‹ Chroniques d'Enguerrand de Monstrelet (volume 2)Chapitre 126 sur 167 · CHAPITRE XXÏI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXÏI

Da siège qui fust mb devant Harfleur , et comment la ville fust rendue j puis parle de Tarmëe que feit le comte de Foix^ et comme il assigna le CKastel Guisant j et comme il dëfeit les Anglois, et en y eut que morts que prins environ douze cents.

Après les choses dessusdites faites, le royde Franche se parteit de la ville de Rouen , armé d'une brigandine, et dessus une jacquette de drap, accompagnié du roy de Cécille et des autres seigneurs de son sang, en grands habillenients , et par espécial, le comte de Saint-Pol, lequel avoit un chanfrain à son cheval, prisé de vingt mille escus ; et chevau-

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cha jusques en la ville de Moustiervillier, à demi- Jieue près de Harfleur, où il fust logié ; et incontinent feit mectre le siège devant Harfleur, par les comtes de Dunois, d'Eu, de Clermont et de Nevers, le sieur de Cullant, grand maistre d*hostel, le sieur de Blanville , maistre des arbalestriers , et plusieurs autres , qui touts j feirent grandement leur debvoir, et y eurent grandement à souffrir, tant pour les gelées , pluies et autres froidures , comme pour la mer, qui souvent sourdoit en plusieurs logis , pour ce cpi'ils estoient tout entrecouverts de paillas et de genestre (genêts) ; car autour d'icelle ville de Harfleur, nj avoit arbres ni maisons où ils se peussent héberger ne loger. Ce nonobstant ils feirent de si grandes approches de trenchis, de fossés et de mines, et battirent tellement la muraille des bombardes et canons , que les Anglois qui estoient dedans , environ quinze cents, rendirent la ville de Harfleur au roy de France, et s'en allèrent , leurs corps et biens saufs , les ungs en Angleterre , les autres en Normandie , es places tenantes leur parti.

Assez tosl après icelle reddition, qui fust environ le quatre de janvier an dessusdit , mil quatre cent quarante-neuf, le roy parteist de Moustier et retourna sur la rivière de Seine, à une abbaye nommée Jumièges, à cinq lieues au-dessous de Rouan. En ce temps, le comte de Foix feist assembler une grosse armée, et feist mectre le siège par le sieur de Lautrec, son frère, bastard de Foix, devant le

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chastel de Guisant^ qui est très fort chastel, assis à quatre lieues près de Bayonne. Quant les Aiiglois le sceurent, ils se meirent par les champs jusques environ quatre mille combattants , dont estoient chiefs, le conneslable de Navarre, le maire de Bajonne, George Soliton, et plusieurs autres, lesquels se bouttèrent en vaisseaux sur une rivière qui passe parmi ledit lieu de Bajonne , et vindrent descendre près du chastel ; et quant ceux qui tenoient le siège en feurent advertis, se partirent secrètement, et vindrent au-debvant des Anglais, lesquels estoient jà descendus de leurs navires, et férirent si asprement et durement dessus eux , qu'ils les desconfeirent, et meirent en fuite jusques àleursbasteaux; et là feurent que morts queprins douze cens Anglois. Georges Soliton, quant il veit celle destrousse, se doubta qu'il ne peirit recouvrer ses navires ; et par ce passa parmi le siège, atout soixante lanches, et se sauva pour ceste heure dedans le bouUevert; puis regarda qu'il ne povoit estre secouru. Si se partist de nuict, atout ses gens, cuidant retourner au lieu de Bayonne; mais le bastard de Foix le sceut, et le poursuivit tellement, qu'icelui George fust là prias, et la pluspart de ses gens ; et le lendemain se rendit le chastel et quinze ou seize entre Menet , Ha je et Bajonne ; puis s'en retournèrent les gens du comte de Foix en leur pays.

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