CHAPITRE XII
Coup d^cell sur l'ancienne u<lmInIstratlon du pays,
ses Mœurs et ses Usasses.
Si les commuDes sembleot n'iToir jamais été coonaes
en Anjoa, au Maine et en Bretagne, c'est que dans ces
proviores, membres de la confédération armoricaine,
régnait la contame {Jtu gentium), et qne les campagnards
étaient comptés pour quelque chose.
(Di GounsON.)
ouR compléter, autant qu'il est en notre pouvoir, la description de noire ancien Craonnais, nous croyons devoir dire quelques mots de son administration.
.O W Après la conquête des Francs, les divers services publics furent à peu près tous confondus dans la môme main. Ce n*est que peu à peu que chaque division administrative parvint à se dégager, à posséder des rouages spéciaux et ses lois particulières; aussi n'est-il pas étonnant qu'il y ait eu longtemps une grande confusion entre les pouvoirs.
Cependant au xvii" siècle apparaissent assez nettement les cinq divisions suivantes :
1" Le diocèse; 2* le gouvernement civil et militaire; 3* la coutume ouïe code; 4* la sénéchaussée et la justice ; 5° les finances.
À l'époque de la conversion au christianisme (vi* siècle), le Craonnais, nous croyons l'avoir prouvé, faisait partie de la Bretagne et du diocèse de Nantes.
A la chute de la première maison de Craon (1040), il fut réuni à l'Anjou et au diocèse d*Angers.
En 1789, son territoire, distrait de l'Anjou, fut réuni à une partie du Maine pour former le département de la Mayenne, lequel, au concordat de 1802, fut réuni à celui de la Sarthe pour ne former qu'un diocèse, celui du Mans.
Ce n'est qu'en 18S8 que la Mayenne obtint d'avoir, comme presque tous les autres départements, son diocèse particulier, ce qui, suivant une opinion fondée sur la Noiice des Gaules d'Honorius, ne faisait que faire revivre l'ancien évêché des Diablintes, détruit sous Clovis. (Voy. p. 76 et 89.)
Le diocèse d'Angers, le second des sufTragants du métropolitain de Tours, sous la primatie de Lyon, était moins étendu que la province d'Anjou. Il comprenait quatre cent soixante- deux paroisses, divisées en trois archidiaconés.
Le troisième archidiaconé, le nôtre, était divisé en trois doyennés : 1** celui d'entre Sarthe et Maine; 2« Candé ; 3® Craon. Les doyens étaient chargés de correspondre avec les évoques, de veiller sur les curés, et de leur distribuer les saintes huiles.
Le doyenné de Craon comptait cinquante-six paroisses, y compris Molières et Bourg-Philippe.
Les Bénédictins étant les curés primitifs de Saint - Clément , seule paroisse de Craon jusqu'à 1789, et ne pouvant exercer personnellement le ministère pastoral, les fonctions et le titre de doyen étaient attachés à la cure de Saint-Quentin.
Les divisions ecclésiastiques, en général fort anciennes, avaient eu pour première base les agglomérations civiles primitives des habitants de la province, ou à peu près.
Dès les premiers siècles, le clergé avait obtenu des conquérants barbares le droit d'avoir des tribunaux particuliers nommés officialités et placés près desévéques. Le, droit accordé aux ecclésiastiques de rendre la justice dans leur territoire fut appelé immunité : leurs tribunaux, éclairés par le droit romain, servirent de contre-poids à la force brutale et de flambeau à la justice sommaire des seigneurs. La puissance de ces deux sortes de tribunaux grandit avec la barbarie et décrut avec elle, à mesure que s'éleva la puissance de nos rois. Souvent, dans les premiers siècles, des conflits s'élevaient entre la justice ecclésiastique et la justice laïque ; mais à Tépoque de la Révolution, les ofiicialités ne s'occupaient plus que des matières spirituelles et des crimes communs commis par des ecclésiastiques. L'instruction de quelques cas privilégiés, mal définis, se faisait
encore par les juges royaux conjointement avec Ihs officialités ; mais la procédure criminelle devant les tribunaux civils était devenue la procédure commune, dirigée en grande partie par les formes de la procédure ecclésiastique empruntée elle-même au code romain.
Le personnel ecclésiastique du diocèse se composait comme suit:
Prêtres de révêché 39
Vingt-quatre chapitres ou collégiales 474
Vingt abbayes d'hommes ou de femmes 314
Cent quatre-vingt-six prieurés 216
Chapelains 1.350
Soixante-quatorze couvents ou communautés contenant quatre cent quatre-vingt-dix hommes et onze cent cinquante-neuf femmes 1,549
Enfin quatre cent soixante-deux paroisses desservies par des prêtres séculiers 485
Total. 4,427
sur une population de trois cent soixante mille habitants. Soit une personne religieuse sur soixante-huit laïques.
Autrefois, selon M. Moreaude Jonnés, la population delà France doublait en cent trente-huit ans. On peut juger dans quelle proportion le célibat volontaire pouvait venir en aide à la loi limitative que semblait réclamer alors la marche ascendante de la population.
Donnons quelques détails sur les corps religieux existant en 1789 dans le Craonnais.
Chapilre, Notre canton ne possédait que le chapitre ou collégiale de Saint-Nicolas, fondé, comme nous l'avons dit,auxi* siècle. (Voy. renvoi J.)
Abbayes. Nous avons donné à Tannée 1093 et aux notes sur les paroisses ce que nous avons pu recueillir sur Vabbaye de La Roë^ sur les petits prieurés qui en dépendaient, et sur Vabbaye de La Boissière,
Prieurés. Dans l'origine, les prieurés étaient des fermes trop éloignées de l'abbaye pour être exploitées par elles et où l'on plaçait ordinairement deux ou trois religieux, dont l'un était le premier {prior), (Renvoi R.) On les appelait prieurés simples, ils n'avaient pas charge d'âmes. S^ils avaient assez de revenus pour former un couvent, ou couvent, ils devenaient conventuels et leur prieur inamovible, tandis que le prieur clausirai pouvait être nommé à temps et changé par ses supérieurs. La cotnmende était la provision ou nomination à un bénéfice avec dispense de la régularité, c'est-à-dire d'habiter le couvent et d'en suivre les règles. (D'Héricourt.)
386 biocÉSE.
Dans la forêt de Craon eustait le pneoré de la Haie aux bù§u hommes^ de Tordre de GrammoDt, sous la règle de saint Benoit. Nous en avons parlé page 194.
Mais \e priemré dtSaint^Umeni, plus ancien qae Yendôme même doQt il dépendaîL, était, après La R*>é. la fondation la plus importante da Craon nais. Vers 1526, il comptait neuf religieux bénédictins. Du temps de MiromeniU ils étaient réduits à sept, et enân, en 1789, il n'y en avait plusqne cinq : un prieur, un sous prieur, un secrétain etdeniL religieux, ^^^oy. les renvois U V et P. Le prieuré de Saint-Qément possédait autrefois ceux de Saini-Eulrope^ de Bouchamp et celui de Boutigmif joint h celui d'Atkét ; mais l'abbé de Vendôme s*était réservé la collation de ces trois prébendes.
Le prieuré de Saini-Eulrope se composait de maisons et dépendances, fuie, four banal, veiner dus de murailles, garenne à connils, le tout en un tenant de cinq à six journaux, plus une rente de trois setiers de blé sur Tissus; droit de pèche le long de ses terres, la propriété de la Moinerie en Livré et deux landes près la Glanerie. Il était exempté d'aller tournerles moulios à blé et à draps voy. article 16 et suivants des Coutumes d'Anjou ,, et enfin de toute servitude seigneuriale.
On croit qu'il fut fondé vers 1439. Voir à cetie année.;
Le prieuré de Bouchamp possédait une maison jointe à la cure et qui forme aujourd'hui le salon du presbytère; deux hectares vingt>sept ares de jardins, prés et terres labourables ; la Moinerie de Bouchamp dont il partageait les dîmes avec l'hôpital. Il avait la treizième gerbe sur cinq métairies ou closeries et autres menus droits. Le tout était ordinairement affermé aux curés de Bouchamp qui, en 1657, se chai^eaient de dire les messes de fondation pour 30 livres, et payaient, en outre, une ferme de 90 livres plus quatre chapons et six bécasses.
Le prieuré de Bouligny datait de 1098. (Voy. année 1089 et renvois Bet I.) C'était un prieuré simple avec chapelle dédiée à saint Jacques. Il se composait d^un grand logis, de vingt journaux de terres labourables, de trois bommées de prés, de jardins, le tout dans un tenant, et d'autres terres détachées. En 1750, il contenait quinze hectares.
Le prieuf é tTAthée^ ordinairement joint à celui de Boutigny, et en dépendant, se composait de maisons au bourg d^Athée, de prés et de plusieurs pièces de terre au bord de la rivière et près le grand cimetière; de la grosse dîme de la paroisse et de la moiUé des menues dîmes sur la laine, les agneaux, les porcs, le lin, le chanvre et les légumes. Les deux prieurés, en 1787, étaient affermés 1,800 livres, sur lesquelles 600 étaient données aux bénédictins de Saint-Clément, chaînés de desser\ir la chapelle de Boutigny.
On peut voir aux notes de La Roë les nombreux prieurés possédés dans le Craonnais par cette abbaye, notamment celui de Livré.
Chapelles. Dans les premiers siècles de TEglise, les évéques distribuaient eux-mêmes les revenus qu'ils possédaient à tous les clercs attachés h leurs églises, selon leurs emplois, depuis les prêtres jusqu'aux lecteurs. Mais, par la suite, on préféra partager le fonds des biens ecclésiastiques et en assigner une partie à chaque tête. C'est Torigine des bénéfices^ et la tonsure, qui lî'est qu'une préparation aux ordres, suffisait pour les obtenir. (D'Héricourt, Lois ecclésiastiques^ p. 23.) Quant aux bénéfices séculiers ou chapelles séculières^ ils étaient donnés à des clercs séculiers demeurant souvent au loin et qui faisaient remplir par un ecclésiastique les charges de leur prébende.
Les chapelles étaient le plus souvent des fondations de petit revenu à charge de prières. Quand on y avait joint une chapelle pour y dire l'office, elles étaient diies chapelles régulières. Autrement elles portaient le nom de bénéfices simples, legs, prestimonies^ ou chapellenies... Leurs titulaires n'avaient pas charge d'âmes et n'étaient pas tenus à résidence. Quand elles étaient considérables et qu'elles étaient approuvées par l'évèque et par le pape, on les nommait chapelles décrétées.
Mais ordinairement elles étaient fondées sans l'intervention de l'Église et les familles se chargeaient d'en perpétuer les titulaires, en se réservant presque toujours la présentation, sous la collation de l'évê^ne. L'acte de fondation de ces chapelles ou rentes indiquait l'église dans laquelle elles étaient desservies, c'est-à-dire où devaient être dites les prières exigées par ces fondations. Ces rentes s'élevaient de 20 à 300 livres, aussi quelques écoliers (!) ou des ecclésiastiques accablés parl'ûge et les infirmités pouvaient en posséder plusieurs sans être riches.
Dès 1518, les chapelles de Notre-Dame-la-Grande,' de Notre-Dame-la- TouchardCy de Saint-Pierre et de Saint-Thomas de Craon, de Saint-Marc et de F/etw5, avaient été réunies à la manse conventuelle de Saint-Clément. Toutefois l'abbé de Vendôme s'était encore réservé la collation de Pleins. Notre-Dame-la-Grande était dans l'enclos du monastère ; un de ses murs sépare encore le jardin de la cure de l'ancien cimetière, dont le sol est beaucoup plus élevé. En 1589, on n'y accédait plus que par les salles
(t) Dans les statute de 1660, Tévéque Arnaud disait : « La condition des écoliers a toujours été favorisée par des privilèges accordés par les papes et les rois. Il est raisonnable de leur faire part des biens de TEglise. Nous ordonnons quMIs jouiront du gros de leur prébende, à condition qu'aux fêtes de Pâques et de Toussaint, ils fourniront des attestalions de leurs bonnes mœurs et de leurs progrès. »
basses du couvent. Aussi le peuple rappelait la chapelle som terre. Dès 1736, elle était presque abandonnée. Le curé de cette époque, dans une pétition au cardinal de Fleury, dit qu'elle était aussi ancienne que le couvent. En effet, les restes de son abside en cul de four, et la croisée encore existante indiquent une construction du xi* au xii' siècle. (Voy. pi. XXIV M et renvoi I.)
Notr^Dame-la-Toucharde, Ce legs se composait d'une maison et jardin à Touest du vieux chemin allant à la Crue. Il n'en reste, depuis la construction de la grande route de Nantes, que la ruelle qui va à la fontaine. Elle possédait en outre un pré touchant le jardin de la chapelle de Trepidan, lequel a été pris aussi par la grande route.
Chapelle Saint'Piore. (Voy. renvoi I, à la fin.) En 1830, se voyaient encore de beaux restes de cette chapelle à laquelle autrefois étaient joints un petit couvent avec maison, un cimetière et une chapelle particulière, le tout joignant les maisons dites de La Roé, rue des Moùtiers.
En 1436, le seigneur de Craon voulut s'emparer du terrain en face la chapelle. Sur le rapport de Jean Lecerder, enquêteur ordinaire, le sénéchal Richomme décida que le prieur de Saint-Clément (Lafond) continuerait à jouir de la place, mais que, s'il voulait la clore, il laisserait un passage libre pour charrette entre sa clôture et les maisons dites de La Roé. (Voy. le plan n® 73.)
Chapelle Saint-Thomas^ rue des Juifs, réunie au presbytère et aujourd'hui détruite. Elle n'avait rien de remarquable, mais un intéressant souvenir s'y rattachait. (Voy. renvoi K.)
La chapelle régulière de Saint-Marc^ desservie audit lieu, se composait d'une chapelle avec maison en appentis, élable, jardin, un champ dit Saint-Ladre et cinq journaux de terre affermés 27 livres en 1687. Il est probable que son origine est due à une maladrerie,
La chapelle Saint-Marc fut fondée au milieu du xviP siècle par un neveu de Cohon, évoque de Nîmes. (Voir année 1898.)
Pleins était aussi une chapelle régulière desservie au lieu du même nom, et dont dépendait la closerie delà Loiterie en Livré.
Du prieuré de Saint-Clément dépendaient encore : le prieuré simple de Satnt-Laurent'de^rHermitage d'Ahuillé (Arch.dép,^ H,l), le fief de Villerenard en Livré, et le féage de la Raillarière au Chêne-Pancerot en Athée.
Relevaient simplement du même prieuré de Saint-Clément : l'aumônerie ou hospice Saint-Jean de Craon ; — l'infirmerie de La Roë (voy. Chapelle ou prébende de La Perrière) ; — le vicariat perpétuel d'Athée ; — les cures de La Chapelle-Craonnaise ; — de Saint-Saturnin; — de Saint-Martin-
du-Liniet el de Bouchamp, ainsi que son chapelain ou prieur, — el enfin toutes les chapelles ou prestimonies indiquées au renvoi P.
On citait encore dans le Craonnais les chapelles de la Crue en Saint- Martin, et celle de Saint-Join de Boucharap (voy. Notes sur Bouchamp) ; les chapelles dépendantes de Saint-Nicolas (voy. renvoi J) ; et la Tafo- , rière, desservie à Saint-Gléraenl, ayant pour revenu la closerie de la Taforière, delà Mouvance deChanteil. (Arch. dép.^^ G., H6.)
Les chapelles fondées à charge d'aumône ou de soigner les malades, prenaient le nom d'aumônerie, (Renvoi M.)
Le gros d'un bénéfice était son revenu principal^ non compris le casuel et les menues dîmes.
Les chapelains avaient droit d'assister aux assemblées du clergé et étaient tenus de payer leur quote-part de ses taxes et décimes.
Couvents, Peu de questions ont été plus vivement controversées que celle des couvents. Les attaques s'expliquent par les désordres qu'y engendrèrent malheureusement quelquefois certains abus et d'excessives richesses. La défense s'appuyant sur ce besoin inséparable de certaines âmes, soit de chercher dans la retraite un refuge contre les agitations de la vie, soit, sous l'impulsion d'une surnaturelle charité, de consacrer à leurs semblables leur science, leur travail, leur vie tout entière, la défense, disons-nous, n'a pas eu de peine à démontrer que dans ces institutions, le mal n'était rien en comparaison du bien ; cependant, même de nos jours, on n'a pas craint d'imprimer ceci:
<f Le monachisme est un monstre insaisissable, astucieux, hypocrite, « qui, sous un extérieur candide, cache un cœur cruel et une &me gorgée « de luxure, d'avarice et de gourmandise... en un mot le prototype des « péchés capitaux... »
Mais d'autres philosophes, nous montrant d'un côté nos congrégations enseignantes où tant d'hommes éminents sacrifient obscurément leur vie à l'éducation : nos frères hospitaliers de Saint-Jean-de-Dieu ; — nos trappistes agriculteurs ; — nos sublimes sœurs de Sainl-Vincent-de-Paul,etc. ; et d'autre part, dévoilant les hideux dévergondages produits et encouragés par nos libres-penseurs, leur crient : a A.u lieu de vous arrêter à quelques t exceptions, regardez donc cette foule d'hommes humbles, pauvres, a souvent vieux; ces hommes vêtus de costumes étranges que vous « raillez... Ils guérissent les plaies, et relèvent les ruines que vous faites... t Ils rendent à la société la sève et la vie que vous lui ôtez. Us sont le sel « delà terre, sans lequel la terre livrée à vous seuls pourrirait! Vos vices, « vos folies, vos déportements, les ont poussés au désert ou dans leur « monastère, car le sacrifice est la loi même de la vie. Les hommes et les
a femmes de joie et de proie sont la ruine et le fléau du monde ; les (( hommes et les femmes de sacrifice et d'amour en sont Thonneur, le a rafraîchissement, la paix et le salut. » (DePesquidoux.)
Nous avons parlé du couvent de Dominicains^ autrement dits Augustins ou Jacobins.
Quatre sœurs de la communauté des filles de la Croix^ dont la maisonmère était à Angers, desservaient notre hôpital des malades. (Voy. renvoi M.)
Quoique Nioiseau ne fût pas du Craonnais, il avait avec lui tant de relations que nous avons cru devoir en dire quelques mots aux années 1098 et 1678.
Voyez aussi pour le couvent des Anges^ année 14*)0.
Les prêtres occupés du ministère ecclésiastique ne pouvant évidemment vivre du travail de leurs mains, les peuples, de tout temps, ont pourvu à leur existence en leur attribuant une partie des produits de la terre; les païens eux-mêmes donnaient à leurs dieux le dixième de leur revenu. Telle fut Torigine de la dtme dont la quotité ne fut pas toujours du dixième, comme son nom semble l'indiquer, mais qui variait beaucoup suivant les pays. (Voy. Finances.)
On appelait grosse rfime celle qui se prélevait sur les principaux produits de la terre, tels que les grains, le vin, les charnages.
Petite dîme, celle sur les légumes de jardin : pois, fèves, etc.
Trait de dîme, celle qui n'était due que sur une partie de paroisse ou de fief (1).
Dîmes novales, celles mises sur des terrains nouvellement défrichés.
Dîmes insolites, quand elles étaient dues sur les porcelets, les veaux et les agneaux. Les chanoines de Saint-Nicolas y avaient droit sur la paroisse de Ballots. Mais, en 1765, ils les abandonnèrent au curé de la paroisse, en se réservant seulement à Pâques huit agneaux ; on se rappelle que la collégialejîomplait un égal nombre de chanoines. La perception des dîmes, en 1789, élart devenue très-compliquée : une chapelle, par exemple celle du Grand-Bois, prenait sur certains champs la treizième gerbe de toutes les céréales; dans d'autres champs elle ne dîmait que sur un ou deux journaux, et sur celte dîme le curé prenait deux gerbes. Dans d'autres champs elle ne dîmait que sur une partie, et le curé sur l'autre comme terre novale.
En général, ces dîmes étaient affermées 20 sous par journal.
(1) Ces traits de dlmc étalent des perlions de dtmos rendues à rE(çlise par quelques seigneurs. (Abbé Foucher.)
Voyez, pour les dîmes inféodées aux Finances, art. Redevances seigneurides.
Jusqu'au xv^ siècle on ne tenait aucune note des naissances, des mariages el des décès C'est Taulorité ecclésiastique qui, au synode de Saint- Luc, en 1814, obligea les curés à en \m\v registre. Le président Poyel, d'origine angevine, avait renouvelé celle obligation en 1833, trois ans avant d'être chancelier. Cependant le plus ancien registre connu du Craonnais, celui de Livré, ne date que de 1600, celui de Saint-Saturnin de 1619, de Fontaine-Couverte de 1648, deCraon del688. Ce qui vient sans doute de la destruction des registres pendant nos guerres de religion ; car en tête de celui de Saint-Poix, il est dit que les registres de 1897 avaient été brûlés par les troupes (1).
Les chroniques de Saint-Saturnin nous apprennent que jusqu'en 1492, l'usage s'était conservé dans notre pays d'administrer le bapléme par immersion. En 1617, les statuts diocésains prescrivirent de ne laisser à découvert que la tête et la poitrine.
Dans les premiers siècles, la pauvreté mobilière et la rareté de l'argent étaient telles, que les curés, comme nous l'avons dit, avaient droit de prendre pour les enterrements le tiers des meubles du défunt. De là le nom de Tîerçfl^e donné à ce droit.
Peu à peu l'aisance ayant reparu, ce droit devint excessif, et en 1462, Louis I", duc d'Anjou, le réduisit à 18 deniers par feu ou par chef de famille. Quand l'argent devint moins rare, cette redevance devint à son tour trop faible, et, dès le commencement du xviii» siècle, la matière fut équitablement réglée par les statuts du diocèse. (Pocquet de Livonnière.)
Les prêtres, les seigneurs patrons des églises, avaient droit de se faire enterrer dans le chanceau (2), ou chœur de leur église : les gens notables pouvaient être inhumés dans la nef, moyennant une certaine somme (3\
En 1777, l'évêque d'Angers restreignit beaucoup cet usage dangereux.
Dans les premiers siècles, le cimetière entourait toujours l'église. Placés
(1) A Paris, le plus ancien registre des mariages était de la paroisse de Saint- Jean en Grève et datait de 1515. Le plus ancien registre des décès de la paroisse Sainte-Croix dans la cité, était de 1M8, el celui des baptêmes de la paroisse de Saint-André-des-Arcs, de 1525; tous ont été brûlés au Palais de Justice en mai 1871.
(2) Ou chancel (de CancellU barreaux, balustrade; : c'était Tespace compris entre l'autel el la table de communion.
(.i) Eu 1380, la permission d'être enterré dans Tégliscde la Trinité d'Angers s'achetait moyennant une rente de vingt sols à la fabrique ; alors l'argent valait intrinsèque-* ment sept fois plus qu'en 1860. En 1767, la même permission n'était payée à Fontaine- Couverte que cinq livres une fois payées.
39â DIOCÈSE.
là, sous ta sauvegarde des familles, les ossements des aucèlres élaienl comme les premières assises, le centre des agglomérations chrétiennes. Chaque dimanche rappelait aux vivants le souvenir de ceux qui n'étaient plus. La chaîne entre le passé et le présent était nouée. La famille, la paroisse n'étaient pas des êtres d'un jour, et le passé donnait confiance au lendemain. Aujourd'hui nous ne gardons plus nos morts. L'augmentation de la population, les exigences de l'hygiène, nous aident pout-ôtre un peu trop à éloigner de nous d'utiles pensées et nos plus chers souvenirs.
Les pénitences publiques étaient encore en usage à la fin du xiii^ siècle.
Un de nos plus célèbres évoques, Guillaume Lemaire (1290-1314), envoya
en pèlerinage au Mont-SaintrlMichel, ei nu-pieds^ un forestier de Précigné
qui vivait en concubinage, et le curé dut publier le motif de cette pénitence.
L'excommunication ou interdiction était la dernière peine infligée par l'autorité ecclésiastique. Peine terrible, mais souvent nécessaire pour contenir ou pour ramener au devoir des hommes grossiers et quelquefois féroces. (Voir année 1098.) Quant à sa forme, vqici ce que Guillaume Lemaire nous en dit : « Devant le peuple assemblé, l'évéque portant, ainsi <f que ses chanoines, un cierge allumé, disait : Conformément à l'institution t des saints Pères, nous chassons, comme déshérité du royaume de « Dieu, du sein de l'Église notre mère, de la communion des fidèles e^ « des parvis célestes, N...; nous livrons son corps à Satan pour que son (lame soit sauvée au jour du jugement^ et nous l'anathématisons au son c solennel des cloches et en éteignant sous nos pieds ces cierges allumés. » Mais si l'interdit frappait un pays entier, c'était bien autre chose. Les cloches ne sonnaient plus, les lampes étaient éteintes, l'image du Christ et celles des saints voilées. L'église, le seul lieu de réunion, était fermée ; plus d'absolution, de baptêmes, de mariages ; plus de communions, plus de médiateur entre le pécheur et Dieu. (César Cantù.)
Au xii" siècle, les abbés de La Roê, et même leurs prieurs, s'étaient arrogé le droit d'excommunier. (Chartes LVI et LVIII de La Roê.) Quant aux épreuves judiciaires ou ordalies^ quelquefois ordonnées en justice, coutume barbare qui nous venait des Germains, voyez l'art. Justice,
Hérard, archevêque de Tours, donna en 858 un règlement en cent quarante articles, qui nous fait connaître la discipline ecclésiastique à cette époque.
11 défend aux ecclésiastiques de courir les marchés et de trop fréquenter le monde. [Art, 43.)
Il engage les prêtres à laisser k leurs églises les biens acquis par eux pendant leur sacerdoce; ordonne d(î déposer ceux qui auront pris les armes et défend toute relation avec les excommuniés. [Art, 44,50 et 69.)
Ut sponsus et sponsa cum precibus et oblalionibus a sacerdote benedicentur et legibus sponsetur ac dotetur et a paranymphis custodiatur ac publiée solemniterque accipiatur; ut sponsi biduo ac triduo abstineant et doceatur eis ut castitatem inter se custodiant, certisquc temporibuf nubent ut filios, non spurios, Deo et scculo génèrent.
Ut abstineant a praegnantibus uxoribus, raenstruoque tempore et diebus festis jejuniorum ; omnia prohibeantur illicita, parcaturque a licitis. (ArL 62, 89 et 124.)
Enfin, il défend de danser aux noces et de contracter un troisième mariage. [Art. Hl et 112.)
L'ancien usage de donner un peu de vin après la communion, souvenir de la réception de ce sacrement sous les deux espèces, s'est conservé dans notre diocèse jusqu'au xviii^ siècle (1).
Le revenu des églises consistait d'abord dans le fermage des biens qu'elles possédaient, puis dans les offi'an Jcs faites les fêtes et dimanches, la quête de la guilanleu, la location des chaises et des bancs (2).
Le prône étant alors un moyen légal, et pour ainsi dire unique, de donner la publicité aux actes civils (du Pineau, p. 139), les anciens sénéchaux s'en servaient pour publier leurs adjudications, et il y a cinquante ans on y faisait encore un certain nombre de publications civiles qui étaient la source d'un petit revenu.
Dans quelques paroisses existait le louable usage de recommander aux prières les bienfaiteurs de l'Église; mais, grâce à la charité, — et peut-
(t) Vers H55, Jean de Méral restitua à l'abbaye de La Ro€ les dîmes qu'il avait sur certaîoes vignes, avec la seule réserve d'un pot de vin [lagena vini) pour être distribué aux communiants à Pâques. (GXCflI" eh. de La Roô.)
En 1677, la fabrique de Fontaine-Couverte rend aveu au seigneur de La Roê et de La Pommeraie (fiefs situés dans cette rnémc paroisse) pour trois pots de vin dus à la fabrique sur la métairie de la Haute-Jonch^re. {Solen de Fontaine-Couverte,)
H. deVaugirauIt(1731-17!$8] dit dans son rituel que, dans les lieux où cet usage s'était conservé^ le vin devait être donné immédiatement à la sainte table, aux fidèles des deux sexes, non dans le calice sacré, mais dans tout autre vase d'argent, d^étain ou de verre.
Aux malades ou à ceux qui répugnaient à boire du- vin, on donnait un pim d'eau. (RéperL arcti. d'Anjou, i86à.)
(2) En 1654, une baucelle dans l'église Saint-Nicolas, et en 170J, un banr h Saint- Clément, se louaient 5 sous par an. Dans les campagnes, notamment à Fontaine-Couverte, UDC chaise, en 1768, coûtait le môme prix ; une bancclle, 40 sous, et un l^ncavec dossier et agenouilloir, 6 livres.
Les offrandes, dans la plup^irt des paroisses consistaient en beurre, citrouilles, chanvre, liu, graisse, lard, etc. Elles se moniaient, chaque dimanche ou fôlc, à 2 ou 3 livres, cl la quête de la guilanleu à 8 ou 9 livres.
394 GOUyERNEMËr>IT CIVIL ET MILITAIRE.
être aussi à la vanité, — la liste toujours s'allongeant d'année en année, devenait quelquefois effrayante. M. l'abbé Pointeau a bien voulu nous communiquer un modèle monumental du genre, trouvé par lui à Courl^eveille. Ce prône, qui rappelait depuis deux cents ans les moindres donations et la fondation de deux cent soixante-quatre messes à perpé* tuîté, à raison d'un écu de revenu pour douze messes, tiendrait à peine en sept pages in-8°. Il donnait les noms et prénoms de cent quatre-vingtdouze personnes, non compris leurs parents et amis, le tout entremêlé de onze à douze : Disons s'il vous plaît : Pater et Ave (i).
Les biens propres aux fabriques étaient administrés réellement par un procureur nommé tous les deux ou quatre ans par rassemblée des notables. (Voy. renvoi Z.)
La population craonnaise était toute catholique. Selon Miromenil, l'élection de Château-Gohtier ne comptait que neuf familles protestantes en 1699, et il n'y avait de prêches que dans les châteaux d'Azé et de Bicrné.