‹ Chroniques d'Enguerrand de Monstrelet (volume 2)Chapitre 45 sur 167 · I. L. IV, ch. ao · texte numérisé non relu

I. L. IV, ch. ao

a. Legrand d'Avssy, Fabl, T. U, p, 65,

DE J. DU GLERCQ. har

» visage , et du blanc par-nlessus , ce qui les fait pa- » raître éclatantes depuis le front jusqu'au-dessous n de l'aisselle • »

Un moine de Montaudon , poète satyrique par excellence , qui n'épargnait personne dansées sirventes^ ni les femmes ni les moines , fait comparaître devant Dieu ces deux classes de personnes. Les moines se plaignent que les dames , en se peignant , effacent les images qu'on suspend dans les cbapeUes. Les dames répliquent, comme on peut penser , et les parties ouïes , Dieu dit aux moines : « Si 7H)iis le trouvez bon^ je donne vingt ans pour se peindre aux femmes qui en ont plus de vingt-cinq : soyez plus généreux que moi, donnez-leur en trente. » — Les moines n'en veulent accorder que dix. Enfin , après bien des débats , saint Pierre et saint Laurent partagent le différend , et, des deux p^ts , on jure de maintenir la paix. Mais le poète s'écrie que le serment est violé , que les femmes se mettent tant de blanc et de vermillon sur le visage , que jamais on n'en vit plus aux exinOo. Il nomme upe quantité de drogues dont elles se servent , la plupart inconnues aujourd'hui.

H Elles mêlent , dit-il , avec du vif-argent , du » cafera , du trifignon , de l'angelot , du berruis , » et s'en peignent sans mesure. Elles mêlent avec » du lait de jument, des fèves, nourriture des an- >> cieojiinoijies , et la seule chose qu'ils demandent

Ixxvj DES MÉMOIRES

» par droit ou par charité , de sorte qu'il ne leur » en reste rien » • Elles ont encore fait pis que tout » cela; elles ont amassé provision de safran, et » l'ont fait tellement enchérir qu'on s'en plaint ou- » tre tner ; mieux vaudroit-il qu'on le mangeât en » ragoûts et en sauces, que de le perdre ainsi. Il » conviendroit du moins qu'elles prissent les esten- ' » dards et les armes des croisés pour aller chercher » outre mer le safran qu'elles ont tant envie d'a- » voir ^. » En vérité il n'y avait pas là de quoi se fâcher.

Tels étaient les principaux éléments de la toilette des dames. Ce mot même paraît venir de la fine toile de Hollande , qui s'appelait toilette^ et dont elles enveloppaient leurs plus secrets appâts. C'était encore un luxe que d'avoir du linge ; beaucoup de personnes , par économie, couchaient sans chemise , et en changer souvent était presque une coquetterie. Parmi les Cent Nouvelles nouvelles,ilyen aune, qui est la soixante-troisième, intitulée Mont-* bleru ou le Larron. Ce Montbleru se trouvait àla foire d'Anvers en la compagnie du comte d'Etampes, qui le défrayait. Il rencontra maître Hymbert de la

I . L'abbé Millot, auquel Ginguené emprunte cet ei^trait, observe ici très gravement qu'ils demandaient alors autre chose que des fèves.

a. GiwGUENÉ, Hist. lia. d'Italie, T. I;p. 3i4; 3li6,3i7.

DE J. DU CLERCQ. Ixxvîj

Plaine et maître Roulant Pipe , qui rengagèrent à venir loger avec eux. « Or èseoutez comment il » les paya. Ces trois bons seigneurs demourèrent à » Anvers plus qu'ils ne pensoient quant ils partirent )) de la cour, et, soubs espérance de brief retourner, » n'a voient apporté que chascun une chemise; si *> devinrent les leurs sales , ensemble leur couvre- » chiefs et petits draps. » Montbleru vola ces chemises par un mojen trop long à raconter , et les vendit cinq écus d^orj somme énorme alors, qui prouve la rareté du linge de corps.

Dans un fabliau intitulé Boivin de Provins , on voit quel était l'accoutrement des gens du peuple : » Il prit une cotte , un surcot ' , et une çhappe de w bure grise, une coeffe deboras ^, de grossou- » liersbien épais, avec une grande bourse de cuir , » et, pour mieux ressembler à un vilain , il s'arma » d'un aiguillon. » L'arme permise aux vilains était un bâton ferré appelé roquet. Le bonnet ou chaperon des pajsans de la Hollande ne consistait que dans un morceau de drap rond et sans bord. Leur pourpmnt était aussi fort simple , sans basques , atta-

1 . Robe ou habit commun aux hommes et aux femmes, qui se mettait par-dessus les cottes, et dont nous avons i^it surtout.

2. Om houras, hourache , grosse étoffe, faite d'un poil grossier, ou d'une espèce de bourre.

Ixxviij DJ^S MEMOIRES

ché à la culotte par le moyen de boutons et de ganses; quelquefois le pourpoint et les hauts-der chausses n'étaient composés que d'une seule pièce. C'était la coutume d'attacher ce vêtement autour du genou , ou bien autour de la cheville , si on le portait fort long. Sous ces culottes ils mettaient des bas , e% l'on savait déjà faire des sabots.

Dans d'autres représentations , les paysans ont des hueses de cuii\ ou plutôt des demi-bottines lacées. Ils portent de plus un gilet lacé jusqu'à la poitrine , sur lequel est attaché aux culottes le cornet ou tuyau Sip^elé Doedelçin ou Hoortjne, par les Allemands, et Putse par les Hollandais. C'était une partie du vêtement destinée à envelopper les génitoires et à faciliter aux hommes le moyen de lâcher l'eau , sans être obligés de défaire entièrei^ent leurs trousses ou culottes i .

Au reste, Du Clercq a pris la peine de nous trarjsmettre le bulletin des modes de 1^67 , et on le trouvera à la fin du chap. LXVdu liv. V. L'extrait d'une ancienne chronique, inséré dans les Additions à l!* Histoire du roi Louis XI ^ , le donne en

I. Hist. Géorg., Phys., Nat. et Cw. de la HolL,T. III, p. 69 , 78.

!2. Édit. de Com. , Brux. 1798, T. III, p. 347. Cette chronique, dit une note, a été augmentée depuis i46i et continuée jusques en 1476, sur les notes des journaux tenus

DE J. DU CLERCQ. hnx.

termes à peu près semblables. Od pourra comparer.

«c Eq ce temps changèrent leurs atours les dames » et damoiselles , et se mirent à porter bonnets sur » leurs testes et couvrecbiefs si longs , que tels j » avoient qui toucboient la terre par derrière leurs <f dos ; et elles prirent des ceintures plus larges , et » de plus riches ferrures que oncques ; mais elles » laissèrent leur queue à porter ; et au lieu décela )» elles prirent grandes et riches bordures.

» Les hommes aussi se priretit à se vestir plus » court que oncques mais ils avoient fait , si qu'on » VQjoit leurs derrières et leurs devants , ainsy » comme on souloit vestir les singes. Et se mirent » à porter si longs cheveux, qu'ils leur empê- » choient les visages et les yeux. De plus ils por- » toient de hauts bonnets sur leurs testes trop » mignonement et des souliers à trop longues pou- » laines. Les valets mesmement à l'imitation des » maistres , et les petites gens indifféremment por-

par les maîtres d'hôtel des ducs de Bourgogne, Il paraîtrait que Du Clercq a puisé aux mêmes sources, si l'on en juge 4u moins par certaines circonstances parfois exprimées d'une manière identique dans ses mémoires et dans la chronique dont il est question. Le passage transcrit ici est cité comme étant de Commmes lui-même par les auteurs de VAnde vérifier les dates y qai ont confondu les additions avec le testa.

Ixxx DES MÉMOIRES

» toieot des pourpoints de soye ou de velours, i> choses trop vaines et sans doute haineuses à » Dieu. » Les robes variaient avec les saisons. Charles d'Orléans , dans une de ses chansons , nous indique quelles étaient celles d'été et d'hiver :

Après hault temps, vient vent de bise, • Après hucques , robes de Frise ».

Hiicques dérive selon toute apparence de notre mot flamand ^tt/A: , cape que les femmes portaient pardessus leurs habits.

Le tnéme luxe régnait à table. Ici les détails ne manquent point. Legrandd'Aussy, qui se proposait d'écrire l'histoire de la vie privée des Français, n'eut que le loisir de terminer les trois volumes qui concernent l'histoire de la cuisine. Mais comme il semble n'avoir pas connu Du Clercq , il n'a rien pu en tirer. Nous parlerons tout à l'heure de la Jeté du Faisan. Du Clercq en énumère d'autres non moins remarquables par leur pompe. La journée alors ne se divisait pas comme à présent. Si l'on en croit Rabelais , F heure canonique était :

Lever à cinq, disner à neuf, Souper à cinq, coucher à neuf».

On restait généralement fidèle à cette» règle, au temps dont nous nous occupons. A dix heures, on

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