‹ Chroniques craonnaisesChapitre 62 sur 127 · EPILOGUE · texte numérisé non relu

EPILOGUE

Avec des rois détestables, bêtes ou corrompus, les Anglais ont fait un gouvernement libre; — avec le plus facile des rois nos pères n'ont su que jeter dans le même trou la monarchie et la liberté (1). •

C'est qu'ils n'ont pas vu que sans I'autorité, maison, ville, nation, le genre humain, ne sauraient subsister, non plus que la nature, non plus que l'univers lui-même : aussi quand un peuple a perdu un bon roi, les cœurs les plus durs sont émus jusqu'aux larmes: de tous côtés on entend des cris de deuil ; ce n'est pas un roi qu'on a perdu, c'est la providence de la patrie» c'est un père, un ami... Ils croyaient, nos ancêtres, que la vie, l'honneur, la gloire sont donnés au peuple par la justice du Roi.

Mais quand, dévoré d'uue soif insatiable d'indépendance ; quand, servi par de perfides échansons, le peuple a vidé jusqu'à la lie la coupe enivrante d'une liberté sans limite ; — quand il a porté sur un roi juste une main parricide, qu'il a flairé le sang de ses chefs et bouleversé l'État par ses fureurs, il n'est pas de tempête, il n'est pas d'incendie plus difficile à calmer. Ses magistrats sont insultés, persécutés, et les citoyens qui leur obéissent, injuriés, traités d'esclaves, tandis que les magistrats qui affectent de descendre aux rangs inférieurs de la société sont couverts d'honneurs. Au seiD des familles, toute autorité disparaît ; le père craint son fils ; le fils ne connaît plus son père. — Toute pudeur est proscrite comme contraire à la liberté, — on ne distingue plus l'étranger du citoyen, — les enfants méprisent leurs maîtres et les vieillards, — le maître redoute et flatte ses élèves, — la femme ne reconnaît plus l'autorité du mari et les serviteurs se croient les égaux de leurs maîtres. — Mais, dira quelqu'un,

(t) M. La Boulaye, de Hnstitut.

c'est là notre propre histoire. — Oui, mais écrite il y a quelque deux mille ans par les deux plus beaux génies de la Grèce et de Rome (1).

Et maintenant, avons-nous du moins l'espérance d'un meilleur avenir? L'avenir est à Dieu, mais à nous sont les leçons du passé. Si nous les consultions, nous y verrions que le culte de la matière, vers lequel on nous pousse comme de vils troupeaux d'Epicure, a nécessairement produit et produira toujours l'effroyable pourriture où s'est abîmé le vieux monde païen, et dont il n'est sorti qu'après avoir été broyé pendant des siècles sous le pied des Barbares

Nous y verrions aussi que les rayons vivifiants et divinsde l'Evangile ont seuls pu produire cette magnifique civilisation chrétienne à laquelle nulle autre n'est comparable dans l'histoire, et qui pour un seul philosophe en paroles, sorti des écoles d'Athènes et de Rome, a produit dans tous les rangs de la société des millions de philosophes véritables, c'est-àdire parlant moins de fraternité et de vertu, mais les mettant davantage en pratique.

Donc, d'un côté est la vie, de l'autre la mort ; à nous de choisir.

(1) Cic, deLeg., III, 1, et Plate, apud Gic, de /iep.,lib. 141, 43.

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