‹ Chroniques d'Enguerrand de Monstrelet (volume 2)Chapitre 146 sur 167 · CHAPITRE XLII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLII

Comment la yille de Bonrdeam fost mise ei readoe en la main du ror de Franclie; ei de Tentrée qoe feirent les gens da roy en ladite Yille de Boardeaox.

Après que les commis à faire le traictié de Boutdeaux eurent besoigné avecquesceuxdudit lieu , ils retournèrent vers le comte de Dunms, lieutenantgénéral du roj de Franche , le chancellier de Franche et autres du conseil , et leurs monstrèrent l'appoinclement , tant d'ung costel que d'autre , mis par escript ; dont feurent fort joyeux. Et fust la chose desclarée , l'espace de huict jours, comme dict est, après le dimanche à eux octrojé par ledit lieutenant. Auquel jour ne leur vint ne comparust aucun secours ; et néanmoins, contre les promesses faictes par ceux de Bourdeaux , eux confiants toujours d'avoir secours , requirent jour de bataille. Lequel jour fust octroyé au quatorziesme jour de juing, pour illecq leur deffendre si secours leur venoit par le roy d'Angleterre , ou sinon ils promirent eux rendre ledit jour. Auquel jour compar rurent les dessus-nommés pour cuider combattre les Anglois , ou réduire la ville en l'obéissance du roy de Franche. Auquel jour ils fem*ent attendants la bataille jusques au soleil couchant; et à celle heure ceux de Bourdeaux, véants avoir faute de

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secours , feirent cri par unghérault , lequel crioit: Secours de ceux d* Angleterre pour ceux de Boardeaux. Auquel cri ne fust aucunement respondu , ne donné secours. Parquoi se partirent d'illecq icelles parties, et s'en allèrent logier, sans autre chose faire pour icelle heure. Et le lendemain, le chancellier et le thrésorier de Franche , avecques plusieurs autres, retournèrent par-devers ceux de Bourdeaux; lesquels appointèrent que le mercred j ensuivant, ilsseroient tout près de rendre la ville et bailler les clefs de touts chasteaux, havre , ports et barrières de laville, et faire le serment d'estrebons et loyals subjets des-ores-en-avant du roy de Franche , selon les promesses par eux faictes. Et fut ordonné le thrésorier de Franche , pour les grandes diligences qu'il avoit faites à la poursuite d'icelle duchié de Guyenne , maire de la cité de Bourdeaux. Et pareillement fust aussi ordonné connestable dudit Ueu , Joachim Rohaut. Au mercredy ensuivant, qui estoit prins pour rendre ladite ville , feirent préparer les sieurs de Bourdeaux et ceux du pays , pour plus honnorablement recevoir le comte de Dunois comme lieutenant du roy de Franche , et la seigneurie estan avecques lui. Lesquels, ce jour, prindrent la possession de ladite cité. Et entrèrent 'premiers, par ordonnance d'icellui lieutenant , messire Thibault de Valpergue , bailli de Lyon , et messire Jehan Bureau , thrésorier de Franche , et maire d'icelle ville ; auxquels feurent bailliées les clefs de touts les lieux

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forts estants en ceste ville. Et à l'entrée ne feurent point les francqs archiers , à la requeste de ceux de Bourdeaux , mais feurent envoyés logier autour de Ijibourne, Icelle entrée de Bourdeaux commencba au soleil levant ; et fust faicte par le hérault dudit lieu, où estoient les sieurs de l'Esparre, de Montferrand, et plusieurs autres nobles et notables seigneurs du pays ; et touts les gens d'église feurent revestus en cappes, religieux, chanoines, curés et autres; lesquels receurent honnorablement icellui Ueutenant du roy de Franche et sa compagnie. Et premièrement comnienchèrent à entreries archiers de Tavant-garde ; c'est à scavoir, mareschaux et escuyers, qui estoient de mille à douze cents, dont estoient gouverneur Joachim Rohaut , connestable de Bourdeaux, et le sieur de Piensac, séneschal de TouUouse. Après, allèrent les hommes d'armes d'icelle avant-garde, touts à pied, lesquels gouvernoient les mareschaux de Loneach et de Jalloingnes, estimés trois cents hommes d'armes; et^ estoient lesdits mareschaux très bien montés. Et après eux alloient les comtes de Nevers et d'Erminacq, et le vicomte de Lautrec, frère du comté de Foix, qui avoit trois cents honmies de pied. Après , entrèrent les archiers du sieur del a Bessière , lieutenant du comte du Maine , de trois à quatre cents. Après entra la bataille des archiers an nombre de trois mille ; et les gouvernoient les sieurs de la Bessière et de la Rochefoucault. Après entrèrent trois des seigneurs dq grand conseil du roy v

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à sçavoir , Tévesque cl*Allet, maistre Guy Bernard, archidiacre de Tours , et après Févesque , duc de Langre , le chancellier de Marche, et avecqueslui aucuns secrétaires du roy. Après entra messire Tristan L'Hermite , prévost des mareschaux , avecques ses sergeants. Après , entrèrent quatre trompettes du roy , poursuivants et héraux , portants les costes d'armes du roy et des seigneurs à qui ils estoient .Et après entra une hacquenée blanche, couverte d'ung velour cramoisi ; et avoit sur la crouppe ung drap de velour azuré , semé de fleurs de lys d'or et de brodure ; et sur la selle estoit ung petit coffret couvert de velour azuré , semé dé fleurs de lys , d'orfèvrerie , dedans lequel estoient les sceaux du roy ; laquelle hacquenée mênoit un varlet de pied ; et à chacun costei d'icelle estoient deux archiers , vestus de livrée ; puis alloit le chancellier de Franche à cheval, qui estoit armé d'ung corset d'acier, et par-dessus une jacquette de velours cramoisi. Après, entra le sieur de Xantraille, bailli de Berri , et grand escuyer d'escurie du roy , monté sur ung coursier, couvert d'un drap de soie; et estoit le bailli armé à biancq , tenant l'une des bannières du roy ; le sieur de Montigny , tenant l'autre à sénestre , monté sur ung autre coursier ; et chevauchoient debvantle lieutenant du roy. Puis après, entra le lieutenant du roy y monté sur ung cour^ sier blaticq , couvert d'ung velours bleu, chargié d'orfèvrerie d'or, et estoit seul armé de hamas biancq. Et après luivenoient les (omtes d'Angou-

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lesme et de Clermont , armés de blancq , et leurs chevaux couverts , leurs pages et eux habilliés et montés richement. Puis ^entrèrent les comtes de Vendosme et de Chastres , avec eux plusieurs barons et seijjneurs richement habilliés. Et après eux entra la bataille des hommes d'armes, nombres mille cinq cents lanches, lesquels gouvernoit messire Jacques de Chabannes , grand-maistre d'hostel du roy ; et estoit à cheval tout armé , et son cheval richement couvert. Et après entrèrent les hommes d'armes du comte du Maine, nombres cent et cinquante lanches , lesquels gouvernoient messire Geoffroy de Sainct-Belin , de Chammoht et Bassigny. Puis entra l'arrière-garde , que faisoient les gens de Joachim Rohaut , a vecques lesquels estoient les gensd'armes du sieur de Xantraille. Et ainsi allèrent toutes les compagnies jusques au-debvant de la grande église; et là descendit le lieutenant du roy , les comtes d' Angoulesme , de Vendosme , de Chastres, et plusieurs autres. Et adoncques vint l'archevesque de Bourdeaux à la porte d'icelle église, revestu en pontifical , accompagnié de plusieurs chanoines d'icelle église; et encensa le lieutenant , et lui feit baiser la croix et aucuns autres reliquaires; puis le print par la main, et le mena dedans !e chœur faire sa prière debvant l'autel grand. Avecques le lieutenant entrèrent les seigneursdessus nommés; etlaissèrentlesbannièïesdu roy dedans l'église; et l'oraison faite des seigneurs , l'archevesque print un missel, et feit jurer et promectre au lieutenant et aux autres seigneurs, que le

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roy lesmaintiendroit en leurs franchises et privilèges anciens. Etpareillenaent le lieutenant feit jurer l'ar- • chevesque, le sieur de l'Esparrç et les autres assistants de U ville , et autres gens d'autorité , qu'ils seroient à toujours bons et loyaux subjets du roy de Franche , et mesme toute la couimunauté ; ce qu'ils accordèrent touts à une voix, les mains tendues aux saints , comme on a accoustumé de faire^ De ce sern^ent fust exempté le Captai de Bœuf, qui pour lors estoit chevalier de la Jarretière , qui estoit l'ordre du roy d'Angleterre. Et après>le serment fait et la messe chantée, chacun se retira en son hostel pour disner ; mais ne demoura guères après disner qu'il ne fust grand murmure en la.villê pour ung des gens du roy, lequel , après le cri fait solempnellement à son de trompe de par le roy , que nul ne prinst sur son hoste ni ailleurs aucunes chose sans payer ^ transgressa ledit comm^^nde-^ ment.. Lequel fust prins par les gen^ du roy et condampné d'estre pendu, comme il fust; laquelle chose pleut moult àiceux de Bourdeaux et du pays. Au surplus , le lieutenant du roy feit faire ung gibet tout nœuf , pour pendre cinq compagnons de l'ost du lieutenant; lesquels, en faveur de Guillaume de Flavy , avoient na yré messire Pierre Louvain , chevallier , lui estant au serviche du roy , et l'avoient espié par plusieurs jouraées pour le tuer • Et disoit-on que ce faisoient faire messire Charles, messire Hector et messire Raoul de Flavy , frères, touts chevalliers et frères auctt Guillaume de Flavy , capitaine de compagnie. Lequel Guillaume ,

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certain temps paravant , avoit esté meurdry par son barbier, qui lui avoit coppé la gorge , à la requeste de la femme dudict messire Guillaume. Et après qu'il lui oit coppé la gorge en une place que

on appelle.» , entre Noyon et Compiégne,

où il se tenoit communément, icelle danie print ung coussin et lui meit sur le visaige et l'estaignit. Et assez tost après , icellui messire Pierre de Louvain vint au chasteau , et emmena la femme dudit messire Guillaume ; laquelle tost après il espousa. Icellui Guillaume , en son temps , avoit esté toujours tenant le parti du roy, vaillant homme de guerre, mais le plus tyran et faisant plus de tyrannie et horribles crismes que on polroit faire : prendre fille malgré touts ceux qui en volloierit parler, les violer, faire morir gens sans pitié , et les noyer. Entre les autres, il avoit fait morir le mareschal de Rouan , père de sa'femme ; et combien qu'ils fust viel et de soixante ans, fort gros , et sa femme belle et josne , de vingt à vingt-trois ans , si avoil-il toujours des autres jeunes filles , qull maintenjoit en adultère ; et avecques ce menachoit souvent sa femme , qui , par advanture , fust cause de sa mort. Toutesfois, à cause que sa mort fust villaine et déshonneste, il en déplaisoit à ses frères ; et pourchassoient ce qu'ils povoient par justice , que sa femme fust arse ; mais oncques n'en peurent avoir raison à leur volonté. Ils a voient esté six frères , dont les trois avoient toujours tenu le

* Lacune dans le manuscrit.

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parti du roy, et les autres trois le parti du duc de Bourgogne ; c'est à sçavoir , Jehan l'aisné , Charles et Raoul , le parti du duc ; lequel Jehan estoit Taisné et très riche , et ne fust oncques chevallier ; aussi ne fust Guillaume qui estoit second et très riche. Ceux qui tindrent le parti du roy, feurent ledit Guillaume, messire Charles, chevallier, et ung autre qui mourut au siège de Compiégne , d'ung traict , estant à une fenestre. Toutes fois iceux cinq compagnons feurent pendus ; et ainsi fust par icellui lieutenant faict justice , dont ceux de ladite ville et cité feurent fort joj^eux^ car du temps qu'ils estoient es mains des Anglois, il n*y avoit que voie de fait ; à lacpielle voie le plus sage du monde ne sçavoit que respondre. En icelle ville et cité de Bourdeaux, séjourna icellui lieutenant par Tespace de dix jours ou environ , pour y mectre police et gouvernement ; et tellement que les gens de guerre s'y gouvernoient si gracieusement , que pendant ce temps, grief ni extorsion n'y fust faicte à aucuns de la ville et cité. Par la manière dessusdite , fust conquise la duchié de Guyenne , excepté la ville de Bayonne . A laquelle conqueste faire, se portèrent touts les seigneurs dessus-nommés, et touts ceux qui feurent en leur armée ; laquelle armée fust estimée à vingt mille combattants. Le comte de Clermpnt demoura capitaine de ladite ville de Bourdeaux ; et son lieutenant estoit messire Olivier deContigny (Coetivy y, qui avoit la charge des gensdarmes; son frère, Prugent deCotigny , fust en son temps admirai de Franche.

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