GOUVERNEMENT CIVIL ET MILITAIRE
Le commandement militaire ou lieutenance générale, dont le siège était à Angers, s'étendait sur tout l'Anjou ; mais le gouvernement civil, que nous pourrions appeler aujourd'hui préfectoral, d'abord réuni au pouvoir militaire, en fut séparé par Louis XIV. Ce prince partagea la France en généralités et les confia à des intendants réunissant à la direction des finances une autorité administrative très-étendue qu'ils transféraient en partie à des subdélégués.
Au commencement de la monarchie, les fidèles ou milites^ chefs militaires de leurs seigneuries et tenus en raison de leurs fiefs au service des armes, constituaient la seule force armée de l'État. Les baillis étaient chargés de séquestrer les biens du possesseur de fief qui manquait à l'appel ; ceux qui avaient des motifs d'exemption étaient obligés d'équiper leurs remplaçants. A la première réquisition du suzerain, ils étaient obligés de fournir, selon Z'îm/?or/ance de leurs commandements, un certain nombre de chevaliers. Ainsi, aux xiii* etxiv" siècles, le bailliage deNanles était tenu de four-
(l) Parmi ces 192 noms, 3 appartenaient aux comtes de Laval, seijçncurs suzerains; 25 à la famille Lenfant; U aux Boishalbrand, seigneurs de PEpechère ; 7 à d'anciens prêtres; 29 auxDomin; !4aux Rousscau-Valinière (voy. renvoi U); 10 aux Landais, etc.
G0UVER?IEME1^T CIVIL ET MILITAIRE. 39S
nir treaie-six chevaliers et demi; Rennes, quarante-six; Ploérmel, qui fut possédé par nos barons, vingt-sept ; Vitré, cinq ; Ghâteaubriant, sept, etc. (LeBaud.) Alors tout prélat, tout ecclésiastique, tout couvent, tout comte, duc ou baron, dame ou damoisclle, devait par SOO livres de rentes, en terre, un cavalier bien armé monté d'un cheval de SO livres (1). Delà vient que dans nos chartes on voit si souvent la*clause spécifiant le service de guerre, miliiia^ auquel la terre était sujette.
Les non nobles devaient, par six cents feux, quatre sergents ou fantassins, armés, et deux arbalétriers : c'était un^homme par cent feux ou par cinq cents âmes. A ces contingents étaient affectés des chef-lieux de réunion. Ainsi tel fief devait ses soldats à Thost ou armée de Vitré, tel autre à celle de Retiers^ de Craon^ etc.
Le temps de leur service n'excédait guère quarante jours (2); aussi ces compagnies, sans forte discipline, sans cohésion, se dispersaient quelquefois avant d*avoir atteint le but de l'expédition pour laquelle elles avaient été convoquées.
En 1160, Henri II, roi d'Angleterre et comte d'Anjou, organisa des corps armés, permanents, régulièrement soldés. (Voir p. 190.) Ce n'est qu'au XV* siècle que cet exemple fut suivi par Charles VII.
Du temps de Charlemagne, le cavalier [caballarius^ miles) devait être armé d'une lance, d'un bouclier, d'une épée, d'une demi-épée, ou d'un arc et d'un carquois. (Charton.)
Jusqu'à rinvenlion des armes à feu (1338), la principale force des troupes étaitdans la cavalerie... On conçoit, en effet, que les flèches et la lance des fantassins n'étaient que d'un médiocre effet sur un cheval et un cavalier, bardés de fer de la tôle aux pieds; aussi la force d'un corps d'armée se comptait par le nombre de lances foutmies.
Au XV* siècle, une lance fournie se composait ordinairement d'un homme d'armes, de trois archers, d'un coustillier et d'un page, tous six à cheval : de trois fantassins et de deux chevaux de rechange, en tout neuf hommes et huit chevaux. Cependant quelquefois la lance ne se composait que de l'homme d'armes, de trois archers, tous quatre à cheval, de trois fantassins et de deux chevaux de rechange. Total, sept hommes et six chevaux.
(1) Cotte base de recrutement remplaça probablement celle des circoiiscriplions (crritorlalcs par chevalerie ou par cuirasse. (Lorica.)
(2) Dans un règlement de service pour la défense d'Angers, donné en liOO par le comte d'Anjou, ce prince dit que Jacques de Château^Gontier devait occuper la porte auprès de lEvêché; Geoffroy de Gandé, les murs sur la Mayenne, etc.; les autres guerriers devaient se mettre sous le$ ordres du sénéchal, et cela pendant quarante jours ^ à leurs frais^ selon la coutume du royaume de France. (Arch, d'Anjou^ t. n,p. 253.}
396 GOUVERNEME?iT CIVIL ET MILITAIRE.
Vhomme d'armes devail avoir blanc harnais complet, c'est-à-dire devait être couvert de fer (1), avec casque ou heaume orné de plumes aux couleurs du souverain. Ses armes étaient la lance, fépée à deux tranchants, haute comme la hanche, la masse d'armes, et la dague ou miséricorde. Son cheval, aussi couvert de fer, portait au chanfrein des plumes de même couleur que le c^alier.
Le coustillier était couvert par devant d'un plaquart blanc (demi-cuirasse en fer) et par derrière d'une brigandine formée de lames métalliques en écailles de poisson, vestissqnammata [^). Il avait en tête la salade ou casque; son équipement se complétait par un hausse-col^ des mitons ou gantelets, des avant-bras et des garde-bras. Ses armes étaient la javeline, ou demi-pique à hampe de frêne et fer de Poitiers, avec poignée et arrêt; une bonne épée h une main et une dague à deux tranchants d'un pied (ïalemelle (lame).
Varcher monté sur un cheval de dix écus, au moins, était équipé d'un jacque à haut collet (sorte de cuirasse faite de douze toiles au moins, dont trois cirées), d'une bonne salade sans visière. Ses armes étaient un arc en bois d'if, une trousse ou carquois garni de trente flèches de trois pieds, une longue épée à deux mains et une dague.
Les trois fantassins étaient habillés d'un pourpoint ou d'un gambesonÇi), ou bien encore d'un liautbergeon (cote de maille courte) ou d'un jacque, et embastonnéSy c'est-à-dire armés, les uns de piques ou lances, les autres de vouges (serpe longuement emmanchée), ou tout simplement de comuaux (gros bâtons) (4). Enfin la tête était couverte d'un bacinet ou chapeau de fer.
(1) Voici la composition de cet équipemeni : sur sa chemise ou luuiquc le chevalier endossait le gambeson, espèce de pourpoint rembourré et piqu6, Tait en samU (ôtofTe de soie) ou en peau de cerf. Par-dessus il mettait le haubert ou aubergeon, armure distinctive du chevalier, d'où est venu le nom de fief de haubert. C'était un jacque ou coUe de mailles d'acier poli, descendant de la tête aux genoux , portant eu dessous une plaque de fer. Enfin venait la cotte d'armes, espèce de par-dessus souvent en étofTc d*or ou d'argent et orné des armoiries du chevalier. Les bras étaient couverts par des brassards, joints à des avant-bras par des cubiiières arUculées ; les jambes éiaicnt défendues par des cuissards et des jambières, grèves ou trumellières, réunis par les genouillères également articulées : toutes ces plaques ou plates étaient en acier poli, cl des mailles de même méuU recouvraient les gants et les souliers.
(2) Celte arme défensive donna à nos premiers soldats le nom de brigands, et tclto Tul la discipline de ces soldats que ce nom est devenu une injure. .
( i) (ie çambeson, moins riche que celui du chevalier, et à Tusage de ceux qui ne possédaient pas vingt livres de mobilier, était garni de bourre, ou de laines entassées, battues avec du vinaigre et conlre-poinlées; les geDSj)lus à Taise avaient une cuirasse.
(4) M. La Bauluére, dans ses notes sur Le Doyen, donne un aveu du xvu* siècle, rendu