‹ Chroniques d'Enguerrand de Monstrelet (volume 2)Chapitre 40 sur 167 · Voyez les Harpes, de M. de Reiffenbcrg, p · texte numérisé non relu

Voyez les Harpes, de M. de Reiffenbcrg, p

Ixij BES MÉMOIRES

chevaliers également armés tout au claù\ Ils se placèrent sur le pont comme les enchanteurs de l'Arioste , et demandèrent à Adolphe de Clèves qui il était, où il menait ces dames. Le prince leur répondit^ suivant la règle , qu'il ne leur chaul-sist et qu'Us les laissassent passer leur chemin y car ils ne leur demandoient rien. « Lors ledit Charles , » comte de CharoUois, lui et ses gens, avallèrent » ( baissèrent) leurs lances , et ledit Adolf pareil- » lement, et se férirent ensjemble, et rompil cha- » cun sa lanche , puis saisirent leurs espées , les- » quelles estoient rabattues et tournantes; et illeçq, » comme en un tournois , battirent tant Fung" » l'autre que chacun se recrandist. Et quant chu- » cun fust recrand , ils ostèrent leurs heaulmes , » et vindrent aux dames , et les meirent en ung*

» très bel hostel, assez près dudit pont au-

» quel lieu ledit comte de CharoUois avoit fait » appointer ung moult riche mangier ; et après » mangier chantèrent et dansèrent , et après tout » ce, les dames remontèrent à cheval '. » Qu'il est fâcheux qu'un siècle qui sourit tant à l'imagination , ne puisse être approuvé par la philosophie!

Dans un grand nombre de miniatures , le duc

i.LaU,ch. 36.

DF J. DU CLERCQ. Ixiq

de Bourgogne, Philippe, est représenté en noir : il est coiffé d'une espèce de turban enrichi d*un nœud de pierreries , et d'où s'échappe une flamme de même couleur, qui servait, au besoin , à l'attacher plus fortement en passant sous le menton ; son jusle-au-corps de damas garni de létisse, descend à peu près jusqu'aux genoux ; ses jambes sont revêtues d'un pantalon serré ou heuze ' , qui enve- Ic^pe même les pieds , lesquels reposent sur de$ patins. Le duc tient en main une sorte de marteau dont le manche est long comme une canne ordi* uaire ; de pareils appuis se voient entre les mains des chevaliers de la Toison-d'Or , dans la copie de l'ouvrage de Fillastre, qui est à la bibliothèque de Bourgogne.

Lors de la (ête du faisan , ^ Lille , « il portoit » sur lui plusieurs pierres précieuses , lesquelles » on estimoit valoir un million d'or ou plus ; et » ledit duc, ledit jour, qui avoit passé seize ans » devant , ne avoil donné livrée de robbe sinon

\* Housse \ eut dire ordinairemeut botté, et non pas heuzes, houzes, ou longs bas, d'où les Hollandais ont fait hoozen , si ces mot^ ne leur ont pas été empruntés.

Mont&ucon , dans ses Monuments de la Monarchie française, a fait copier une foule de peintures et de sculptures curieuses pour l'histoire des mœurs. 11 est seulement à regretter que ces copies n'aient pas été toujours exécutées avec une rigoureuse fidélité.

Ixiv DES MÉMOIRES

» de noir , feit faire à ses gens robbes de couleurs , » comme paravant lesdits seize ans il avoit accous- » tumé , et lui-mesme porta couleur ^ • » A l'entrée de Louis XI à Paris ^ après son sacre, « environ » vingt ou trente pieds derrière , alloit le duc de » Bourgogne , moult richement habillié , la selle » de son cheval Cîhargiée de riches pierreries, et » si avoit une aloière et autres bagues sur lui , qui » valloient, comme on disoit, utie moult grande » finance ; et disoient aucuns ung million d'or, qui » vaut dix cent mille florins ; ne sçais qu^il en est. » Ledit duc avoit après lui nœuf pages qui estoient » couverts de houssures d'orfèvrerie , les plus » riches qu'on eust sceu trouver; et portoit l'un :> des pages une salade qu'on disoit valoir cent » mille couronnes d'or, sans les autres salades ; et » le chamfrain dû cheval dudit duc estoit tout » chargié de pierres précieuses î^. »

Cette aloière si magnifique dont parle DuClercq, étoit une bourse , en basse latinité alloverium y qu'on appeloit aussi hourselol ^ goule ^ aumonière 3^ jOU escarcelle j elles avoient la forme des ridicules

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