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pauvres moururent de froid et de faim. Le Roi fit venir des céréales 1710 étrangères. Notre évêque, Poncet de La Rivière, fit venir do Bretagne beaucoup de blé qu'on faisait sécher dans les églises. Il fit rechercher partout, et principalement dans le Craonnais, la racine tuberculeuse de Tasphodèle que^Fon cuisait et qu'on mêlait avec de l'orge. A défaut d'asphodèle on eut recours, comme en 1S28, 1583, 1895 et 1630, à la racine de fougère mise en farine, aux choux et autres légumes bouillis avec du son !... (1). Hâtons-nous de dire que, dans cette calamité, la charité et la générosité des Craonnais s'élevèrent à la hauteur de ces tristes circonstances et parvinrent à soulager de grandes misères.
Le régiment de La Trémoille, composé nécessairement de beaucoup de Craonnais, après s'être distingué à Malplaquet (11 septembre 1709), où il perdit dix-huit officiers, vint prendre ses quartiers d'hiver et se refaire a Laval, à Mayenne, à Ernée, à Craon et à Château-Gonlier. Il repartit de
(t) Si |*on n*en avait la preuve dans un chansonnier du temps, on ne croirait pas que le libertinage trouvât très-gai de chanter la famine comme pourvoyeuse de ses hideux plaisirs
Mon Dieu, le bon temps que c'était A Paris durant la famine :
La plus belle se contentait D'un simple boisseau de farifie!...
Pour ne pas charger nos Chroniques de répétitions fatigantes, nous n'avons pas noté toutes les années de famine indiquées par les auteurs. Ces famines, d'ailleurs, étaient souvent restreintes à de petites circonscripiions par suite du défaut de communications. Cependant nous allons donner ici, siècle par siècle, toutes les années de disette dont nous avons trouvé mention.
Au vi« siècle, trois années : 58 1, 588 et ^90.
Au vne, quatre : 640, 640, 631, 66o.
Au viii«, deux : 779, 795.
Au ixs dix-sept : 820, 84;^, 843, 830, et de 865 à «76, 89 S 899.
Au x«, sept : 940, 967, 9S7, et de 989 à 992.
Au xi«, quarante-quatre : 1008, 1021 à 1031, de 1034 à 1066, et 1096.
Au xns vingt-cinq : 1110 à 1114, 1121 à 1129, 1146 à 1151, 1161, 1162, 1174 à 1176, 1180, 1189 et 1199.
Au xm«, deux: 1221, 12^5.
Au xiv«, quatre : 1315, 1348, 13^0 et 1359.
Au xv«, deux: 1418, 14. 8.
Au xvi«, douze : IS^d, de 1528 à 1333, 1538, 15j2, 1373, 1374 et 1393.
Au xvii*, dix : de 1660 à 1665, 1683, et de 1693 à 1695.
Enfin au xviiie, cinq : 1708 à 1710, 1771 et 1795.
Total : cent quarante et une années de disette en douze siècles^ ou une en dix ans. En examinant ce lugubre tableau, on voit que la famine a toujours suivi la guerre, deux sœurs, en effet, qui ne se quittent pas, et qui même souvent se font encore accompagner de la peste ou des épidémies.
368 SUITE DES CHROISIQUES.
1768 Laval le 28 avril 1710 pour se remeltre en campagne. fBourjoly, liv. V, chap. xviï.)
Peu d'années après, en '1714, Catherine Belossier de Vallière, fille de RenéGouïn, conseiller du roi, seigneur de Livré, et belle-sœur de Louis de Lantivy, seigneur de la Lande de Niafle, fonda ou du raoins augmenta
beaucoup, avec l'aide de quelques autres personnes charitables, Thospice des Incurables, ou hôpital général, et construisit pour eux le bâtiment où est aujourd'hui le collège. (Renvoi N.) Les Incurables de Château-Gonlier ne datent que de 1769.
Une terrible épizootie ravagea le Craonnais en 1747. La paroisse dé Morannes seule perdit cinq cents têtes de bétail. Les chiens découvraient les animaux mal enterrés, se roulaient dessus et propageaient l'infection. On fut obligé de les tuer.
Sous l'administration intelligente deTrudaine, intendant de la généralité de Tours, la route de Laval à Nantes (aujourd'hui route nationale n* 178) fut ouverte et achevée de 1785 à 1760. Sous ce même administrateur, la route de Craon à Sablé fut aussi ouverte, mais ne fut point empierrée ni bordée selon l'usage d'alors. Elle n'a été macadamisée que de 1820 à 1840. La tradition rapporte que le terrain de ces deux routes ne fut pas payé, les riverains y gagnèrent encore assez. Mais ce qui est regrettable, le travail fut fait à la corvée, c'est-à-dire par des prestations en nature qui ne tombaient alors que sur la c'asse pauvre (1).
L'année 1756 fut marquée à Craon par une tentative de petite révolution municipale. En 1758, le sieur Dernier avait été nommé procureur-syndic,
et les sieurs Debon et Daigremont députés de la ville. Mais les officiers de la baronnie persuadèrent aux habitants de se donner un maire. Ils élurent le sénéchal Petitot en lui adjoignant quatre échevins, les sieurs Poisson, Esnue,AllardetHalligon. Un arrêt du conseil d'Etat (18 mail786) annula ces élections et statua qu'à partir du 1" janvier 1758, il serait élu tous les deux ans un syndic qui serait assisté des deux derniers syndics sortis de charge qui prendraient le titre de députés de la commune; opposition fut faite, mais un nouvel arrêt confirma le premier. On y lit que : « malgré les « sages dispositions qui avaient été prises pour faire cesser les troubles de « Craon, et interdire aux officiers des seigneurs de s'immiscer dans les « assemblées communales où ils portaient le trouble et la cabale, lorsqu'ils
(!) M. La Bauluère, dans ses noies sur Le Doyen, cite une lelire d'un habitant de Laval, datée de lrt82, où il est dit : « Il y a trois ou quatre ans, on fil aller nos paroisses iravaill r aux chemins sans donner à nos gens ni paia, ni vin, ni sol, nî double. »
« ne devaient s'occcuper que de recueillir les suffrages sur les matières en 1768 « délibération, le sieur Vallet ayant forcé le syndic à se retirer, tout con- « sidéré, cassons et annulons les délibérations des 20 juillet 17b6 et 5 mai « 1787, défendons. au sénéchal et autres officiers du seigneur de se trouver a aux assemblées de la ville,et condamnons Vallet à 3,000 liv. d'amende. » [Vietix pap.)
C'est en 1768 que M. Pierre d'Armaillé commença k bâtir, sur les dessins de l'architecte Pommereul, le château moderne de Craon, près l'ancien fief de la Baraterie. (Voy. pi. VI, n'*27.) Le soin, la recherche, le luxe même déployés dans la construction de cette habitation attirèrent à Craon des ouvriers habiles. Plusieurs d'entre eux s'y fixèrent, et de cette époque date pour nos ouvriers une réputation d'adresse et d'intelligence qu'ils ont su consener.
Par malheur, cette grande quantité d'étrangers amena d'autant plus facilement la corruption dans nos mœurs, que la conduite du châtelain lui-même était fort peu exemplaire et peu cachée.
En 1748, l'évêque d'Angers donna la closerie de Guinefolle à la fabrique de Saint-Nicolas pour aider à la rétribution du principal du collège qui était, comme l'on sait, à la nomination du chapitre. M. d'Armaillé consentit, en 1777, à échanger cette closerie contre celle de La Suhardière où, jusqu'il la Révolution, nos écoliers allaient le jeudi prendre leurs ébats, et dont la charrette leur servait à recueillir un peu de bois le jour de la Saint-Nicolas d'hiver. (V. renvoi J.)
Entre les Dominicains et le marquis d'Armaillé surgit, en 1766, un procès dont les circonstances ont été fort dénaturées. Les religieux avaient acheté en 1742 la maison des Quatre-Piliers, convoitée par le marquis : les religieux laissèrent passer les délais alors prescrits pour faire les actes d'appropriation, et M. d'Armaillé en profita pour les déposséder. Les Dominicains consultèrent à Angers, à Nantes, à Paris; partout on leur conseilla de ne pas poursuivre. Deux ans après tous étaient d'accord, et dans le couvent désert on écrivait sur le registre des religieux, le 14" mai 1790 : arrêté par nous maire de Craon. Signé, Esnuede la Vallée (1).
Une cruelle famine désola encore le Craonnais en 1772. (V. renvoi M.)
Le jardin de botanique d'Angers, créé en 1778, compte au nombre de ses fondateurs des noms connus dans notre pays: MM. d'Autichamp, Aveline de Narcé, Dubois de Maquillé, Bodard de La Jacopière, échevin d'Angers etprocureur du Roi au présidial (2), Bougler, etc.
(!) Trois ans après, la môme main signait la mort du plus vertueux des rois. (i) Ce magistrat, aussi ami d'un sage progrès qu^ennemi des bouleverse» enls, appelait de tous ses vœux, comme tous les hommes sensés de Tépoque, des réformes
1765 En 1779, affreuse dyssenterie par laquelle la paroisse seule de Livré perdit soixante-quatre personnes.
En 1783 ou 1784, la sécheresse fut telle que nos petites rivières restèrent sans eau et que tout le poisson périt.
M. d'Arraaillé s'aperçut, mais trop tard, du mal produit à Craon par son funeste exemple, el il ne lui fut pas donné de le réparer. Sous Timpulsion des idées prétendues philosophiques, partagées alors, il faut bien le dire, par une grande partie de la noblesse et de la magistrature, se développèrent rapidement les passions anarchiques et irréfléchies qui ont si tristement signalé notre pays, et dont il se ressent encore malgré les prodiges de charité et de dévouement de la famille de Cossé, héritière des biens de M. d'Armaillé. Disons aussi que les idées révolutionnaires et irréligieuses furent singulièrement accréditées dans le Craonnais, par un homme encore plus célèbre par son impiété que pir sa science, et auquel Craon avait donné le jour.
On devine que nous voulons parler de Volney. Il naquit à Craon le 3 février 1787. Son père s'appelait Jacques-René Chassebœuf, était avocat au siège de Craon, et sénéchal du prieuré de Saint^Clément. Volney prit d'abord le nom de Boisgiray, déjà porté par des membres de sa famille.
depuis longtemps nécessaires. Celte manière de voir avait fait espérer à certains révo- Iiilionnaires qu'ils pourraient Pamener jusqu'à eux. Delaunay, depuis député à la Convention, voulut rinilier aux complots cachés sous le voile de la franc-maçonnerie. — Quel crime ai-je donc commis, s'écria le procureur du Roi, pour que l'on me croie capable de m'associer à de tels projcls ! — Depuis lors, en butte à la haine des démolisseurs, il dut chercher un asile en Angleterre. Chargé par le comte d'Artois, depuis Charles X, d'une mission confidentielle auprès de Charctte, il fut nommé membre du conseil supérieur de l'armée de Châlillon, et fut tué dix sept jours après, au combat de Sainl-Hichel-du-Bois. {Correspond, secrète de Charelte^ t. Il, p. ô6; Moniteur universei, du 10 ventôse an IV.)
Son frère puîné, grâce k l'appui d'une de ses laotes, alors fort en crédit par sa science, la présidente d'Arconville (voy. les Biographies)^ occupait une place importante de finance. Obligé, pour sauver sa famille des massacres de Marseille, de s'enfuira Naples, il y fut nommé major au service de Halte. A la chute de cet ordre, il étudia la médecine, fut reçu docteur à l'université de Pise, et rentra en France avec nos troupes en 1800. Membre de plusieurs sociétés savantes, il publia un assez grand nombre d'ouvrages ayant pour but de substituer nos médicaments indigènes aux exotiques. (Voir la notice que lui a consacrée M. Boreau, directeur du Jardin des Plantes d'Angers, au VIII« volume dos Mémoires de ta Société académiqtie de Maine-et-Loire, Biog. univers, de Michaud, etc.)
Cette famille, originaire de Normandie, portait, au xvn« siècle, le nom de Bodardde la Grand'maison. Ses armes sont : d'azur au dard d'or accompagné de trois têtes de loup d'argent, au chef d'or chargé d'une épée posée en fasce.
Il fil une pai'l'e de ses études au collège d'Ancenis (1). Après ses voyages 1784 en Syrie et en Egypte, il changea encore son nom pour celui de Volney^ qui, en arabe, est, dit-on, la traduction de celui de Chassebœuf. Ses œuvres philologiques sur les langues asiatiques, son voyage en Egypte et en Syrie, lui font le plus grand honneur et le placent au rang des hommes les plus célèbres de TAnjou.Par malheur ses liaisons avec Grimm, Cabanis, d'Holbach, Madame Helvélius, etc., lui firent produire des livres impies qui, dans ce temps-là, eurent un succès immense, mais qu'un siècle d'études sérieuses, comme le nôtre, a peine à comprendre. Républicain modéré, il fut emprisonné pendant dix mois sous la Terreur, il refusa Bonaparte qui voulait se l'associer au Consulat, puis le faire ministre de l'Intérieur. Il s'opposa à la proclamation de l'Empire ; mais enfin, s'apprivoisant peu à peu, il se laissa faire commandeur de la Légion d'honneur, sénateur et comte de l'Empire. Il n'adhéra pas moins à la déchéance de son bienfaiteur, accepta de la Restauration le litre de pair de France, le 5 juin 1814, et mourut à Paris le 25 avril 1820, repoussant jusqu'à son dernier moment les consolations de la religion. Il avait épousé sa cousine, mademoiselle Chassebœuf. Il n'a laissé pour héritier qu'un neveu, avocat à Nantes. Ses principaux ouvrages sont : Simplification des langues orientales^ \H^\ — Vocabulaires comparés des langues de toute la terre^ 1808 ; — Recherches nouvelles sur Vhistoire ancienne^ 1814 ; — Alphabet européen appliqué aux langues asiatiques^ 1816 (2) ; — Hébreu simplifié^ 1820. Son tombeau est au Père-Lachaise. Vqici comment il a été jugé par un de ses admirateurs: «Jamais il n'hésita « à briser les liens du sang ou de l'amitié dès qu'ils étaient invoqués, a surtout lorsqu'il fut dans !e cas de rendre des services. Jamais sa bouche « ne s'ouvrit pour consoler, ni sa bourse pour soulager l'infortune. L'é- « goïsme et l'avarice avaient desséché son cœur qui fut toujours fermé (( à la compassion et aux doux épanchements de l'amitié. » (Bodin, Rech&r^ ches historiques sur VAnjou^ t. II, p. 114.)
Aussi n'avons-nous jamais ouï dire qu'il ait rendu le moindre service ni à sa famille, ni à son pays natal; c'était le type achevé du philosophe duxviii* siècle. Ses armes étaient : d'azur à trois colonnes d'argent surmontées de trois 'colombes de môme.
Le monopole de certains emplois, la préséance héréditaire, affectés à
(1) lidÀWBxA^ttisioired'Ancenis,
(2) L'alphabet unique proposé par Volney consiste à ajouter quelques nouvelles lettres à Talphabei romain cl à donner aux signes alphabétiques le môme son dans toutes les langues. Voluey a fondé à rinstitul un prix de 1,500 tr. pour le meiUeur ouvrage de philologie comparée.
1788 une classe le plus souvent honorable par son caractère, par ses services et surtout par ceux de ses aïeux, mais trop souvent insupportable par une morgue que le mérite personnel ne justifiait pas toujours, si toutefois la morgue pouvait jamais se justifier (Ij, avaient depuis longtemps fait naître contre la noblesse une vive jalousie, encore augmentée parson exemption de divers impôts ; exemption que rien ne justifiait depuis longtemps et qui dès lors ne pouvait se fonder que sur le bon plaisir et Tégoïsme, car au riche plusT qu'à tout autre est interdit de faire porter aux pauvres sa part des charges publiques. Ainsi Tenlendait à son origine la noblesse féodale, témoin ces paroles que naus avons déjà citées de Tun de nos plus célèbres comtes d'Anjou du x* siècle: « Pourquoi des maîtres et des « serviteurs, des nobles et des plébéiens, des riches et des pauvres, des « hommes d'armes (milites) et des soldats, si les conseils et le bras des <( puissants ne soutiennent et ne protègent pas les faibles? » Aussi cette noblesse primitive fut -elle aimée et respectée, comme le sont des chefs au milieu de leurs soldats, tant qu'elle ne fut que protectrice et qu'elle ne s'attribua que la juste indemnité de ses services.
Des écrits perfides et soudoyés soufflaient de plus en plus la haine entre la noblesse et le tiers-état. La noblesse, fière avec raison d'une position conquise au prix de son sang et de ses services, tenait à ses prérogatives ; le tiers de son côté pensait que tout honneur exceptionnel ne devait être rendu qu'à la personne qui l'avait mérité. Les honneurs, récompense légitime des sacrifices que les fonctions publiques imposent, sont un noble payement qui n'appauvrit pas le peuple, et ils ne le blessent pas quand ils n'ont rien d'humiliant pour lui. Aussi la plupart de ceshonneursétaient-ils tout naturellement acquis à la noblesse, alors qu'elle était investie à la fois des pouvoirs militaires, civils et judiciaires; mais lorsque la noblesse eut été dépouillée de toutes ses attributions (!2), des honneurs qui ne s'adressaient plus qu'à l'individu même, vertueux ou débauché, savant ou ignorant, devinrent un non-sens, ne furent plus que des distinctions factices les plus insupportables pour une classe d'hommes chez lesquels l'éducation avait développé le sentiment de leur valeur et quelquefois une supériorité réelle. De part et d'autre, il y avait des sentiments de répulsion exagérés.
(i) « Grande fortune conduite par orgueil n^est jamais loin d'une triste repeniauce » (L'Hôpital, Traité de la réforme de lajtistice), et « lorsqu'orgucil ctieminc devant, honte et dommage suivent de prés. » (Commines, Sur Louis XL)
(2) La justice criminelle était toute passée aux tribunaux réguliers. La Justice correctionnelle et la police étaient seules restées aux sénéchaux des seigneuries importantes.
DE 16â0 A 1789. 373
mais aussi des griefs réels; les gens sages, le bon, le vertueux Louis XVI 1788 tout le premier, le sentaient et voulaient y porter remède. On crut le trouver dans les États généraux, et peut-être l'y eût-on trouvé effectivement, si une main plus ferme avait tenu le gouvernail de TEtat et avait su museler à temps ce monstre pétri de bouc et de sang que les révolution"» naires n'eurent pas honte de mettre à leur tète et qu'on laissa tout à son aise conspirer contre son parent, son bienfaiteur, souffler Tincendie dans rÉtat, employer son immense fortune à soudoyer les démolisseurs d'une monarchie, dont les débris devaient l'écraser, lui et ses complices (1). Par malheur, au lieu d'un prince à la vue haute, à la main forte, à la tête puissante, la Providence n'avait donné à la France que le meilleur des hommes, un martyr qui sut mourir héroïquement, victime de son amour pour ses sujets, mais qui ne sut pas sauver la France.
Les États généraux furent donc décrétés lé 23 septembre 1788. Graon donna un député au tiers-état, ce fut Volney. Ch&teau-Gontier nomma François AUard, médecin, né à Graon en 1734 (2).
Voici comment furent élus ces députés:
Pour le clergé : tous les ecclésiastiques du ressort, c'est-à-dire de chaque bailliage ou sénéchaussée, joints aux délégués des chapitres séculiers, des communautés des deux sexes, et des ecclésiastiques qui n'avaient ni bénéfice, ni cure, nommèrent leurs députés. Les possesseurs de bénéfices pouvaient voter par procuration, dans les bailliages ou sénéchaussées où ils ne votaient pas en personne.
Pour la noblesse : tout noble âgé de vingt-cinq ans concourait à Télec-r tîon, et les possesseurs de fiefs pouvaient aussi se faire représenter par procuration.
Quant au tiers-état, tout individu domicilié, compris au rôle des contributions ei âgé de vingt-cinq ans, faisait partie des assemblées primaires réunies devant le juge du lieu. Gcs assemblées rédigeaient, suivant l'antique usage, des cahiers préparatoires, et nommaient des délégués ou électeurs du second degré, à raison de un pour cent feux, et dans les villes, à raison de deux pour cent votants. Les corporations d'arts et métiers nommaient leurs délégués à part.
(!) En i815. riacorrigible bonté des Bourbons rendit au fils du régicide ses biens, son rang, ses honneurs. On sait quelle fut la reconnaissance !
(â) Ses idées libérales étaient celles d'un honnête homme et profondément religieuses; ayant eu le malheur de perdre ses trois enfants, il s'éloigna peu à peu des affaires dont la marche était loin de lui convenir et mourut à Chftteau-Gonlier en 1819. {Revue de r Anjou, 18SS6.)
1789 Ces délégués, réunis au chef-lieu du bailliage ou de la sénéchaussée, y rédigeaient définitivement les cahiers et nommaient les députés aux Etats généraux, sans aucune condition d'éligibilité.
Ainsi pour le clergé et la noblesse, Télection était directe, tandis que pour le tiers-état elle était à deux degrés. Par ce moyen, ceux qui prenaient pari à Télection étaient véritablement ceux qui y avaient intérêt et, comme le disait Sieyës, ceux qui contribuaient à rétablissement public, les vrais actionnaires de Tentreprise sociale. « Il semblerait au pre- « mier coup d'œil que tout chef de famille devrait avoir sa voix... Mais « outre que les assemblées trop nombreuses sont sujettes aux tumultes, « aux querelles, qu'il est difficile que la raison s'y fasse entendre, et que « la pauvreté des votants les rendrait faciles à corrompre, de manière k « avilir la nation que Votre Majesté veut au contraire élever, améliorer, « ennoblir, on voit qu'il n'y a de gens qui soient réellement d'une paroisse « que ceux qui y possèdent des biens-fonds, les autres n'y ont qu*un
< domicile de passage et n'appartiennent à aucun lieu. Il n'en est pas « ainsi des propriétaires,' ils sont liés à la terre, ils ne peuvent cesser de «prendre intérêt au canton où elle est placée; ils peuvent la vendre, t mais en cessant d'être intéressés aux affaires du pays. C'est la terre, la
< propriété, qui, liant le possesseur à l'État, constitue le véritable droit ff de cité. » (Turgot, Rapport au Roi, 1788.)
Le clergé eut trois cent huit députés, la noblesse deux cent quatrevingt-cinq, et le tiers-état six cent vingt-quatre, le Roi lui ayant accordé un nombre de députés double de celui des deux autres ordres.
Les cahiers des Etats généraux de 1483 avaient déjà demandé la suppression des gabelles et des tailles ; — le reculement des barrières jusqu'aux frontières; — l'amélioration des voies de communication, etc.
Les Etats de 1860, 1861, 1588 demandèrent à peu près les mêmes améliorations. En 1614, sous Louis XIII, les réclamations furent encore plus vives.
A partir de cette époque, les Étals généraux furent remplacés par les Assemblées de notables où le tiers ne fut point appelé. Celle de 1626 signalait cinq griefs principaux : les tailles ; — les logements de guerre ; — le sel; — les aides (ou impôts indirects) ; — la vénalité des charges.
On voit, par ce rapide aperçu, que les plaintes de la France dataient de loin. Enfin les cahiers de 1789 formulèrent en général les demandes suivantes :
Ceux du clergé: Que la religion soit maintenue religion de l'Etat; — que les publications anti-religieuses et immorales soient prohibées ; — rétablissement des conciles provinciaux pour le maintien de la discipline
ecclésiastique ; — que les dignités ecclésiastiques ne soient pas données 1789 exclusivement à la noblesse ; — réforme des communautés religieuses ; — écoles gratuites dans toutes les paroisses sous la surveillance des curés ; — suppression de l'esclavage des nègres ; — états particuliers pour chaque province; — libertés municipales et droit par les communes d'élire leurs magistrats.
Ceux de la noblesse demandaient : Périodicité des États généraux ; — liberté de la presse avec lois répressives ; — suppression des lettres de cachet; — renonciation par elle à l'immunité d'impôt, et à ses droits féodaux moyennant indemnité; — réforme et réduction des ordres religieux ; — abolition des commendes, des bénéfices, etc.
Enfin les cahiers du tiers-état demandèrent: Égale répartition sur tous, de l'impôt qui sera voté seulement par la nation ; — abolition des tailles, de la capitation, des corvées et de toute servitude personnelle, ainsi que des droits féodaux ; — réforme de l'organisation judiciaire et de la législation civile et pénale; — suppression des impôts indirects ■ (aides, gabelle, traites) qui entravent le commerce de province à province; — admission du tiers-état à tous les grades militaires et aux places de magistrature ; — plus de vénalité des charges ; — unité de poids et mesures ; — abolition de tout privilège entravant la liberté de l'industrie, mais cotiser-
vation des communautés d'arts et métiers. Les apothicaires et les perruquiers réclamèrent seuls la conservation de leurs maîtrises. (Encyclopédie du XIX' siècle) [^).
Par quelle fatalité des vœux si justes, si profondément sentis par tous les Français et surtout par le bon Louis XVI, ne purent-ils se réaliser ? Ah ! c'est que nos philosophes législateurs, au lieu de réaliser ces vœux tout simplement par des lois positives, se mirent à fabriquer des déclarations des droits de Vhommè soi-disant absolus, imprescriptibles, lorsqu'au contraire il est évident que dans l'état de société, le seul qui convient à l'homme, chacun de ses droits doit être restreint dans l'intérêt de tous : la liberté individuelle par le service militaire, la propriété par l'impôt, etc. A ces folles utopies se joignirent les écrits incendiaires de tous ces êtres malsains que recelaient et réchauffaient les antres du Palais-Royal. Leurs déclamations parvinrent à aigrir les esprits, à corrompre les cœurs, à faire
(1) Les corporations étaient établies autant au moins dans rinlérôl des ouvriers que dans celui du repos public, a Le peuple sans chef est plus extrême dans ses colères, ne voit point les périls où il se jette; tandis qu'un chef sent sa responsabilité, et craint pour lui-môme.» (Montesq., Ksp. des lois, liv. Y, citant lui-même Cicéron, d^ Le^., lib.IIL)
1789 naître entre les trois ordres des malentendus, la haine et enfin la guerre terrible dont ils furent tous victimes, à la grande satisfaction des intrigants et des pêcheurs en eau trouble.
On sait comment nos États généraux^ ouverts à Versailles le 5 mai 1789, se transformèrent en Assemblée nationale le 17 juin, et en Assemblée constituante le 4 août suivant.
Le 2 novembre, les biens de TÉglise furent confisqués, malgré Sieyës qui, en cette occasion, dit ces belles paroles : Ils veulent être libres et ils ne savent pas être justes (1). Dès lors, se manifesta dans cette Assemblée et dans celles qui la suivirent, cet acharnement incroyable, insensé, qui n*a plus cessé de poursuivre et de vouloir anéantir tout ce qui tenait au passé, pourtant assez glorieux, de notre pays. Cette frénésie prit sa source dans une étroite et basse jalousie soufflée au cœur du tiers-état par le vain désir d'une égalité absolue^ aussi destructive delà vraie liberté et de toute organisation sociale que Tidée de Tégalité devant Dieu et devant la loi est conforme à la nature et digne de Thomme civilisé.
Sans doute il est bon, il est juste que tous les mérites réels puissent monter au grand jour et s'y épanouir. Aucune carrière ne doit être fermée, aucun privilège toléré, et TËtat y gagne doublement, car il se fait ainsi des serviteurs utiles de personnages qui pourraient devenir dangereux; mais il y a loin de ces principes à un élat de choses qui sans cesse remet tout en question, amène périodiquement des bouleversements dans TÉtat, dans les familles, et qui ressemble à ces chaudières oii des matières en ébuUition montent et descendent sans cesse. Aussi en France, tout est mobile et sans lendemain assuré, rien de solide ne se fonde, parce que la base manque, et que le présent ne s'appuie sur rien.
Cette manie de vouloir tout anéantir, tout renouveler, fut le cachet caractéristique de notre Révolution ; bien différente en cela de la révolution anglaise qui, tout au contraire, s'attacha minutieusement, et Ton peut dire jusqu'à la puérilité, à conserver la tradition des ancêtres, le culte des souvenirs. C'est que moins superficielle que la nôtre, la nation saxonne a compris qu'une grande nation n'est pas l'être d'un jour ; que tous les faits de son histoire s'enchaînent étroitement ; que le peuple qui répudie son passé perd par là même le droit de compter sur son avenir ; qu'en un mot les institutions d'un peuple, semblables au chêne, ne sont
(1) A ce sujet M. La Boulaye dit : « Si l'on avait eu un roi politique, il aurait, en trois jours, lire des cahiers une constitulion qui aurait été reçue avec acclamation par toute la France. Si la lib*',rU n'a pu s'établir^ la faute en est aux passions des hommes^ elle n'en est pas aux idées. »
inébranlables qu'autant que leurs racines plongent profondément dans le 1789 passé. Aussi, pendant que, flottant depuis quatre-vingts ans d'essais en essais, nous sommes ballottés entre la gloire et les catastrophes, et dépensons en stériles efforts notre or, notre sang et l'activité de notre génie, l'Angleterre, toujours fermement assise sur sa vieille constitution, toujours puissante malgré sa faiblesse relative, rit de nos forces perdues, profite de nos mécomptes et étend de plus en plus sur l'univers son incroyable domination. Pourquoi? Parce que chez elle la seule idée d'improviser un gouvernement la remplit de dégoût. Ses titres, dit Burke, ne flottent pas en l'air et dans l'imagination des philosophes. Elle s'est, au contraire, toujours attachée à dériver du passé. En effet, le respect des peuples envers l'autorité est le meilleur ciment de l'édifice social. Plus ce ciment est vieux, plus il est fort. Mais si Tédifice est continuellement démoli et refait, s'il est incessamment miné par le travail souterrain des sociétés secrètes, quelle solidité peut-il acquérir? Est-il quelque chose déplus triste, de plus énervant pour un peuple, qu'un état de choses dans lequel l'industrie, le commerce, la famille même, ne sauraient compter sur un lendemain ? Par ce simple parallèle n'est-il pas évident que lamonarchique et libre Angleterre possède les principes d'union, de force, de stabilité qui font vivre et prospérer les nations, tandis qu'avec notre esprit mobile et ricaneur nous n'obéissons qu'à un principe de dissolution et de mort?
Le 14 décembre 1789, l'Assemblée nationale établit des comités permanents à la place des anciennes communautés des villes (1), et un an après, les municipalités. Graon eut alors deux municipalités, une à Craon, l'autre à Saint-Clément.
Le 22 du même mois, la France fut divisée en départements, les départements en districts, les districts en cantons, et les cantons en communes (anciennes paroisses). La Mayenne eut sept districts. Craon fut chef-lieu de district et comprit dans son ressort les trois cantons de Craon, de Cessé et de Saint-Aignan. Son administration se composa d'un président ou procureur-syndic et de quatre administrateurs. Au district était joint un tribunal composé de cinq juges et d'un commissaire du Roi. On y jugeait les affaires civiles et criminelles. Le premier président du district fut M. Pannelier. Il conserva celte place jusqu'en 1791, et fut alors remplacé
(I) Notre dernier syndic fut M. Denis. Il était fermier du prieuré de Sainl-Clëment. Cet homme de bien, qui a laissé dans le pays des souvenirs si honorables, sollicité d'acheter les biens du prieuré de Saint-Clé ment dont, mieux que personne, il connaissait. la valeur, s'y refusa constamment, préférant une noble médiocrité sans tache, aux riches dépouilles de ses bienfaiteurs.
1789 par M. Chartier. Le premier président du tribunal du district fut M. Chassebœuf, doyen des avocats.
Quelques années après, les districts furent remplacés par les arrondissements tels qu'ils sont aujourd'hui (loi du 28 pluviôse an VIII, 17 février 1800). Craon perdit dès lors toute son ancienne importance.
Pendant quelque temps les esprits restèrent à Craon assez calmes et unis, car tout le monde était convaincu de la nécessité d'une réforme et l'appelait de tous ses vœux. Lorsque les gardes nationales envoyèrent des députations au Champ-de-Mars, celle de Craon fut composée de sa meilleure bourgeoisie, et, à son retour, l'enthousiasme fut presque général ; on dansa des farandoles sur la place Saint-Nicolas, on croyait inaugurer une ère de bonheur !
Cependant des abstentions se firent remarquer et furent le prétexte de quelques désordres. Plusieurs familles se retirèrent à Laval; c'est qu'elles voyaient déjà les suites inévitables du serment du Jeu de Paume (20 juin 1789). C'est que nos députés, en déchirant leur mandat dans cette séance mémorable, et en se déclarant constituants^ avaient rompu l'équilibre des pouvoirs, confisqué la liberté à leur seul profit, et ouvert enfin cette ère révolutionnaire qui fit couler plus de larmes et de sang que tous les fléaux réunis n'en avaient jamais fait répandre en France depuis l'établissement de la monarchie.
Bientôt la prise de la Bastille (14 juillet 1789) mit le comble à l'exaltation des esprits; notre population craonnaise, depuis longtemps exaspérée par la conduite du marquis d'Armaillé et habilement excitée par quelques meneurs, n'attendait qu'une occasion pour exercer ce qu'elle appelait sa juste vengeance. Un pamphlet du temps, fort rare aujourd'hui (1), et daté de Craon , 18 août 1789, reprochait au marquis d'avoir usurpé ses titres et la croix de Saint-Louis ; d'avoir souvent attenté à l'honneur des femmes ; de s'être emparé, au moyen de sa rare habileté dans la chicane, des terrains qui le gênaient pour faire son parc ; d'avoir ruiné plusieurs familles par des procès de chasse ; enfin, et par-dessus tout, d'avoir enlevé par fraude à la ville le pré dit de la Liberté et la promenade de Saint- Nicolas. Donc le 18 août, sur l'avis secret que M. d'Armaillé était revenu de Paris, les femmes, les enfanU, le peuple, armés de broches, se portèrent sur les grilles qui séparaient la promenade de l'église : aussitôt un voisin, à qui précisément M. d'Armaillé avait enlevé un terrain pour arrondir son parc, M. Malard, fit avertir M. Doussault, commandant de la
(1) Amende honorable d'un gros marquis devenu tambour, etc. Guillaume Junior, quai des Auguslins, à Paris.
garde nationale et ancien président au grenier à sel de Craon ; grâce à cet 1789 avis, le marquis fut arraché à une mort certaine. Ge trait fait d'autant plus d'honneur à M. Doussault, que lui aussi croyait avoir à se plaindre du marquis. — Le pamphlet déjà cité prétend que la populace fit mettre à genoux M. d'Ârmaillé, le força de souscrire l'abandon à la ville du pré de la Liberté et de la promenade de Saint-Nicolas, sous peine d'être écorché vif, et qu'il fut forcé de conduire ces forcenés vers son château devant lequel on brûla tous ses papiers : mais plusieurs personnes, très-dignes de foi et qui ont entendu rapporter tous ces événements, assurent que tout ce qu'il y a de vrai dans ces détails, c'est qu'on brûla effectivement les précieuses archives de la baronnie et. que, depuis lors, la ville a conservé la propriété du pré de la Liberté et de la promenade de Saint- Nicolas.
Mais, nous le sentons, il est temps d'arrêter nos Chroniques; le terrain devient brûlant, laissons-le se refroidir, et terminons par une anecdote qui peindra l'époque.
On sait qu'en cette année 1789, le mot d'ordre des Orléanistes fut d'annoncer des brigands partout ; ce fut une panique générale ; l'alerte se répandit comme une sorte de folie par toute la France ; elle commença à Laval le jeudi 23 juillet ; le lendemain, nommé à cause de cela le vendredi fou, les hommes et les femmes de Courbeveille, dans leur terreur, se sau-' vaient dans les champs, se cachaient dans les fossés ou couraient dans d'autres métairies qu'ils trouvaient vides. La Révolution voulait agiter les masses, elle obtint un plein succès. [Notes de Courbeveille, communiquées par M. l'abbé Pointeau.)
Le Graonnais subit la panique comme le reste du royaume. Le bon curé de Saint-Michel La Roë, sous l'empire de cette terreur, arrive à Graon tout effaré. Il assure avoir vu défiler plus de deux cents brigands. La garde nationale prend aussitôt* les armes, ce qui pour son digne chef, M. Doussault, ne pouvait être plus malencontreux, car ce jour-là même il se mariait. Mais le devoir a parlé, il part avec sa troupe, on arrive ; des brigands point de nouvelles; on cherche, on bat la campagne, rien. — Mais enfin, dit on au curé, où donc avez-vous vu ces brigands? Le curé amène les gardes nationaux au lieu où il les avait si bien vus et comptés. — G'étail vrai, car il en passait encore ! — De hardis éclaireurs s'aventurent, s'approchent. — Que trouvent-ils ? Un moulin à vent, qui n'avait laissé voir au curé que l'extrémité de ses ailes courant toujours Tune après l'autre.
Cette anecdote est un peu l'histoire du temps. Avec un gouvernement juste, paternel, mais ferme, et comprenant les besoins du pays, que
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1789 d'événements prétendus très-graves n'eussent été, vus de près, que des moulins à vent! a Mais dans les malheurs publics les hommes sages ne « sont jamais les plus forts, parce qu'ils ne font pas le grand nombre, « et parce que la révolte suppose plus de chaleur, est plus agissante t que la sagesse. » (Prés. Hénault, sur le règne de Charles VI.) Ajoutons que les honnêtes gens, fussent-ils les plus nombreux comme ils le sont souvent, leur amour du repos les tient éloignés des assemblées politiques et les laisse faire le mal par une coupable timidité. C'est du défaut de courage civil que naissent les révolutions.