‹ Chroniques craonnaisesChapitre 85 sur 127 · PHYSIONOMIE DE L'ANCIENNE VILLE DE CRAON · texte numérisé non relu

PHYSIONOMIE DE L'ANCIENNE VILLE DE CRAON

Terminons ces Chroniques par la description sommaire de notre ancienne ville. Un ancien plan conservé k la mairie de Craon, et dont nous donnons une copie réduite à peu près au vingtième, nous servira de guide. (PI. XVII.)

Ce plan est sans date, mais la route de Laval à Nantes y est tracée et nous avons vu qu'elle a été faite en 1760. D'autre part, on n'y voit aucune trace de celle de Châleau-Gontier, ouverte en 1770. C'est donc entre ces deux dates que le plan a été dressé, et comme il porte le projet, au crayon, du nouveau château, tracé d'une main exercée, celle, sans doute, de l'architecte Pommereul lui-même, nous y trouvons en même temps la date de la construction de cet élégant édifice et celle de notre plan.

La ville était entourée d'une forte muraille de deux & trois mètres d'épaisseur, flanquée de vingt-sept tours, de huit à neuf mètres de diamètre, et toutes rondes, à l'exception de celle placée près la porte de Château*

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Gonlier, au sonjmct de la pointe sud-est de Tenceinte. Celte tour, à forme angulaire, semblait préluder au nouvel art de fortifier les places. Cependant ses faces ne recevaient aucune défense des courtines.

Un large fossé sans contrescarpe murée, et que remplissait en temps de guerre le ruisseau du Mûrier dit le Luarçon^ défendait cette muraille depuis le milieu du champ de foire jusqu'à la rivière. L'autre partie, au nord, vers l'entrée de la route de Laval, était défendue par un fossé profond et soutenue par un ouvrage avancé, ou retranchement triangulaire, dont nous avons parlé page 74 (1). Cette enceinte, qui enfermait la ville à Touest, au midi et h Test, mesurait treize cents mètres. Elle était percée de quatre portes défendues chacune par deux tours, ce qui donnait aux courtines une longueur moyenne de cinquante et un mètres, dislance très^rapprochée, même pour les arcs et arbalètes, dont la portée était très-efficace à plus de cent mètres.

Le château-fort, au pied duquel passait TOudon, complétait Tenceinte de Craon au nord, sur une longueur de trois cents mètres. Dans les ruines du château, les d'Aloigny avaient arrangé une habitation commode, encore existante en 1702, époque à laquelle ils vendirent la terre de Craon à la famille d'Armaillé. (Arch. dép., t. K, p. 68.)

On arrivait k cette habitation par un chemin indiqué au plan n"* 71 ; mais Taccès de l'ancien château-fort avait lieu par une rampe qui partait de la porte Saint-Pierre pour aboutir à l'ancienne croix de Mission (n** 28 fti«), parallèlement à la rivière. Les traces qu'on en a retrouvées prouvent qu'elle n'avait jamais été pavée.

La circonférence totale des fortifications était donc à peu près de seize cents mètres.

La porte à l'ouest, dite de Saint-Pierre, à cause de l'église du même nom qui en était proche, pouvait être appelée de Bretagne. Elle se trouvait en arrière d'une grosse tour dont le pied, baigné par la rivière, portait à fleur d'eau des embrasures construites évidemment pour l'artillerie, ce qui prouve qu'elle datait au plus du \\V siècle. Elle défendait le vieux pont, le seul qui existât alors ; ce pont, placé en dehors des fortifications, reliait la ville au faubourg. La porte Saint-Pierre était formée d'un vaste porche, dont la partie haute a servi de prison en 1793.

La seconde porte, vers le midi, était celle d'Angers. On voyait encore

(1) C'est avec le reste des terres de ce retranchement que M. Beauchônc, maire de Craon, de 1815 à 1830, et membre du conseil général, acheva de combler Fancien fossé et y planta la belle promenade à laquelle on avait donné son nom. Le surplus des fossés, nommas le$ douves, a été mis en jardins par les riverains.

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en 1860 le reste d'une tour qui la protégeait. C'est là qu'aboutit aujourd'hui le chemin de Cherancé.

Il ne reste plus rien de la porte de Ghâtcau-Gontier qui était à l'entrée de la rue Montfumier et qui conduisait au petit faubourg. L'emplacement de celte porte a été trouvé en creusant les fondations du Poids public en 1868.

A la quatrième porte, celle de Laval, existent encore quelques débris de tours.

Nous n'avons pu apprendre à quelle époque notre ville a été pavée. Elle n'a pu l'tHre que depuis François 1*% car Angers ne l'a été qu'à cette époque ; Laval ne l'a été que vers 1718, par M. Hardy de Levaré.

En creusant les fondations de la nouvelle église Saint-Nicolas, on a trouvé dans l'emplacement de la cour du vieux château, deux rangs de petits puits de deux mètres de profondeur. On suppose qu'ils servaient de silos pour mettre en sûreté, contre l'incendie, les vivres de la garnison.

On y a trouvé aussi plusieurs médailles, une entre autres de Gérard d'Alsace, duc de Lorraine, au xi* siècle. C'est un bronze de quarante-sept millimètres, très-bien conservé et d'un beau travail. Il est déposé à la mairie de Craon (1).

On a prétendu que des souterrains, partant du donjon, passaient sous la rivière, et allaient déboucher à Saint-Eutrupe ou aux Provenchères. Nous n'avons rien trouvé à l'appui de cette opinion.

Nos rues ont éprouvé quelques changements. Celle de Pantigny a été reportée derrière la maison de M. de Saint-Jean ; celle de Bethléem a été élargie et prolongée jusqu'aux promenades ; et, en 1840, la rue des Moutiers a disparu dans la nouvelle traverse qui a complètement transformé notre ville. Hiret avait eu beau dire que Craon était au nombre des belles villes closes et anciennes de l'Anjou, l'impitoyable Bodin assurait que notre ville, au commencement de ce siècle, n'était qu'un amas de maisons en bois plus ou moins noires, séparées par des rues étroites, sombres

(1) La médaille présente à Tavers le busle du duc drapé à la romaine; sa tête est laurëe. On lit aulour : a Gerardus Alsatius D. G. dux Lot et Marchio ; » au revers, le busle de sa femme avec la légende : « Hadwidis Namurcensis ducissa Lot et Mar. »

Gérard descendait au septième degré d'Etichon, duc d'Alsace, souche commune des maisoDS de Lorraine et d'Habsbourg, qui ont possédé successivement le trône d'Allemagne. Gérard, chef de la dernière maison de Lorraine, succéda à Godefroi le Courageux, duc de basse Lorraine, son oncle. Il était donc contemporain d'Henri III, empereur d'Allcmague (10U)-10iG), et, par conséquent, de notre Robert le Bourguignon.

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et tortueuses. En efiet, ces maisons, qui semblaient s'aplatir pour faire arriver jusque sur la rue leurs pignons pointus et leurs premiers étages en encorbellement, laissaient h peine passer la lumière du jour; mais nos pères regardaient comme une heureuse idée de pouvoir agrandir leurs maisons, forcément étouffces dans Fenceinte d'une ville fortifiée, sans diminuer le sol de ta rue et môme en offrant aux passants un abri tel quel contre le soleil et la pluie.

Remarquons aussi que nous avions une me des Juifs : pour que ces malheureux, qui y étaient confinés, aient pu vivre à Graon de leurs trafics divers, il faut que notre ville ait eu au moyen âge une certaine importance financière.

Grâce k la nouvelle travei^se, obtenue principalement par l'énergique persistance de M. François Doussault, alors adjoint au maire, et Tun des enfants de Tancien commandant de la garde nationale dont nous avons parlé ; grâce aussi aux sacrifices pécuniaires faits par M'"'' la marquise de Ghampagné et par d'autres propriétaires, nous possédons aujourd'hui, au travers de la ville et du grand faubourg, une assez belle rue, pas trop large, surtout les jours de foire, mais au moins bien pavée et bordée d'élégantes et blanches maisons.

Cette transformation, celle des vieilles halles en 1847 et quelques embellissements dus à M. Allard, maire, de 1833 à 1854, nous permettraient presque de dire que Graon, en 1860, est une jolie petite ville, si les divers chemins par lesquels on y arrive s'abouchaient plus heureusement et plus directement avec ses rues ; si la place de son marché et son champ de foire étaient élargis, et si enfin ses rues, un peu redressées, étaient mieux pavées.

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PUMS'I'

THE NEW YORK

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