dont on a fait tant de bruit, ne coûta à notre élection de Ghâleau-Goniier que le départ de deux femmes. C'est encore trop sans doute, mais cela prouve l'exagération des plaintes protestantes. Si l'on veut peser de sang-froid les motifs qui forcèrent le roi à recourir à cette mesure rigoureuse, qu'on lise Saint-Simon. En 1715, le Régent eut l'idée de faire rentrer en France les protestants ; Saint-Simon, son ami et son. confident, lui représenta «tout ce qu'il en avait coûté à Henri IV, pour maintenir (contenir) les huguenots appuyés par les puissances étrangères, qui se donnaient le droit d'avoir des places de sûreté, des garnisons, des troupes, des subsides, un gouvernement républicain
particulier, des cours de justice érigées exprès pour eux, des correspon- 1688 dances étrangères, des chefs élus par eux, des députés à la cour sous la protection du droit des gens, en un mot, un Etat dans rEtat... ll\m représenta tout le bénéfice du repos dont il jouissait maintenant, et que puisque le feu roi avait fait la faute, beaucoup plus dans la manière de Vexécution que dans la chose meniez il fallait au moins savoir profiter du calme qui en était le fruit et ne pas se rembarquer dans les malheurs qui avaient mis la France sens dessus dessous depuis la mort de Henri II. »
Le Régent se rendit à ces raisons (1).
Du 28 décembre 1688 au 21 avril 1686, vingt-neuf personnes de la
famille de La Chevalerie, de Leviston et de La Haie, ainsi qu'Amaury de
Madaillan, Suzanne de Boisguehenneuc sa femme, et ses enfants et neveux, abjurèrent le calvinisme entre les mains du prieur de Livré. Le grandpère de Madaillan, trois dames de TÈpronnière et une dame de Chauvigny, persistèrent dans la nouvelle religion. Ces dames en furent quittes pour habiter le Chemin de Livré où elles sont mortes sans avoir été inquiétées, et la dernière ne sortit môme pas de Chauvigny (2). Quant au père de Madaillan, ses biens furent confisqués, mais rachetés par son fils. (Voyez Athée.)
La famine, qui avait commencé en 1693, sévissait encore en 1694, et les officiers de la maison de ville d'Angers, apprenant qu'il y avait dans le Craonnais des blés qu'on y retenait de force, levèrent une compagnie de volontaires parmi les enfants de la\ille et les envoyèrent à Craon, sous le commandement de M. Gaslé, avocat et procureur de la maison de ville,
(1) Mémoires de Saint-Simon^ année 1710.
Le calviniste Benoit, qu'on ne peut suspecter de diminuer le nombre des âmes privées des concessions de Védit de Nantes , évalue le nombre des protestants alors en France à un million. {Histoire de Védit de Nantes^ t. lY, p. it4.] Or, sur ce mUlion, il a été prouvé qu'il n'en esl pas sorti de France 50,000. Eu voici le détail : en Suisse, l2,i(V0; — chez les princes de Hesse et de Lunébourg, 5/00; — dans le Brandebourg, 15,000; — en Hollande, 10,000; — en Angleterre, 6,000; — en Danemark, 200. {Erreurs et mensonges historiques, 3« série.) Laissons à d'autres le soin d'examiner si le Régent et son triste successeur, au lieu d'encourager Timpiélë et la corruption, n'auraient pas dû assurer au moins le fruit des mesures violentes de Louis XiV, en continuant k maintenir énergiqucmenl dans le devoir tous ces a;;enls de décomposition et de mort, nés du protestantisme : les sophistes, les athées, etc. Alors peut-être la révocation de redit de Nantes aurait sauvé la France de la catastrophe bien autrement désastreuse de 1793, laquelle no se contenta pas de forcer la France à expulser ses enfants, en bien plus grand nombre, mais qui, au dire du républicain Prud'homme lui-mÔme,en lit périr plus d'un million trente et un mille, avec une barbarie et des raffinements de cruauté qVon ne peut lire sans frémir.
(2) Notes de H. le curé de Livré.
i701 acrompagnés de la maréchaussée. On appela celle iroiipe le régiment de la Croûte (1), suivant notre bonne habitude gauloise qui sait rire de tout.
L'année 1704 fut signalée par la fatale bataille de HochsCedt. Les recrues demandées à notre pays pour remplir les vides de Tarmée, tirèrent à billet blanc ou noir, ainsi que Fusage s'en était établi dès 1688. (Renvoi Z.)
Vinrent ensuite la famine et la dvsscnterie de 1708, et le terrible hiver de 1709, qui a laissé dans nos populations un souvenir si profond. La guerre de la succession d'Espagne se joignit à ces fléaux. « Les toiles « avaient baissé de plus d'un tiers, ce qui mit le pauvre peuple dans une « oppression à laquelle on ne peut penser sans gémir et èlre touché au « vif. A Courbeveille, des maisons furent entièrement vidées de leurs « habitants. On verra par jes registres, dit le curé, le grand nombre des (' morts, sans compter un grand nombre d'enfants qui n'ont point été ins- € crils.Le froid ne dura que quinze jours, mais avec une violence toujours « croissante. » [Notes de M. l'abbé Pointeau.)
À Laval, on trouva, rue du Hameau, un homme mort ayant la bouche pleine d'herbe.
Par arrêt du conseil, tout propriétaire fut obligé de verser au profit des pauvres les deux tiers de l'intérêt à 5 0/0 de son revenu. Ainsi le possesseur de 120 livres de revenu payait 4 livres.
La récolte ne fut que du sixième d'une année moyenne, hn boisseau de froment valui 6 liv., quatre fois "plus qu'en 1706 et qu'en 1710; le seigle 4 liv. ; le carabin 3 et l'avoine 2. (Bourjoly, liv. Y, ch. xvi.) « Nous « mangeons de l'avoine comme des chevaux, » dit le journal d'une famille de tisserands.
Le froid dura du 6 au 24 janvier et reprit du 3 au 7 février. Pendant quatre jours de suite régna un vent glacial. C'est à ce vent et à cette recrudescence que fulattribuée la majeure partie des désastres. Les vignes périr .nt ainsi que les noyers et bon nombre de chênes et de châtaigniers. Les semailles furent détruites (2), les oiseaux de basse-cour périrent; on trouvait les lièvres, les lapins et les perdrix morls dans les champs. Des émeutiers empêchaient la circulation des grains, et un grand nombre de
(1) Bulletin hisioriqueet monumentaU 188l-186i, par H. de Soland.
(2) Il esl probable que le froid, malgré son inlcnsilé, n'eût pas produit (les effets aussi fâcheux si les terres argileuses du Craounais avaient été moins humides. Dans celte sorte de lorrain, on .sait que le retrait causé par le gel a pour effet de soulever les racines qui, au dégel, se irouvcnl ainsi à Tair. Si le froment résisle à un premier arrachage, il esl évident qu'il doit succomber au second. De là ressort la nécessité de dessécher nos terres par le draina^.c.