‹ Chroniques d'Enguerrand de Monstrelet (volume 2)Chapitre 141 sur 167 · CHAPITRE XXXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVII

Des grâces que le roy rendit à Nqstre Seigneur j et o rdonna chacun , en la mémoire de la victoire que Dieu lui avoit envoye'e, faire processions gc'nëralles par tout son royaume, qui se feroient le quatorziesme jour d'aoustj et 'de Fordonnanclie des gens dWmes et de leurs hablQements. ,

Quant le roy fust retourné à Tours, il rendit grâces à Dieu de sa grande et noble conqueste et victoire qu'il avoit; et par deslibération de son grand conseil , adfin de rendre plus grandes grâces, et plus remerchier Dieu de sa grande conqueste , il commanda célébrer processions générales par tout son royaume, le quatorziesme jour d'octobre ensuivant , et de là en avant par chacun an , le quatorziesme jour d'aoust ; et de ce envoya lettres-patentes aux prélats par tout son royaume, requérant de ce faire, et que en ce n'y oit faute. Etpourceque cidessus est assez parlé des assemblées des ge ns d'armes, que les princes et seigneurs tenoient et avoient,

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et comment Vung avoit deux cents lanches, l'autre trois cents , et ainsi plus ou moins , il est bon de faire entendre ce qu'on appelloit une lanche et quelle sieute (suite). Vray est que par l'ordonnance qu'il avoit mis en son royaume, laquelle montoit d'ordinaire , sans les seigneurs, princes , seigneurs , fîefvés et arrière-fiefvés qui doivent servir le roy , à dix-sept cents lanches ; et estoit chacune lanche d'ung homme d'armes , armé de cuirasse , harnas de jambes, sallades, bannière, espée, et -tout ce qu'il faut à ung homme armé au cler, ses sallades et espées garnies d'argent ; lequel homftie d'armes avoit trois chevaux de prix , l'ung pour lui, l'autre pour son page qui portoit sa lanche ,. le tiers pour son valet, lequel estoit armé de sallade, bringandine , jacquet et haubergeon , -portant hache ou guisarme, et avoit avec ce chacune lanche ,'deux archiers à cheval, armés le plus de brigandines, harnas et sallades, dont les plusieurs estoient garnies d'argent. Du moins avoient iceux archiers, touts jacquets ou bons haubergeons ; et payoit-oa touts ceux qui estoient de ceste ordonnance^ de dixsept cents lanches , de mois en mois , fust que le roy oit guerre ou non. Et les payoient les gens du plat pays et des bonnes villes, par une taille qu'icelui roy avoit mis sus , ce qu'on n'avoit oncques faict, laquelle on appeloit la taille des gens d^ armes j et avoit chacun homme d'arme quinze francs, monnoie royale, pour ses trois chevaux, à scavoir : pour lui, son page et ung guisarmin ou cousiillier ;

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et chacun archier pour lui et son cheval, sept francs et demi le mois. Durant ceste conqueste de Normandie, tous les gens d'armes du roy de Franche et qui estoient en son serviche , fuissent d'icelle ordonnance ou non , feurent tous payés de leurs gages de mois en mois; et n'y avoit si osé ne si hardi qui osast prendre, durant ladite guerreou conqueste de Normandie , prisonnier , ni ranchonner cheval ni autre beste quelle qu'elle fust , ni vivres en quelque lieu que ce fust sans payer, fuissent en l'obéissance des Anglois , ou à ceux de leur parti , fors seulement sur iceux Anglois et gens tenants leur parti, qui estoient trouvés faisants guerre et en armes; et ceux-là pouvoient-ils bien prendre licitement et leur estoit permis, et non autrement. Tous ceux pareillement qui gouvernoient l'artillerie, estoient payés de jour en jour, en laquelle y avoit le plus grand nombre de grosses bombardes , gros canons , veuglaires, serpentines , crapeaux d'eau , coleuvrines et ribaudequins qu'il n'estoit lors mémoire d'homme avoir veu à roy chrestien , bien garnis de poudres , manteaux , et de toutçs autres choses pour approcher et prendre villes et chasteaux , et moult grande foison de charrois pour les mener, et des manouvriers pour les gouverner. Pour laquelle artillerie conduire et gouverner estoient commis messire Jehan Bu-^ reau et son frère, qui en firent moult bien leur debvoir , et s'y gouvernèrent très grandement. Et à la vérité dire, durant ceste conqueste de N or-r

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mandie , les plus des villes et chasteaux eussent esté prinses d'assaut, et par force d'armes; mais quand les places estoient approchées et prestes à assaillir, le roy de Franche, Charles, en avoit pitié ; et vouloit qu'on les print par composition pour obvier à l'eflPusion de sang humain > et à la destruction du pays et des peuples qui estoient enclos en icelles forteresses. *

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