I. L V, ch. i
Iviij DES MÉMOIROS
Cependant , dans tontes les circonstances , el pour ce qui n'était qu'extérieur, Philippe montrait au roi de France ainsi qu'au dauphin , l'humble déférence d'un vassal ; mais il savait mettre de la noblesse dans ces hommages ; et même en employant le genou devant Louis XI , en l'appelant son très redouté seigneur y il conservait le ton d'un égal. Son fils, qui n'avait ni sa grâce enjouée, ni ses manières brillantefs , et dont l'orgueil était inflexible, souffrait avec indignation ce vasselage auquel il avait résolu de se soustraire par tous les moyens possibles. On peut croire que , durant le séjour du dauphin à Genappe, Charles, témoin des respects que les {seigneurs de la cour de son père, et surtout les Croy, rendaient à l'héritier du royaume , dans lequel ils flattaient déjà le monarc[ue et cherchaient un appui , fut humilié de cet empressement , et confondit dans sa haine Louis et la famille des Croy , qui , d'ailleurs, maîtresse de la confiance de Philippe, et attirant à elle toutes les faveurs , ne laissait à l'ambition du jeune prince aucune part de l'autorité.
Les ducs de Bourgogne avaient apporté de la France en Belgique, une étiquette minutieuse qui, prévoyant tout, déterminait, avec une rigoureuse exactitude, les mouvements et les .gestes. Ce mystère de formes, destiné à couvrir le vide des choses , n'était guères dans les mœurs d'un peuple qui
DE J. DU CLEROQ. lis
n*aime point les déiuonstralions da poavoir , et convenait mieux à une conr où la vanité de la préséance Ta souvent emporté sur Torgueii de servir la patrie. Cependant cette étiquette , quelque frivole qu'elle paraisse, était peut<-étre nécessaire pour contenir les prétentions hostiles des courtisans qui , appartenant à des pronnces dont chacune se regardait comme un état à part , mêlaient leurs jalousies nationales à leurs intérêts personnels. La cour de Bourgogne avait aussi sa duchesse de Noailles ' » c'était Jeanne de Harcourt. « Madame de Namur, dit Eléonore de Poitiers, »» dans son Cérémonial y comme j'ouïs dire, » estoit la plus grande scachante de tous » états y que dame qui fust au royaume de » France y et avoit un grand livre où tout » estmt écrit : et la duchesse Isabeau, femme » du bon duc Philij^ ^ quant elle vint de » Portugal par decà^ ne faisoit rien de telles H choses y que ce ne fiist par conseil et de l'avis » de madame de Namur , comme j'ouïs dire à » madame ma mère ^ ».
• I. Ou sait que la reii:c de France appelait la vieille duchesse de Noailles , Madame l'Etiquette»